MARION SILVA
La salle de bain de la villa était un sanctuaire de marbre blanc et de nacre. Je restai de longues minutes sous la douche, l’eau tiède glissant sur ma peau chocolatée, tentant de rincer la sensation des doigts de Liam sur ma hanche. À vingt et un ans, j'avais toujours cru que j'étais maîtresse de mes émotions. Mais cet homme agissait sur moi comme un aimant sur de la limaille de fer. Il me décomposait pour mieux me reconstruire à son image.
Je sortis de la douche et fixai ma valise. Je n'avais pas beaucoup de tenues de soirée, mais j'avais choisi une robe en soie liquide de couleur bronze. Une teinte qui se fondait avec ma carnation, donnant l'impression que le tissu faisait partie de moi. Elle était simple, à fines bretelles, avec un dos nu plongeant jusqu'à la naissance de mes reins.
Je passai de l'huile de coco sur mes boucles pour les rendre brillantes et souples, les laissant retomber en une cascade sauvage d'un seul côté de mon cou. Je n'ajoutai aucun bijou, à part deux petites créoles dorées. Mes yeux vert-bleu, soulignés d'un trait de khôl, semblaient plus profonds, plus mystérieux dans cette lumière dorée de fin de journée.
Quand je sortis du dressing, Liam m'attendait sur le ponton.
Il avait revêtu un costume d'été en lin gris perle, sans cravate, la chemise légèrement entrouverte. À vingt-neuf ans, il avait cette élégance innée, cette posture de commandement qui rendait l'air autour de lui plus dense. Quand il se retourna et que ses yeux marron clair rencontrèrent les miens, le temps s'arrêta.
Pendant dix secondes, il ne dit rien. Il resta immobile, son verre de whisky à la main, sa mâchoire se contractant si fort que je crus entendre le craquement de ses dents.
— Vous avez l'intention de me faire perdre ce contrat, Silva ? demanda-t-il d'une voix sourde, presque douloureuse.
— Au contraire, Monsieur. Je pensais que vous aimiez l'excellence.
— Il y a une différence entre l'excellence et la provocation. Cette robe est une déclaration de guerre.
— Alors préparez vos troupes, répliquai-je en passant devant lui, l'odeur de mon huile de coco flottant dans son sillage.
LIAM DE VANDIÈRES
Je n'étais pas prêt. Personne n'aurait pu être prêt à voir Marion Silva dans cette robe bronze. La soie épousait chaque courbe de ses hanches, soulignait la cambrure provocante de son dos, et révélait la perfection de sa peau ambrée. Elle ne marchait pas, elle glissait.
Je sentis une pointe de jalousie pure, une émotion que je n'avais jamais ressentie, me brûler les entrailles. L'idée que Monsieur Tanaka — ou n'importe quel autre homme sur cette île — puisse la regarder comme je la regardais me donnait envie de la ramener dans la suite et de verrouiller la porte à double tour.
Le dîner avait lieu sur un îlot privé, une langue de sable blanc entourée de flambeaux. Monsieur Tanaka nous attendait, entouré de ses conseillers. C'était un homme âgé, aux manières impeccables, mais dont le regard était resté vif et acéré.
— Monsieur de Vandières, quel plaisir, dit-il en s'inclinant légèrement. Et voici votre… collaboratrice ?
Je sentis son regard s'attarder sur Marion. Ce n'était pas un regard lubrique, mais une admiration profonde, presque respectueuse, qui m'agaça encore plus.
— Marion Silva, intervint-elle avant que je ne puisse ouvrir la bouche. Elle lui tendit la main avec une assurance qui me sidéra. Je suis en charge de l'analyse structurelle du dossier Tanaka.
Pendant tout le dîner, Marion fut étincelante. Elle ne se contenta pas d'être belle ; elle parla de chiffres, de fusions transfrontalières et de synergies de marché avec une intelligence redoutable. Elle maniait les baguettes avec une grâce infinie, ses doigts chocolatés contrastant avec le bois sombre.
Tanaka était sous le charme. Il riait à ses traits d'esprit, l'écoutait avec une attention qu'il ne m'accordait même pas à moi. Et plus il l'admirait, plus je sentais ma possessivité grimper. Je ne mangeais presque rien. Je me contentais de boire mon vin, ma main serrée sur le pied du verre au point de risquer de le briser.
À un moment, Tanaka se pencha vers elle et lui dit quelque chose à l'oreille qui la fit rire. Un rire cristallin, pur, qui sembla s'envoler au-dessus de l'océan. Ma limite était atteinte.
— Marion, vous devriez peut-être aller chercher le dossier complémentaire dans notre suite, lançai-je d'un ton sec, mon regard marron clair jetant des éclairs. Je pense que Monsieur Tanaka aimerait voir les projections de revenus.
Elle se tourna vers moi, son regard vert-bleu se glaçant instantanément. Elle savait exactement ce que je faisais. Je voulais l'éloigner. Je voulais qu'elle reprenne son rôle de subalterne.
— Bien sûr, Monsieur de Vandières, répondit-elle, sa voix suave dissimulant une colère noire. Si vous pensez que vous ne pouvez plus gérer la discussion sans moi.
Elle se leva, salua Tanaka avec une élégance parfaite, et s'éloigna sur le sable. Je la regardai partir, la soie bronze de sa robe flottant autour de ses jambes, et je sus que j'avais commis une erreur monumentale.
— Vous avez une perle rare entre les mains, Vandières, murmura Tanaka en la regardant s'éloigner. Ne soyez pas trop dur avec elle. Ou quelqu'un d'autre finira par réaliser sa valeur avant vous.
Je ne répondis pas. Je fixais le dos nu de Marion qui disparaissait dans l'obscurité des palmiers. Je ne voulais pas que quelqu'un d'autre réalise sa valeur. Je voulais qu'elle soit mienne. Totalement. Exclusivement.
MARION SILVA
Je marchais sur le sable, les larmes de rage aux yeux. Il m'avait humiliée. Il m'avait traitée comme une domestique devant le client le plus important de sa carrière, simplement parce que son ego ne supportait pas que je brille.
J'arrivai à la villa, le cœur battant à tout rompre. L'obscurité de la chambre était apaisante. Je m'assis sur le bord du lit, la tête entre les mains. Pourquoi restais-je ? Pour le salaire ? Pour le diplôme ? Ou pour cette décharge électrique que je ressentais chaque fois qu'il s'approchait de moi ?
Soudain, j'entendis le bruit du hors-bord. Il était rentré. Plus tôt que prévu.
La porte de la villa s'ouvrit avec fracas. Liam était là, sa chemise à moitié déboutonnée, le visage déformé par une émotion que je n'arrivais pas à nommer.
— Qu'est-ce que vous croyez faire, Marion ? tonna-t-il en s'avançant vers moi.
— Ce que vous m'avez ordonné de faire, Monsieur. Je cherche votre dossier.
— Au diable le dossier ! lança-t-il en m'attrapant par les bras pour me forcer à me lever. Vous l'avez regardé comme si… comme si vous n'attendiez que son signal !
— Vous êtes jaloux ? demandai-je avec un rire provocateur, mon visage à quelques centimètres du sien. Le grand Liam de Vandières est jaloux d'un homme de soixante-dix ans ?
— Je ne suis pas jaloux, gronda-t-il, ses yeux marron clair virant au noir. Je suis propriétaire de ce qui m'appartient. Et tant que vous portez ce badge Vandières, vous m'appartenez.
— Je ne vous appartiens pas ! criai-je en tentant de me libérer.
C'est alors qu'il fit ce que j'attendais et redoutais depuis le premier jour. Sa main s'ancra dans ma nuque, ses doigts s'emmêlant dans mes boucles, et il écrasa ses lèvres contre les miennes avec une violence désespérée.
Ce n'était pas un b****r tendre. C'était une collision. Une revendication. Une explosion de tout ce que nous avions réprimé depuis Paris. Et le pire, c'est que je lui rendis son b****r avec la même rage, mes mains s'agrippant à son costume, l'attirant encore plus près, cherchant à me perdre dans sa chaleur