Épisode 08: L'idée de voyager à Paris
Le comportement de Kenneth semble un peu bizarre pour Prisca. Elle connaissait un peu ce côté d'elle, mais pas à ce point. Kenneth est du genre un peu égoïste et n'hésite pas à s'imposer. Prisca voulait juste apporter une aide à la femme de ménage, donc elle ne voyait pas le mal en cela.
D'ailleurs, c'était une habitude. Elle l'aide de temps en temps, juste pour apprendre à le faire aussi. Voilà que Kenneth n’est pas du même avis. Mais cela ne gênait Prisca en rien, car elle se disait qu'elle aurait le temps de comprendre.
"Allons dans ma chambre, j’ai fini", lança Prisca à son amie.
"Je pensais que tu allais passer une éternité à faire la vaisselle", répliqua Kenneth en serrant les mâchoires.
"Je suis désolée si je t'ai fait perdre du temps."
"Tant mieux", répondit-elle sèchement.
Elles montèrent dans la chambre de Prisca, qui se trouvait au premier étage. Kenneth prit place sur le lit de son amie, toujours avec une mine très fermée. Visiblement, elle était vexée par les propos de son amie. Prisca, ayant fait ce constat, lui dit :
"Je suis désolée pour tout à l'heure. S'il te plaît, arrête de me punir, car tu sais très bien que cela me fait de la peine de te voir dans une telle posture. Pardonne-moi, s'il te plaît", dit Prisca en là débarrassant de son sac à main.
"T'inquiète ma chérie, arrête de te faire des illusions. En fait, je me sens ennuyée et isolée du monde. On ne dirait pas que ce sont les vacances."
"Tu n’es pas la seule, moi aussi je m'ennuie beaucoup. Et si on organisait quelque chose ?", dit Prisca en se tournant vers son amie.
"Parfait, je propose qu’on voyage à Paris. Euh, est-ce une bonne idée ?" douta-t-elle.
"Wouah, c’est une bonne idée. Et si on en parle à mon père en même temps, qu'en penses-tu ?"
"D’accord, l’avis du mien importe peu. D’ailleurs, je suis libre de tout mouvement et c’est ma vie à moi", dit-elle avec un sourire triste.
"Ne dis pas ça, c’est ton père après tout et il mérite d'être au courant de tes moindres mouvements", reprocha Prisca à son amie.
"Je m’en moque, d’autant plus qu’il n'a jamais de temps pour moi. De toute façon, il a des trucs plus importants que de me surveiller", dit-elle tristement.
"Calme-toi ma chérie, je suis là", dit-elle en la prenant dans ses bras.
Kenneth a parfaitement raison, je comprends sa douleur et c’est normal qu'elle réagisse de la sorte. Son père est toujours absent, même dans les moments les plus précieux de sa vie. Il pense combler son absence par l'argent qu'il donne à chaque fois. Ce bien matériel et Mami (la gouvernante) sont les seules compagnies de sa fille, sans oublier aussi sa meilleure amie. C’est vraiment triste, peut-être qu’il a aussi ses raisons. Alors, qui sommes-nous pour juger Monsieur Atanya ?
"Pour commencer, on ira faire du shopping", ajouta Prisca.
Ce qui met Kenneth dans une immense joie ; elle reprend rapidement ses esprits.
"Youpi, allons-y tout de suite, comme ça on pourra voyager vendredi."
"À vos ordres, Madame", répondit Prisca sur un ton narquois.
Pour ne pas perdre de temps, Prisca se change rapidement et les deux se dirigent vers le centre-ville en taxi.
Elles s’arrêtent devant le magasin de vêtements le plus populaire de la ville de Mexico. Elles font le plein de nouveaux looks, de mini-jupes, de robes de soirée, ainsi que de maillots de bain. Elles terminent leurs achats aux alentours de 16h, épuisées.
"Et si on allait prendre quelque chose dans un restaurant ?" propose Prisca.
"J'ai tellement faim," dit Kenneth tout doucement.
"On dirait une faim de loup," renchérit Prisca.
"T’es comique, toi," répondit-elle en souriant.
Les deux prennent place dans un restaurant situé juste à côté du magasin. Une jolie demoiselle toute souriante s'approche d'elles.
"Bonjour mesdemoiselles, que puis-je pour vous ?" leur demande-t-elle.
"Bonjour, une pizza au jambon, s'il vous plaît, accompagnée de boissons fraîches," commande gentiment Prisca.
"Pareil pour moi, mais avec des champignons," dit Kenneth à son tour.
"C’est noté, mesdames. Je vous reviens," dit-elle en s'excusant.
Au bout de quelques minutes, elles reçoivent leurs commandes respectives et se régalent. Elles mangent dans la joie tout en discutant de leurs futurs voyages. Elles sont très excitées par l'idée de voyager à Paris. Après avoir bien profité, les deux jeunes filles rentrent chez Prisca.
"Quelle journée de ouf," dit Prisca en se jetant sur le lit.
"En tout cas, je ne regrette pas, je me suis bien amusée. Maintenant je dois rentrer à la maison, sinon Mami sera seule."
"La pauvre ! Tu as raison. En plus, j'oubliais, j'aimerais avoir ton avis sur un sujet."
"Ah bon ! Je t'écoute."
"Je voulais te parler de mon mec."
Kenneth s'attendait à un sujet plus intéressant que de parler de Ronel (le mec de Prisca), mais pour ne pas la décourager, elle prend la peine de l'écouter.
"Il a encore fait quoi ?" lui demanda Kenneth.
"Toujours la même chose", répondit-elle timidement.
"T’es habituée, non ? Si je parle, tu vas encore me dire que tu l’aimes, tralalaaaa. Comme si tu étais la seule à vivre une relation amoureuse."
"Oui, je l’aime, mais cela ne t’empêche pas de me conseiller."
"Tu veux que je te dise la vérité ?", affirma Kenneth.
"Oui, parle-moi, ma chérie."
"Ronel n’a pas ton temps, pour être plus précise, tu n’es pas sa priorité. Comment un mec qui te dit qu’il t’aime réellement est-il incapable de prendre de tes nouvelles, ne serait-ce qu’une fois dans la journée ? Et tu vas me dire qu'il t'aime, non ma chérie, arrête de te faire des illusions. Tu ne figures pas sur sa liste de priorités."
Elle respira un coup avant de continuer.
"Il te fait croire tout le contraire de ce qu'il pense. Ma chère, c’est trop beau pour être vrai. Il n’a juste pas ton temps. Sinon, comment pouvons-nous expliquer cela ?", dit-elle en fixant sa copine.
Les propos de Kenneth étaient tellement blessants, mais elle disait la vérité à sa copine sur sa relation amoureuse. Prisca savait que ça n’allait pas, d'où elle voulait l'avis de sa copine, mais voilà ce que Kenneth lui répond.
"Peut-être qu’il est occupé en vrai", répondit Prisca froidement.
"Eh, arrête ça, tu es juste aveuglée par l’amour. Un mec qui est incapable de t’offrir le minimum et qui ose encore te faire souffrir, et toi, tu te tues à petit feu. Au contraire, il ne mérite même pas ton attention."
C'était la goutte de trop qui a fait déborder le vase. Prisca se sent ridiculisée par ses propos.
"Je saigne, ma chérie, j’ai mal au plus profond de moi. J’ai envie de tourner la page, mais mon cœur refuse d'y renoncer. Aujourd’hui, il est incapable de m’offrir le minimum, mais demain il me donnera plus, qui sait ! Tout est question de patience. C'est l'amour qui triomphe et non les biens matériels dans une relation", confia Prisca, le visage inondé de larmes.
"Oh mon œil, il est permis de rêver en tout cas, donc continue à rêvasser. Moi, je rentre chez moi", lui dit Kenneth sans aucune crainte tout en ramassant ses sacs.
Les réponses de Prisca n'étaient pas convaincantes aux yeux de Kenneth. Elle pense plutôt qu'elle est en train de perdre son temps pour un homme qui n'en vaut pas la peine.
"D’accord, je te raccompagne."
Prisca raccompagne sa copine et revient dans sa chambre, toute pensive. Il n’y a rien de pire que d’aimer quelqu’un qui vous fait souffrir. Pour vous, il est le socle de votre monde, tout autour de vous ne vit que pour lui, mais vous vous rendez compte que vous n'êtes rien dans son monde à lui. Même une feuille morte a plus de valeur que vous à ses yeux. Alors vous voyez votre monde d'amour s'assombrir, votre cœur devient faible et brisé en morceaux. Prisca est dégoûtée de sa relation amoureuse car il n'y a pas de changement malgré ses efforts pour faire avancer les choses. Elle se donne à fond pour que les choses marchent bien entre eux, mais on dirait qu'elle est seule face à tout cela. Elle se nourrissait d'espoir en disant que ça irait, pourtant aucun changement. À maintes reprises, elle a voulu tourner la page, mais c’est la page qui refuse de se retourner. Son cœur refuse d’obéir, elle s'est donnée corps et âme. Elle s'efforce de l'oublier, elle tente de passer à autre chose, mais elle n'y arrive jamais. Il suffit qu'elle reçoive un message de sa part pour que la joie revienne sur son visage. Mais au fond, elle souffre énormément.
"À quoi bon aimer si l’on doit souffrir ? Kenneth a peut-être raison, le mieux est de rompre cette relation toxique, sinon je finirai par perdre ma vie. Pourquoi fuir un pays à cause de la pluie, comme s’il ne pleuvait pas ailleurs. Et si je tombais sur quelqu'un de pire que Ronel, est-ce la meilleure décision ? Pour l’instant, je ne vais pas gâcher mes vacances pour rien", se disait-elle intérieurement.
À suivre...