Perdue dans ses pensées, elle se demandait si les choses n’auraient pas pu être autrement. Toute une vie consacrée à éduquer des enfants qui ne lui accordaient pas le minimum de respect. Mais que faire ? A cet âge elle se disait qu’elle ne pouvait plus qu’accepter sa réalité. Une réalité qu’elle n’avait certainement pas choisie.
Pendant qu’elle se baignait dans une marre de regret, elle sentit une main se poser sur son épaule. Même sans se retourner, elle savait déjà que c’était le jeune adolescent qui venait de passer la nuit dehors. Elle resta sur sa position, sans dire un mot. Il prit place à ces côté et se remplit un verre d’eau avant de saluer sa nourrisse.
Wagni : bonjour Ma’a Sabine ! As-tu bien dormi ?
Ma’a Sabine : si tu avais passé la nuit à la maison, certainement que j’aurai bien dormi. Où étais-tu ?
Wagni : je suis déjà un grand garçon. Je peux déjà faire mes propres choix. Ne t’en fait pas pour moi.
Ma’a Sabine : tu as quel âge pour dire que tu as grandi ? Ressaisis-toi avant qu’il ne soit trop tard. Demain reste un mystère mais là maintenant tu peux faire quelque chose de ta vie. Tu ne dois pas suivre les pas de ton frère.
Wagni : Moi je pense que tu devrais prendre ta retraite. Là, on pourra mieux respirer dans cette maison. J’ai une mère et un père, ce n’est pas à toi de me dire ce que je dois faire ou pas.
Une soirée avait suffi à Wagni pour prendre goût au point d’en oublier qu’il devait plus que ça vie à Maa Sabine. Il suivait les pas de son frère depuis quelques années déjà mais n’avait jamais remis en cause les paroles de sa nourrisse en lui jetant de tels mots à la figures. A croire que la récompense de son sacrifice ne méritait que leur ingratitude. Elle le regarda et laissa une parole de jeune s’échapper de sa bouche,
Ma’a Sabine : vous allez lire l’heure
‘’Il aurait peut-être fallu que je fasse ma vie avec mon homme comme prévu plutôt que de suivre ma sœur dans cette vie où j’ai tout perdu’’, pensait Ma’a Sabine en faisant cuire le repas pour une fête qu’avait organisé Mbala. En l’absence de ses parents, il s’était auto proclamé le patron des lieux. Ses ordres étaient incontestés par les employés, sous peine de se voir perdre leur emploi.
La dite fête avait été refusée par Ma’a Sabine mais en fin de compte, elle n’était d’après les dire dires de Mbala, qu’une employé comme les autres. La seule différence avec les autres étaient le temps qu’elle avait mis dans la maison.
Perdu dans ses pensées où défilaient les épisodes de sa jeunesse qu’elle disait ratée, Ma’a sabine avait laissé bruler le repas. Plus jeune, elle avait rêvé comme toute jeune fille, d’une vie paisible dans un ménage remplit d’amour. D’une cour remplie d’enfants qui porteraient tous le nom d’un homme que son cœur ou ses parents lui auraient choisi. Malheureusement pour elle, ces rêves qui étaient à un doigt de s’accomplir basculèrent en cauchemar.
L’élu de son cœur s’en alla avec sa sœur, lui arrachant sa fille de six mois des bras. Elle resta dans ce travail de nourrisse pour faire taire sa douleur. Elle avait juste oublié que ces enfants n’étaient pas les siens et qu’ils ne le seraient sans doute jamais.
L’odeur du repas calciné se mit à faire monter la fumée. Mbala qui passait par là se mit en colère en voyant que la nourriture de ses invités n’étaient plus comestible.
Mbala : mais c’est quoi que tu nous cuisine comme ça ? Tu penses que qui va pouvoir manger ça ?
Ma’a Sabine : je suis désolé mon fils, j’ai perdu la tête.
Mbala : est-ce que c’est mon problème si tu es perdu ? Mon seul souci c’est que mes invités puissent être bien servis. Ils vont arriver dans une demi-heure, ils vont manger quoi ? Tu veux faire foirer ma soirée à tous les prix n’es-ce pas ?
Ma’a Sabine : de quelle soirée parles-tu ? Ces bêtises que… En tout cas je ne cuisine même plus. On va voir ce que tu vas me faire.
Mbala : tu penses que je vais te supplier ? On va commander dans un restaurant et certainement ça sera meilleur que ce que tu calcines ici.
Ma’a Sabine : comme tu l’as dit, tu n’es pas mon fils. Fais de ta vie ce que bon te semble. Je vais me reposer, j’ai mal à la tête
Bien que grotesque et irrespectueux, Mbala avait de l’affection pour Ma’a Sabine. Il voulut la retenir et s’excuser de son comportement mais son orgueil prit le dessus. Il préféra commander une variété de plat dans le restaurant le plus chère de la ville. L’accès au bar de la maison lui avait été interdit mais par mille moyens, il avait obtenu un double des clés qu’il ne manquait pas d’utiliser quand bon lui semblait.
Cette fête était pour ses amis et lui comme une coutume. Au moins une fois par an, il fallait montrer aux autres ce qu’il valait. Le repas arriva au même moment que les premiers invités. Dans la cuisine, Mbala avait mis tous les employés au travail. Il fallait rapidement préparer la table. Parmi les jeunes servantes de la maison, Mirabelle, une nouvelle, recevait des faveurs particulières de Mbala. Elle en était très contente et se voyait déjà dans ses bras pour la vie.
Pendant qu’elle portait les verres sur la tables, il l’intersecta dans le couloir. Sans rien dire, il la regarda pendant des secondes en alignant sa belle dentition. Elle n’était pas indifférente et comprenait déjà ce qui se passait. Il s’écarta de son chemin et elle s’en alla comme s’il n’en était rien.
Tout fut enfin prêt pour la petite fête entre jeune tous encore mineur pour la majorité. Le nombre de fille invitée était trois fois celui des garçons. Peut-être était-elle habillée ? On voyait à peine le vêtement qui les recouvrait. Elles semblaient avoir été particulièrement sélectionnées pour l’occasion. A peine arrivée, chacune d’elles avaient déjà trouvé un homme avec qui partager la soirée. Certains avaient droit à plus de deux filles.
Pour ne pas faire douter la belle Mirabelle, Mbala s’était tenu à l’écart des filles jusqu’à ce que tout soit prêt. Il ordonna aux employés de rejoindre leurs appartements et d’y rester jusqu’au moment du nettoyage. Il les promis un bonus sur leur paie s’ils savaient tenir leur langue à l’égard des patrons des lieux. Il fit un clin d’œil à Mirabelle qui comprit et resta sur place, attendant que les autres s’en aillent. Ils étaient enfin seuls dans la cuisine.
Mbala : est-ce que tu entends ce bruit ?
Mirabelle : je ne vous comprends pas monsieur, quel bruit ?
Mbala : celui de mon cœur. Depuis que tu es dans cette maison ce bruit persiste. J’ai pourtant l’impression que tu ne remarques même pas mon existence.
Mirabelle : excusez-moi monsieur, c’est mieux que j’aille me coucher. Vos parents ont formellement interdit que nous ayons des conversations avec vous si ce n’est dans le cadre du travail.
Mbala : je n’en disconviens pas. Sauf que là, mes parents ne sont pas là. Tu sais très bien que si ça ne dépendait que des parents on ferait tout comme eux.
Mirabelle : c’est mieux de tout faire comme eux que de faire comme vous.
Mbala : tu n’as donc pas remarqué que je ne me suis approché d’aucune fille ? C’est une vie je j’essaie d’éteindre. C’est depuis que tu es entré dans ma vie que je veux bien faire les choses.
Mirabelle : j’en suis ravie pour vous. C’est bien de vouloir changer mais il faut le faire pour soie même.
Mbala : je te vois travailler tous les jours. A chaque fois j’ai l’impression que tu es ma femme et qu’on est dans notre maison. J’espère que mes rêves ne seront pas sans suite. Je veux bien changer rien que pour toi. C’est avec mon cœur que je te parle.
Mirabelle : vous ferez mieux de retourner à votre fête.
Elle avait dessiné un mince sourire sur ses lèvres avant de s’en aller vers sa chambre. Dans son jeune esprit elle avait cru qu’il était certainement très simple pour Mbala de changer et de faire d’elle la femme de sa vie. Mbala savait déjà qu’elle allait céder. Pour lui, la femme n’était pas loin d’être une proie qui était attirée par les belles paroles et les billets de banques. Il avait en plus de cela une belle carrure. Il se savait irrésistible.
Pendant qu’il jubilait encore pour sa victoire, son frère arriva.
Wagni : mais tu fais quoi là ? Les gars vexent déjà
Mbala : ils sont chez moi et ils vexent ? Ils blaguent je vais ouvrir dix champagnes avant de voir.
Wagni : vient d’abord ! On ne fait pas attendre les gens comme ça.
Mbala : allons-y, je sens que ça va chauffer ce soir. J’espère que tu as déjà trouvé une bombe pour la nuit.
Wagni : j’ai ciblé une fille mais je ne sais pas si elle va vouloir de moi. Elle a l’air trop âgé pour moi
Mbala ça fait quoi ? Tu as l’argent et elle non. Fais seulement ton choix et aborde-la. Même avec les yeux seulement tu vas l’avoir.
Wagni : merci pour tout grand frère
Ils arrivèrent au séjour en grands hommes. Tous avaient les yeux rivés sur eux. Certains les enviaient, d’autres les jalousaient, quelques cœurs battaient néanmoins pour eux. Ce n’était pas l’une de ces fêtes où il fallait un imprésario pour présenter le déroulement des évènements. Tout ce qui les intéressait c’était de se rassasier des plaisirs qui étaient sous leurs yeux.
La musique était à fond, la boisson coulait dans tous les sens, les filles bougeaient de haut en bas. Tout se passait à merveille. Mbala avait vite fait de reprendre sa vieille habitude. Il était étendu sur un canapé et se laissait aller aux plaisirs des lèvres qui caressaient les siennes et des seins frôlaient son pantalon par moment. Coupe de champagne sur une main et bouteille de whisky sur l’autre, il se sentait comme au paradis.
Son petit frère n’arrivait pas s’épanouir au même rythme. Il avait un verre de vin qu’il avait à peine avalé et observait de loin la fille qu’il convoitait. Mbala ayant remarqué cela, quitta un moment son nid de plaisir et alla parler avec la fille pendant que son frère était concentré à observer le téléphone. D’un moment à l’autre, il sentit une main lui caresser la joue. Il n’en revenait pas. Il empocha son portable et se mit tout bêtement à sourire, ne sachant quoi dire.
Elle n’attendait pas qu’il dise quoi que ce soit. Elle était là pour son plaisir. Il se laissa emporter comme son grand frère, oubliant tous les risques que cela impliquaient.
Ma’a Sabine était placée dans un coin de la salle, regardant ce qu’était devenu ces enfants qu’elle considérait comme les siens. Ne pouvant faire porter sa voie jusqu’à eux, elle alla tout simplement couper le compteur d’électricité et retourna se coucher après avoir gardé la clé qui donnait accès à la salle où se trouvait le groupe électrogène.
Dans la salle de fête, tous se mirent à crier. Mbala prit la parole.
Mbala : ne vous en faites pas, on va allumer le groupe. C’est un petit problème.
Il amena Wagni avec lui. Une fois sur place, ils ne trouvèrent aucune clé.
Wagni : la clé est pourtant toujours au même endroit
Mbala : m***e ! On va faire comment ? Qui a pris la clé ?
Wagni : on peut continuer la fête sans lumière… La fille-là n’a même pas besoin de lumière pour me toucher. Pardon allons continuer les bonnes choses.
Prendre goût à cette vie n’était pas une question de mois ou d’années. Il fallait juste goûter une fois pour en vouloir encore plus. Wagni était impatient d’aller continuer la fête. Malheureusement pour lui, en arrivant au séjour, la moitié des invités avaient déjà pris le large. Ceux qui étaient encore là attendaient juste par politesse, pour pouvoir faire des au-revoir. La fête avait à peine commencé qu’elle due prendre fin. Mais là n’était pas le pire.
Une fois tous les invités partis, les deux frères s’endormirent chacun sur un sofa. Au petit matin, Ma’a Sabine alla rétablir l’électricité sans passer par le salon. Lorsqu’elle revint, elle trouva les garçons avec les mains sur la tête comme si un malheur était survenu.
Ma’a Sabine : qu’est-ce qui se passe ?
Elle se rapprocha. Le salon était comme vide. Le téléviseur n’était plus là. Le bar était vide. Les plats et les verres, y compris cuillères et fourchettes sans oublier les couteaux, tout avait disparu. La coupure d’électricité avaient été pour certains une occasion de diminuer un peu de toute cette richesse. Mbala se tourna vers Ma’a Sabine et remarqua les clés du compteur d’électricité entre ses mains.
Mbala : c’est toi qui as coupé l’électricité. C’est à cause de toi qu’on nous a cambriolés. Tu vas répondre de ça lorsque les parents seront de retour. Surement c’est même toi qui a commandité tout ça.
Les objets de valeurs avaient disparus. Comment allaient-ils justifier cela au retour des patrons ? Là n’était pas le problème pour Mbala. Il se souciait plus de sa réputation qui venait d’être mise à terre à cause de Ma’a Sabine. Il était dans tous ses états et traitait tout le monde de tous les noms. Il alla se réfugier dans sa chambre comme un gamin de dix ans. A son âge, tout tournait encore autour de ses caprices.
Son petit frère, plus craintif, demandait à Ma’a Sabine comment il allait pouvoir gérer la situation.
Wagni : Ma’a on va faire comment ? Papa va nous tuer à son retour. Pourquoi tu as même d’abord fait ça ? Voilà qu’on est dans les gros ennuis maintenant.
Ma’a Sabine : vous allez assumer vos responsabilités et moi les miennes. Je vais raconter exactement ce qui s’est passé.
Ils étaient en pleine conversation lorsqu’une voiture klaxonna à l’extérieur. Le portier couru ouvrir et une voiture entra. La maitresse de maison était de retour d’un voyage de plus de trois mois à l’étranger. Tous les employés allèrent se mettre en rang dans la cours pour l’accueillir. La nourrisse, qui était également la gouvernante de la maison, alla se tenir à l’entrée du séjour où elle attendait la patronne. Celle-ci était une femme au visage apeurant. Tous la craignaient. Pour un rien elle pouvait virer tous les employés de la maison et les remplacer aussitôt. La seule qui demeurait dans cette maison était Ma’a Sabine.
Pris de Peur, Wagni alla rejoindre son frère dans sa chambre. Il ne craignait pas la mère mais avait plus peur du chef de famille.
Wagni : gar… La mère vient de rentrer. On va faire comment ? Comme elle vient sans prévenir ça veut dire que le père est également en route.