Les jours qui suivent le bal sont marqués par un silence tendu, presque palpable. Depuis ce soir-là, je me suis promis de maintenir mes distances avec Vincent. J’ai tenté de tourner la page, de l’oublier en dansant avec un autre homme. Mais ça n’a pas marché. Je n’ai ressenti aucun frisson, aucune étincelle, rien qui puisse me faire oublier ce que Vincent et moi avons partagé, et ce que nous avons perdu. Cependant, je ne le laisserai plus m'atteindre de la même manière. Pas après tout ce qu’il m’a fait ressentir, puis arracher.
Quand je reviens au bureau, j'adopte un comportement strictement professionnel. Je fais de mon mieux pour rester concentré sur mes tâches, gardant mes interactions avec Vincent limitées et formelles. Je l'évite autant que possible, répondant à ses demandes de la manière la plus efficace possible, sans pour autant engager de conversation personnelle. Je ne lui laisse aucune ouverture.
Chaque fois qu'il essaie de discuter, je me contente de lui rappeler que nous sommes au bureau. "Je préfère qu'on reste professionnels, Vincent," lui dis-je d’un ton ferme. "Nous avons du travail à faire." Et à chaque fois, je vois un éclair de frustration traverser ses yeux. Mais il ne peut rien dire. Pas après ce qu’il a lui-même imposé.
La tension entre nous devient de plus en plus palpable, comme une tempête qui menace d’éclater à tout moment. À plusieurs reprises, Vincent tente d’engager des discussions plus personnelles. Il m'aborde sous des prétextes vagues, essayant d’engager la conversation avec un sourire en coin ou un ton plus doux. Mais je refuse de m’y laisser prendre.
"Gabriel, est-ce qu'on peut parler ?" demande-t-il à un moment donné, alors que je classe des dossiers. Je sens dans sa voix qu’il essaie d’ouvrir un sujet plus personnel, mais je l’interromps immédiatement.
"Je pense qu'il est préférable que nous restions concentrés sur le travail," je réponds sèchement, sans même lever les yeux de mes dossiers.
Je sens sa frustration monter, mais je refuse de lui accorder la moindre ouverture. Chaque fois qu’il tente de ramener une forme d’intimité dans nos échanges, je l’écarte froidement, lui rappelant où nous sommes et quelles sont nos responsabilités. Je suis son employé, il est mon patron. Rien de plus.
Mais cela ne l’empêche pas d'essayer encore. Un jour, alors que je m'apprête à quitter le bureau, il s'approche de moi, son regard insistant. "Gabriel," commence-t-il, sa voix plus douce que d’habitude. "Peut-être qu’on pourrait se voir après le boulot ? Juste pour discuter."
Je me crispe, mais je maintiens mon masque d’indifférence. "Je suis désolé, Vincent, mais j’ai déjà des plans pour ce soir."
Il fronce les sourcils, visiblement mécontent de ma réponse. "Demain, alors ? On pourrait dîner ensemble, juste pour—"
"Je suis pris aussi demain," je l’interromps à nouveau. "Et je préfère ne pas mélanger travail et vie privée."
Son visage se ferme, et je sens la tension monter d'un cran. Mais je ne cède pas. Je suis déterminé à garder cette distance, à maintenir cette barrière entre nous. Il l’a lui-même érigée, après tout.
"Des plans, encore des plans," marmonne-t-il finalement, la colère commençant à transparaître dans sa voix. "Laisse-moi deviner. Tu vas sans doute voir cet homme avec qui tu dansais l’autre soir, n’est-ce pas ?"
Je me fige. La colère dans sa voix est claire, mais je ne m'y attendais pas. Il m’accuse ouvertement, sa jalousie éclatant enfin au grand jour. Je me retourne lentement vers lui, mon regard dur et froid. "Qu’est-ce que tu insinues, Vincent ?"
"Tu sais très bien ce que j’insinue," rétorque-t-il, ses yeux brillants de colère. "Je t’ai vu. Tu dansais avec lui toute la nuit, et maintenant tu me repousses à chaque fois. Est-ce que c’est pour le rejoindre ? Est-ce que tu passes ton temps avec lui après le boulot ?"
Je suis sidéré par sa réaction, par la manière dont il laisse sa jalousie prendre le dessus. Pendant un instant, je ne dis rien, choqué par l’ampleur de ses accusations. Puis la colère monte en moi, brûlante et impérieuse.
"Et même si c’était le cas, Vincent, **en quoi cela te concerne ? **" dis-je en serrant les dents, ma voix tremblante d’émotion. "Tu m’as bien dit qu’il ne se passerait plus jamais rien entre nous, pas vrai ? Tu as mis fin à tout ça ! Alors pourquoi diable te sens-tu le droit de t’immiscer dans ma vie privée ?"
Il reste silencieux, ses mâchoires serrées, mais je vois dans ses yeux qu’il n’a pas de réponse. Je continue, ne pouvant plus contenir ma frustration.
"Je ne suis qu’un employé, et toi tu es mon patron, n’est-ce pas ce que tu m’as répété encore et encore ? Alors ma vie privée ne te concerne pas. Que je voie quelqu’un ou non, ce n’est pas ton affaire. Tu as fait ton choix, Vincent. Alors accepte-le et arrête de me surveiller comme ça."
Mon ton est tranchant, et je vois qu’il est secoué par mes mots. Mais je ne me retiens plus. Tout ce que j’ai accumulé ces derniers jours, toute cette frustration de l’avoir perdu, de l’avoir vu me repousser, éclate finalement en surface.
Vincent semble abasourdi, sa colère se mêlant à une forme de regret. Ses yeux se détournent un instant, comme s’il cherchait une réponse, mais rien ne vient. Et moi, je ne lui laisse pas le temps de reprendre le contrôle.
"Je pense que cette conversation est terminée," dis-je en rassemblant mes affaires. "Et il serait préférable que nous restions purement professionnels à partir de maintenant. Tout le reste, tu l’as détruit toi-même."
Je quitte le bureau sans un mot de plus, le laissant seul dans sa colère et son incompréhension. Mon cœur bat encore furieusement dans ma poitrine alors que je m’éloigne, mais une part de moi se sent enfin libérée.
J’ai été honnête, et c’est tout ce qui compte.