02

1556 Mots
Mais cette fois, ce n'était pas la même créature qu'elle avait rencontrée auparavant. Sa fourrure était plus sombre, ses mouvements plus réfléchis. Et à mesure qu'elle approchait, quelque chose dans son regard lui fit frissonner le long de l'échine – presque… prédateur. Aurore recula d'un pas, son pouls s'accélérant. « Reste en arrière », l'avertit-elle en serrant fermement le bouquet d'herbes. Le loup pencha la tête, ses yeux dorés rivés sur les siens. Puis, à sa grande surprise, il commença à se transformer. Sa forme se modifia, rétrécissant et se remodelant jusqu'à ce qu'à la place du loup se trouve un homme. Son souffle se bloqua en le voyant. Il était grand et mince, ses traits ciselés baignés de clair de lune. Ses yeux dorés – les mêmes qu'elle avait vus chez le loup – la fixèrent avec une intensité qui lui fit trembler les genoux. « Tu n'as pas peur », dit-il d'une voix grave et riche, comme le grondement d'un tonnerre lointain. Aurore déglutit difficilement, resserrant sa prise sur les herbes. « Devrais-je en avoir peur ? » Un léger sourire joua au coin de ses lèvres. « La plupart le seraient. » Elle l'observa prudemment, l'esprit bourdonnant. « Qui… qu'es-tu ? » L'expression de l'homme s'adoucit, une lueur de tristesse traversa ses traits. « Je m'appelle Aldric », dit-il doucement. « Et je suis maudit. » Aldric. Le nom résonna dans son esprit, une pièce du puzzle se mettant en place. Le roi. Les murmures de son absence, de son isolement. Tout prenait sens maintenant. « Tu es la bête », souffla-t-elle d'une voix à peine plus forte qu'un murmure. Il inclina la tête, son regard ne quittant pas le sien. « Et tu es la fille qui m'a sauvé la vie. » Le cœur d'Aurore battait fort, un tourbillon d'émotions la submergeait. La peur, la curiosité, et quelque chose d'autre, quelque chose qu'elle ne parvenait pas à nommer. « Pourquoi me dis-tu ça ?» demanda-t-elle d'une voix tremblante. « Pourquoi te révéler à moi ?» Aldric s'approcha, sa présence l'envahissant. « Parce que je ne peux pas rester loin de toi », admit-il d'une voix basse et pleine de désir. « Il y a quelque chose en toi, Aurore. Quelque chose que je ne peux ignorer.» Son souffle s'accéléra lorsqu'il tendit la main, le bout de ses doigts effleurant sa joue. Le contact était électrique, envoyant une décharge de chaleur dans son corps. « Tu trembles », murmura-t-il d'une voix douce. « Je n'ai pas peur », murmura-t-elle, bien que sa voix la trahît. Les lèvres d'Aldric s'étirèrent en un léger sourire. « Menteur.» Avant qu'elle ne puisse répondre, il se pencha, son souffle chaud contre son oreille. « Tu devrais l’être. » Il recula, sa silhouette commençant à se transformer à nouveau. Aurore le regarda, émerveillée, se transformer à nouveau en loup, ses yeux dorés s'attardant un instant sur les siens avant qu'il ne se retourne et ne disparaisse dans l'ombre. Elle se tenait là, le cœur battant, l'écho de ses paroles résonnant dans l'air. Tu devrais l'être. Mais elle ne l'était plus. Plus maintenant. --- Au village, la vieille Margot se tenait à sa fenêtre, son regard perçant scrutant la forêt. Elle avait vu Aurore partir, avait elle-même senti l'attraction de la lune. « Idiote », murmura-t-elle d'une voix mêlée d'inquiétude et de regret. « Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques.» Elle se détourna de la fenêtre, l'esprit bourdonnant de souvenirs de sa propre jeunesse, de secrets enfouis au plus profond du passé. « L'amour et les malédictions », murmura-t-elle à la pièce vide. « Ils ne sont pas si différents, finalement. » Alors que la nuit s'épaississait, la forêt resta silencieuse, mais le lien entre Aurore et Aldric se renforça, une connexion qu'aucun des deux ne pouvait nier. Et quelque part, dans l'ombre, la bête attendait, ses yeux dorés brillant de la promesse de ce qui allait arriver. La forêt vibrait de murmures, du bruissement des feuilles et des appels lointains des créatures nocturnes. Aurore se tenait à l'orée de la clairière, le cœur battant la chamade, fixant l'homme devant elle. Ses yeux dorés fixaient les siens avec une intensité qui lui coupa le souffle. Aldric – ce nom semblait résonner dans son esprit, un mystère fascinant qu'elle ne put s'empêcher de percer. « Tu ne ressembles à aucune bête que j'aie jamais imaginée », dit-elle doucement, la voix tremblante d'un mélange de peur et de fascination. Elle fit un pas prudent en avant, ses cheveux noirs reflétant le clair de lune qui cascadait sur ses épaules. Le regard d'Aldric ne vacilla pas. « Et tu ne ressembles à aucune femme que j'aie jamais rencontrée », répondit-il d'une voix basse et rauque, comme le grognement d'un loup, mais adoucie par quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir. Du respect ? De l'admiration ? Ou quelque chose de plus profond ? Elle n'en savait rien. « Pourquoi m'as-tu aidée ? » demanda-t-il, les yeux légèrement plissés tandis qu'il l'observait. « Tu savais qui j'étais. Tu aurais pu me laisser là. » Aurore hésita, les doigts caressant le bas de sa robe. « Je ne pouvais pas », admit-elle. « Il y avait quelque chose en toi… quelque chose qui m'appelait. Je ne sais pas comment l'expliquer. » Les lèvres d'Aldric s'incurvèrent en un léger sourire, une expression fugace qui lui retourna l'estomac. « C'est peut-être la malédiction », dit-il d'un ton doux-amer. « Elle me lie à cette forme, mais elle me lie aussi à ceux qui sont assez forts pour voir l'homme sous la bête. » Le souffle d'Aurore s'accéléra. L'homme sous la bête. Les mots flottaient entre eux, chargés de sens inexprimé. Elle voulait en savoir plus, tout savoir de lui, mais quelque chose dans son regard l'en empêcha. Il y avait de la douleur, une profonde tristesse qui lui serra le cœur. « Tu n'es pas seule », dit-elle soudain, les mots jaillissant de sa bouche avant qu'elle ne puisse les retenir. « Tu n'as pas à affronter cette malédiction toute seule. » Le visage d'Aldric s'assombrit et il se détourna, les larges épaules tendues. « Tu ne comprends pas », dit-il sèchement. « Cette malédiction… ce n'est pas seulement une question de transformation. C'est une question de faim, ce besoin qui me hante à chaque pleine lune. Je suis un danger pour quiconque s'approche trop près. » Aurore s'approcha, tendant la main avant qu'elle ne puisse se raviser. Ses doigts effleurèrent son bras, et il se figea, les muscles tendus sous son contact. « Je n'ai pas peur de toi », murmura-t-elle d'une voix ferme malgré la tempête d'émotions qui la submergeait. Aldric se tourna vers elle, ses yeux dorés flamboyant d'un mélange de désir et de désespoir. « Tu devrais », dit-il d'une voix rauque. « Tu ne sais pas de quoi je suis capable. » Le cœur d'Aurore battait fort, son pouls s'accélérait lorsqu'elle croisa son regard. « Alors montre-moi », dit-elle d'une voix à peine plus forte qu'un murmure. « Laisse-moi voir qui tu es vraiment. » Pendant un instant, aucun d'eux ne bougea, l'air entre eux crépitant de tension. Puis, lentement, Aldric leva la main, ses doigts effleurant sa joue dans un geste si tendre qu'elle en coupa le souffle. Son contact était chaleureux, presque humain, mais il y avait une énergie brute et primitive qui lui fit frissonner. « Tu joues avec le feu, Aurore », murmura-t-il d'une voix lourde d'avertissement. « Je ne suis pas un homme qu'on peut apprivoiser. » Les lèvres d'Aurore s'incurvèrent en un petit sourire de défi. « Peut-être que je ne veux pas t'apprivoiser », dit-elle d'une voix tremblante d'une audace qu'elle ignorait posséder. « Peut-être que je veux juste te comprendre. » Le regard d'Aldric s'assombrit et, l'espace d'un instant, elle crut qu'il allait s'écarter. Au lieu de cela, il se pencha plus près, son souffle chaud contre sa peau, tandis qu'il murmurait : « Me comprendre pourrait être la chose la plus dangereuse que tu aies jamais faite. » Le cœur d'Aurore battait la chamade, son corps tremblait d'un mélange de peur et d'excitation. Elle sentait l'attraction entre eux, une force magnétique qui la rapprochait de lui malgré son instinct qui lui dictait de fuir. Mais elle ne voulait pas fuir. Elle voulait connaître l'homme derrière la malédiction, découvrir les secrets cachés sous ses yeux dorés. « Alors laisse-moi être courageuse », dit-elle d'une voix ferme malgré la tempête d'émotions qui la submergeait. « Laisse-moi être celle qui n'a pas peur de toi. » L'expression d'Aldric s'adoucit et, l'espace d'un instant, elle crut apercevoir une lueur d'espoir dans ses yeux. Mais elle disparut aussi vite qu'elle était apparue, remplacée par une expression de détermination farouche. « Tu ne sais pas ce que tu demandes », dit-il d'une voix lourde de regret. « Mais si tu es déterminée à suivre ce chemin, alors je ne t'en empêcherai pas. » Le souffle d'Aurore se coupa, son cœur s'emballa lorsqu'elle réalisa le poids de ses paroles. Elle entrait dans un monde qu'elle ne comprenait pas entièrement, un monde de danger et de désir qui la terrifiait et l'enivrait à la fois. Mais elle ne pouvait plus faire marche arrière. Pas alors qu'elle se sentait si attirée par lui, par l'homme derrière la bête.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER