Chapitre 2-3

438 Mots
Après le bruit et la foule de Shanghai, les paysages désolés de la toundra sibérienne étaient presque apaisants. S’il n’avait pas fait si froid, Saret aurait sans doute pris plaisir à aller dans cette lointaine région du nord de la Russie. Mais il faisait froid. Ici, juste au-dessus du cercle polaire, il ne faisait jamais assez chaud pour un Krinar, pas même au plus chaud de l’été. Mais aujourd’hui, on était au-dessous de zéro et Saret s’assura d’être bien enveloppé dans ses vêtements thermo-isolants avant de sortir de son vaisseau. Le grand bâtiment gris devant lui était l’un des exemples les plus laids de l’architecture de l’ère soviétique. À chaque coin, des fils de fer barbelés et des miradors révélaient exactement son identité, c’était une prison à haute sécurité pour les criminels les plus violents de toute la Russie. Peu de gens connaissaient son existence, et c’était la raison pour laquelle Saret l’avait choisie pour mener son expérience. Il s’approcha sans ambages de la grille, ça ne le dérangeait pas d’être vu par des caméras ou des satellites. Pour cette sortie, il portait l’un des déguisements qu’il avait imaginé depuis quelques années. Non seulement, il changeait son apparence, mais aussi la couche extérieure de son ADN, ce qui rendait impossible de deviner sa véritable identité. Bien sûr, les hommes savaient que c’était un Krinar, mais ils ne savaient rien d’autre de lui. À son approche, la grille s’ouvrit pour le laisser entrer. Saret pénétra dans le bâtiment d’un pas rapide et il y fut accueilli par le gardien, un homme ventripotent d’âge moyen qui sentait l’alcool et le tabac. Sans dire un mot, le gardien le fit entrer dans son bureau et ferma la porte. ― Eh bien ? demanda Saret en russe dès qu’ils furent seuls. Avez-vous les données que je vous ai demandé. ― Oui, dit lentement le gardien. Les résultats sont assez… inattendus. ― Comment ça, inattendus ? ― Il s’est écoulé six semaines depuis votre dernière visite, dit l’homme dont les mains jouaient nerveusement avec un stylo. Depuis trois semaines, il n’y a pas eu de bagarres. Je dirige cet établissement depuis vingt ans et je n’ai jamais rien vu de pareil. Saret sourit. ― Non, je suis sûr que non. Quel était le taux de criminalité auparavant ? L’homme ouvrit un dossier et y prit une feuille de papier qu’il tendit à Saret. ― Regardez ! Il y avait environ deux ou trois meurtres par mois et une bagarre par jour. On n’y comprend rien. C’est comme s’ils avaient tous eu une transplantation de personnalité. Saret se mit à sourire encore davantage. Si seulement les êtres humains savaient la vérité. Avec satisfaction, il plia la feuille et la mit dans la poche de son pantalon thermo-isolant. ― Vous recevrez le dernier versement demain dit-il au gardien puis il sortit de la pièce. Il avait hâte de retourner bien au chaud dans son vaisseau.
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