8. Petite faille

2203 Mots
Quelques jours après Bakary : Je peux te poser une question ? Je souris à Bakary qui squattait mon bureau. Moi : Oui ! Vas-y ! Bakary : Tu es libre samedi ? Moi : ... Oui ! Bakary : J'aimerais t'inviter à dîner. Moi : ... Bakary : Je sors avec des amis ! J'aimerais bien que tu te joignes à nous. Moi : Je viendrais ! Bakary : Oh ! Merci ! Bon, je te laisse travailler, je retourne dans mon bureau. On coordonne plus tard pour samedi. Il s'en alla et je restai toute seule. Depuis mon arrivée dans l'entreprise, Bakary s'était montré très gentil avec moi. Il m'avait beaucoup aidée à m'intégrer, me proposant de manger à la pause avec le groupe de collègues avec qui il s'était lié d'amitié. Chaque jour, avant de commencer sa journée de travail, il passait dans mon bureau. Cela avait créé une légère complicité entre nous. ************************ Samedi arriva bientôt. Comme convenu, Bakary vint me chercher en bas de l'immeuble. J'avais choisi une robe noire qui m'arrivait aux genoux, un sac et des escarpins rouges. Nous nous retrouvâmes dans une des boîtes de nuit les plus huppées de Dakar, le genre d'endroit où je n'aurais jamais cru que Bakary aimait aller. Je le trouvais si calme et simple. Nous rejoignîmes son groupe d'amis. 2 garçons et 2 filles : Jeanne, Eric, Modou et sa copine Fanta. Ils s'étaient déjà servis à boire. Bakary me laissa un moment, seule et alla nous chercher des boissons. La musique entraînante résonnait en moi et je ne mis pas longtemps à rejoindre la piste de danse avec les amis de Bakary. Ce dernier resta à notre table. Visiblement, il n'aimait pas trop la danse. Je me déhanchais au rythme du son quand mon regard fut attiré par un couple qui dansait à quelques mètres de moi. L'homme, de dos, me semblait familier. Non ! Mais J'hallucine. Je le vois un peu partout ces derniers temps. C'est juste un...Il se retourna et je restai figée. C'était bien lui avec une femme. Il ne me voyait pas et continuait de danser avec la jeune femme qui m'était totalement inconnue. Tout à coup, il redressa la tête et me vit. Il me fixa aussi du regard. Je détournai mon regard et continuai de danser. Mais dès que la chanson se termina, je m'excusai auprès des amis de Bakary et retournai m'asseoir. Bakary : Tu ne danses plus ? Moi : Je suis fatiguée ! Je jetai un coup d’œil sur le fameux couple qui m'avait fait perdre tout envie de danser. Ils se trémoussaient encore sur la piste de danse. J'étais enragée. Que faisait-il ici avec cette bimbo qui ressemblait à une prostituée avec sa robe super moulante et courte ? Ça faisait juste deux semaines qu'on s'était séparés et le voilà déjà dans les bras d'une autre. J'étais vraiment énervée. Pourquoi avait-il fallu qu'on se retrouve dans la même boîte de nuit ce soir ? Je sursautai. Bakary m'avait tapée amicalement le dos. Bakary : Tu rêves ? Moi : Non ! Je regardai les gens danser. Il me sourit. Bakary : Je te demandais si tu voulais boire quelque chose ! Moi : Non ! Merci ! Bakary : Ok ! Je reviens. Le Dj passa du r'n'b au zouk. La piste de danse se vida de la moitié de ses occupants, mais Ibrahim passa ses bras autour de la taille de sa pimbêche et ils se lancèrent dans des mouvements de danse langoureux. Deux des amis de Bakary me rejoignirent. Je reportai mon attention à eux. Je sortis des toilettes et me lavai les mains, puis après m'avoir séché les mains, je me repoudrai et m'admirai dans le miroir. J'ouvris la porte qui donnait dans le couloir. Je me stoppai net en reconnaissant celui qui venait de sortir des toilettes pour hommes. - Tiens bonsoir! Rabia! Il me sourit. Je lui répondis par un tchip ! Je voulus partir, mais il m'attrapa la main. Ibrahim : Attends ! Même si on n’est plus ensemble, on pourrait quand même rester en bons termes! Moi, intérieurement : Jamais ! Je libérai mon bras. Moi : Je vois que tu es très bien accompagné. Il me dévisagea. Ibrahim : Quoi ? Tu as quelque chose à me dire ? Moi : Ça t'amuse de me suivre dans cette boîte avec cette pimbêche et de te trémousser comme çà avec elle devant moi. Il éclata de rire. Ibrahim : Non ! Mais tu penses que je suis complètement barge ! Tu penses que j'ai fait exprès de te suivre ici. J'étais loin de penser te trouver ici. Je ne vis pas pour toi. Énervée, je cherchai à m'éloigner de lui. Il courut derrière moi et me rattrapa en riant. Ibrahim : Attends ! Ne me dis pas que tu es jalouse. Je rigolai à mon tour. Moi, offusquée : Moi jalouse ? Il me tira vers lui et je sentis pour la première fois ma vulnérabilité. Ibrahim, amusée : Tu es jalouse, ma belle. Et j'aime ça ! Il prit ma tête en coupe et approcha ses lèvres de moi. Au lieu de résister, je fermai les yeux. Puis tout d'un coup, des bruits de talons et des éclats de rire me ramenèrent à la réalité. Je le repoussai violemment en rouvrant mes yeux. Deux jeunes femmes venaient d'entrer dans le couloir. Je courus vers la sortie. Je sentis Ibrahim me suivre et j'accélérai mes pas. Je m'assis à côté de Bakary. Ibrahim se stoppa net à quelques mètres de notre table, puis me voyant parler à Bakary, rebroussa chemin. Quelques minutes après, mon portable sonna. C'était Ibrahim ! " Tu ne t'en sortiras pas comme ça! Fuis - moi si tu veux, mais tu es à moi." ************** Quelques heures plus tard   Bakary coupa le moteur de sa voiture.  Bakary : Voilà on est arrivés à destination. Moi : Merci ! Bakary : C'est moi qui te remercie d'avoir accepté mon invitation. Moi : J'ai passé un super moment ! Bakary : Moi aussi. J'ouvris la portière. Il attrapa mon bras. Je me retournai pour le regarder. Je l'interrogeai du regard. Il plongea ses yeux dans les miens comme pour me dire quelque chose, puis il se ravisa. Bakary, en relâchant le bras : Reposes - toi bien ! Je lui souris et sortis. Je traversai l'appartement en marchant sur la pointe des pieds. Maty et El Hadj dormaient déjà. Normal, il était 4h du matin. Je m'enfermai dans ma chambre, me déshabillai, enlevai tous mes bijoux et me couchai. J'étais exténuée, mais je n'arrivais pas à dormir. La scène avec Ibrahim me hantait. J'étais furieuse contre moi. Comme une minette, je lui avais fait une scène de ménage lui faisant deviner une réalité qui m'horrifiait. Moi, jalouse ? C'était de la folie !! Je ne pouvais pas être jalouse, parce que je ne peux pas être am ... ! Je ne pouvais même pas dire le mot. Je ne devais pas oublier ce que j'avais subi, il y a dix ans. Non, je pouvais, je ne devais pas tomber am... Je ne devais plus revoir Ibrahim. Tant que je vivrai, je le fuirai. Mes résolutions faites, je finis par tombée dans les bras de Morphée. **********************.   Quelques semaines plus tard Moi, en applaudissant :  Bravo ! El Hadj me sourit. Il venait de faire monter le dernier carton. J'étais aux anges. J'avais enfin trouvé un logement. C'était un appartement magnifique à 20 minutes à pied de chez Maty. J'étais vraiment heureuse. Maty et El Hadj m'aidèrent à aménager mon appartement. Quand on termina, deux heures après, il était déjà 15h.On fit l'inspection des lieux. Le lit était bien installé, mes habits bien rangés dans l'armoire dans la chambre, mes fauteuils et la table basse bien agencés dans le salon. La cuisine n'était pour le moment équipée que d'une bouteille de gaz et de quelques ustensiles. Je me promis de mieux l'équiper le mois prochain. J'avais déjà beaucoup dépensé ce mois-ci. On retourna déjeuner chez Maty. J'y restai jusqu'à vers 18h, puis je pris congé. Quand je refermai ma porte derrière moi. Je fis la petite danse de la victoire. J'étais chez moi. C'était mon premier "chez moi". J'étais fière de moi. Je fis le tour de l'appartement comme pour me convaincre de ne pas être en plein rêve. Ma sonnerie retentit et je me dirigeai vers la porte me demandant qui pouvait venir déranger mon intimité. J'ouvris la porte et voulus aussitôt le refermer, mais il poussa violemment la porte plus fort que moi, il entra. Moi : Que fais-tu ici ? Ibrahim : Bonjour ma chérie. Moi : Ibrahim, Vas-t-en !  D'ailleurs comment as-tu fait pour savoir où je vis ? Ibrahim : Si tu m'accueilles un peu mieux, peut être que je te dirais comment j'ai fait. Moi : Ibrahim, s'il te plaît, Vas-t-en ! Ibrahim : Je dois te parler, écoutes d'abord ce que je vais te dire et après si tu veux toujours que je parte, je m'en irais. Nous nous installâmes dans les fauteuils du salon, face à face. Nous restâmes dans un long silence. Moi, la tête baissée et lui, les yeux fixés sur moi. J'étais tendue me demandant où cette rencontre allait nous mener. Il finit par parler. Ibrahim : Je te surveille depuis plusieurs semaines. C'est comme ça que j'ai vu que tu n'habitais pas seule et je n'osai pas venir te voir. Quand je t'ai vue déménager aujourd'hui, je me suis dit que c'était le moment. Moi : Tu me surveilles depuis des semaines ? Ibrahim : Rabia, je t'aime. Je restai silencieuse, toujours tête baissée. Devant l'absence de réaction, il reprit.  Ibrahim, insistant : Rabia, je t'aime. Moi : ... Ibrahim : Tu ne dis rien ? Moi : Que veux-tu que je te dise ? Ce que tu attends de moi, ce n'est pas possible. Ibrahim : Pourquoi ? Moi : Parce que je ne ressens pas la même chose que toi. Ibrahim : Regardes-moi dans les yeux et répètes-moi, ce que tu viens de me dire. Je pris courage, releva la tête et dis : - Je ne ressens rien pour toi. Il applaudit en souriant. Ibrahim : Bravo ! Mais je ne te crois pas ! Je ne sais pas si tes sentiments sont aussi forts que les miens, mais je sais que tu as des sentiments pour moi. Avant je le soupçonnais, mais depuis ta crise de jalousie de la dernière fois, je n'ai plus aucun doute là-dessus. D'ailleurs, je te rassure, je n'ai plus revu cette fille depuis cette soirée. C'est toi que je veux. Il se leva, contourna la table basse qui nous séparait, me prit par la main et me fit me lever. Ibrahim : C'est toi que je veux, personne d'autre. Nos yeux se croisèrent. Moi : Pourquoi moi ? Ibrahim : Parce que tu es une merveille, une perle rare, un bijou. Je t'aime ! C'est la première fois que je ressens quelque chose d'aussi fort. Laisse-nous une chance et tu verras jusqu'où ce délicieux bonheur nous mènera, jusqu'au mariage peut être. Il s'approcha de moi et m'embrassa avec douceur. Il se retira quand il sentit mes larmes ruisseler sur ses mains qui tenaient ma tête en coupe. Ibrahim, paniqué : Qu'as-tu ? Mes larmes coulèrent abondamment. C'était incontrôlable. Il m'aida à m'asseoir. La tête baissée jusqu'aux genoux, je continuai de pleurer. Silencieusement, il s'accroupit et me caressa la tête. Ibrahim : Parles-moi, mon amour, qu'est ce qui te fait tant de peine ? Je relevai brusquement la tête. Moi, sanglotant : C'est toi qui me donnes toute cette peine. Ibrahim : Moi, je ne veux que ton bonheur. Je veux notre bonheur. Si tu es perdue, laisses-moi te guider. Si tu as peur, laisses-moi te rassurer. Ne fermes pas ton cœur, écoutes le. J'en avais assez. Je me levai et me dirigeai en trombe vers ma chambre. Moi : Vas-t-en Ibrahim et ne reviens plus jamais. Il me poursuivit, mais j'arrivai dans la chambre et fermai la porte à clé avant de me jeter en pleurs sur le lit. Pdv Ibrahim Je tambourinai la porte. Ibrahim : Rabia, ouvres-moi la porte ! Moi : Vas-t-en ! Ibrahim : Ouvres-moi ! Je continuai de frapper sur la porte, mais elle ne réagit pas. Las, je retournai m'asseoir dans un fauteuil. J'étais réellement peiné de l'avoir vu dans cet état. Elle était si fragile, si sensible. Je découvrais une nouvelle Rabia, la vraie Rabia. Je ne m'attendais pas à la voir aussi fragile. La coquille dans laquelle elle s'était cachée s'était fissurée et sa réaction excessive était à la hauteur de son désarroi et de sa peur. Elle voulait que je parte. Je ne le ferai pas. J'avais tant cherché cet amour fort que je ressentais pour elle. Je l'avais cherché auprès de mes nombreuses ex. Je l'avais trouvé auprès de Rabia, je refusai de tout laisser tomber. S'il fallait descendre avec Rabia dans ses ténèbres et zones d'ombre, je le ferai, mais je ne la laisserai pas partir. J'ai besoin de son amour.  
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