Chapitre 7 : Le dilemme moral

953 Mots
MARCO Les jours qui suivirent furent un tourbillon de contradictions. D’un côté, il y avait Claire, qui ne cessait de me questionner, de me pousser dans mes retranchements, attendant des réponses que je n’étais pas prêt à lui donner. De l’autre, il y avait cette vie parallèle que je commençais à connaître de plus en plus, une vie où l’argent et les désirs des autres étaient devenus ma réalité. Chaque mission, chaque client, me permettait d’atteindre ce luxe que je n’avais jamais cru possible. Mais à quel prix ? Ce matin-là, après avoir échappé à un autre repas silencieux avec Claire, je me retrouvai seul dans ma voiture, garé à un feu rouge. Mes mains sur le volant tremblaient légèrement. Je savais ce que j’allais faire : je devais me rendre à un rendez-vous avec une cliente qui avait insisté pour me voir à nouveau. Elle m’attendait dans un appartement moderne, dans l’un des quartiers les plus huppés de la ville. La tentation était là, palpable. La promesse de confort et de plaisir, en échange de ma présence, de mon corps et de mon esprit. C’était un compromis facile à accepter, mais qui me rongeait de l’intérieur. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Claire. À ses yeux pleins de doutes, à sa voix tremblante de peur, à la distance qui s’était installée entre nous. Chaque soir, elle se couchait seule, et moi, je me perdais dans des fantasmes étrangers, des moments de superficialité, de fausses promesses d'une vie meilleure. Je savais ce qu’elle pensait, ce qu’elle ressentait. Et pourtant, je continuais, je persistais. En arrivant à l’appartement de la cliente, j’eus un instant d’hésitation. Je restai dans ma voiture, les clés dans les mains, regardant le reflet de la ville dans le pare-brise. La question qui me taraudait, celle qui me rongeait depuis quelques jours, revenait sans cesse : qu’est-ce que je devenais ? Pourquoi avais-je accepté cette vie ? Et surtout, était-ce vraiment ce que je voulais ? Je n’eus pas longtemps à réfléchir. La porte s’ouvrit, et la cliente m’invita d’un geste suave à entrer. Elle avait le sourire, comme toujours, et me guida jusqu’au salon où des bougies parfumées brûlaient doucement, créant une ambiance feutrée, presque irréelle. Elle s'assit sur le canapé, m’offrant un verre de vin avant même que je ne puisse poser une question. Tout était trop facile, trop bien huilé, comme une scène répétée mille fois dans un film que je ne voulais plus voir. Elle me parla de sa journée, de ses affaires, de ses voyages. Elle m’enivrait de ses histoires, de ses confidences superficielles, et je me laissais faire. C’était ce que je devais être, après tout : un simple miroir de ses besoins. Mais en même temps, une voix au fond de moi m’avertissait : "Ne te perds pas ici, Marco. Ce n’est pas toi." Je m’assis à ses côtés, tentant de m’effacer, d’être juste là, dans ce moment. Mais au fur et à mesure que la conversation avançait, je réalisais à quel point j’étais devenu un spectateur, un étranger dans ma propre vie. Ce que je faisais n’avait plus de sens. Ce n’était plus qu’une série de gestes mécaniques, une routine que je suivais sans vraiment y penser. Je n'étais plus un homme. Je n'étais plus Marco. J'étais devenu un objet, un accessoire dans le grand jeu de ces vies luxueuses, ces mondes où tout semblait parfait, mais qui, à l’intérieur, étaient aussi vides que l’était mon propre cœur. La cliente se pencha vers moi, effleurant ma peau d’une manière familière, mais quelque chose dans son toucher me laissa de glace. Rien n'était réel. Rien ne me touchait vraiment. J'étais là, physiquement présent, mais mon esprit était ailleurs, loin, dans un autre monde. Celui de ma famille, de Claire, de ma fille. Et c’est là que le dilemme moral m’assaillit, aussi puissant qu’une vague dévastatrice. "Marco", dit-elle doucement, "tu sembles un peu distant aujourd’hui. Il y a quelque chose qui ne va pas ?" Sa question m’électrisa. Elle m’avait vu. Elle savait que je n’étais pas pleinement là. Que je n’étais pas celui qu’elle croyait. Et cette prise de conscience me fit l’effet d’un choc. Je me leva brusquement, prenant ma décision sans réfléchir. "Je… Je suis désolé, mais je ne peux pas continuer." Elle me regarda, surprise, puis haussant les épaules, elle sourit, comme si elle avait anticipé ma réaction. "C’est dommage", dit-elle simplement. "Mais je comprends. C’est le jeu." Je quittai l’appartement presque en courant, l’air froid de la rue me frappant au visage. Je n’avais même pas pris la peine de lui dire au revoir. Je n’avais plus envie de jouer à ce jeu. Mon téléphone vibra. C’était un message de Claudia : "Tu es encore dans le coup ? La prochaine mission t’attend." Je fixai l’écran pendant quelques secondes, puis éteignis le téléphone. Un nœud se forma dans mon estomac. La question que je me posais, la question qui me hantait depuis des jours, revenait plus forte que jamais : pourquoi continuer dans cette voie ? Pourquoi ne pas revenir en arrière, réparer ce que j’avais brisé ? Je pensais à Claire. Je pensais à ma fille, à tout ce que j’avais laissé derrière moi. Mais à chaque fois, je me retrouvais face à un choix impossible : continuer à jouer ce rôle, cette vie facile mais vide, ou revenir en arrière, affronter la souffrance de tout perdre et tenter de réparer ce qui pouvait l’être ? Je n’avais pas de réponse. Pas encore. Le dilemme était désormais bien plus que moral. C’était une question de survie, de rédemption, de choix irréversibles. Et je savais que, tôt ou tard, je devrais faire un choix. Mais lequel ?
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER