J'éclatai de rire plus par stress que pour autre chose.
Moi : Ce n'est pas un chagrin d'amour ! J'ai juste mal à la tête.
Maty : Un mal de tête qui t'a fait pleurer? Je vois bien que tu as pleuré et que quelque chose t'a bouleversée. Je te connais. Je t'ai vue aussi abattue qu'à deux reprises : lorsque tu t'es séparée de ton fameux amoureux en seconde et ...au décès de ta tante. Parles-moi.
Moi : Justement j'ai eu une pensée pour ma tante et cela a fait remonter la douleur.
Elle remua la tête. Elle ne me croyait pas.
Maty, insistant : Tu sais que tu peux tout me dire.
Moi : Pourquoi te cacherais-je la vérité ? Je te dis tout.
Maty : Pas tout !
Je me redressai et l'embrassai sur la joue.
Moi : Ma chérie, si j'avais un amoureux, je ne te le cacherais pas. Mais parlons d'autre chose, on prépare quoi ce soir ?
Maty : On commande des pizzas !
Elle se leva. Visiblement elle était irritée.
Maty : Je te laisse te reposer. Me dit-elle en se dirigeant vers la porte.
Moi : Attends ! Tu es fâchée ?
Maty : Non ! ...Mais je te dis le fond de ma pensée. Si tu es avec un homme marié, fais attention à toi, ça pourrait mal finir.
Moi : Mais tu es folle. Tu penses que je peux me mettre avec un homme marié ?
Maty : S'il n'est pas marié, pourquoi caches-tu ta relation ?
Moi : Mais il n'y a pas de relation. Crois-moi.
Maty : Très bien, je te crois. Mais si un jour, tu as besoin de parler, sache que je suis là.
Moi : Merci !
Elle sortit. Me retrouvant seule, je pris mon téléphone et appelai Mactar. Il accepta sans rechigner mon rendez-vous pour mardi. Je raccrochai pensive. Je me sentais acculée de toute part. Ibrahim m'aimait et cela me bouleversait profondément. Il m'avait même présentée à ses parents. Mais quelle folie ! Comment pouvait-il aimer une femme comme moi ? Je n'étais pas de son monde. En passant la journée chez ses parents, j'ai bien qu'il était né et avait grandi dans un milieu très huppé. Tout mon contraire. Moi, j'avais vu le jour dans un milieu défavorisé. Délaissée par mes parents biologiques, dès ma naissance, ma tante maternelle célibataire et sans enfant m'avait recueillie. Jamais personne ne m'aimera comme elle. Elle s'était tant sacrifiée pour que je puisse grandir dans les meilleures conditions. Grâce à ses nombreux sacrifices, j'avais pu suivre une scolarité normale dans une école privée où j'avais rencontré Maty. Le souvenir de ma défunte tante me fit pleurer. Un jour, pourrais - je penser à elle sans pleurer? La plaie se cicatrisera-t-elle un jour ? Je me sentais si seule et orpheline. J'enviais tellement Ibrahim. Ses parents étaient si complices avec lui. Il méritait une vraie petite amie de son milieu qui l'aime et qui saurait prendre soin de lui. D'accord ou pas d'accord, Mactar devra accepter ma décision de rompre avec Ibrahim. Je devais lui épargner un chagrin d'amour.
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Deux jours après
Victorieusement, je m'engouffrai dans mon taxi. Je me retournai et je le vis arriver en courant. Je fis signe au chauffeur de démarrer. Ce qu'il fit aussitôt. Je souris joyeusement. J'avais enfin le dernier mot. J'avais été directe et précise : peu importe les menaces de Mactar, j'avais choisi de quitter Ibrahim. Il s'était fâché, mais sans l'écouter, je m'étais levée, quittant le restaurant sous ses yeux ébahis. Le taxi me déposa en bas de mon immeuble.
A peine arrivée dans ma chambre, je reçus un appel d'Ibrahim, il m'invitait à dîner chez lui pour le soir. J'acceptai, c'était l'occasion rêvée pour lui annoncer ma rupture. Mais quelle ne fut ma surprise de l'entendre me dire qu'il y aurait aussi sa petite sœur au dîner ! Il n'était pas question que je rencontre sa sœur. Je raccrochai en ayant déjà en tête ce que j'allais faire ce soir.
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Quelques heures plus tard
Quand je rentrai dans la chambre, Ibrahim se leva surpris.
Ibrahim : Mais que fais-tu ici ? On ne devait se voir qu'à 20h.
Moi : Je suis venue plutôt, parce que j'ai des choses à te dire.
Ibrahim : Je t'écoute !
Il éteignit la télé et me sourit. Le pauvre, il ne se doutait même pas de ce que j'allais lui annoncer. Je pris mon courage à deux mains et je me lançai.
Moi : Je pense que nous deux, on devrait arrêter de se voir.
Ibrahim : Pourquoi ?
Moi : Nous venons de deux mondes trop différents.
Il me sourit, visiblement, incrédule.
Ibrahim : Qui t'a mise des idées pareilles dans la tête ?
Moi : Mais c'est vrai, regardes-toi. Tu viens d'un milieu très branché et moi je suis née dans un milieu défavorisé. Tu mérites une fille de ton monde, une fille comme une de celles qui étaient présentes à ton anniversaire.
Il descendit précipitamment de son lit et m'attrapa la main.
Ibrahim, en colère : Mais tu vas arrêter de dire des bêtises. Tu vois une différence entre toi et moi ? Tu....
On frappa à la porte.
Ibrahim, énervé : Oui.
- C'est moi ! dit une voix enjouée.
Une jeune femme entra.
La jeune femme : Bonsoir ! Je ne te dérange pas ?
Ibrahim relâcha ma main et s'efforça de sourire.
Ibrahim : Ma petite chipie !
Il se dirigea vers elle et l'embrassa.
Ibrahim : Tu es arrivée plutôt !
Cela sonnait comme un reproche.
La jeune femme : Je voulais te faire la surprise. Je te dérange ?
Ibrahim : Non ! Viens !
Il lui prit la main et l'amena vers moi.
Ibrahim : Sokhna, je te présente Rabia. Rabia, voilà Sokhna, ma petite sœur.
Moi, intérieurement : Oh mince !
Sokhna, en m’embrassant : Enchantée !
Moi, me forçant à sourire : Enchantée !
Je n'étais pas réellement ravie de la voir. J'étais venue plus tôt pour parler à Ibrahim et repartir avant son arrivée, mais elle avait gâché mes projets en arrivant elle aussi plus tôt.
Ibrahim : Alors ton voyage, ça a été ?
Sokhna : Oui. Tranquille. D'ailleurs, à ce propos pourrais-je te voir en privé, si cela ne dérange pas Rabia ?
Moi : Non !
Ils me laissèrent seule dans la chambre. 10 minutes plus tard, ne les voyant toujours pas revenir, je décidai de descendre les chercher. Quand je me retrouvai au rez de chaussée, j'entendis des voix hausser le ton. J'hésitai à les rejoindre, mais ma curiosité fut plus forte.
Je me cachai derrière la porte du salon.
Ibrahim : Je ne vois pas pourquoi tu es là à me demander des explications. Je n'en ai plus à te donner depuis un an.
- Je quitte Paris pour toi et tu ne trouves rien à me dire.
Une voix féminine qui m'était inconnue avait répondu.
Ibrahim : Je ne t'ai pas demandée de venir.
La femme : Je t'appelle, tu ne me prends pas. Je n'avais pas le choix.
Ibrahim : Non, mais tu es malade ! Ça fait un an que chacun vit sa vie et là, tout d'un coup, tu m'appelles et tu veux que je décroche comme si de rien n'était.
Sokhna : Calmez-vous !
Ibrahim, en colère : Toi, tu ne paies rien pour attendre.
Sokhna : Ne te fâches pas !
Ibrahim : Tu n'aurais jamais dû l'amener ici.
Ma conscience me dit que je ne devais pas écouter cette dispute privée. Je me retournai pour partir, mais oubliant qu'il y avait un vase sur la petite table qui décorait le couloir, je le touchai violemment de la main. Elle tomba et se cassa.
Ibrahim, criant : Qui est là ?
Je restai silencieuse.
Ibrahim, insistant : Aby, c'est toi ?
Honteuse, je sortis de ma cachette.
Moi : C'est moi ! Je m'inquiétais de ne pas vous voir. Je n'ai pas fait attention au vase.
La femme : Tiens, une curieuse !
Je la dévisageai du regard. C'était une femme claire, très belle. De longs cheveux lui tombaient sur les épaules. De taille fine et élancée, elle portait une jolie robe noire.
Ibrahim : Arrêtes !
La femme, à Sokhna : Pff ! C'est qui celle-là ?
Ibrahim, fièrement : Alors, "celle-là " comme tu dis, c'est ma perle rare Rabia.
La jeune femme me dévisagea de la pointe des cheveux à la pointe des pieds.
La femme : Tu es tombé bien bas. Je te connaissais avec un meilleur goût.
Moi, énervée, à Ibrahim : Non, mais attends ! C'est qui ?
La femme : Je suis sa fiancée. Vous avez pris mes restes. ( puis à Ibrahim) Alors c'est à cause d'elle que tu es si fâché de me voir ?
Ibrahim : Attends, ne crois pas ce qu'elle dit. Elle est complètement folle. Tu...
Moi, le coupant : Je ne veux plus rien entendre.
En colère, je me dirigeai vers la porte et ne voulais qu'une chose : m'éloigner de cet enfer. J'entends au loin la jeune femme éclater de rire.