Le chef de la famille NOA allait au sport tous les matins. Peut-être que c’est ce qui lui a permis de vivre plus longtemps que le terme prévu par ses derniers examens cliniques. Il bénéficiait ainsi d’une année de plus de longévité, et imaginait au fond de lui, quel genre de mort il connaitrait. Sa mort serait selon, ses pensées, sans embarras ni chagrins pour quiconque. Une mort pas accablante est son adieu souhaité pour les siens. Mais quand il pense qu’il peut mourir n’importe quand, en chaque minute qui passait, il ne pense plus à lui mais plutôt à sa tendre épouse. Alors il pleure, pas parce qu’il va mourir, mais à cause de la grande douleur qu’il aurait infligé à sa princesse, non seulement en disparaissant, mais surtout en lui ayant caché la cause de sa mort. Le sportif continuait toujours à fouler petitement le sol, mais dans sa tête il discutait tout seul de tous ces paramètres. Il se culpabilisait de tout ce qui pourrait arriver de négatif à sa femme d’avance, si jamais il ne lui disait pas toute la vérité sur son état de santé avant de mourir. Au bout de toutes ces réflexions, il était arrivé au terme de sa séance du jour. Il avait pour stop, le parking de son véhicule, qu’il prenait à la fois pour point de départ, et d’arrivée. Mais à l’arrivée, il ne sautait pas simplement dans sa voiture pour rentrer chez lui mais prenait toujours une pause de consommation très bien pesée, dans le prestigieux restaurant du parc. On ne parlerait donc pas d’un petit déjeuner, ni d’un déjeuner, parce qu’il mangeait avec rigueur, et donc sur commande. Il était un client spécial du coin, parce qu’il ne trouvait jamais sa pointure dans le menu du jour, en raison des nombreuses interdictions médicales auxquelles sa santé devrait faire face si il voulait vivre un peu plus longtemps. Et il aimait beaucoup venir manger là parce qu’il était bien compris, et servi sur juste mesure. Il se sentait si bien dans cet endroit dont il était devenu l’ami fidèle, qu’il n’était pas souvent pressé de rentrer chez lui. Mais il lui fallait bien en fin de compte rentrer à la maison, car de nombreuses responsabilités l’attendaient là -bas. Le voici à la fin de sa consommation du jour, maintenant il doit rentrer à la maison.
Soudain, il se souvint qu’il avait oublié de répartir la solution buvable de Symphonie hier soir. Grand Dieu ! Allait-elle pouvoir y faire attention avant de la prendre ? Il lui fallait urgemment appeler la maison et le notifier. En toute précipitation, il déposa de l’argent pour solder le service reçu, et parti sans même attendre le reliquat. Arrivé dans son véhicule, il chercha rapidement son téléphone mais ceci en vain. C’est en ce moment qu’il se rappela de l’avoir laissé à la maison. Il se mit alors à prier Dieu pour que rien de grave ne soit arrivé à sa fille avant qu’il ne soit rentré car si jamais elle l’avait bu, alors le pire pourrait être à craindre. Cette solution buvable fait en fait partie du traitement que le vieux psychiatre administrait à sa fille pour éradiquer sa déprime. Mais elle devrait être préparée avant d’être consommée. Une ampoule devrait être diluée et la solution obtenue divisée par quatre. C’est ce quart de portion, qui fait la dose normale d’une prise. Le père de Symphonie, avait des boites témoins, quatre précisément, en lesquelles il répartissait la solution préparée. Et il avait instruis sa fille à l’auto- traitement au cas où il serait absent. Car il y avait juste les quatre boites rechargées posées dans un coin clinique de sa chambre, et elle devait juste respecter les différents horaires et absorber un seul contenu à chaque heure prévue. Mais hier soir, le père NOA n’avait pas dilué la solution. Il avait vidé l’ampoule dans l’une des boites témoins après le dernier traitement de Symphonie, et sous l’effet de la fatigue l’avait déposé au lieu habituel sans l’avoir dilué. Sur quatre boites, une seule serait donc rechargée, et sa fille risquerait d’en avaler sans crainte le contenu. Ce qui tiendrait lieu d’un hyper surdosage. Voilà pourquoi le médecin traitant de Symphonie est autant inquiet, au point de trouver le trajet long mainte fois plus que d’habitude. Enfin le voici venu à son domicile. Mitigé entre doute et crainte, il se précipita vers l’intérieur. Mais il ne croisait personne. Il fit rapidement le tour de toutes les chambres et ne trouva que Symphonie cloîtrée dans son lit, toute faible. Il comprit immédiatement que tout ce qu’il craignait pour sa fille était arrivé mais le pire évité, si elle a pu rouvrir les yeux. Inutile de lui demander où sont passés les autres car cela se voit bien qu’elle venait de se réveiller. Il se dépêcha de lui donner un soin complémentaire, dont lui seul connaissait le sens. Ensuite, il se dirigea vers sa chambre à coucher pour aller chercher son téléphone, afin d’appeler Gratien ou sa mère. Il composa rapidement le numéro de téléphone de sa femme, mais celui-ci sonna sur la table de nuit. Encore plus inquiet, il raccrocha puis composa celui de son fils qu’il trouva immédiatement au bout de la ligne, mais dans un état hors du commun. Il arrivait à peine à bien prononcer correctement un mot. Il balbutiait tellement que son père a dû d’abord jouer au psychologue avant d’avoir pu le calmer.
-Calme-toi…respire…respire…doucement… voilà…tout doucement. Maintenant dis-moi ce qu’il se passe.
-C’est maman répondait-il en pleurant.
-Que lui est-il arrivé ?
-Il sonnait environ midi et Sympho n’était pas toujours sortie de sa chambre
-Oui et…
-Alors elle m’a demandé d’aller la réveiller que c’était un très mauvais comportement de sa part
-D’accord et…
- Arrivé là –bas je l’ai trouvé effondrée sur le sol, avec l’une de ses boîtes à médicament vide en sa main droite, les yeux figés
-Je vois. Et qu’est-ce que tu as fait ?