HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE – DEUXIÈME PARTIE-4

2092 Mots
J’allai me jeter aux pieds du ministre pour lui rendre grâce de cette nouvelle faveur ; il ne s’y opposa point, et, m’ayant fait signe de me rasseoir : — Vous imaginez bien, Juliette, continua-t-il, que ce n’est pas avec un aussi mince revenu que vous pouvez me donner à souper deux fois la semaine, ni tenir la maison que je vous ai commandé de prendre : je vous donne donc un million par an pour ces soupers ; mais souvenez-vous qu’ils doivent être d’une magnificence incroyable ; j’y veux toujours les mets les plus exquis, les vins les plus rares, les gibiers et les fruits les plus extraordinaires ; il faut que l’immensité accompagne la délicatesse, et, fussions-nous même tête à tête, cinquante plats ne seraient pas suffisants. Les victimes vous seront payées vingt mille francs pièce, ce qui n’est pas trop, à cause des qualités que je leur désire. Vous aurez de plus trente mille francs de gratification par chaque victime ministérielle immolée par vos mains ; il y en a bien cinquante par an : cet article s’élève donc à quinze cent mille francs, auxquels je joins vingt mille francs par mois pour vos appointements. Autant que je puis voir, madame, ceci vous met à la tête de six millions sept cent quatre-vingt-dix mille francs ; nous ajouterons deux cent dix mille livres pour vos menus plaisirs, afin de vous composer une somme ronde de sept millions par an, dont cinquante mille francs passés par acte et qui ne peuvent vous fuir. Êtes-vous contente, Juliette ? M’efforçant ici de cacher ma joie, afin de servir encore mieux l’avarice dont j’étais dévorée, je représentai au ministre que les devoirs qu’il m’imposait étaient, pour le moins, aussi onéreux qu’étaient considérables les sommes dont il m’accordait la disposition ; qu’avec l’envie de le bien servir, je ne ménagerais rien, et que je voyais qu’il serait fort possible que les dépenses énormes que j’allais être obligée de faire excédassent de beaucoup les recettes ; qu’au surplus… — Non ; voilà comme je veux qu’on me parle, me dit le ministre ; vous m’avez montré de l’intérêt, Juliette, c’est ce que je veux, je suis sûr d’être bien servi, maintenant ; n’épargnez rien, madame. et vous recevrez dix millions par an : aucun de ces suppléments ne m’effraye ; je sais où les prendre tous, sans toucher à mes revenus. Il serait bien fou, l’homme d’Etat qui ne ferait pas payer ses plaisirs à l’Etat ; et que nous importe la misère des peuples, pourvu que nos passions soient satisfaites ? Si je croyais que l’or pût couler de leurs veines, je les ferais saigner tous les uns après les autres, pour me gorger de leur substance2. — Homme adorable, m’écriai-je, vos principes me tournent la tête ; je vous ai laissé voir de l’intérêt, croyez donc au goût, maintenant, et persuadez-vous, je vous en conjure, que ce sera plutôt mille fois par idolâtrie pour vos plaisirs, que par tout autre motif, que je les servirai avec tant de zèle. — Je le crois, dit Saint-Fond, je vous ai vue à l’épreuve. Eh ! comment n’aimeriez-vous pas mes passions ? Ce sont les plus délicieuses qui puissent naître au cœur de l’homme. Et celui qui peut dire : Aucun préjugé ne m’arrête, je les ai tous vaincus ; et voici, d’un côté, le crédit qui légitime toutes mes actions et, de l’autre, les richesses nécessaires à les assaisonner de tous les crimes ; celui-là, dis-je, n’en doutez pas, Juliette, est le plus heureux de tous les êtres… Ah ! ceci me fait souvenir, madame, du brevet d’impunité que vous promit d’Albert, la dernière fois que nous soupâmes ensemble : le voilà, mais c’est à moi que le chancelier vient de l’accorder ce matin, et non point à d’Albert, qui, selon son usage, vous avait totalement oubliée. La manière dont toutes mes passions se trouvaient flattées, dans cette multitude d’événements heureux, me tenait dans une espèce d’ivresse… d’enchantement, d’où résultait une sorte de stupidité qui m’ôtait jusqu’à l’usage de la parole. Saint-Fond me sortit de cet engourdissement en m’attirant à lui… — Dans combien de temps commencerons-nous, Juliette ? me dit-il en baisant ma bouche et passant une main sur mon derrière, dans lequel il enfonça sur-le-champ un doigt. — Monseigneur, lui dis-je, il me faut bien au moins trois semaines pour préparer tous les différents services que Votre Grandeur exige de moi. — Je vous les accorde, Juliette ; c’est aujourd’hui le premier du mois : je soupe chez vous le vingt-deux. — Monseigneur, poursuivis-je, en m’avouant vos goûts, vous m’avez donné quelques droits à vous confier les miens. Vous m’avez reconnu ceux du crime, j’ai ceux du vol et de la vengeance ; je satisferai les premiers avec vous : le brevet que vous venez de me donner m’assurant l’impunité du vol, fournissez-moi les moyens de la vengeance. « Suivez-moi, répondit Saint-Fond. » Nous passâmes chez un commis. « Monsieur, lui dit le ministre, examinez bien cette jeune femme ; je vous ordonne de lui signer et délivrer toutes les lettres de cachet qu’elle vous demandera, n’importe pour quelle maison. » Et repassant dans un cabinet où nous étions « Voilà, poursuivit le ministre, un point accordé ; la lettre que je vous ai donnée remplit l’autre. Tranchez, coupez, déchirez, je vous livre la France entière ; et quel que soit le crime que vous commettiez, son étendue, sa gravité, je vous réponds qu’il ne vous en arrivera jamais rien. Je vais plus loin, et vous accorde, ainsi que je l’ai dit, trente mille francs de gratification par chacun des crimes que vous commettrez pour votre compte. » Je renonce à vous dire, mes amis, ce que toutes ces promesses, toutes ces conventions me firent éprouver. Oh, ciel ! me dis-je, avec le dérèglement d’imagination que j’ai reçu de la nature, me voilà donc, d’un côté, assez riche pour satisfaire à toutes mes fantaisies, de l’autre, assez de fortune pour être certaine de l’impunité de toutes. Non, il n’est point de jouissances intérieures pareilles à celles-là ; aucune lubricité ne fait éprouver à l’âme un chatouillement plus excessif. « Il faut sceller le marché, madame, me dit alors le ministre. Voici d’abord le pot-de-vin, continua-t-il, en me faisant présent d’une cassette où il y avait cinq mille louis en or, et pour le double de pierreries ou de magnifiques bijoux ; n’oubliez pas de faire emporter cela avec la boîte des poisons. » M’attirant alors dans un cabinet secret, où le faste le plus opulent se joignait au goût le plus recherché : — Ici, me dit Saint-Fond, vous ne serez plus qu’une p****n ; hors de là, l’une des plus grandes dames de France. — Partout, partout votre esclave, monseigneur ; partout votre admiratrice et l’âme de vos plus délicats plaisirs. Je me déshabillai. Saint-Fond, ivre de plaisir d’avoir enfin une excellente complice, fit des horreurs. Je vous ai dit ses goûts, il les raffina tous : s’il m’élevait en sortant de chez lui, il me rabaissait cruellement dans son intérieur ; c’était bien, en volupté, l’homme le plus sale… le plus despote… le plus cruel. Il me fit adorer son vit, son cul ; il chia, je dus faire un dieu de son étron même ; mais, par manie bien extraordinaire, il me fit souiller ce dont il tirait ses plus puissants motifs d’orgueil : il exigea que je chiasse sur son Saint-Esprit et me torcha le cul avec son cordon bleu. A la surprise que je lui témoignai de cette action : — Juliette, me répondit-il, je veux te montrer par là que tous ces chiffons, qui sont faits pour éblouir les sots, n’en imposent point au philosophe. — Et vous venez de me les faire b****r ? — Cela est vrai ; mais de même que ces joujoux motivent mon orgueil, de même j’en mets étonnamment à les profaner : voilà de ces bizarreries de tête qui ne sont connues que de libertins comme moi. Saint-Fond bandait extraordinairement ; je déchargeai dans ses bras : avec une imagination comme la mienne, il ne s’agit pas de ce qui répugne, il n’est question que de ce qui est irrégulier, et tout est bon quand il est excessif. Je devinai le désir extrême qu’il avait de me faire manger sa merde : je le prévins ; je lui demandai la permission de le faire, il était aux nues ; il dévora la mienne, en y joignant l’épisode de me gamahucher le cul à chaque bouchée. Il me montra le portrait de sa fille : à peine avait-elle quatorze ans, et ressemblait à l’Amour même. Je le priai de la réunir à nous. — Elle n’est pas ici, me dit-il ; je ne vous aurais pas laissée former ce désir, si elle y eût été. — Vous en avez donc joui, lui dis-je, avant que de la donner à Noirceuil ? — Assurément, me répondit-il ; j’en serais bien fâché d’avoir laissé prendre à d’autres d’aussi délicieuses prémices. — Et vous ne l’aimez donc plus ? — Je n’aime rien, moi, Juliette : nous n’aimons rien, nous autres libertins. Cette enfant m’a fait beaucoup b****r ; elle ne m’excite plus à présent, parce que j’en ai trop fait avec elle ; je la donne à Noirceuil, qu’elle échauffe beaucoup ; tout cela est affaire de convenance. — Mais quand Noirceuil en sera las ? — Eh bien ! tu connais le sort des femmes ; je lui aiderai, vraisemblablement ; tout cela est bon, tout cela est bien fort ; c’est ce que j’aime… Et il bandait extraordinairement. — Monseigneur, lui dis-je, il me semble que si j’étais en place, il y aurait de certains moments où j’aimerais beaucoup à abuser de mon autorité. — En bandant, n’est-ce pas — Oui. — Je le pense. — Oh ! monseigneur, sacrifions quelques innocents, cette idée me tourne la tête. Je le branlais, l’un de mes doigts chatouillait le trou de son cul. — Tenez, me dit-il en sortant un papier de son portefeuille, je n’ai qu’à signer cela, et je fais mourir demain une très jolie personne que sa famille vient de faire enfermer par mon organe, uniquement parce qu’elle aime les femmes. Je l’ai vue, elle est charmante ; je m’en suis amusé l’autre jour : depuis ce moment-là j’ai si peur qu’elle ne parle, que je n’ai pas existé un instant sans le désir de m’en débarrasser. — Elle jasera, monseigneur, elle jasera, soyez-en bien sûr ; votre sûreté dépend de la mort de cette fille… Signez au plus tôt, je vous en conjure. Et prenant le papier, je l’appuyai sur mes fesses, en le suppliant de le signer là. Il le fit. — Je veux porter l’ordre moi-même, lui dis-je. — J’y consens, me répondit Saint-Fond… Allons, Juliette, il faut que je décharge : ne vous alarmez pas du personnage qui devient nécessaire au dénoûment de cette crise. Et comme il sonna, un jeune homme assez joli parut dans l’instant. — Mettez-vous à genoux, Juliette ; il faut que cet homme vous donne trois coups de canne sur les épaules, dont la marque reste quelques jours ; qu’ensuite il vous tienne pendant que je vous enculerai. Et le jeune homme, se déculottant lui-même, fit aussitôt b****r son derrière au ministre, qui le lécha complaisamment. J’obéissais pendant ce temps-là, et j’étais à genoux ; le jeune homme se sert de sa canne et m’applique trois coups si serrés sur les épaules que j’en fus marquée quinze jours. Saint-Fond, bien en face de moi, m’observait, pendant cette crise, avec une curiosité lubrique ; il vint examiner les meurtrissures ; il se plaignit de leur faiblesse, et ordonna au jeune homme de me tenir ; il m’e****e tout en baisant les fesses de celui qui facilitait son opération. « Ah ! foutre ! s’écria-t-il en déchargeant, ah ! sacredieu, la p****n est marquée ! » L’homme se retira. Ce ne fut que longtemps après qu’un événement, dont nous parlerons, jeta quelque jour sur celui-ci. Le ministre me raccompagna, et, reprenant avec moi, dès que nous fûmes bon de ce cabinet, l’air de considération qu’il avait eu avant que d’y entrer : « Faites emporter ces cassettes, madame, me dit-il, et souvenez-vous que notre arrangement commence dans trois semaines. Allons, Juliette, libertinage, crime, discrétion, et vous serez heureuse. Adieu. » Mon premier soin fut d’examiner l’ordre dont j’étais porteuse. Dieu ! quel fut mon étonnement quand je vis qu’on enjoignait à la supérieure du couvent de force dont il s’agissait, d’empoisonner secrètement, qui ?… Saint-Elme, cette charmante novice de Panthemont que j’avais adorée pendant mon séjour dans ce couvent. Une autre que moi eût déchiré ce monument de scélératesse ; mais j’avais fait trop de chemin dans la carrière du crime pour reculer : rien ne m’arrête, je n’ai pas même le mérite de balancer. Je remets l’ordre à la supérieure de Sainte-Pélagie, où Saint-Elme gémissait depuis trois mois ; je demande à voir la coupable, je la questionne, elle m’avoue que le ministre a mis sa liberté au prix de sa complaisance, et qu’elle a fait avec lui tout ce que l’on peut faire. Aucune des saletés où se livrait ce monstre de luxure n’avait été épargnée : bouche, cul… con, l’infâme avait tout souillé, et ce qui la consolait de ces sacrifices était l’espoir de sa liberté. « Je l’apporte, dis-je à Saint-Elme en l’embrassant. » Elle me remercie, me rend mes baisers au double… Mon con se mouille en la trahissant… Le lendemain elle était morte. Allons, me dis-je, dès que je sus l’effet de ma scélératesse, je suis faite pour aller au grand, je le vois ; et travaillant avec promptitude aux préparatifs des projets de Saint-Fond, en trois semaines, ainsi que j’en avais pris l’engagement, je fus en état de lui donner son premier souper. Six excellentes appareilleuses, que j’avais à mes gages, m’avaient procuré, pour mon début, trois jeunes sœurs, enlevées dans un couvent de Meaux, de douze, treize et quatorze ans, et de la plus céleste figure qu’il fût possible de voir. Le ministre vint le premier jour avec un homme de soixante ans. En arrivant, il s’enferma quelques minutes avec moi, visita mes épaules, et parut mécontent de n’y plus trouver les marques qu’il m’y avait fait imprimer la dernière fois que nous nous étions vus. A peine me toucha-t-il ; mais il me recommanda le plus grand respect et la plus profonde soumission pour l’homme qu’il amenait, lequel était un des plus grands princes de la cour ; cet homme le remplaça aussitôt dans le cabinet où m’avait fait passer Saint-Fond. Prévenue par mon amant, je lui fis voir mes fesses dès qu’il entra. Il s’approcha, une lunette à la main.
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