Chapitre vingt-neuf : Vincent

979 Mots
La réunion bat son plein depuis une bonne heure. Tout le monde est assis autour de la grande table de conférence, discutant de nouveaux projets, de stratégies à adopter. Je me concentre sur les chiffres, les propositions, tout en jetant de temps en temps un coup d'œil discret vers Gabriel, assis non loin de moi. Il prend des notes, attentif à tout ce qui se dit. C’est une réunion importante, et je vois dans ses yeux qu'il veut participer, qu'il veut montrer qu'il a sa place ici, malgré son statut de stagiaire. Mais je sens aussi cette tension sous-jacente. Il y a toujours des personnalités fortes dans ce genre de réunion, et Gabriel, malgré toute son intelligence et sa détermination, est perçu par certains comme un simple assistant, quelqu’un dont l’avis n’a pas encore de poids. Cela me met mal à l’aise, mais je fais de mon mieux pour lui donner l’espace dont il a besoin pour grandir dans ce rôle. Je le soutiens en silence, prêt à intervenir si besoin. Et puis, ça arrive. Gabriel prend la parole, énonçant une idée qui, selon moi, est brillante. Une manière de rendre nos prochaines réunions plus productives en organisant un suivi plus rigoureux des projets en cours. Mais à peine a-t-il fini de parler qu’un des cadres, un homme plus âgé, le coupe brutalement. "Je crois que tu oublies quelque chose," dit l’homme avec un rictus méprisant. "Tu n’es qu’un simple stagiaire ici. Ton rôle, c’est d’écouter et d’apprendre, pas de donner ton avis comme si tu étais à notre niveau." Je sens mon sang bouillir instantanément. La pièce entière se fige, tous les regards se tournent vers Gabriel, puis vers moi. Je vois Gabriel se raidir dans son fauteuil, mais il garde son calme, ses yeux fixés sur l’homme en face de lui. Moi, en revanche, je ne peux pas rester impassible. "Ne lui parle pas comme ça," dis-je, ma voix plus froide et tranchante que je ne l’aurais voulu. Tous les yeux sont maintenant rivés sur moi, mais je m’en fiche. "Gabriel est ici pour apprendre, oui. Mais ça ne lui retire pas le droit d’exprimer son avis. Son idée est aussi valide que n’importe laquelle autour de cette table." L’homme se tourne vers moi, un sourire moqueur au coin des lèvres. "Vincent, ne me dis pas que tu défends un stagiaire ? Depuis quand les stagiaires ont-ils leur mot à dire dans des décisions importantes ? Il devrait savoir se tenir à sa place." C’en est trop. Je me lève brusquement de ma chaise, les poings serrés. "Je ne te permets pas de lui parler ainsi. Gabriel fait partie de cette équipe. Il a des idées, il travaille dur, et je ne tolérerai pas qu’on lui manque de respect. Ici, tout le monde a le droit de s’exprimer, stagiaire ou non." La tension dans la salle est palpable. Le silence qui suit mes paroles est lourd, chacun attendant de voir ce qui va se passer. Je sens la colère monter en moi, et je sais que si je continue, les choses risquent de dégénérer rapidement. Mais je ne peux pas supporter que quelqu’un rabaisse Gabriel de cette manière, pas après tout ce qu’il a traversé pour en arriver là. Juste au moment où je m’apprête à répondre à nouveau, je sens une pression douce sur mon bras. Gabriel, qui jusque-là était resté silencieux, pose sa main sur moi. Je tourne la tête vers lui, et je vois dans ses yeux un mélange de gratitude et de calme. "Vincent," murmure-t-il doucement, sa voix apaisante. "Laisse tomber. Ce n'est pas nécessaire." Je reste un instant figé, ma respiration encore haletante de colère. Mais Gabriel serre légèrement mon bras, un geste qui me fait redescendre d’un cran. Il garde son calme, même après une telle humiliation, et je me demande comment il peut rester si posé alors que je suis prêt à exploser. "Je vais sortir de cette réunion," dit Gabriel en se levant de sa chaise, sans élever la voix. "Je ne veux pas envenimer les choses." Il se redresse, sa stature plus droite que jamais, et je sens une force silencieuse émaner de lui. Il ne se laisse pas abattre, malgré les mots durs de l’homme en face de nous. Il fait un pas vers la porte, mais avant de sortir, il se tourne une dernière fois vers l’homme qui l’a humilié. Son regard est froid, menaçant. Un regard qui dit sans un mot que cette humiliation ne sera ni oubliée, ni pardonnée. L’homme ne dit rien. Personne ne dit rien, en réalité. Tous sont figés, incapables de réagir à ce moment de tension. Gabriel quitte la salle sans un mot de plus, et je le regarde partir, la colère toujours brûlante en moi, mais contenue cette fois. Une partie de moi veut aller après lui, le soutenir, mais je sais que Gabriel a besoin de cet espace. Il a besoin de montrer qu'il peut se défendre, qu’il n’a pas besoin de moi pour combattre ses batailles. Je le respecte pour ça. Je me rassois lentement, mes yeux toujours rivés sur l’homme qui a osé lui manquer de respect. Je garde mon calme, mais mes mots sont tranchants. "Si jamais tu parles encore une fois à Gabriel de cette manière, je te garantis que tu regretteras de l'avoir fait." Il ouvre la bouche pour répondre, mais je le coupe immédiatement. "Ce n'est pas une discussion. C'est un avertissement." Le reste de la réunion se déroule dans une tension palpable, mais je ne me soucie plus des mots échangés. Mes pensées sont déjà tournées vers Gabriel. Je me demande ce qu’il ressent, comment il gère cette situation. Et, plus que tout, je me demande ce que je dois faire maintenant pour lui prouver que je serai toujours là pour lui, même quand il décide de se battre seul.
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