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À l'Est, toutes !

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Découvrez un nouveau numéro en version numérique de la revue littéraire belge Marginales

On était en plein été, il y a dix ans de cela, et tandis que la plupart des Occidentaux, en ce mois d'août particulièrement clément, savouraient le décalage oisif des vacances, le Président de l'Union Soviétique faisait l'objet d'un putsch. Il s'en remit peu de jours plus tard, mais dès lors ses jours à la tête de l'empire étaient comptés.

En Lettonie, on n'avait pas tardé à tirer les conséquences de l'événement. Les dangers étant trop grands que l'on en revînt à la ligne dure d'avant la perestroïka, on se hâta, le lendemain de la mise sous surveillance de Gorbatchev dans sa datcha, de se proclamer indépendants. La nouvelle ne fit pas grand bruit. Il faut dire que depuis bientôt deux ans, on ne savait plus où donner de la tête. La carte de l'Est de l'Europe devait être redessinée semaine après semaine. Depuis la chute du mur de Berlin, dont personne n'avait osé prévoir l'effondrement sous la forme qu'il finit par prendre, les téléspectateurs étaient un peu blasés. Vivre l'histoire du monde à la petite semaine, voire au jour le jour, finit par émousser la sensibilité aux événements. Si la prise de la Bastille avait été filmée en direct par CNN, aurait-elle à ce point marqué les esprits ? Certainement pas. Elle n'aurait d'ailleurs pas occupé un long temps d'antenne : l'équivalent tout au plus de ce que l'on consacre aujourd'hui à une mutinerie dans une prison...

Des poèmes et nouvelles inspirés par la thématique de l'Europe de l'Est avec des écrivains comme Guy Goffette, Jean-Baptiste Baronian ou encore Monique Thomassettie.

À PROPOS DE LA REVUE

Marginales est une revue belge fondée en 1945 par Albert Ayguesparse, un grand de la littérature belge, poète du réalisme social, romancier (citons notamment Simon-la-Bonté paru en 1965 chez Calmann-Lévy), écrivain engagé entre les deux guerres (proche notamment de Charles Plisnier), fondateur du Front de littérature de gauche (1934-1935). Comment douter, avec un tel fondateur, que Marginales se soit dès l’origine affirmé comme la voix de la littérature belge dans le concert social, la parole d’un esprit collectif qui est le fondement de toute revue littéraire, et particulièrement celle-ci, ce qui l’a conduite à s’ouvrir à des courants très divers et à donner aux auteurs belges la tribune qui leur manquait.

Marginales, c’est d’abord 229 numéros jusqu’à son arrêt en 1991. C’est ensuite sept ans d’interruption et puis la renaissance en 1998 avec le n°230, sorti en pleine affaire Dutroux, dont l’évasion manquée avait bouleversé la Belgique et fourni son premier thème à la revue nouvelle formule. Marginales reprit ainsi son chemin par une publication régulière de 4 numéros par an.

LES AUTEURS

Jacques De Decker, Jean Jauniaux, Emmanuèle Sandron, Daniel Simon, Jack Keguenne, Jacqueline De Clercq, William Cliff, Adolphe Nysenholc, Jean-Baptiste Baronian, Monique Thomassettie, André Delcourt, Marianne Hendrickx, Huguette de Broqueville, Roger Foulon, Philippe Jones, Yves Wellens, Ola Milosc, Anne-Marie La Fère, Luc Dellisse, Gérard Adam, Françoise Nice, René Lambert, Osman Arnautovic et Ioan Flora.

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Éditorial, Jacques DE DECKER
Éditorial Jacques De Decker On était en plein été, il y a dix ans de cela, et tandis que la plupart des Occidentaux, en ce mois d’août particulièrement clément, savouraient le décalage oisif des vacances, le Président de l’Union Soviétique faisait l’objet d’un putsch. Il s’en remit peu de jours plus tard, mais dès lors ses jours à la tête de l’empire étaient comptés. En Lettonie, on n’avait pas tardé à tirer les conséquences de l’événement. Les dangers étant trop grands que l’on en revînt à la ligne dure d’avant la perestroïka, on se hâta, le lendemain de la mise sous surveillance de Gorbatchev dans sa datcha, de se proclamer indépendants. La nouvelle ne fit pas grand bruit. Il faut dire que depuis bientôt deux ans, on ne savait plus où donner de la tête. La carte de l’Est de l’Europe devait être redessinée semaine après semaine. Depuis la chute du mur de Berlin, dont personne n’avait osé prévoir l’effondrement sous la forme qu’il finit par prendre, les téléspectateurs étaient un peu blasés. Vivre l’histoire du monde à la petite semaine, voire au jour le jour, finit par émousser la sensibilité aux événements. Si la prise de la Bastille avait été filmée en direct par CNN, aurait-elle à ce point marqué les esprits ? Certainement pas. Elle n’aurait d’ailleurs pas occupé un long temps d’antenne : l’équivalent tout au plus de ce que l’on consacre aujourd’hui à une mutinerie dans une prison… C’est dire que notre perception de l’importance réelle des événements est fort compromise. Nous sommes, nous dit-on, aux premières loges. Grâce à l’image électronique. Et nous nous comportons comme les invités de marque à l’opéra jadis : nous regardons à peine ce qui se passe sur scène, trop occupés que nous sommes par nos petites intrigues personnelles. Lorsque l’effondrement du bloc de l’Est a débouché sur des conflits armés dans les Balkans, nous avons commencé à nous en émouvoir lorsqu’il s’est agi que nous nous en mêlions. Mais le gendarme du monde, qui a bien appris son rôle depuis qu’il vint tirer l’Europe d’embarras en 1944, y mit bientôt son grain de sel, ce qui fut perçu comme de l’ingérence par certains, avec un grand soulagement par la plupart. On pouvait continuer à vaquer à ses petites besognes, l’oncle Sam veillait au grain. Il s’en est effectivement occupé, trop heureux de voir s’ouvrir de nouveaux territoires à ses thèses et à ses appétits. Au point de transformer des pays tout entiers en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les symboles n’ont pas tardé à se faire jour : l’installation d’un MacDonald’s place Pouchkine fut bientôt perçue comme aussi lourde de sens au moins que l’édification du tombeau de Lénine sur la place Rouge. Et chacun de se réjouir que cette bascule aussi économique et culturelle que gastronomique se fût produite si pacifiquement. C’est le propre de notre temps : les grandes mutations ont lieu sans heurt, sans dégâts majeurs, sinon symboliques, donnant tout juste matière à alimenter le spectacle. On se souviendra longtemps du commentaire de Christine Ockrent, envoyée spéciale de la télévision française à Berlin, le dix novembre 1989 : « C’est un petit peu « Cabaret » ! » s’exclamait-elle face à la caméra, bousculée par la foule se hâtant vers le Kufürstendamm… Du spectacle, il y en aurait encore, dans les semaines qui suivraient. Il serait quelquefois, en Roumanie notamment, si bien mis en scène qu’il fallut que l’on reconnaisse la supercherie. Les esprits se sont calmés depuis, les situations normalisées, sauf en ex Yougoslavie qui, du fait de sa complexité ancestrale, assuma sur son territoire le concentré de la violence régnante. Mais nous voilà bien engagés dans le XXIe siècle, dont certains, comme Eric Hobsbawm, accompagnent le début du son des petits piolets arrachant des éclats de béton au mur barrant la Potzdamerplatz. Et de quoi est-il fait, ce siècle qui aurait déjà dix ans d’âge ? Essentiellement du face-à-face de deux sociétés, qui sont particulièrement confrontées dans la nouvelle Allemagne : d’un côté, un monde si repu qu’il engendra sa mauvaise conscience sous le masque du terrorisme ; de l’autre, un morceau de pays sorti du froid, qui ne sait toujours pas s’il a été libéré ou phagocyté. Les Européens de l’Ouest se rendaient à l’Est, jadis, c’est-à-dire avant ce que les Allemands appellent pudiquement le virage (« die Wende ») : ils y allaient soit en sympathisants programmés pour applaudir les réalisations du régime, soit en vérificateurs sarcastiques de l’utopie inaboutie. On lira des récits de ces voyages très connotés dans ce numéro. Ils y retournent aujourd’hui, pour se désoler très cyniquement de la banalisation : qui n’a pas connu Budapest ou Prague au milieu des années quatre-vingt ne sait pas ce qu’était une certaine douceur de vivre, n’osent-ils pas encore dire aussi explicitement. Mais le vrai fait nouveau, ce sont les gens de l’Est (les « Ossies », comme disent les Allemands), qui viennent en Occident. Dans l’ivresse, d’abord, de la circulation possible qui, pour ceux qui ont souffert des réglementations anciennes, était déjà un acquis en soi. Ce premier sentiment est passé, un désenchantement lui a souvent succédé. Celui de l’impossibilité de s’intégrer dans une société que justement cette ouverture à l’Est contribue à complexifier. Et où se font entendre des voix qui mettent en doute le bien-fondé d’une soumission sans réserve aux lois du marché. Adhérer à l’Europe, dans ces conditions, revient à partager les valeurs d’une société que l’on contestait jadis et dont on découvre qu’en vertu du débat démocratique, elle se conteste elle-même. Ce tissu d’ambiguïtés inspire forcément des doutes, des malaises. Ils sont perceptibles dans les textes réunis dans ce numéro qui montrent une fois encore que rien ne vaut la fiction pour tenter de démêler des situations inextricables. Cela donne un ensemble impressionniste, un peu tremblé, comme une photographie qui n’a pas pu faire le point. Mais nul ne connaît, au moment où nous écrivons, le fin mot de cette Histoire dont la chronique n’a même pas encore commencé de s’esquisser. Ce numéro est dédié à Marian Pankowski, grand écrivain polonais habitant à Bruxelles depuis 1945.

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