Je me jetai sur mon lit en colère. J'en tremblai même. Non, mais quel goujat ! Je sentais les terribles battements de mon cœur. Pendant plus de trois mois, il m'avait prise pour une cruche. Il y a quelques jours, il m'avait dit qu'il m'aimait. Tout cela c'était du pipeau ! Il ne voulait qu'une chose s'amuser en attendant que l'officielle revienne de Paris. Je ne m'étais jamais sentie aussi humiliée qu'aujourd'hui. A cause de lui, cette femme m'avait rabaissée plus bas que terre. Elle avait dit que j'avais pris ses restes et qu'avec moi il était tombé bien bas. Ses paroles m'avaient transpercée le cœur. Des larmes commencèrent à couler sur mes joues. Je les essuyai aussitôt. Il ne méritait pas mes larmes. Non, elle n'avait pas raison, j'étais une fille convenable. Je n'avais peut-être pas le compte en banque, ni les parents richissimes de cette pimbêche, mais j'étais une fille bien avec une meilleure éducation que cette effrontée. De plus, son mec, elle peut se le garder. De toutes les manières, j'étais partie là-bas pour rompre. Je n'en ai rien à faire de ce Don Juan.
Mon portable sonna et me tira de mes pensées colériques. C’était Ibrahim, je le coupai et mis aussitôt l'appareil sous mode silencieux. Il n'était pas question que je lui réponde. Après les sonneries incessantes d'Ibrahim, se succédèrent les multiples appels de Mactar qui reçurent le même égard. J'en avais assez, j'éteignis mon portable me promettant de ne plus l'allumer jusqu'à demain matin.
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Quelques jours après
Je sortis de la supérette avec mes courses. Découvrant le visage familier qui m'attendais juste à la sortie, je fis une courte halte pour le regarder, puis indifférente, repris ma marche. Il se dirigea vers moi.
Ibrahim : Attends !
Moi : Tu fais quoi ici ?
Ibrahim : Je t'ai suivie depuis le bureau.
Moi : Génial !
Ibrahim : Il faut qu'on parle.
Moi : Je suis pressée. Ce sera pour une autre fois.
Il attrapa ma main.
Ibrahim : Je m'excuse pour hier.
Moi : Tu t'excuses pour avoir fait de moi ta maîtresse ? Quelle délicate attention !
Ibrahim : Non, mais ne me dis pas que tu as cru à ce qu'Ariane a dit hier ? Ce n'est pas ma fiancée. Elle ne l'a jamais été. Nous sommes juste sortis ensemble. Ça fait un an qu'on s'est séparé. Avant hier, la dernière fois qu'on s'est vu, c'était le jour de notre rupture.
Moi : Ecoutes, c'est bien tout cela mais ça ne me concerne plus. Nous deux c'est fini.
Ibrahim : On ne va pas se séparer à cause des délires d'Ariane ? Je comprends ta jalousie et je te promets que plus jamais elle ne se rapprochera de nous deux.
Je retirai mon bras qu'il avait gardé si longtemps dans ses mains.
Moi : Je ne suis pas jalouse ! Si tu veux te marier avec elle ou une autre, fais-le.
Ibrahim : Pourquoi me marier avec une autre ? Je suis amoureux de toi, Rabia. C’est sincère.
En l'entendant dire ces paroles poignantes, mon être se raidit. Me voilà de nouveau bouleversée. Je le regardai fixement et me montrai froide.
Moi : Ce n'est pas à cause de cette pimbêche que je te quitte. Hier, je t'ai annoncé notre rupture bien avant les révélations de ton ex. Nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre. Tu trouveras très vite, une femme qui te fera oublier mon visage.
Ibrahim : Pourquoi refuses-tu mon amour ? Pourquoi ?
Je voulus partir, il m'en empêcha.
Ibrahim, insistant : Pourquoi?
Moi : Parce que je ne t'aime pas.
Les mots étaient sortis accidentellement. Il me regarda, horrifié. Il m'avait poussée à parler. Je lui en voulais. Il resta silencieux un moment.
Ibrahim : Je ne te crois pas .
Il me caressa le visage. Je retirai ma tête.
Ibrahim : Tous tes baisers pendant nos deux mois m'ont convaincu du contraire. Tes yeux, actuellement me disent le contraire. (Je baissais aussitôt les yeux). Je ne sais pas pourquoi tu refuses d'écouter ton cœur, mais tu fais une énorme bêtise.
Bouche bée, je voyageai en moi - même. Mais revenant vite à la réalité, je le fixai de nouveau du regard.
Moi : Il faudra que tu t'y fasses, je ne ressens rien pour toi.
A la hâte, je m'éloignai de lui.
Seule dans ma chambre, je repensai aux paroles farfelues d'Ibrahim. Moi, amoureuse de lui ? Complètement, maboul. S'il savait que notre relation n'aurait jamais eu lieu sans les menaces de Mactar. Je me souris fièrement. J'étais sortie de cette histoire macabre de manière victorieuse. Pour être sûre de ne plus être harcelée par Mactar, je lui envoie un message lui expliquant que j'avais rompu avec Ibrahim et que ce dernier était déjà dans une autre relation. C'est vrai que je mentais sur ce point, mais il m'avait déjà poussée à mentir, je ne vois pas pourquoi je devrais me gêner de lui mentir à son tour.
Mon portable sonna.
Mactar : "Quoi ????? Il avait déjà une copine".
Je lui renvoyai un autre message : "Oui.Elle est arrivée hier de Paris. Tu devras trouver un autre plan pour tes projets. Le plan A vient de tomber à l'eau."
Mactar : "Il faut qu'on se voit ! "
Moi : "Non ! Laisses-moi tranquille. Je ne suis plus dans le coup"
Je ne reçus plus de sms, j'en conclus que Mactar avait enfin jeté l'éponge.
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Deux semaines s'écoulèrent. Deux semaines de pur bonheur. J'avais retrouvé ma liberté. Mactar ne me donnait plus signe de vie, Ibrahim non plus. J'en étais fort heureuse. L'esprit libre, j'en avais profité pour me recentrer sur mes projets de vie. J'avais annoncé à Maty mon futur déménagement. Depuis que j'avais trouvé du travail, j'étais autonome financièrement. Je pouvais me payer un loyer et permettre à Maty et El Hadj de retrouver leur intimité. Bien sûr, cette nouvelle ne plut pas à mon amie, mais elle n'arriva pas à me faire changer d'avis. La seule chose qu'elle put, ce fut de me convaincre de choisir un appartement pas trop éloigné.
Je fus surprise en découvrant la jeune femme qui m'attendais à la réception. Je m'excusais auprès de mes collègues et me dirigeai vers elle.
- Bonjour, Rabia!
Moi : Bonjour,
Poliment, nous nous fîmes la bise.
Sokhna : Je sais que vous êtes surprise de me voir, mais j'aimerais vous parler.
Nous nous retrouvâmes toutes les deux dans un restaurant pas loin du bureau. Nous passâmes notre commande.
Sokhna : Je sais que vous êtes surprise de me voir ici.
Moi : Oui. Très surprise. Comment va Ibrahim ?
Sokhna : Je suis venue vous parler de lui. Depuis votre rupture, il refuse de me parler. Il ne sait pas que je suis ici. C'est son ami Ablaye qui m'a indiquée là où vous travaillez.
Ablaye était le meilleur ami d'Ibrahim. Il m'en avait parlé, mais toujours entre deux avions ces deux derniers mois, nous n'avions pas eu l'occasion d'être présentés.
Moi : Pardonnez-moi, mais si votre frère ne vous a pas demandée de venir me voir, pourquoi êtes-vous ici ?
Sokhna : J'aimerais m'excuser pour Ariane. Je ...
Moi : Nous ne nous sommes pas séparés à cause d'elle. Vous n'avez pas à vous excuser.
Elle me regarda surprise.
Sokhna : Vous ne vous êtes pas séparés à cause d'Ariane ?
Moi : Non !
Sokhna : Mais alors pourquoi est-il fâché contre moi ?
Moi : Je pense que vous devriez parler avec votre frère. Il est mieux placé pour vous répondre.
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Pdv Sokhna
J'étais surprise. La colère d'Ibrahim m'avait convaincue qu'ils s'étaient séparés à cause de ma bourde. Une bourde ! Je venais d'en refaire en me retrouvant ici devant l'ex de mon frère. C'était une belle femme. Des plus belles, j'en avais vues dans ses bras, mais depuis ses 20 ans, il refusait de présenter ses conquêtes à nos parents et là, il y a quelques jours, ma mère m'avait confiée qu'il leur avait présenté Rabia. Une surprise qui m'avait fait regretter mon intervention dans la vie amoureuse de mon frère. Ariane est mon amie et en ayant appris leur relation, j'avais espéré les voir la bague au doigt. Mais Ibrahim n'avait jamais voulu aller plus loin. Apprendre leur séparation m'avait déçue. Alors quand j'ai croisé Ariane sur Paris et qu'elle m'avait avouée que ses sentiments pour Ibrahim n'avaient pas changé, je lui avais conseillée de me suivre à Dakar. J'étais loin de m'imaginer qu'Ibrahim avait déjà refait sa vie. Aussi gênée que moi, je la vis me sourire. Je souris aussi.
Une serveuse revint vers nous avec nos commandes.
Moi, après une bouchée : Humm ! Ça sent bon !
Rabia : Je viens souvent manger ici à la pause . Le cuisinier est top.
Moi : Je le vois bien.
Rabia : Je tiens à vous rassurer. Vous n'êtes pas responsable de notre séparation.
Elle m'avait parlé tendrement et paisiblement. Décidément, elle supportait mieux la séparation qu'Ibrahim. Était-ce elle qui avait rompu ? Si oui, c'était une grande première. Ibrahim était toujours l'initiateur de toutes ses ruptures. Les femmes que je lui avais toujours connues l'aimaient, l'adulaient ou cherchaient tout simplement à se remplir les poches. Aucune n'avait pensé quitter ses beaux bras. Intérieurement, je jubilais. Je comprenais mieux la colère de mon frère. Je n'étais pas du tout la cause de sa colère. Je pense bien qu'Ibrahim a trouvé chaussure à son pied, celle qui pour une fois, ne se laissera pas faire. J'ai hâte de voir la suite. Je sens qu'on n'a pas fini d'entendre parler de Rabia l'Amazone.
- Coucou !
Une voix me fit sortir de mes pensées. Rabia sourit à celui qui venait de nous rejoindre.
Rabia : Bakary ! Je m'excuse, j'ai eu de la visite. Je ne t'ai pas attendu.
Bakary : Ce n'est pas grave. Je me suis dit que tu étais occupée et que tu ne pouvais pas prendre ta pause.
Rabia : Je l'ai bien prise, mais je suis partie plutôt. Au fait, Bakary, je te présente Sokhna. Sokhna, je te présente Bakary, mon collègue.
Bakary : Enchanté !
Moi : Enchantée !
Bakary : Bon. Je vous laisse !
Moi : Attends ! Tu es seul ?
Bakary : Oui ! J'ai demandé aux autres de me devancer. Je t'attendais. Je pensais les retrouver ici, mais ils ont dû aller à "La Bonne Marmite".
Rabia : Ah, mais installes-toi.
Bakary, gêné : Je ne veux pas vous déranger.
Rabia : Ça ne vous dérange pas.
Bakary : Ça vous dérange Sokhna ?
Rabia : Non ! Pas du tout !
Bakary, en s’asseyant : Merci.
Je le regardai furtivement : trop beau pour être son ami, trop gentil pour être désintéressé. Je ne connaissais pas cet homme, mais il ne m'inspirait pas confiance.