La salle est baignée d’une lumière dorée, et la musique douce emplit l’air, mais rien de tout cela n’arrive à me détendre. Pas ce soir. Mon regard est fixé sur lui depuis qu’il est entré dans la salle, et je n’arrive pas à m’en détacher.
**Gabriel. **
Je ne pensais pas qu’il viendrait. Après tout ce que je lui ai dit, après la manière dont j’ai brutalement mis fin à ce que nous partagions, je m’étais convaincu qu’il comprendrait que c’était la meilleure décision. Mais maintenant qu’il est là, vêtu de son costume sombre et mystérieux, son masque parfaitement ajusté, je sens une tempête silencieuse grandir en moi.
Je n’aurais jamais dû venir. Après notre dernière rencontre, j’étais certain que ce serait une mauvaise idée, mais quelque chose m’a poussé à me rendre à ce bal une fois de plus. Peut-être une habitude, un dernier espoir de retrouver ce mystère, cette sensation de liberté que nous partagions avant que tout ne devienne trop réel. Mais en le voyant ici, tout cela me semble soudainement hors de portée.
Il m’a vu, bien sûr. Son regard s’est posé sur moi dès qu’il est entré dans la salle, et j’ai vu cette lueur de surprise dans ses yeux. Pendant un bref instant, je me suis demandé s’il allait me rejoindre, comme toutes les fois précédentes. Une partie de moi l’espérait même, malgré moi.
Mais il a tourné la tête.
Je l’ai regardé s’éloigner, se diriger vers un autre homme, un inconnu au masque argenté. Et là, sous mes yeux, il lui a tendu la main. J’ai ressenti un pincement profond dans ma poitrine en le voyant accepter l’invitation de cet autre homme. **Ce n’est pas ce que je voulais. **
Gabriel danse avec cet inconnu, et je ne peux pas m’empêcher de suivre chacun de leurs mouvements. Mes yeux sont rivés sur lui, incapables de se détacher. Je le regarde tourner sur la piste, son corps suivant les gestes précis de cet homme. Je devrais être soulagé, non ? Après tout, c’est exactement ce que j’avais souhaité : que Gabriel avance, qu’il trouve quelqu’un d’autre, que tout redevienne simple. Mais en réalité, je ressens tout sauf du soulagement.
**Je suis jaloux. **
C’est une sensation que je n’avais pas prévue, que je n’avais pas anticipée. Une jalousie profonde et amère, qui se tord dans mon estomac à chaque fois que l’inconnu pose ses mains sur lui. J’essaye de me convaincre que tout cela est pour le mieux, que Gabriel mérite quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’est pas son patron, quelqu’un avec qui les choses seraient plus simples. Mais cette jalousie ne me quitte pas. Elle grandit, devenant presque insupportable.
Je serre les poings, essayant de me concentrer sur autre chose, sur n’importe quoi. Mais je n’arrive pas à détourner le regard. Gabriel sourit à cet homme, mais il n’a pas ce même éclat qu’il avait avec moi. Ses mouvements sont fluides, calculés, mais il n’y a pas cette étincelle que nous partagions. Je me surprends à chercher des signes, à espérer que lui non plus ne ressente rien.
Mais pourquoi est-ce que cela m’importe autant ? Je suis celui qui a tout arrêté. Je suis celui qui a mis des limites, qui a dit qu’il ne pouvait rien se passer entre nous. Je devrais être heureux qu’il suive mon conseil, qu’il avance sans moi.
Alors pourquoi ai-je l’impression de perdre quelque chose de précieux à cet instant même ?
La soirée continue, et je reste là, dans mon coin, incapable de faire autre chose que de le regarder danser avec cet homme. Chaque sourire échangé, chaque pas partagé entre eux me fait serrer les mâchoires un peu plus fort. Je ne bouge pas, je ne fais rien. Je suis piégé dans cette immobilité, condamné à être le spectateur de ce qui pourrait être le début de quelque chose entre Gabriel et cet inconnu.
Mais je sais qu’il ne ressent pas la même chose.
Je le vois dans ses gestes, dans sa manière de bouger, dans ce regard vide qu’il essaie de masquer. Gabriel essaie de se convaincre qu’il peut tourner la page, qu’il peut oublier ce que nous avons partagé.
Mais je sais que ce n’est pas vrai. Pas après tout ce que nous avons vécu ensemble, après tout ce que nous avons ressenti. Cette tension, cette attraction entre nous, ne disparaîtra pas si facilement.
Et pourtant, je reste immobile, me forçant à regarder. À souffrir en silence.
Il continue de danser, mais je sais qu’il est frustré. Ses gestes manquent de passion, d’intensité. Ce n’est pas comme quand il dansait avec moi. Et moi, je ne peux rien faire d’autre que l’observer, rongé par cette jalousie que je n’arrive pas à maîtriser.
À un moment donné, l’inconnu se penche vers Gabriel pour murmurer quelque chose à son oreille. Mon cœur se serre. Est-ce qu’il l’invite ailleurs ? Est-ce que Gabriel va accepter ? Mon esprit s’emballe, mais je reste figé. Mon corps ne veut pas répondre à mes ordres. Une part de moi veut intervenir, mais une autre sait que je n’en ai pas le droit.
**C’est ce que je voulais**, je me répète. Je voulais que Gabriel passe à autre chose. Je voulais le libérer de cette tension, de cette attraction impossible. Alors pourquoi est-ce que je me sens comme si je l’avais perdu pour de bon ?
La soirée touche à sa fin, et je n’ai pas bougé. Gabriel continue de danser, mais je vois la frustration grandir en lui. Il tente de trouver quelque chose chez cet homme, quelque chose qui pourrait le satisfaire, qui pourrait lui faire oublier ce que nous avons partagé. Mais ce n’est pas là.
Et moi, je reste là, toujours à distance, incapable de faire quoi que ce soit.