Chapitre 16

1466 Mots
Lorenzo l'embrassa, plus lentement que jamais. Sans violence. Sans domination. C'était presque plus dangereux ainsi. Quand leurs lèvres se séparèrent, il murmura contre sa bouche : - Reste cette nuit. Elle voulut dire non. Elle voulut fuir. Mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Et, malgré elle, elle resta. ● Le lendemain matin, Amaya ouvrit les yeux avant lui. La lumière douce de Capri traversait les rideaux, donnant à la chambre un calme presque irréel. Elle tourna la tête et observa Lorenzo, endormi, le visage détendu si différent de l'homme froid qu'il montrait au monde. Durant quelques secondes, elle eut l'impression d'être en paix. Il sembla sentir son regard, car ses yeux s'ouvrirent, lents, sombres, possessifs. - Tu me regardes dormir maintenant ? murmura-t-il. Elle voulut répondre quelque chose de piquant, mais il la tira contre lui sans attendre, l'embrassant avec une intensité qui lui coupa le souffle. À peine éveillés, ils recommencèrent à s'aimer, sans retenue. Amaya céda. Encore. Et pendant quelques instants, elle se sentit presque... heureuse. Mais quand elle se releva pour s'habiller, un malaise s'insinua doucement. Elle regarda autour d'elle : la villa, le silence, l'isolement. Ce n'était pas une maison. C'était une cage dorée. Lorenzo, assis sur le bord du lit, l'observait. Il remarqua son trouble et sourit. - Tu réfléchis trop, Bellori. - Je n'ai rien à réfléchir, mentit-elle. - Tu mens très mal. Elle détourna les yeux, piquée au vif. Il s'approcha lentement, un pas après l'autre, jusqu'à être juste devant elle. - Je sais exactement ce qui se passe dans ta tête. Tu te dis que ça n'a aucun sens. Que je suis marié. Mafieux. Dangereux. Et que t'aurais dû me fuir. Amaya déglutit. Il était... trop lucide. - Mais tu reviens quand même, continua-t-il, sa voix basse, chaude, dangereuse. Tu reviens toujours. Il posa un doigt sous son menton pour l'obliger à le regarder. - Et ça te rend folle. Elle voulut le repousser, mais ses mains tremblaient. - Tu m'isoles, Lorenzo... murmura-t-elle. Tu fais exprès. Tu joues avec ma tête. - Bien sûr que je joue. Je veux savoir jusqu'où tu peux aller pour moi. Il frôla ses lèvres. - Et je veux savoir jusqu'où tu vas me laisser te prendre. Elle sentit sa gorge se serrer. La journée passa ainsi. Lorenzo était étrange. Tantôt attentionné, presque doux... Tantôt distant, indifférent, glacé. Elle essayait de travailler depuis son téléphone, mais il venait la prendre dans ses bras, l'embrasser dans le cou, la distraire. Puis, sans prévenir, il s'éloignait. L'ignorait. Parlait au téléphone en italien comme si elle n'existait pas. Il la testait. Elle en avait conscience. Mais elle tombait dedans. Le soir, lorsqu'elle tenta de partir, il ne leva même pas les yeux. - Je rentre chez moi, dit-elle froidement. Aucune réaction. Elle insista : - Tu m'entends, Lorenzo ? Rien. Il continuait de regarder son verre de whisky, impassible. Elle sentit la colère monter. La peur aussi. Alors elle s'approcha, se plaça devant lui. - Je ne suis pas ta chose, Lorenzo ! Cette fois, il leva enfin le regard. Lentement. Très lentement. Son sourire était froid, presque cruel. - Non, t'as raison. Il se pencha sur elle, sa voix descendit d'un ton. - T'es pire que ça. Il effleura sa joue de son pouce. - T'es à moi. Amaya sentit quelque chose se briser et se refermer en même temps. La dépendance commençait. Et lui, il le savait. Énervée, Amaya quitta la villa sans se retourner. Le chauffeur de Lorenzo l'attendait déjà devant la maison. Il lui ouvrit la portière sans un mot. Tout le trajet fut silencieux. Amaya regardait par la fenêtre, perdue dans ses pensées. La route défilait mais elle ne voyait rien. Son esprit restait coincé avec Lorenzo. Ses paroles. Son regard. Cette façon qu'il avait de la déstabiliser. Lorsqu'elle arriva enfin chez elle, il était déjà vingt-deux heures. Elle entra dans son appartement comme une étrangère. Le silence la frappa immédiatement. Elle posa son sac, passa une main dans ses cheveux et ouvrit une bouteille de vin sans même réfléchir. Un verre. Puis deux. Puis directement à la bouteille. Ses pensées tournaient en boucle. Pourquoi lui ? Pourquoi cet homme la troublait-il autant ? Elle qui passait sa vie à conseiller des femmes, à leur apprendre à poser des limites, à se respecter. Et pourtant, face à Lorenzo... elle devenait quelqu'un d'autre. - Ça n'a aucun sens... murmura-t-elle. Un mafieux. Un homme marié. Un homme froid, imprévisible. Tout ce qu'elle détestait. Et pourtant, il occupait toutes ses pensées. Elle sentit les larmes monter. Une tristesse lourde, confuse. - Qu'est-ce qui ne va pas chez moi... Assise sur son canapé, la bouteille toujours à la main, elle pleura longuement. Jusqu'à ce que la fatigue la rattrape. Elle finit par s'endormir ainsi. Le lendemain matin, la lumière du soleil la réveilla doucement. Elle ouvrit les yeux, désorientée. Son cou était raide, sa tête lourde. Elle se redressa lentement et réalisa qu'elle s'était endormie sur le canapé... la bouteille de vin toujours dans sa main. - Merde...murmura-t-elle en posant la bouteille sur la table. Elle attrapa son téléphone. Quand l'écran s'alluma, son cœur se serra. 11h03. - Non... Elle se leva d'un bond. Elle était déjà censée être au cabinet depuis longtemps. En regardant les notifications, elle sentit une boule se former dans sa gorge. Plus de dix appels manqués d'une cliente qu'elle devait recevoir en urgence ce matin. Et trois autres appels manqués d'une autre cliente prévue dans la journée. Amaya passa une main tremblante sur son visage. Cela ne lui ressemblait pas. Jamais elle n'avait laissé tomber une cliente. Jamais. Elle se sentait honteuse, coupable... et profondément mal d'avoir perdu le contrôle ainsi. Sans perdre de temps, elle appela son assistante. - Carmen ? C'est Amaya... Écoute, je suis vraiment désolée pour ce matin. Préviens les clientes que je peux les recevoir aujourd'hui, même si l'heure est passée. Dis-leur que je suis disponible. Et surtout... la dame qui devait venir en urgence, je veux la voir immédiatement. Il y eut un silence au bout du fil. Puis la voix de Béatrice, hésitante. - Amaya... ce ne sera pas possible. Le cœur d'Amaya se serra. - Pourquoi ? - La dame est venue ce matin. Elle t'a attendue longtemps... mais comme le cabinet était fermé, elle a commencé à paniquer. Elle était très agitée. Elle criait que personne ne voulait l'aider... Amaya sentit son estomac se nouer. - Oh non... La voix de son assistante devint plus grave. - Elle a fait une crise... et elle s'est jetée de l'étage du bâtiment. Le monde sembla s'arrêter autour d'Amaya. - Elle... quoi ? - Les secours sont arrivés. Elle est à l'hôpital maintenant. Amaya resta immobile au milieu du salon, le téléphone serré contre son oreille. Son cœur battait violemment dans sa poitrine. Et une seule pensée tournait dans sa tête. Si j'avais été là... Amaya resta figée, le téléphone encore collé à son oreille. Puis lentement, elle raccrocha. Le silence de l'appartement lui parut soudain assourdissant. Elle recula jusqu'au canapé et s'y laissa tomber, les mains tremblantes. Une larme roula sur sa joue sans qu'elle ne puisse la retenir. - C'est de ma faute... murmura-t-elle. Elle revoyait les appels manqués. Les messages ignorés. Elle revoyait surtout Lorenzo. Sa mâchoire se crispa. - Non... c'est lui... Il me détruit... Mais au fond, elle savait qu'elle avait sa part de responsabilité. Et cette pensée lui faisait encore plus mal. Après quelques minutes, elle attrapa son téléphone et rappela. - Carmen... dis-moi dans quel hôpital elle a été emmenée. Et son nom. Carmen lui donna les informations, la voix encore secouée. Amaya raccrocha. Elle resta assise quelques secondes, perdue, puis se leva brusquement. Direction la salle de bain. Douche rapide. Brossage de dents. Aucune envie de manger. Elle attrapa son sac et quitta l'appartement. À l'hôpital, l'odeur antiseptique lui serra immédiatement la gorge. Elle s'approcha de l'accueil. - Bonjour... je cherche une patiente. Elle s'appelle...Bretta Rossi. L'infirmière consulta son ordinateur. - Elle est vivante. Elle n'a rien de vitalement engagé. Mais elle a subi une commotion cérébrale et une contusion pulmonaire. Elle est actuellement en urgence. Amaya sentit un poids quitter légèrement sa poitrine... sans disparaître complètement. - Je peux la voir ? - Pas pour l'instant. Il va falloir attendre. Amaya hocha la tête. Elle alla s'asseoir dans la salle d'attente. Les minutes passaient. Puis les heures. Toujours aucune nouvelle. Son regard restait fixé dans le vide. Après un moment, son ventre se rappela à elle. Elle alla à la cafétéria, mangea à peine, puis revint s'asseoir. À attendre. Encore. L'attente était insupportable. Épuisée, vidée, elle finit par s'endormir sur la chaise. Un bruit v*****t la réveilla en sursaut. - Elle est où cette p**e ?! Amaya releva brusquement la tête. A suivre
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER