En fuiteBelfast, automne 1979 Rosa préparait le dîner. Les mains réchauffées par la flamme du brûleur à gaz, elle surveillait la cuisson d’un bœuf bouilli qui roulait dans son jus. Un vrai repas de fête, ironisa-t-elle. Sans l’argent de mes parents, nous ne mangerions de la viande qu’une ou deux fois par semaine. La jeune femme remua le morceau puis déposa sa cuillère. De sa main à nouveau libre, elle remit alors ses boucles blondes en place derrière l’oreille et, de l’autre, palpa son ventre arrondi. Pour l’instant, tout va bien, se rassura-t-elle. Mais d’ici quelque temps, je crois que même la position debout derrière mes fourneaux me paraîtra pénible, sourit-elle. Et puis la maison sera bientôt fraîche, s’inquiéta-t-elle en observant le vent qui malmenait les branches des arbres dan


