HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE – DEUXIÈME PARTIE-3

2015 Mots
« Aimable infortunée, lui dis-je après avoir mêlé la poudre dans un verre de vin d’Alicante, avalez ceci pour vous restaurer, et vous allez voir l’état de réconfortation où ce breuvage va mettre vos esprits. » Notre imbécile avale avec docilité, et sitôt qu’elle a fait, Noirceuil, qui n’avait pas cessé de me tenir enculée pendant que j’opérais, jaloux de ne perdre aucune des contorsions de cette agonie, me quitte pour venir considérer de plus près la victime. — Vous allez mourir, lui dit-il ; y êtes-vous bien déterminée ? — Madame est trop raisonnable, poursuit d’Albert, pour ne pas sentir que quand une femme a perdu l’estime et la tendresse de son époux, qu’il est dégoûté d’elle et qu’il en est las, le plus simple est de disparaître. — Oh, oui ! la mort… la mort ! s’écria cette infortunée ; c’est la dernière grâce que je demande !… Au nom du ciel, ne me la faites point attendre ! — La mort que tu désires, infâme bougresse, est dans tes entrailles, lui dit Noirceuil, en se faisant branler le vit sous les yeux de sa triste épouse par l’un de ses gitons ; tu l’as reçue des mains de Juliette ; son attachement était tel pour toi, qu’elle nous a disputé le bonheur de t’empoisonner. Et Saint-Fond, ivre de lubricité, ne sachant plus ce qu’il faisait, enculait d’Albert, qui, se prêtant avec complaisance aux sodomites attaques de son ami, rendait à un beau giton tout ce qu’il recevait du ministre, dont je gamahuchais l’anus. « Un peu d’ordre à tout ceci, dit Noirceuil, qui commençait à s’apercevoir, aux contorsions de sa femme, qu’il était bon de ne la plus perdre de vue. » Il fait mettre un tapis, au milieu de la chambre, sur lequel on étend la victime, et nous formons un cercle autour d’elle. Saint-Fond m’e****e en branlant un garçon de chaque main. D’Albert est sucé par Henriette, il s**e un vit en branlant de la main droite et, de la gauche, il moleste le cul de Lindane ; Noirceuil e****e Églée, on le fout, il s**e un vit, et fait foutre Lolotte sur ses cuisses par le sixième giton. Les crises commencent ; elles sont horribles, on n’a pas d’idée des effets de ce poison ; la pauvre femme se tournait quelquefois, au point de ne plus former qu’une boule ; rien n’égalait ses crispations, ses hurlements alors devenaient épouvantables ; mais nos précautions étaient prises de manière qu’il était impossible de rien entendre. — Oh, comme c’est délicieux ! disait Saint-Fond tout en labourant mon cul ; je ne sais ce que je donnerais pour la s*******r en cet état. — Rien n’est plus aisé, dit Noirceuil, essaye-le, nous te la tiendrons. La patiente, vigoureusement saisie par les jeunes gens, présente, malgré ses efforts, le cul désiré par Saint-Fond ; le scélérat s’y introduit. « Oh, foutre ! s’écrie-t-il, je n’y puis tenir. » D’Albert le remplace, Noirceuil ensuite ; mais dès que sa malheureuse épouse le sent, ses efforts deviennent si terribles, qu’elle échappe à ceux qui la tiennent et se jette en fureur sur son bourreau ; Noirceuil effrayé se sauve, le cercle se reforme. « Laissons-la, laissons-la, dit Saint-Fond qui venait de rentrer dans mon cul ; il ne faut pas approcher une bête venimeuse quand elle éprouve les crises de la mort. » Cependant Noirceuil, piqué, veut tirer vengeance de l’insulte ; il machine de nouveaux supplices, lorsque Saint-Fond s’y oppose en assurant son ami que tout ce que l’on pourrait faire maintenant à la victime ne servirait qu’à troubler l’examen que l’on se proposait des effets du venin. — Eh ! messieurs, m’écriai-je, ce n’est pas tout cela qu’il faut à madame : elle n’a dans ce moment-ci besoin que d’un confesseur. — Qu’elle aille au diable, la p****n, dit Noirceuil que Lolotte suçait en ce moment ; oui, oui, qu’elle aille à tous les diables !… Si j’ai jamais désiré un enfer, c’est dans l’espérance d’y savoir son âme, et de porter jusqu’à mon dernier soupir l’idée délicieuse que les plus vives douleurs ne sauraient avoir de fin pour elle. Cette imprécation parut décider la dernière crise ; Mme de Noirceuil rendit l’âme, et nos trois coquins déchargèrent en blasphémant comme des scélérats. — Voilà une des meilleures actions que nous ayons faites de notre vie, dit Saint-Fond en pressant son vit pour en exprimer jusqu’à la dernière goutte de foutre ; il y avait longtemps que je désirais la fin de cette ennuyeuse bégueule ; j’en étais encore plus las que son mari. — Ma foi, dit d’Albert, vous l’aviez pour le moins autant f****e que lui. — Oh ! beaucoup plus, dit mon amant. — Quoi qu’il en soit, dit Saint-Fond à Noirceuil, ma fille est maintenant à vous : vous savez que je vous l’ai promise pour récompense de cette épreuve. Je suis enchanté de ce poison, il est bien malheureux que nous ne puissions pas jouir ainsi du spectacle de la mort de tous ceux que nous faisons périr de cette manière… Allons, mon ami, je vous le répète, ma fille est à vous ; que le ciel bénisse une aventure où je gagne un gendre très aimable et la certitude de n’avoir point été trompé par la femme qui me fournit ces venins ! Ici Noirceuil eut l’air de faire une question bas à Saint-Fond, qui lui répondit affirmativement. Et le ministre, m’adressant ensuite la parole : — Juliette, me dit-il, vous viendrez me voir demain, je vous expliquerai ce que je n’ai fait qu’effleurer aujourd’hui. Noirceuil, en se remariant, ne peut plus vous avoir chez lui ; mais les effets de mon crédit, les grâces que je vais répandre sur vous, l’argent dont je vais vous couvrir, vous dédommageront bien amplement du sort que vous faisait mon ami. Je suis très content de vous ; votre imagination est brillante, votre flegme entier dans le crime, votre cul superbe, je vous crois féroce et libertine : voilà les vertus qu’il me faut. — Monseigneur, répondis-je, j’accepte avec reconnaissance tout ce qu’il vous plaît de m’offrir, mais je ne puis vous dissimuler que j’aime Noirceuil ; je ne m’en séparerais qu’avec peine. — Nous ne cesserons point de nous voir, mon enfant, me répondit l’ami de Saint-Fond : gendre du ministre et son ami intime, nous passerons notre vie ensemble. — Soit, répondis-je, à ces conditions j’accepte tout. Les garçons et les filles, à qui l’on fit entrevoir une mort sûre dans le cas de la moindre indiscrétion, jurèrent un silence éternel ; Mme de Noirceuil fut enterrée dans le jardin, et l’on se sépara. Une circonstance imprévue retarda le mariage de Noirceuil, ainsi que les projets du ministre. Il ne me fut pas possible non plus de le voir le lendemain : le roi, singulièrement content de Saint-Fond, venait de lui donner une marque sûre de confiance en le chargeant d’un voyage secret pour lequel il fut obligé de partir sur-le-champ, et au retour duquel il eut le cordon bleu avec cent mille écus de pension. « Oh ! me dis-je en apprenant ces faveurs, comme il est vrai que le sort récompense le crime, et qu’il serait imbécile, celui qui, éclairé par de tels exemples, ne parcourrait pas ardemment toute l’étendue de cette carrière ! » Cependant, d’après les lettres que Noirceuil reçut du ministre, j’eus l’ordre de me monter une maison splendide. Ayant reçu l’argent nécessaire à l’exécution de ce projet, je louai tout de suite un magnifique hôtel, rue du Faubourg-St-Honoré ; j’achetai quatre chevaux, deux voitures charmantes ; je pris trois laquais d’une taille haute, majestueuse, et d’une figure enchanteresse, un cuisinier, deux aides, une femme de charge, une lectrice, trois femmes de chambre, un coiffeur, deux filles en sous-ordre et deux cochers ; des meubles délicieux ornèrent ma maison ; et le ministre étant de retour, je fus me présenter aussitôt chez lui. Je venais d’atteindre ma dix-septième année, et je puis dire qu’il était à Paris bien peu de femmes plus jolies que moi ; j’étais mise comme la déesse même des amours ; il était impossible de réunir plus d’art à plus de luxe ; cent mille francs n’eussent pas payé les parures dont j’avais orné mes attraits, et je portais cent mille écus de bijoux ou de diamants. Toutes les portes s’ouvrirent à mon aspect ; le ministre m’attendait seul. Je débutai par les félicitations les plus sincères des grâces qu’il venait d’obtenir, et lui demandai la permission de b****r les marques de sa nouvelle dignité ; il y consentit, pourvu que je ne remplisse ce soin qu’à genoux : pénétrée de sa morgue et loin de la heurter, je fis ce qu’il désirait. C’est par des bassesses que le courtisan achète le droit d’être insolent avec les autres. — Vous me voyez, me dit-il, madame, au milieu de ma gloire ; le roi m’a comblé, et j’ose dire que j’ai mérité ses dons ; jamais mon crédit ne fut plus assuré, jamais ma fortune plus considérable. Si je fais refluer sur vous une partie de ces grâces, il est inutile de vous dire à quelles conditions. Après ce que nous avons fait ensemble, je crois pouvoir être sûr de vous ; ma plus entière confiance vous est acquise ; mais, avant que je n’entre dans aucun détail, jetez les yeux, madame, sur ces deux clefs : celle-ci est celle des trésors qui vont vous couvrir, si je suis bien servi par vous ; celle-là est celle de la Bastille : une éternelle prison vous y est préparée, si vous manquez d’obéissance ou de discrétion. — Entre de telles menaces et un pareil espoir, vous n’imaginez pas, sans doute, que je balance, dis-je à Saint-Fond ; confiez-vous donc à votre plus soumise esclave, et soyez parfaitement sûr d’elle. — Deux soins bien importants vont être remis dans vos mains, madame ; asseyez-vous et écoutez-moi. Et comme j’allais prendre un fauteuil par inadvertance, Saint-Fond me fit signe de ne me placer que sur une chaise. Je me confondis en excuses, et voici comment il me parla : — Le poste que j’occupe, et dans lequel je veux me soutenir longtemps, m’oblige à sacrifier un nombre infini de victimes. Voici une cassette composée de différents poisons ; vous les emploierez d’après les ordres que vous recevrez de moi ; à ceux qui me desservent seront réservés les plus cruels ; les prompts, pour ceux dont l’existence me nuit au point que je n’aie pas un moment à perdre pour les enlever de ce monde ; ces derniers, que vous voyez sous l’étiquette de poisons lents, seront pour ceux dont, par de puissantes raisons de politique, je dois prolonger l’existence afin d’éloigner de moi les soupçons. Toutes ces expéditions, suivant l’existence des cas, se feront tantôt chez vous, tantôt chez moi, quelquefois en province ou dans les pays étrangers. Passons maintenant à la seconde partie de vos soins celle-là, sans doute, deviendra la plus pénible pour vous, mais en même temps la plus lucrative. Doué d’une imagination très ardente, blasé depuis longtemps sur les plaisirs ordinaires, ayant reçu de la nature un tempérament de feu, des goûts très cruels, et, de la fortune, tout ce qu’il faut pour satisfaire à ces furieuses passions, je ferai chez vous, soit avec Noirceuil, soit avec quelques autres amis, deux soupers libertins par semaine, dans lesquels il faut nécessairement qu’il s’immole au moins trois victimes. En retranchant de l’année le temps des voyages où vous me suivrez seulement sans qu’il soit question de ces orgies, vous voyez que cela fait environ deux cents filles, dont la recherche ne regarde que vous ; mais il y a des clauses difficiles au choix de ces victimes. Il faut d’abord, Juliette, que la plus laide soit au moins belle comme vous ; il ne faut jamais qu’elles soient au-dessous de neuf ans, ni au-dessus de seize ; il faut qu’elles soient vierges et de la meilleure naissance, toutes titrées ou, au moins, d’une grande richesse… — Oh ! monseigneur ! et vous immolerez tout cela ? — Assurément, madame, le meurtre est la plus douce de mes voluptés ; j’aime le sang avec fureur, c’est ma plus chère passion ; et il est dans mes principes qu’il faut les satisfaire toutes, à quelque prix que ce puisse être. — Monseigneur, dis-je, en voyant que Saint-Fond attendait ma réponse, ce que je vous ai fait voir de mon caractère vous prouve, je crois, suffisamment qu’il est impossible que je vous trahisse ; mon intérêt et mes goûts vous en répondent… Oui, monseigneur, j’ai reçu de la nature les mêmes passions que vous… les mêmes fantaisies, et celui qui se prête à tout cela par amour pour la chose même, sert assurément beaucoup mieux que celui qui n’obéirait que par complaisance : le lien de l’amitié, la ressemblance des goûts, voici, soyez-en bien sûr, les nœuds qui captivent le plus sûrement une femme telle que moi. — Oh ! pour celui de l’amitié, ne m’en parlez pas ! Juliette, reprit vivement le ministre ; je n’ai pas plus de foi à ce sentiment-là qu’à celui de l’amour. Tout ce qui vient du cœur est faux ; je ne crois qu’aux sens, moi, je ne crois qu’aux habitudes charnelles… qu’à l’égoïsme, qu’à l’intérêt… oui, l’intérêt sera toujours, de tous les liens, celui auquel je croirai le plus. Je veux donc que le vôtre se trouve infiniment flatté, prodigieusement caressé dans les arrangements que je vais prendre avec vous. Que le goût vienne ensuite cimenter l’intérêt, à la bonne heure ; mais, les goûts changeant avec l’âge, il peut venir un temps où l’on ne soit même plus mené par eux, et on ne cesse jamais de l’être par l’intérêt. Calculons donc votre petite fortune, madame : Noirceuil vous fait dix mille livres de rente, je vous en ai donné trois, vous en aviez douze : voilà vingt-cinq ; et vingt-cinq, dont voici le contrat, font cinquante ; parlons maintenant du casuel.
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