03

2010 Mots
Aldric arpentait le sol en pierre de sa chambre, la lumière matinale filtrait à travers les fenêtres cintrées et projetait de longues ombres sur la pièce. Son esprit était hanté par le souvenir d'Aurore : ses cheveux noirs miroitant au clair de lune, ses yeux emplis d'un mélange de peur et de défi, debout devant lui. Elle l'avait libéré. Elle avait pris soin de lui. Elle l'avait vu dans son état le plus vulnérable, et pourtant, elle n'avait pas fui. Cette pensée le rongeait, réveillant au plus profond de sa poitrine quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis des années : une lueur d'espoir, fragile mais indéniable. Il s'arrêta brusquement, ses yeux dorés se plissant tandis qu'il contemplait le royaume en contrebas. La malédiction avait toujours été une barrière, un rappel de la bête qui se cachait sous sa peau. Mais Aurore… elle l'avait regardé comme s'il était plus qu'un monstre. Elle l'avait regardé comme s'il était un homme. « Votre Majesté », s'écria une voix depuis l'embrasure de la porte, interrompant le fil de ses pensées. Aldric se tourna vers l'un de ses conseillers, un homme d'un certain âge à la barbe grisonnante et à l'expression prudente. « Vous nous avez convoqués ? » Aldric se redressa, son expression se durcissant tandis qu'il endossait le rôle du roi. « Oui. J'ai besoin que vous trouviez quelqu'un. Une jeune femme. Elle était dans la forêt la nuit dernière – les cheveux noirs, peut-être du village de Clairval. Elle a sauvé un… loup d'un piège. » Les mots lui parurent étranges, mais il ne pouvait révéler la vérité. Pas encore. Les sourcils du conseiller se haussèrent de surprise, mais il baissa la tête. « Bien sûr, Votre Majesté. Nous enverrons des éclaireurs immédiatement. » « Discrètement », ajouta Aldric d'une voix aigre. « Je ne veux pas qu'elle soit effrayée ou alarmée. Juste… amenez-la-moi. » Alors que le conseiller partait, Aldric soupira en se passant une main dans les cheveux. Le poids de son secret pesait lourdement sur ses épaules, mais il ne parvenait pas à se défaire du sentiment qu'Aurore était différente. Elle pourrait être celle qui briserait la malédiction, pensa-t-il, même s'il le repoussa rapidement. Espérer était insensé. Dangereux, même. Et pourtant… --- Aurore fredonnait doucement en cueillant des herbes dans la clairière près de sa chaumière, le soleil matinal lui réchauffant la peau. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à la nuit précédente, à l'homme aux yeux d'or qui l'avait prévenue de sa malédiction. Aldric. Le nom résonnait dans son esprit, chaque syllabe lui faisant frissonner. Elle avait ressenti quelque chose en le regardant, quelque chose qu'elle ne parvenait pas à expliquer. Une connexion. Une attirance. « Idiote », murmura-t-elle en cueillant un brin de lavande et en le glissant dans son panier. « Qu'est-ce que tu fais, à courir après un homme maudit ? » Mais même en se réprimandant, elle ne pouvait nier le frisson qui la submergeait chaque fois qu'elle pensait à lui. Il y avait un mystère en lui, une obscurité qui la terrifiait et l'excitait à la fois. Et ces yeux… ces yeux perçants et dorés. « Aurore ! » Sa tête se releva brusquement à l'appel de son nom. La vieille Margot boitait vers elle, sa canne cognant le sol. Aurore sourit malgré elle. La vieille femme avait le don d'apparaître aux moments les plus inattendus. « Margot », salua-t-elle en posant son panier. « Qu'est-ce qui t'amène ici ? » Margot souffla, ses yeux perçants se plissant tandis qu'elle observait Aurore. « Je pourrais te poser la même question. Tu as été distraite ces derniers temps, ma fille. Toujours à errer dans la forêt. Que caches-tu ? » Aurore sentit le rouge lui monter aux joues, mais elle secoua la tête. « Rien. Juste… cueillir des herbes. » Margot lui lança un regard sceptique, mais avant qu'elle puisse insister davantage, un bruit de sabots résonna dans la clairière. Aurore se retourna, le cœur battant à tout rompre en voyant un cheval approcher. Le cavalier était un homme vêtu d'un simple costume de marchand, le visage partiellement caché sous une capuche. Mais même de loin, elle pouvait distinguer l'éclat de ses yeux dorés. « Qui est-ce ? » demanda Margot d'un ton méfiant. « Je… je ne sais pas », mentit Aurore, le pouls s'accélérant. L'homme descendit de cheval avec grâce, ses mouvements fluides et réfléchis. À son approche, Aurore sentit son souffle s'interrompre. C'était Aldric, bien qu'il ait l'air différent – moins imposant, plus accessible. Mais ses yeux étaient indéniables. « Bonjour », dit-il d'une voix douce et basse. « Je cherche une jeune femme qui a aidé une créature dans la forêt la nuit dernière. La connaîtriez-vous par hasard ? » Le cœur d'Aurore fit un bond. Il était venu la chercher. Elle jeta un coup d'œil à Margot, qui observait Aldric d'un air perspicace, puis le regarda de nouveau. « Je… sais peut-être de qui vous parlez. Pourquoi demandez-vous cela ? » Les lèvres d'Aldric s'étirèrent en un petit sourire, mais son regard restait intense. « Je suis marchande. J'ai une… proposition à lui faire. Une proposition qui pourrait être mutuellement avantageuse. » Margot renifla. « Et de quelle proposition s'agit-il ? » Le regard d'Aldric se posa sur la vieille femme, l'air indéchiffrable. « Une proposition privée. Si elle est disposée à l'entendre. » Aurore déglutit difficilement, l'esprit s'emballant. Elle ne savait ni quoi dire ni quoi faire. Mais la façon dont il la regardait, la façon dont sa voix semblait l'envelopper comme une étreinte chaleureuse… impossible de résister. « Je l'écoute », dit-elle finalement d'une voix ferme malgré la tempête d'émotions qui l'envahissait. Margot lui lança un regard noir, mais Aurore l'ignora. Elle s'avança, les yeux rivés sur ceux d'Aldric. Un instant, le silence régna, l'air lourd de tension entre eux. Puis Aldric hocha la tête, l'air indéchiffrable. « Accompagne-moi », dit-il en lui tendant la main. Aurore hésita, le cœur battant la chamade. Elle jeta un coup d'œil à Margot, qui fronçait les sourcils mais ne disait rien. Puis, prenant une profonde inspiration, elle tendit la main et la posa dans la sienne. Sa poigne était ferme mais douce, et le contact lui envoya une décharge électrique. Alors qu'elles s'éloignaient de la clairière, Aurore sentit le regard de Margot dans son dos. Mais elle s'en fichait. Elle ne pensait qu'à l'homme à ses côtés – l'homme qui était venu la chercher, malgré les dangers de sa malédiction. Et tandis qu'elles pénétraient dans l'ombre de la forêt, elle ne parvenait pas à se défaire du sentiment que sa vie allait changer à jamais. « Qu'attends-tu de moi ?» demanda-t-elle doucement, d'une voix à peine plus forte qu'un murmure. Aldric s'arrêta brusquement, resserrant légèrement son étreinte. Il se tourna vers elle, ses yeux dorés brûlant d'une intensité qui lui coupa le souffle. « Tu m'as libérée », dit-il d'une voix basse et rauque. « Tu m'as vu au plus bas, et pourtant tu n'as pas fui. Pourquoi ? » Le pouls d'Aurore s'accéléra, son regard rivé au sien. « Je… je ne sais pas. Je ne pouvais pas te laisser souffrir. » L'expression d'Aldric s'adoucit, et pendant un instant, elle crut apercevoir une lueur – de la vulnérabilité, peut-être. Mais elle disparut aussi vite qu'elle était apparue, remplacée par une expression de détermination. « Tu es différente », dit-il, sa voix teintée d'une nuance qu'elle ne parvenait pas à définir. « Et c'est pour ça que je suis là. J'ai… j'ai besoin de ton aide. » Les yeux d'Aurore s'écarquillèrent, le cœur battant la chamade. « Mon aide ? Pour quoi ? » Aldric hésita, la mâchoire serrée. Puis, se penchant vers lui, il murmura : « Pour briser le sort. » Aurore retint son souffle tandis que les mots d'Aldric flottaient entre eux. La forêt sembla s'immobiliser, le bruissement des feuilles et les hululements lointains des hiboux s'estompant. Elle sentit le poids de son regard sur elle, ses yeux dorés perçant l'ombre, scrutant son visage à la recherche d'une réaction. « Briser la malédiction ? » répéta-t-elle d'une voix à peine plus forte qu'un murmure. Son esprit s'emballa, essayant de comprendre l'énormité de sa question. « Comment ? Que veux-tu que je fasse ? » La mâchoire d'Aldric se contracta et il détourna le regard un instant, comme s'il cherchait à savoir quoi révéler. « Ce n'est pas simple », dit-il finalement d'une voix basse et réservée. « La malédiction… elle est liée par le sang et la magie. Pour la briser, il faut que quelqu'un se donne volontairement à moi – se donne vraiment, sans peur ni hésitation. » Le pouls d'Aurore s'accéléra, ses joues s'empourprèrent tandis qu'elle assimilait ses paroles. « Se donner… comment ? » demanda-t-elle, même si une part d'elle connaissait déjà la réponse. La façon dont il la regardait, l'intensité de son regard, ne laissaient guère de place au doute. Aldric s'approcha, sa présence l'envahissant. « Tu m'as déjà montré que je ne te faisais pas peur », dit-il d'une voix douce et veloutée. « Tu m'as libéré. Tu as pansé mes blessures. Et maintenant, tu es là, à m'écouter au lieu de fuir comme tout le monde. » Il tendit la main, ses doigts effleurant son bras, lui faisant frissonner. « Je ne sais pas si c'est le destin ou le hasard, mais tu es la première personne qui m'ait jamais fait sentir… vue. Non pas comme un monstre, mais comme un homme. » Son souffle s'accéléra tandis que sa main s'attardait, la chaleur de son contact s'infiltrant dans sa peau. Elle sentit la tension monter entre eux, une attraction magnétique qui l'empêchait de réfléchir, d'y résister. « Aldric… » commença-t-elle d'une voix tremblante. « C'est… c'est tellement. Je ne sais pas si je peux… » « Tu n'as pas à décider maintenant », l'interrompit-il doucement, son pouce traçant lentement et délibérément une ligne le long de son avant-bras. « Je ne veux pas te forcer. J'avais juste… besoin que tu saches. Besoin que tu comprennes pourquoi je suis attiré par toi. » Son cœur battait fort dans sa poitrine, l'air entre eux chargé d'un désir inexprimé. Elle sentait la chaleur de son corps, la façon dont ses yeux dorés brûlaient dans les siens, comme s'il pouvait lire directement dans son âme. Il y avait quelque chose de sauvage et d'intolérable dans son regard, quelque chose qui la ravissait et la terrifiait à la fois. « Pourquoi moi ? » demanda-t-elle doucement, d'une voix à peine audible. « Parmi tous les habitants du royaume, pourquoi m'as-tu choisi ? » Les lèvres d'Aldric s'incurvèrent en un léger sourire, presque triste. « Parce que tu es différente », dit-il simplement. « Tu es courageux. Compatissant. Et tu n'as pas peur de l'inconnu. Quand je suis avec toi, je me sens… ancrée. Comme si j'étais plus que la bête que je deviens à chaque pleine lune. Comme si j'avais une chance d'être… libre. » La vulnérabilité dans sa voix la frappa profondément, et pendant un instant, elle oublia de respirer. Elle pouvait lire la douleur dans ses yeux, le désir de quelque chose qu'il pensait ne jamais avoir. Cela reflétait son propre désir, même si elle ne l'avait pas réalisé jusqu'à présent. « Aldric… » murmura-t-elle d'une voix tremblante. « Je ne sais pas si je peux briser ta malédiction. Mais je veux t'aider. Je veux… te comprendre. » Son expression s'adoucit, et il s'approcha encore, sa main venant caresser sa joue. La chaleur de sa paume la parcourut d'une décharge électrique, et elle se retrouva penchée vers lui, les yeux clos. « Tu l'as déjà fait », murmura-t-il d'une voix chargée d'émotion. « Juste par ma présence. En me voyant telle que je suis, et non telle que je suis.» Son cœur s'emballa lorsqu'elle ouvrit les yeux et croisa son regard. La tension entre eux était palpable, un courant électrique qui lui donnait des picotements. Elle sentait l'attraction, la force magnétique qui la rapprochait de lui, et elle savait qu'y résister serait vain.
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