Nous la perdons, encore une autre pousse. Tu ne peux pas mourir reste avec nous. Encore une autre. Elle s'en sortira, criait le le docteur Abdoul Wahab pour la énième fois.
Tel un fou, Abdou Wahab n'arrivait pas à contrôler ses émotions. Plus fort que ça, pour lui, sortir de la salle sans Sadiya vivante était inacceptable.
-Docteur elle est morte je suis désolé , lui dit un de ses collègues avec qui il était depuis l'arrivée de la jeune fille.
-Nooooon je te dis qu'elle n'est pas morte, lui cria t-il. Sadiya est bien vivante. Je le sais et je le sens.
Il refusait de l'admettre mais Sadiya avait déjà rendu l'âme. Malgré le lavage d'estomac et tout ce qui s'en suivait et oui elle n'était plus de ce monde. Elle a encore frappé. La mort !!! Riche ou pauvre toute personne y goûtera.
-Je l'ai vu dans mon rêve elle me demandait de l'aide et si je l'abandonne ici cela va dire que je suis un lâche, continue t-il. Essayons encore une fois elle se réveillera j'en suis sûr.
-Mais docteur il n'y a plus rien qu'on puisse faire pour elle c'est difficile de l'admettre mais elle ne reviendra pas. Ce n'est pas la première fois que vous rencontrez ce cas, il faut que vous acceptez la réalité, lui expliqua son ami médecin qui ne comprenait pas cet entêtement.
-Et s'il te plait crois-moi elle se réveillera encore une dernière pousse, lui supplia Abdou Wahab.
Son collègue s'exécute pour ne pas le décourager.
-Un....deux...trois on y va, cria Abdou Wahab en reprenant la machine tout en espérant que son intuition ne le trahisse pas.
Une fois que la machine est posée sur la poitrine de Sadiya, la jeune fille fait preuve d'inertie.
-Encore un deuxième, recommença Abdou Wahab, un troisième...
Et comme un coup de magie, elle ouvra sa bouche en dégageant une bouffée d'air. Ébahis, ses collègues n'en croyaient pas à leurs yeux. Ils ont ressuscité une morte.
-Vous voyez Je vous l'avais dit, cria Abdou Wahab d'un ton triomphal à ses collègues. Tu m'entends Sadiya, elle revient...elle respire de nouveau.
Elle ne voyait pas, mais elle entendait tout ce qui se disait dans cette salle. Elle est revenue dans le monde des vivants. Cette réincarnation de son âme dans son corps avait surpris tout le monde mais sauf Abdou Wahab.
Il y croyait tellement. Il l'a vu en rêve insistait-il.
Dans le couloir il y avait la mère de Sadiya qui n'arrêtait pas de pleurer car ne comprenant pas cette décision néfaste de sa fille. Pourquoi vouloir mettre fin à ses jours. Pourquoi cette preuve de lâcheté ? Elle n'a jamais pensé que sa propre fille serait un jour capable de mettre fin à ses jours. Peut-être qu'elle a minimisé la maladie de sa fille se demandait-elle dans sa tête. Pourquoi se suicider ? Il peut s'agir d'un appel au secours peut-être. C'est une façon de dire aux autres que ça ne va pas, et non une manière de se faire mousser. Voici les interrogations brûlantes qui envahissaient son esprit.
Dans la peau de Abdou Wahab Ndiaye
Je ne comprend pas pourquoi elle a voulu se suicider. Je sais que la personne qui passe à l'acte n'a pas vraiment le désir de mourir. Elle veut surtout mettre fin à une douleur intolérable, insupportable et cela, après avoir tenté de plusieurs façons, sans succès, de trouver une solution à ses problèmes.
Je lui ai proposé mon aide à plusieurs reprises mais je vois qu'elle est restée hermétique à mon égard. C'est comme si ma présence la mettait mal à l'aise. Pourquoi veut-elle mettre fin à ses jours ? Peut-être que c'est à cause de sa maladie. C'est difficile ce qui lui arrive certes mais ce n'est pas une raison de vouloir abandonner comme ça tout du jour au lendemain.
Elle est hors de danger maintenant. Elle est sous sédatifs. Il faut que j'aille prévenir sa mère car elle doit-être morte d'inquiétude.
-Elle est morte c'est ça dis-moi la vérité docteur elle est où ma fille ? Me demanda sa mère en pleurs.
J'ai failli même en craquer.
-Non calmez-vous madame grâce à Dieu votre fille s'en est sortie. Nous lui avons fait un lavage d'estomac à temps.
Je vais lui épargner les détails. Je vois qu'elle est épuisée.
-Vous pourriez la voir dès demain matin, dis-je. Rentrez chez vous. Je vais rester avec elle.
- Non plus jamais je ne la laisserais toute seule, continue t-elle, Je ne laisserais pas ma fille seule ici.
J'ai de la peine pour cette dame. Un enfant ne pourra jamais remercier assez sa mère. Cet amour inconditionnel dont elle fait preuve à cause de son enfant. Depuis presque 3 heures de temps, cette femme est restée debout. Trahi par ses cernes, son visage à complètement changé de couleur. Ça se voyait qu'elle était épuisée.
Je l'emmène en salle d'attente et je lui propose de se reposer un peu.
-Je vous emmène de l'eau à boire, demandais-Je
- Non je n'ai besoin de rien. Je pense que je vais appeler ma fille pour qu'elle vienne.
Je suis sortie pour retourner dans la chambre de Sadiya. Elle doit-être réveillée. J'ai besoin de comprendre pourquoi elle a voulu se donner la mort.
-Sadiya cava, dis-je en prenant la chaise pour m'asseoir en face d'elle.
-Oui c'est qui ?, dit-elle
-Monsieur Ndiaye le médecin
-Pourquoi vous m'avez sauvé, dit-elle
-Parce que c'est mon devoir, répondis-je. Pourquoi tu as voulu mettre fin à tes jours, demandais-Je dans un ton calme.
-Parce que je ne veux plus vivre, dit-elle. Ma vie m'appartient et j'en fait ce que je veux. Je ne veux plus vivre. C'est aussi simple comme bonjour non ?
- Non de Dieu, dis-je en essayant de comprendre. Est-ce-que tu sais que le suicide n'est pas un choix, mais un non choix. La personne croit à tort qu'il n'y a plus d'autres possibilités pour arrêter de souffrir. Dire et croire cela est une manière, pour ceux qui restent, de se déculpabiliser. En réalité, il est toujours possible d'intervenir. Et si tu me disais une bonne fois pour toute ce qui ne va pas. Laisse moi t'aider. Je ne te laisserais pas mourir Sadiya.
-Pour qui est-ce-que vous vous prenez pour décider à ma place ? C'est ma vie et je peux en faire ce que je veux. Si je dis que je ne veux plus vivre c'est mon problème. Et je demande à être euthanasié, me dit-elle en
-Euthanasié tu dis ? Dis-je avec étonnement. Est-ce que tu es sérieuse ?
-Je n'ai jamais été aussi sérieuse dans ma vie , me dit-elle.
Décidément, il ne manquait plus rien que ça. Et ce qui me choque le plus, c'est qu'elle ne joue pas.
-Mais l'euthanasie n'est pas autorisée par la loi, lui dis-je, ressaissis-toi jeune fille. Moi je pense que tu regardes trop de films. N'oublie pas que la vie est une lutte. Aujourd'hui tu as des problèmes alors montre au monde entier que tu peux les surmonter. Parce que tu es aveugle c'est pourquoi tu veux t'enfuir ? Es-tu sûre que la vie que tu auras quand tu te suicideras sera la meilleure que celle-ci. Tu ne sais pas ce qui t'attend là-bas.
Elle ne dit rien. J'espère arriver a la faire changer d'avis.
-Je pense que ce serait égoïste de ta part de prendre cette décision, enfonçais-je. Ta mère a failli mourir ici à cause de toi. As-tu pensé à elle? À tes amis ? La peine que tu leur fera. Pourquoi tu veux mettre fin à tes jours alors ? Rappelle de toi de ces paroles de Napoléon Hill que tout évènement négatif contient la semence d'un bienfait, au moins égal, sinon supérieur, aux inconvénients immédiats qui l'accompagnent. Tout homme a connu des moments où il s'est imaginé, de bonne foi, toucher le fond du désespoir ou du découragement. Moi, tu me connais pas mais si je t'expliquais une petite partie de mon histoire tu en oublierais même les tiens. J'ai tellement souffert dans ma vie. Et aujourd'hui je rend grâce à Dieu je suis bien parce que je n'ai jamais abandonné. Alors pourquoi pas toi ?
Le découragement est un faux-pas ne le laisse pas devenir une chute.
Elle éclate en sanglot. Je lui prend la main. Elle est si fragile.
-Je ne veux plus souffrir je suis fatiguée de cette vie, dit-elle en sanglotant. Je ne serais plus jamais une personne comme les autres avec cet handicape.
- Apprend à faire de cet handicape ta force. Pense aux personnes qui sont nées avec, dis-je en lui serrant la main, Ce n'est rien comparé aux autres. Tu t'en sortira c'est juste temporaire. Aie confiance en Dieu jeune fille.
2heures plutard
J'ai reçu un mail du docteur Stéphane Gondare depuis Paris. Je lui avais expliqué le cas de Sadiya. Il propose de lui envoyer la patiente. Déjà une bonne nouvelle. Je vais en parler avec sa mère.
Dans la peau de Mèdoune
Je ne sais pas comment j'ai fait pour en arriver là. Je me déteste. Comment faire pour revenir en arrière. J'ai brisé le coeur d'une femme. Au lieu de faire d'elle une princesse, Je l'ai transformé en déchets. Je sais que plus jamais je n'aurais la conscience tranquille.
La plainte contre ma soeur est déjà déposée. Ma mère me demande de venir la voir c'est sûre que c'est pour que je retire la plainte mais je préfère mourir et baigner dans mon sang que le faire. Plus jamais je ne ferais du mal à Sadiya Guiro. Plus jamais. Et retirer la plainte contre ma soeur serait la trahir encore une fois. Il me reste d'aller à l'hôpital pour prendre son dossier pour complément de dossiers. Tout ce qui me reste à faire c'est de rendre justice. Je serais son avocat "tè dawouma ci yolè " (et je l'assume ). Je ne sais pas comment elle se porte. J'ai peur de l'appeler. Je voudrais vraiment aller la voir mais sa mère. Elle est mon problème. Mais je verrais comment faire pour la voir.
Il faut que je passe d'abord à la station car je risque de tomber en panne d'essence.
Quand je suis descendu de ma voiture, J'ai remarqué tout de suite la présence de celle de la de la police. Je verrouille les portes de ma voiture et je file tout droit dans la maison. Je vois ma mère parlait avec un des hommes en tenue.
-Mèdoune donc tu as mis en exécution tes menaces, me tacle ma mère à peine m'avoir vu. Tu penses que c'est la bonne décision . Tu préfères cette inconnue à ta soeur. Tu veux envoyer ta propre soeur en prison pour juste des petits détails qu'on peut régler à l'amiable. Je te jure que si tu n'interviens oublie que tu as une mère.
-il faut que Seynabou paye pour ce qu'elle a fait,dis-je, elle aurait dû y penser mille fois avant de commettre une telle bêtise. Si c'est elle qu'on avait versé l'acide aurais-tu toujours cette version ? Donc arrête de vouloir défendre l'indefendable. Seynabou est responsable de ses actes.
Quand Seynabou est sortie de sa chambre nos yeux se croisèrent. Et la oui j'avoue que j'ai eu un peu de pitié d'elle. Je ne suis qu'une personne avant tout.
Agent de police: Vous êtes Seynabou Sy ?
Seynabou : oui d'un ton sec. Qui y a t-il ?
Agent de police: C'est la police. Vous êtes en état d'arrestation pour tentatives de meutres sur la personne Madame Sy, Sadiya Guiro. Vous avez le droit de garder le silence tout ce que vous direz pourrez être retenu contre vous. Veuillez nous suivre au poste de police.
Et paff tout se fige. Le silence total régna dans le couloir. Et ma mère comme si son monde venait de s'effondrer ne cessait de pleurer. Je ne veux pas la voir comme ça. J'ai mal. Je suis entre le marteau et l'enclume. Je ne peux pas me permettre de trahir une deuxième fois Sadiya. Elle mérite pas cela. Et en plus de cela c'est comme on le dit Dura lex sed lex ( La loi est dure mais c'est la loi).
Seynabou: Mèdoune ça se voit que tu n'as pas la tête bien cuite. Tu vas regretter ce que tu viens de faire pour le restant de ta vie.
Moi: On va voir. Si tu es Dieu stp transforme la mer en lait pour notre petit-déjeuner grande soeur , dis-je en haussant les épaules.
Ma mère: Mèdoune va retirer cette maudite plainte je te dis. Ne gâche pas tout ce que j'ai construit jusqu'ici. Ça fait plus de trente ans que j'habite dans ce quartier et personne ne s'est jamais plein de nous. Depuis des jours j'essaie de te parler calmement et tu ne m'écoutes pas. Mais sache qu'entre toi et moi c'est fini.
Cheuuu.... Sa ma yaye tamite elle m'énerve.
Je ne l'ècoute même pas. Je retourne les talons. Tout le quartier était sorti pour voir ce qui se passait. Mais dis-donc comme les sénégalais sont curieux. Parfois j'oublie même que je suis sénégalais. Tous ça pour aller ensuite faire du commerage. Je ne comprendrais jamais la mentalité des sénégalais. Ils se mêlent de tout et veulent tout savoir. Et ils utilisent tout cela ensuite pour nuire l'autre. Qui peut m'expliquer parce que moi je n'arrive pas à comprendre.
Le comble !!!! J'entre dans ma voiture sur le point de démarrer une dame dont je ne reconnais ni le visage encore moins le nom ose me dire:
-Ay way xaleibi xolal si sa yaye boul yobou sa mak kasso li dafa niaw trop. Yenna bok bene dèrete.... (Fais-le pour ta mère, n'envoit pas ta soeur de sang en prison car ce n'est pas joli vous avez le même sang...).
Dites-moi qui lui a demandé son avis elle. Pas moi à ce que je sache. Est-ce de la gentillesse ou de la curiosité ? Je fonce sans me retourner. Et Seynabou dans la voiture de police.
Maintenant il me reste de retourner à l'hôpital pour récupérer le dossiers médical complets de Sadiya pour plus de preuve.
*********
Je crois avoir vu ma mère de Sadiya. Mais je n'en suis pas sûr. Et c'était elle ? Peut-être que Sadiya à un rendez-vous et qu'elle l'a accompagné.
Et oui mes soupçons se confirment. C'est bel et bien la mère de ma femme. J'ai vu la grande soeur de mon épouse accompagnée d'un d'homme son mari peut-être. On dirait qu'elle pleure. Je ne comprend pas ce qui se passe. Et s'il s'agissait de Sadiya. Est-elle Morte ? Non. Suis bête. Et le pire c'est que je n'ose pas aller leur demander ? Que vais-je leur dire. Peut-être: belle maman, belle soeur pourquoi vous pleurez ? Pathétique . Je crois que je suis sur le point de perdre la raison.
Je suis dans le bureau de mr Ndiaye le médecin qui s'occupe de ma femme ou devrais-je dire mon ex femme. Je pense que c'est plus exacte. Je stresse grave quand même. Je voudrais savoir pourquoi la mère de Sadiya est-elle là ? Et pourquoi pleure t-elle ?
J'ai failli tomber des nues quand j'ai entendu une voix féminine dire :
-Pourquoi Sadiya a t-elle voulu mettre fin à ses jours ? Je suis sûre que c'est encore à cause de cet imbécile qui lui servait de mari.
Quoi ? Malgré la climatisation, Je transpirais tellement fort. Il faut que je sorte pour voir comment elle va. Je risque d'être lynché si je me fais voir par cette famille.
Je m'avance dans le couloir. J'essaie de faire le plus vite possible pour ne pas être vu. Je tombe nez à nez sur le docteur Ndiaye.
-J'ai besoin de la voir s'il vous plaît c'est urgent, lui dis-je. C'est une question de vie ou de mort. Je veux juste 5mn.
- Non elle demande à voir sa mère , me répond le docteur d'un ton précis
-Je suis son mari et je vous dis que j'en ai pour 5mn, lui suppliais-je, je vous en prie.
Il hésite avant de me laisser entrer. Je lui en serais éternellement reconnaissant.
Mon monde s'est effondré comme un château de carte quand je l'ai vu se coucher avec toutes les machines branchées sur elle. Mes yeux la fixe et mes pensées s'evadent vers le passé. C'est comme si je revoyais Fatima Zahrah quand elle était couchée sur le lit d'hôpital au Maroc. La dernière phrase qu'elle m'avait dit résonne encore dans mes oreilles Chante-moi une berceuse pour que je puisse dormir à jamais mon amour. Mon corps s'en va mais mon âme sera toujours prêt de toi.
Si mes intentions étaient bonnes à son égard serait-elle aujourd'hui clouée sur ce lit ? Et si elle ne m'avait pas rencontré ce jour-là à la fac ? Et tant d'autres questions qui me taraudent l'esprit de façon irrationnelle.
Cette goûte de larmes est venue toute seule.
-Ne t'avais-je pas dit de ne plus jamais revenir, me dit-elle lentement
Comment à t-elle su que c'était moi ? Peut-être qu'elle m'a entendu quand je parlais avec Mr Ndiaye.
- Je sais pourquoi ça n'a pas marcher entre nous. J'ai pas fait assez d'efforts. Je le reconnais. Pourquoi veux-tu me punir de cette manière si cruelle, dis-je en m'approchant d'elle. Pourquoi enh dis-moi. Je sais que je t'ai fait beaucoup de mal. J'implore ton pardon. Ma juriste tu dois te lever de ce lit. Et je te promet que je vais te soigner quite à ce que j'y laisse ma vie.
Tout ce que j'ai dit sors du coeur. Je suis sincère et relever Sadiya sera mon mortal combat.
-Je suis désolé pour avoir brisé ton coeur, Si tu arrives à me pardonner un jour je pense que je mourirais avec le sourire, Et je sais que je serais l'homme le plus heureux. J'ai été la cause de tes maux mêlés, l'acteur principal de toutes tes souffrances. Je ferais de toi une princesse.
-Va t'en et ne revient plus, finit-elle.
Je suis sorti sans insister avec le coeur brisé en mille morceaux. Il faut que j'agisse. Il est temps de réparer les dommages causés ? Reste à voir si c'est possible. Je lui ai causé un dommage moral en brisant son coeur. Je ferais de mon mieux pour qu'elle soit heureuse.