Lettre de Javier Turia Hermenegildo

2792 Mots
Lettre de Javier Turia Hermenegildo Matricule colonial : 00456321 Lieu de naissance : Valence (Espagne) Activité : Président de Tribunal Niveau de compétence : B1 Nom déclaré : Bernard Bateau … La Colonie n’est pas visible depuis la mer. S’accordent en cela les marins les plus aguerris eux-mêmes, tel le capitaine Cortez, depuis vingt ans au service de la Compagnie et qui pourrait naviguer les yeux fermés dans ces eaux mauves. C’est là d’ailleurs la seule façon de naviguer : les yeux fermés. Ce jeudi-là, le jeune enseigne de vaisseau Richmond, placé sous le commandement de Cortez, ne semblait pas dans son assiette : il présentait tous les symptômes habituels aux nouveaux venus dans la Colonie. Je m’efforce de me rappeler son expression, son regard, le ton de sa voix pour découvrir le sens profond de sa confession ivre, à supposer que ce délire ait un sens profond. Vos Excellences liront et jugeront. Je m’engage à rapporter dans cette lettre tout ce qu’il m’a confié, mot pour mot, sans omission ni ajout d’aucune sorte, que Dieu m’en soit témoin. Comme je vous le disais, lorsque nous eûmes tous les quatre mené à bien le transport du coffre vert, Richmond et moi quittâmes le Palais du Gouverneur vers neuf heures et demie du soir. Ma fille nous transmit d’abord l’ordre de lady Regina : « Fichez le camp tous les quatre, Le Gouverneur Bera se repose ». Le langage de ma fille, voyez-vous, n’est pas d’une élégance extrême, et depuis que le gouverneur Bera l’a prise à son service pour repasser les culottes de la lady, grand honneur pour moi assurément, elle est devenue effrontée et ne respecte plus du tout son père — la pauvre enfant. Nous obéîmes donc. Je ne sais ce que firent les deux autres, mais Richmond et moi partîmes ensemble. Beau spectacle, ma foi : le vieux juge et le jeune enseigne de vaisseau, moi en toge et lui en uniforme, cherchant une table et une bouteille pour la nuit, mais comment passer le temps autrement ? La Forteresse avait interdit la circulation pour cause d’épais brouillard et nous fûmes contraints de nous réfugier dans une taverne des Hespérides, à côté du Palais du Gouverneur, pour attendre le jour. Dans la rue les hommes du commandant Drake patrouillaient en armes, comment oser mettre le nez dehors ? Le tavernier, n’ayant pas fermé à temps, allait passer la nuit dans son bouge. Entrez, nous dit-il, voici la bouteille, moi je vais me coucher derrière le comptoir, réveillez-moi au lever du jour. Nous nous écroulâmes à une table, regardant par la fenêtre le néant absolu ; quand le brouillard s’étend sur la Colonie, on ne voit plus que son propre reflet. Poutres et tables étaient pleines de taches, le lieu empestait le vin aigre et le ronflement du tavernier nous donnait la nausée. Nous n’osions même pas nous regarder. Nous avions mal après le transport, à cause du frottement de la corde qui nous attachait ensemble pendant le trajet pour nous empêcher de nous perdre ou de ralentir — ce Cortez est parfois insupportable avec son obsession du règlement. Nous frottions nos reins douloureux, remplissions nos verres et trinquions sans un mot, juste pour le bruit. Bientôt, échauffé par la boisson, Richmond donna libre cours à son chagrin. Personne n’oublie son premier voyage dans la Colonie, et surtout pas Richmond, dont l’insigne de la Compagnie, fraîchement cousu sur son uniforme vert, n’a pas encore été rongé par le sel. Tiens, regarde, Bateau, me dit-il, imitant Cortez quand il tendait le bras par dessus le bastingage, les doigts écartés mouillés par les embruns. C’est ainsi qu’il mesurait la densité de l’eau, pour évaluer à quelle distance était la côte. Les doigts de Cortez recueillaient toutes les informations nécessaires à la navigation : en entrant dans les eaux territoriales de la Colonie, il ne faisait plus confiance aux instruments traditionnels. Richmond appuyait l’index sur sa pomme d’Adam pour imiter la voix rude et cassée de Cortez. « … la boussole s’affole, aimantée par le sel, le dromomètre s’enraye, la sonde ne sonde plus dans ces eaux-là, le sextant est inutile à cause du brouillard, on ne peut même pas faire le point, Richmond ; tu juges d’après le poids de l’eau, la façon dont elle colle aux doigts, sa couleur, son odeur et la morphologie du fond. Prête attention à ce que t’annonce le marin qui observe le fond avec une lampe et repère les points sur les cartes, les ondulations du paysage sous-marin, les montagnes, les vallées, les bâtiments des villes englouties. Si tes calculs sont justes, dans trois semaines tu verras sur ta gauche les Portes et leur fronton avec les mains unies en relief. Elles apparaîtront brusquement dans le brouillard, sois prêt. Manœuvre en te servant des plombs et passe entre les deux grosses colonnes, bien au centre. Tu devras lever la tête et voir le long stalactite sous le fronton pendant juste au-dessus de ton grand mât. En fait, c’est le bras d’une des mains, qu’on a fait long exprès pour aider les navigateurs. Bloque la barre et va tout droit. Trois heures plus tard tu verras les premières lueurs de la Colonie. Ne t’attends à rien d’extraordinaire, comme ce qu’on voit en approchant de Paris, de Vienne et des autres ports de la Méditerranée, tu ne verras que des petites flammes tremblotantes. Alors tu peux respirer, t’estimer heureux de ce que le brouillard ne t’ait pas mangé, et attendre. Les accosteurs viendront à ta rencontre, ils te voient avant que tu puisses les voir, la visibilité étant meilleure du côté de la Colonie. Leurs barques t’abordent et clac, leurs gaffes accrochent les anneaux de ta proue. Quand le bateau est bien tenu par les câbles, ils préviennent à coups de trompe le surveillant dans sa cabine sur la jetée, lequel commande aux poulies qui actionnent les treuils. Sors sur le pont pour voir la mise à quai, cela vaut la peine. Le bateau sera tiré doucement par les câbles, comme un poisson pris à l’hameçon. Tu auras sans cesse près de toi les accosteurs pour corriger ta trajectoire avec leurs perches, aussi ne t’inquiète pas, ne sois pas pressé : les places du port sont comptées, les passages étranglés, on devra t’amarrer des deux côtés, d’autant qu’il s’agit d’un Bateau du Courrier. Le courrier du Gouverneur est pour la Compagnie le chargement le plus précieux, on met aux fers quiconque est soupçonné d’avoir approché le coffre vert, ne l’oublie pas… Dès que les gaffes des accosteurs vous lâchent, cela veut dire que tu es arrimé, tu peux jeter les aussières sur les bornes. Mais tu ne descends la passerelle qu’après l’autorisation du surveillant. Cette terre appartient aux Soixante-Quinze, tu ne peux même pas respirer sans permission. » Richmond se levait pour me représenter Cortez, comme si je ne le connaissais pas, se frappant les épaules, rentrant les joues, grand, large, le visage creusé, le vieux Cortez, l’épouvantail des marins, dont la voix rauque, des mois après le débarquement, vous réveillait encore en sursaut, couvert de sueur. Cortez, à supposer que ce soit son vrai nom — qui donc fait usage de son vrai nom quand il travaille pour la Compagnie, à part Richmond bien sûr, pauvre petit —, Cortez empoignait l’enseigne de vaisseau par le cou comme un chiot et le traînait sur le pont pour ne pas le perdre de vue. Avec ce brouillard à couper au couteau, on n’y voyait pas à un demi-mètre, comme si les nuages étaient descendus pour avaler le navire. La brise marine, tel un acide, écorchait la peau, perçait les vêtements, vous brûlait des pieds à la tête et Richmond — imaginez donc Richmond, qui rêvait de ce voyage depuis des années, pour atteindre la mer mauve, pour voir de ses yeux la Colonie, sûr à présent qu’il avait commis la plus grosse erreur de sa vie et qu’il allait tout droit vers l’enfer, que nous autres appelons notre patrie. Lorsqu’on eut rejoint les hauts-fonds de la Colonie, Cortez fit arrêter les machines et hisser les voiles, transformant le vapeur en voilier. Il éteignit en même temps la génératrice, plongeant les cabines et le pont dans les ténèbres. On alluma de petites lampes à huile de poisson, qui éclairaient mal et empestaient affreusement. « Ordre des Soixante-Quinze », expliquait Cortez. Cette huile est la seule source d’énergie que la Compagnie autorise dans ces eaux, pour ne pas troubler le fragile équilibre chimique du sel. Ce sel est très particulier, sensible à l’électricité, à la radioactivité, aux substances toxiques des carburants. Il risque de perdre sa teinte mauve, son goût piquant ou la finesse de son arôme. La Colonie ressemble à une gigantesque serre où les conditions atmosphériques sont contrôlées afin de ne pas altérer le précieux produit, lequel se vend à prix d’or dans les villes du monde civilisé, à l’once ou grain par grain. Le bateau, machines tournantes, mit quelques heures à traverser la moitié de la Méditerranée, et trois semaines pour parcourir, toutes voiles dehors, les quelques milles de la Zone morte. Vent maigre et maladif, eau de plomb, navire immobile. Richmond sentit son pouls ralentir comme les mouvements de la mer, il s’enfonça dans la cécité hypnotique du brouillard comme on entre en léthargie. Il ne voyait plus la différence entre ouvrir ou fermer les yeux, et cherchait à tâtons le pont, les cabines, la barre. Il ne distinguait plus le jour de la nuit. Les voix elles-mêmes changeaient, du moins le lui semblait-il, maintenant qu’il ne voyait plus les visages. Il reconnaissait seulement la toux du capitaine, le pas du maître d’équipage boiteux, le halètement des marins invisibles qui grattaient le givre mauve à la spatule sur le pont. Il aurait voulu se dévêtir afin qu’ils grattent aussi son corps, qu’ils épluchent cette croûte mauve qui bouchait les pores de sa peau. Pauvre Richmond, une fois touché par le mauve, on a beau se frotter à la paille de fer, on le transporte à jamais sur soi. Plus il s’enfonçait dans le brouillard, moins Richmond se fiait à ses sens : plus rien ne semblait naturel. Le bateau, sous la puissante poussée du sel mauve, remontait, sa coque émergée presque entièrement. Cortez avait fait rentrer la quille et déployer les ailerons latéraux, lesquels s’étalaient comme les volants d’une jupe. Le navire flottait en s’appuyant sur eux, sans fendre l’eau, mais traînant sur elle — impossible d’évaluer la route ou la vitesse —, comme un savon sur de la glace et seule l’expérience de Cortez, qui déplaçait brusquement les plombs stabilisateurs pour contrebalancer la poussée ou barlochait habilement les voiles pour que les gonfle un vent inexistant, sortait le bateau de son immobilité. Aucun doute, l’enseigne de vaisseau n’allait pas oublier ce voyage. Nous avions descendu la moitié de la bouteille, lorsque Richmond parla enfin de ce qui l’obsédait : le garçon. il se pencha vers moi, l’ivresse et la terreur dans le regard, et me chuchota qu’il l’avait vu. De ses yeux vu. Cortez lui-même ne l’avait pas cru, lui disant qu’il avait rêvé, mais Richmond me le répétait sans cesse, moi je l’ai vu, Bateau ! Ange ou diable, je l’ignore, à côté de moi sur le pont, peu avant l’arrivée aux Portes. Cortez le giflait pour le réveiller, mais Richmond ne dormait pas. Cortez criait que l’enseigne de vaisseau avait des visions, comme tous les marins qui entrent pour la première fois dans ces eaux. Les émanations du sel mauve sont hallucinogènes et chacun doit prendre la pilule fournie par la Compagnie afin de ne pas perdre la tête. Richmond avait-il oublié sa pilule ? Non, Bateau, je l’ai vu, et je peux le décrire. Richmond se leva pour me décrire le garçon qu’il avait vu apparaître dans le nuage mauve, là-bas, à la frontière entre sommeil et réalité, autrement dit peu avant les Portes. Il posa la main verticalement sur sa tête : Tiens, grand comme ça le garçon, vingt ans, longs cheveux frisés en queue de cheval, chemise rouge, grandes bottes noires, un anneau d’or brillant à l’oreille comme un pirate. À côté de moi sur le pont, accoudé comme moi au bastingage, comme si c’était mon ombre — ce n’est pas de lui que j’ai eu peur, Bateau, mais de moi, crois-moi si tu veux. Et si c’était un homme de l’équipage ? Impossible, Bateau, ce garçon inconnu avec son odeur d’un autre temps, je ne l’avais encore jamais vu. Comment as-tu réagi, Richmond ? Aucun de nous deux n’a bougé, Bateau, nous étions là, nous appuyant au bastingage, l’un à côté de l’autre, enveloppés dans le brouillard, invisibles. Seul le reflet de sa boucle d’oreille m’indiquait sa présence et son immobilité. Et soudain le garçon a murmuré : — Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? Tu lis la Bible, Bateau… Depuis quand n’es-tu pas allé à l’église, vieil ivrogne ? Dieu a décidé de détruire Sodome et Gomorrhe, mais de sauver Loth et sa famille, à condition qu’ils s’en aillent sans se retourner pour voir la destruction. Mais la femme de Loth, curieuse comme toutes les femmes, n’a pu résister à la tentation… alors Dieu l’a changée en statue de sel. De sel… Le garçon à l’anneau de pirate se léchait les lèvres, goûtant le sel apporté par la brise qui nous collait à la peau, comme s’il goûtait le souffle de cette femme vaincue par la curiosité. Je te le jure, Bateau, je l’ai goûté avec lui, j’avais beau garder les lèvres serrées, on aurait dit que sa langue, de façon mystérieuse, était entrée en moi pour me transmettre le goût. Je sentais mon palais s’engourdir, mes gencives brûler, ma salive devenir amère. Nous sommes en train de pécher, me dis-je, mais je n’avais même pas le courage de me signer. Le garçon a repris : — Qu’a-t-elle vu, pour mériter pareil châtiment ? Nul ne l’a jamais su, n’est-ce pas, Bateau, et voilà pourquoi Dieu l’a changée en sel : que personne ne sache ce qui s’est passé à Sodome. Le garçon a trouvé bizarre qu’un Dieu toujours ostentatoire dans ses colè­res, qui veille à ce que ses châtiments aient toujours des témoins, se comporte ainsi. Pourquoi entourer de secret la destruction de Sodome ? T’es-tu jamais demandé, Bateau, pourquoi il a changé cette femme en sel, comme si le sel était le prix à payer pour la connaissance ? Le brouillard s’est atténué un instant et pour la première fois j’ai vu les yeux du garçon, des yeux très noirs, comme la nuit la plus obscure. Et alors tu ne croiras jamais ce qui s’est passé, Bateau. Il a empoigné le bastingage, si fort que j’ai cru qu’il allait l’arracher, mais non, il est monté dessus, a ouvert les bras comme un crucifié puis s’est jeté dans les eaux mauves. Richmond grimpa sur la table pour me montrer le plongeon du garçon, se mit sur la pointe des pieds, écarta les bras et s’écrasa au sol avec une telle violence que sa mâchoire craqua et le parquet fut inondé de sang. Il cracha des dents, ses yeux coulaient, il murmurait sans arrêt : Je te jure, Bateau, je l’ai vu tomber à l’eau, à un mille de votre port. Je lui demandai s’il avait raconté tout cela au capitaine Cortez et ce que celui-ci avait à dire sur le garçon. Richmond essuya le sang de sa bouche en pleurnichant : le capitaine lui avait reproché de ne pas prendre sa pilule, d’où ses visions ; les avait attribuées à l’affiche des Soixante-Quinze, qui vantait les vertus du sel de la Colonie dans toutes les villes du monde civilisé. La femme mauve, sans visage, avec l’œil au bout de sa langue. L’œil pour voir, la langue pour goûter, la connaissance coupable, le sel du châtiment. Génial enchevêtrement de symboles, subtile publicité, si l’on en croit les ventes du sel, avait grommelé Cortez en frappant du doigt la tempe de Richmond comme on cogne à une porte. L’affiche pollue tes cauchemars ! L’enseigne de vaisseau, lui, était sûr d’une chose : il s’agissait d’un passager clandestin, qui s’était suicidé sous ses yeux. Cortez ironisa sur ce choix de cette eau qui refuse de vous noyer, au lieu de la Méditerranée, qui avale les suicidés d’aussi bon cœur que des sables mouvants. Se penchant au bastingage, il montra du doigt la ligne de flottaison, bien au-dessus des eaux. Un bateau de plusieurs milliers de tonnes incapable de s’enfoncer, alors que dire d’un homme ! Le prétendu suicidé aurait surnagé comme une plume. Non, insistait Richmond, le garçon avait coulé comme une pierre, il avait vu l’anneau d’or décrire une courbe et disparaître dans les profondeurs mauves. — Ces eaux font naître des hallucinations grossières, gronda Cortez. N’oublie pas ta pilule. La vigie au sommet du grand mât, l’œil collé à la longue-vue, hurla qu’il voyait les Portes. L’enseigne de vaisseau tourna la tête et vit sortir du brouillard une immense colonne, si près du bateau qu’il crut qu’on allait s’écraser dessus. Cortez monta en courant sur le pont et ordonna qu’on s’apprête à la contourner. Les matelots grimpèrent comme des singes dans les haubans pour régler l’inclinaison des voiles, tandis que les ailes de la coque montaient et descendaient comme des touches de piano. Les poids se concentrèrent bruyamment à tribord et Richmond perdant l’équilibre s’affala sur le pont. Il s’agrippa au bastingage, la mer se rapprocha jusqu’à presque toucher son visage, tandis que le pont s’inclinait presque à angle droit. Le bateau réussit son virage à quarante-cinq degrés et l’autre colonne apparut vaguement de l’autre côté. Le bateau passa juste au milieu, reprenant la position horizontale. L’enseigne de vaisseau aperçut au-dessus de lui le fronton unissant les deux colonnes et les énormes mains en relief. L’un des bras était bien plus long que sur l’insigne classique de la Compagnie, son coude pendant comme une stalactite. Le mât central passa juste au-dessous de lui, comme s’il était sa stalagmite. Cortez bloqua la barre : « Nous n’avons plus qu’à attendre. » Mouillant de salive la pointe de son crayon, il inscrivit dans le journal de bord : Jeudi 20 août, 18 heures. Nous venons de passer les Portes marines de la Colonie. Mon récit, Excellences, est mot pour mot conforme à celui de Richmond.
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