Le soleil de midi inondait Monaco, transformant la mer Méditerranée en un miroir d’émeraude. Les rues de Monte-Carlo bourdonnaient d’activité : les touristes flânaient devant les vitrines des bijouteries, les serveurs des cafés dressaient des tables en terrasse, et les yachts oscillaient doucement dans le port Hercule. Mais sous cette apparence de perfection, une tempête se déchaînait. À 11h47 précisément, une vidéo avait été mise en ligne sur une plateforme anonyme, une bombe numérique qui, en quelques minutes, avait embrasé Internet. La sextape du prince Alexandre, héritier du trône de Monaco, était désormais publique, et rien ne serait plus jamais comme avant.
Dans son bureau du palais princier, la reine Charlotte fixait l’écran de son ordinateur, les mains crispées sur les accoudoirs de son fauteuil. Elle n’avait pas regardé la vidéo – elle ne pouvait s’y résoudre – mais les titres qui défilaient sur les sites d’information suffisaient à lui donner la nausée. Scandale royal : la sextape qui ébranle Monaco ! clamait un tabloïd britannique. Alexandre de Monaco : le prince déchu dans une vidéo explicite, renchérissait un journal français. Les réseaux sociaux, eux, étaient impitoyables. Les hashtags #PrinceScandale et #MonacoHonte caracolaient en tête des tendances mondiales, accompagnés de mèmes cruels et de commentaires assassins. Charlotte ferma les yeux, tentant de repousser la vague de honte qui menaçait de l’engloutir. Mais le bourdonnement de son téléphone, qui vibrait sans cesse avec des alertes, la ramena à la réalité.
Elle avait appris la nouvelle une heure plus tôt, par un appel paniqué de Philippe, son secrétaire particulier. « Madame, c’est une catastrophe, » avait-il balbutié, lui qui d’ordinaire gardait un calme olympien. Il lui avait décrit l’essentiel : une vidéo de trente-sept secondes, filmée dans ce qui semblait être une maison close, montrant Alexandre dans une situation compromettante avec deux femmes. La qualité était médiocre, mais son visage était reconnaissable, tout comme sa voix, rauque et alourdie par l’alcool. La vidéo s’était propagée comme une traînée de poudre, téléchargée, partagée, commentée par des millions d’internautes. Les médias traditionnels, d’abord prudents, avaient fini par céder à la frénésie, publiant des articles à peine voilés de fausse pudeur.
Charlotte se leva, chancelante, et marcha vers la fenêtre. Dehors, le drapeau monégasque flottait fièrement, rouge et blanc sous un ciel sans nuages. Elle posa une main sur la vitre, comme pour s’ancrer dans quelque chose de tangible. Elle était la reine, garante de l’image de Monaco, mais en cet instant, elle n’était qu’une mère, brisée par la chute de son fils. Elle avait toujours su qu’Alexandre jouait avec le feu – ses nuits de débauche, ses fréquentations douteuses, son mépris des convenances. Mais ceci… ceci était une humiliation publique, un coup porté non seulement à lui, mais à toute la famille princière.
Un éclat de voix résonna dans le couloir, brisant le silence oppressant du palais. Charlotte reconnut immédiatement le timbre grave et furieux de son mari, le roi Louis II. Elle se raidit, anticipant l’orage. La porte s’ouvrit à la volée, et Louis entra, le visage écarlate, un journal froissé à la main. Derrière lui, Philippe tenta de suivre, mais un regard du roi le cloua sur place. « Sortez, » aboya Louis. Philippe s’inclina et disparut, refermant la porte avec un clic discret.
« Charlotte, as-tu vu ça ? » lança Louis, brandissant le journal comme une arme. La une montrait une capture floue de la vidéo, pixélisée mais suggestive. Le prince Alexandre dans la tourmente : une sextape fait trembler le palais. Charlotte hocha la tête, incapable de parler. Louis jeta le journal sur le bureau, et un vase en porcelaine, heurté par le geste, vacilla dangereusement avant de s’immobiliser. « C’est intolérable ! » rugit-il. « Ce garçon est une honte ! Une honte pour nous, pour Monaco, pour tout ce que nous avons construit ! »
Charlotte ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots lui manquèrent. Elle connaissait la colère de Louis, cette fureur qui couvait sous sa façade de monarque stoïque. Il avait toujours été plus dur avec Alexandre, voyant en lui une version amplifiée de ses propres erreurs de jeunesse. Louis avait lui-même flirté avec l’excès dans sa vingtaine, mais il s’était repris, façonné par la discipline et le sens du devoir. Il ne comprenait pas pourquoi Alexandre, à trente ans, refusait de suivre le même chemin. « Il faut agir, Charlotte, » poursuivit-il, arpentant la pièce comme un lion en cage. « Cette fois, il est allé trop loin. Je ne tolérerai pas que notre nom soit traîné dans la boue. »
« Et que proposes-tu ? » demanda Charlotte, sa voix tremblante mais ferme. « Le bannir ? Le déshériter ? C’est ton fils, Louis ! » Elle sentit les larmes monter, mais elle les refoula. Pleurer devant Louis ne ferait qu’aggraver les choses. Il s’arrêta, la fixant avec une intensité qui la fit frissonner. « Mon fils ? » répéta-t-il, amer. « Un fils qui se respecte ne fait pas ça à sa famille. Jacques, lui, comprend ce que signifie être prince. Peut-être est-il temps de reconsidérer la succession. »
Ces mots frappèrent Charlotte comme une gifle. Jacques, leur cadet, était un jeune homme discret, studieux, l’opposé d’Alexandre. À vingt-six ans, il préférait les livres d’histoire aux soirées mondaines, et il portait le poids de son titre avec une gravité presque douloureuse. Mais il n’était pas prêt à régner, pas encore. Et surtout, Charlotte ne pouvait envisager un avenir où Alexandre serait écarté, abandonné à ses démons. « Tu ne peux pas faire ça, » murmura-t-elle. « Pas sans lui donner une chance. »
Louis ricana, un son dépourvu d’humour. « Une chance ? Combien de chances lui as-tu données, Charlotte ? Les cliniques, les conseillers, tes interminables discussions… et pour quoi ? Pour ça ! » Il désigna le journal, puis se détourna, fixant la mer par la fenêtre. Un silence lourd s’installa, seulement brisé par le tic-tac d’une horloge ancienne. Charlotte savait que Louis aimait Alexandre, à sa manière, mais sa patience était à bout. Et cette vidéo, cette humiliation publique, était la goutte d’eau.
Pendant ce temps, à l’autre bout du palais, Jacques, ignorant encore l’ampleur du scandale, travaillait dans sa bibliothèque privée. À l’étage, Alexandre dormait, inconscient du chaos qu’il avait déclenché. Il s’était effondré sur son lit à l’aube, encore vêtu de son costume froissé, un verre vide à la main. Dans son sommeil agité, il rêvait de casinos, de rires, de liberté. Il ne savait pas que, dehors, Monaco s’enflammait.
Dans les rues, la nouvelle se répandait comme une traînée de poudre. Au Café de Paris, les serveurs échangeaient des murmures, leurs clients pianotant frénétiquement sur leurs téléphones. « Tu as vu la vidéo ? » chuchota une femme à une amie, son café oublié. « C’est lui, c’est sûr. Quel scandale ! » À La Condamine, les pêcheurs, habitués aux ragots princiers, secouaient la tête avec un mélange de dédain et d’amusement. Même les chauffeurs de taxi, d’ordinaire discrets, ne pouvaient s’empêcher de commenter : « Ce prince, il va finir par couler le rocher. »
Les médias, eux, étaient en ébullition. À Paris, Londres, New York, les rédactions s’agitaient, dépêchant des journalistes à Monaco pour couvrir ce qui promettait d’être le scandale de l’année. Les chaînes d’information en continu diffusaient des débats improvisés : Alexandre est-il fini ? Monaco peut-il survivre à cette honte ? Sur les réseaux sociaux, les internautes s’en donnaient à cœur joie. Une capture d’écran de la vidéo, floutée mais suggestive, était devenue virale, accompagnée de commentaires moqueurs : Le prince qui voulait être roi… du porno ! D’autres, plus rares, prenaient sa défense, arguant que sa vie privée devait être respectée. Mais ces voix étaient noyées dans le torrent de sarcasmes.
Au palais, l’équipe de communication était en état de crise. Dans une salle de réunion, une dizaine de conseillers s’affairaient autour d’une table, leurs ordinateurs portables ouverts sur des graphiques et des communiqués de presse. « Il faut publier une déclaration maintenant, » insistait une femme en tailleur, son visage crispé. « Dire qu’il s’agit d’un montage, d’une attaque contre la famille. » Un homme plus âgé secoua la tête. « Personne ne croira à un montage. Son visage est trop net. Il faut limiter les dégâts, dire qu’il est en traitement, qu’il regrette. » Les voix s’entremêlaient, chaotiques, tandis que Philippe tentait de ramener l’ordre.
Charlotte, restée dans son bureau, reçut un appel du premier ministre monégasque. « Votre Majesté, nous devons coordonner une réponse, » dit-il, son ton empreint de gravité. « Les investisseurs s’inquiètent. L’image de Monaco est en jeu. » Charlotte acquiesça, promettant une réunion d’urgence. Mais en raccrochant, elle sentit une fatigue écrasante l’envahir. Elle n’était pas seulement en train de protéger son fils ; elle devait protéger un pays, un symbole, un héritage.
Elle se rassit et prit une feuille de papier, écrivant de sa main élégante : Convoquer Alexandre immédiatement. Réunir la famille ce soir. Elle savait que Louis serait implacable, que Jacques serait mal à l’aise, que la réunion serait un champ de bataille. Mais elle n’avait pas le choix. Elle devait affronter le scandale, et surtout, elle devait affronter Alexandre. Quelque part, au fond d’elle, elle espérait encore le sauver. Mais pour la première fois, elle se demanda si c’était possible.
Dehors, Monaco continuait de briller, indifférente au chaos. Les vagues léchaient le rivage, les palmiers frémissaient sous la brise, et les néons des casinos s’allumaient déjà, prêts pour une nouvelle nuit d’excès. Mais pour la famille princière, la lumière s’était éteinte, remplacée par l’ombre d’un scandale qui menaçait de tout engloutir.