Cette gamine n’en démordait pas, se rendit-il compte.
Posant sa tasse vide, il la toisa.
Soit elle était très butée soit elle faisait semblant. Difficile à dire avec elle. On ne savait jamais à quoi elle pensait ou s’attendre avec elle. La preuve, elle avait emménagé ici et toute seule. Ne craignait-elle donc les dangers ? Art ressentit un frisson en l’imaginant se faire agresser ici et toute seule.
Un jappement lui fit tourner la tête. Art scruta le gros chien et soupira. Au moins, elle avait eu la bonne idée de prendre un chien. Elle pensait donc à sa sécurité. Et, lui, que lui prenait-il de penser à sa sécurité ? Il était là afin d’obtenir d’elle qu’elle lui concède ses terres. Ce qu’elle refusait. Et quelque chose lui disait que c’était un peu parce que c’était lui qui le lui demandait.
Ce n’était un secret pour personne qu’ils ne s’appréciaient pas beaucoup. Et ses dernières années, leur animosité n’avait fait que se renforcer. Même lors de leur rencontre aussi rare que fugace. Il ne savait même plus aujourd’hui pourquoi ils se détestaient autant.
Son arrivé dans la vie de son parrain avait mis à mal son mariage. Christopher avait manqué plus d’une fois de divorcer d’avec sa femme mais par amour pour son mari, Millicent s’était résignée à la présence de la jeune fille, la fille naturelle de son époux.
Millicent comptait énormément pour lui. Elle avait été la mère qui lui avait manqué.
Sa mère. Cette femme sans cœur qui l’avait abandonné vingt-six ans plus tôt, son fils à peine âgé de six ans, avec son père, sans regard en arrière parce qu’il ne lui donnait pas la belle vie à laquelle elle avait toujours été habituée.
Ses parents étaient de deux mondes très différents. Sa mère était de la haute et vieille société anglaise et son père était un simple homme qui venait de lancer sa société de construction. Et pourtant, elle l’avait épousé mais il parait évidement aujourd’hui que si elle l’avait fait cela à l’époque c’était plus pour défier ses parents que parce qu’elle était tombé éperdument amoureuse de cet homme simple. Quand elle s’est rendue finalement compte que jamais elle n’aurait sa vie d’avant, elle a quitté enfant et mari, après avoir demander le divorce et s’est aussitôt remariée. Son nouvel époux, un homme bien plus âgé et surtout très riche, comme s’ils n’avaient jamais exister. Mariage dont est né peu d’années plus tard son demi-frère, Richard avec qui il a des relations plus cordiales que vraiment fraternelles.
John, son père ne s’en est jamais remis. Il s’est consolé dans l’alcool et son travail a petit à petit en pâti. Pour lui éviter d’assister à la déchéance de son père, Millicent le pris chez eux après que sa grand-mère paternelle l’ait recueillit pendant une période, pour la même raison. Sa mère avait été sa meilleure amie et par conséquent elle et son mari sont devenu ses parrains. Il a grandi dans sa nouvelle famille et obtenu deux jeunes frères. Alex et David.
Son père mourut peu de temps après son quatorzième anniversaire dans un accident de voiture. Ce qui avait été de l’avis de tout un soulagement surtout pour lui. Il ne s’était jamais remis du départ de sa femme bien-aimée.
Ses conquêtes le disaient sans cœur mais il avait eu sa dose de déception dans son enfance. Sa mère lui a bien démontré combien les femmes pouvaient justement être sans cœur et combien l’amour était une pure illusion.
Et, cette gamine était apparue dans leur vie. Sexy comme le diable, elle rendait les hommes fous et prenait un plaisir à le faire. Art s’était toujours refusé de finir sur la longue liste de ses prétendants même si c’était difficile pour lui d’étouffer le désir qu’elle allume en lui. Il avait toujours tenu à ce que leur relation n’aille pas plus loin et encore plus de la fréquenter mais là il n’avait pas le choix.
Parfois, il devait régler les problèmes qui se dressaient sur son chemin en personne comme aujourd’hui. Les problèmes, il avait dû en régler des centaines depuis qu’il avait repris la société de son père pour l’emmener là où elle en était aujourd’hui. Shepherd Entreprise était l’une des plus grande entreprise du pays et d’Europe. Il a travaillé d’arrache pied sans se laisser démonté pour créer sa chaine hôtelière mais pas que cela. Il avait avec les années diversifié ses activités dans plusieurs autres domaines. Alors faire changer d’avis à cette gamine n’allait pas lui être difficile.
- Tu ne penses pas que posséder toutes ses terres est un bien lourd fardeau pour une si jeune femme ?
- Non, je ne crois pas. Tu t’intéresses à ma santé, maintenant ?
- Non, dit-il sincère.
- Comme c’est étonnant ! dit-elle dans un rire faux.
Elle porta à nouveau sa tasse à sa bouche et pendant un court instant son regard fut happé par ses lèvres. Il eut du mal à s’en défaire.
- Écoute, Annika. Je pourrais pendant des heures te parler de mon projet et de combien cela te serait profitable de me vendre ses terres mais nous savons que tu ne m’écouteras pas plus. C’est bien parce que la proposition vient de moi que tu refuses, n’est-ce pas ? Si cela avait été un autre promoteur qui te proposait une aussi belle somme, tu ne refuserais pas ?
- Si c’est que tu crois, tu te trompes. Peu importe qui me demanderait t’acheter mes terres avec promesse mirobolante de fortune, je ne vendrais pas. J’ai dit et le redis, ses terres je les aime telles qu’elles sont et je n’ai pas envie de les voir disparaitre. Je ne vendrais pas même si tu m’offrais tout l’or du monde, dit-elle avec agacement en reposant sa tasse bruyamment.
Son geste fit lever la tête à son chien. Il les regarda un moment puis reposa sa lourde tête sur le tapis.
À nouveau, il scruta la petite pièce qui jumelait mobiliers modernes et mobiliers anciens avec le papier peint coloré peint à la main. Elle avait décoré cette pièce avec goût. Elle avait eu toujours bon goût.
Retournant son regard sur elle, il inspira lourdement.
- Je ne te pensais pas aussi obstinée, Annika. Tu sais très bien comme moi que tu n’en as rien à faire de ses terres. Ta vie a toujours été te faire la fête et la une des journaux peoples. Tu finiras par t’ennuyer un jour et alors tu retourneras à ta vie d’avant. Tu te rendras compte alors que ses terres te pèsent lourds. Alors, essayons d’éviter d’arriver à ce stade. Vends-moi ses terres.
- Non, fit-elle en se redressant d’un bond. Tu es bouché ou quoi, Art ! Bon je t’ai écouté et tu n’as pas essayé d’être convaincant mais contraignant. Je ne compte pas te vendre ses terrains à toi ni à personne. Je ne changerai pas d’avis ni aujourd’hui, ni demain, ni dans l’avenir. Maintenant, va-t-en !
Croisant ses bras contre sa poitrine, elle le fusilla du regard.
Un sourire aux lèvres, il se releva et la rejoignit en quelques pas.
Personne généralement n’oserait lui parler ainsi et encore moins le chasser si impunément en tout cas pas ses conquêtes. Mais Annika n’était pas l’une d’elles. Elle avait toujours ce tempérament trempé qui lui plaisait tant.
- Pourquoi t’entêter ? Demanda-t-il en se penchant vers elle, la dominant.
- Parce que je le peux. J’ai quelque chose pour une fois que tu souhaites.
- Et cela te ravie, n’est-ce pas ?
- Absolument.
Son regard noisette jetait des éclairs et pourtant jamais il n’avait désiré autant une femme qu’à ce moment précis.
Oui, elle avait une chose qu’il désirait acquis mais lui aussi avait quelque chose qu’elle désirait. Il ne pensait pas un jour à en arriver là mais pour quoi pas. Et puis, ce ne serait pas une chose déplaisante.
Non, en effet. Ça leur serait même très plaisant à tous les deux.
- Moi aussi, j’ai une chose que tu désires, Annika.
- Oh ! dit-elle un sourire amusée pour ne pas transparaître qu’elle était fascinée par le regard qu’il lui jetait. Et qu’est-ce ?
- Ça ? Dit-il en la prenant soudainement dans ses bras.
- Mais…que fais-tu, là ? Lâches-moi.
Elle avait posé ses mains à plat contre sa poitrine et, la tête légèrement penchée en arrière, essayait de le repousser. Ses maigres tentatives le firent sourire car elle était plus petite que lui et si frêle. Mais, il ne lui en laissa pas plus le temps et dans un grognement, captura sa bouche.