8. Quelque part, dans le temps et l’espace

1012 Mots
8Quelque part, dans le temps et l’espace– Des héros, oui… Enfin, disons plutôt que chacun a parfois l’occasion de réaliser des choses qui dépassent ses capacités ordinaires. L’histoire de la Vie est ponctuée de ce genre d’événements, Gwwwh. – Et voilà Enlil qui se met à nous faire un cours, maintenant… Et puis, mon nom c’est Jacques-Yves. J’ai horreur de ce borborygme primitif ! – Dis donc, Simon, il n’est pas à prendre avec des pincettes aujourd’hui ! – Hé hé, il faut dire que ton arrivée a quelque peu refroidi l’atmosphère. – Bon, les mecs, si on passait aux choses sérieuses ? – Tu veux un autre apéro ? – Non. J’ai une mission à vous confier. Une mission qui va nécessiter une grande diplomatie, et surtout, une grande confiance de votre part. En plus, je ne peux en aucun cas vous révéler les raisons qui motivent cette mission. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle est de la plus haute importance pour l’avenir. – L’avenir ? Celui de 2030 ? – Oui… 2030. Et après. Vous vous rappelez sans doute de Jason Priestley et de sa femme, Joanne ? – Évidemment. Joanne Priestley est l’une des dernières personnes que nous avons vue de notre vivant. Elle a dû rester sur l’Atlantis, pendant que nous étions en bas dans la station Survey. J’avoue que je ne me suis pas préoccupé de son sort par la suite… – Je sais. Vous aviez mieux à faire ! – Qu’est-elle devenue ? – C’est là où je veux en venir. Son mari l’a fait rapatrier d’urgence juste après votre départ. Comme vous le savez, il était parfaitement au courant des agissements de son soi-disant « copain », le général Shepperd. Il a donc été l’un des premiers informés lors de l’explosion qui a détruit le site sous-marin. – Explosion provoquée par toi pour faire disparaître toute trace. – Oui. Ainsi que celle qui a détruit la grotte qui se trouvait en face de cette terrasse. Bref, il a donc envoyé un hélico d’urgence pour la récupérer lors du raz-de-marée qui a tout détruit en surface. L’Atlantis et la station de forage ont été perdus corps et biens, à l’exception d’un ou deux survivants. – Ensuite ? – La vie a repris son cours. Priestley a racheté au plus bas prix les actions de la Sea Oil, profitant de la catastrophe et surtout de la soi-disant crise de 2008, ce qui l’a propulsé dans le peloton de tête des hommes les plus riches de la planète, quelques années plus tard. Passons les détails : en 2012, après plusieurs années de quasi abstinence, du moins avec son épouse légitime qui avait sombré dans une sorte de dépression, il décide d’assurer sa descendance. Son fils, Jason Junior, est né le 22 décembre. Juste après la catastrophe. – Le gamin aura donc 18 ans en 2030. – Exactement. Il vit avec son père au nouveau siège de la Sea Oil, dont les deux derniers étages sont aménagés en appartement et en jardin couvert. – Et sa mère ? Ils ont divorcé ? – Pas du tout. Elle vit dans la résidence Priestley sous contrôle médical depuis la naissance de son fils. En fait, elle ne l’a sans doute jamais vu… Peut-être une fois, lors de l’accouchement. – Incroyable ! Elle ne semblait pourtant pas fragile du ciboulot. Au contraire ! – Elle ne l’est sans doute pas. Mais on la maintient dans un état de léthargie permanent. – Pourquoi ? – Cela fait partie des choses qu’il m’est impossible de vous révéler pour l’instant. – Pourquoi ? – Cela risquerait de compromettre votre mission. Vous êtes encore trop… « terriens »… – Bravo pour la confiance ! – Ne m’en veuillez pas, je n’ai pas le choix, croyez-moi. Je vous révélerai tout en temps utile… Quoique, vous connaissant, vous découvrirez aisément tout ça au fil du temps. – C’est élémentaire ! Hein, Watson ? – Mouais. Donc on va devoir jouer les James Bond et enlever la mère et le gamin, c’est ça ? Ça va pas être fastoche, vu notre état ! Je te rappelle que nous n’avons plus de corps physique depuis quelque temps… – Non, mais vous avez encore un esprit suffisamment attaché à cette planète. Et de plus, vous faites partie des rares personnes en qui elle a sans doute encore un peu confiance. – Si elle se souvient de nous ! – Évidemment, elle se souvient de vous. Comment pourrait-on oublier deux râleurs pareils ? – Hé, hé, là tu marques un point ! Bon alors, qu’est-ce qu’on doit faire ? – Il faut la contacter et la convaincre d’emmener son fils. Hors de portée de son père. – Comment on fait ? On fait tourner les tables ? On balance les objets à travers tout ? On se met un vieux drap sur le tête et on pousse des grands « ooouuuhhh » ? – Quelle mauvaise foi ! Si j’ose dire, vous êtes vraiment la preuve « vivante » que le temps n’existe pas : deux gamins ! – Ouais. Ben les gamins aimeraient bien passer le reste de leur éternité tranquilles, eux aussi. – Bah, ça vous fera un peu de distraction, non ? – Admettons. On la « contacte ». En supposant qu’elle nous écoute, que se passe-t-il ensuite ? On doit la convaincre d’aller sur une autre planète ? – Non. Il suffit qu’elle se réfugie dans une zone inhabitée. Ce n’est pas ce qui manque en 2030. L’idéal serait de l’amener ici. – Ici ? Chez moi ? – Oui. Enfin, en Europe déjà. Depuis la catastrophe de 2012, c’est un désert. À part quelques communautés, il n’y a quasiment plus personne. Les étés sont torrides, les hivers polaires… – De mieux en mieux : non seulement, il faut la convaincre d’enlever son fils, mais en plus, elle doit aller vivre en enfer ! Et on lui donne quoi comme raison pour vivre ce tableau idyllique ? – Sa situation n’est guère plus enviable actuellement. Elle vit sous contrôle, elle est séparée de son fils… À mon sens, elle sera plutôt ravie de le revoir et de ne plus vivre comme un légume. – C’est vrai qu’on pourrait aussi lui suggérer que son père s’emploie à manipuler le gamin dans un but obscur, ou quelque chose de ce genre… – Tu n’es pas loin de la vérité, Jacques-Yves. – Mais cela fait partie des choses que nous ne devons pas savoir… – Pour l’instant. – Et… Si on se projetait dans le futur pour le savoir ? Qu’est-ce que tu penses de ça ? – Vous ne trouveriez rien. En faisant cela, vous créeriez un nouveau futur où cette mission n’aurait pas existé. Vous le savez parfaitement. – Bref, on n’a pas le choix… – Oh si ! Vous avez le choix entre commencer tout de suite ou prendre un autre verre avec votre copain Enlil. – Moi je choisis la seconde option ! – À condition que ce soit au soleil ! – Soit ! Retour à l’été 2006 ! Santé ! La douceur d’une fin d’après-midi estival succéda à l’hiver polaire. En face de la maison de Jacques-Yves Fernette, la grotte brillait d’une étrange lueur rouge. C’est là que tout avait commencé… « Pourvu qu’ils réussissent… C’est pas gagné… »
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