1. La rencontre
Pdv Florinda
Vendredi 17h à Dakar
Je savourais ma glace, joyeusement. Une glace aux pistaches avec des éclats de noisettes, c’était le paradis sur terre.
Salma : Non. Flo, ya ngui rey glace bi (tu la dévores ta glace).?
Moi : Ne me déconcentres pas. Laisse-moi dans ma concentration.
Salma et Aline éclatèrent de rire. Habillée d’un jean blanc et d’un haut mauve pour l’une et d’une robe longue en soie rose pour l’autre, elles se moquaient littéralement de ma gourmandise.
Aline : Non. Flo, tu exagères !??
Indifférente, je continuai à l****r mon petit trésor gustatif.
Salma : Wa, li si thiof (mais quel beau gosse) ?
Continuant de m’occuper de ma glace, je me refusai à me retourner vers celui qui attirait son attention.
Aline, semblant le reconnaître : Non. Mais c'est Jean-David. C’est lui kegn.
Avant même que je ne réalise, elle se leva et se dirigea vers lui. Je ne pouvais plus manger ma glace. Dans ma tête, je me dis que c’était un pur hasard qu'il porte ce nom.
Mais non. Tu sais bien que ce n’est que lui qui porte ce nom composé.
Aline, en s'approchant de notre table : Mais Flo, regardes, c'est Jean-David.
Je dus m'efforcer à me retourner vers eux. Oh ! Purée, il était encore plus beau que la dernière fois que je l’avais vu. Le tee-shirt blanc qu’il portait révélait ses muscles saillants. Punaise, pourquoi je le croisais de nouveau ?
Moi, faisant semblant de ne pas être perturbée de le revoir : Jean-David Vieira ? Non. Ne dis pas que c'est toi.
Jean-David : Ey Florinda Faye ? Non. Je ne t’aurais pas reconnue, je t’assure.
On se fit la bise.
Jean-David : Tu n'es plus maigre dé, maintenant. On va plus t’appeler « moustique ».
Aline éclata de rire. Aucune pitié, celle-là !
Moi, gênée : Jean-David, tu ne peux pas oublier ce surnom-là ?
Jean-David, amusé : L’oublier ? Jamais.???. Marc t’avait tellement fatiguée avec ce prénom. Non. On a vécu de merveilleux souvenirs tous ensemble.
Aline : C’est vrai. On a vraiment passé de bons moments en groupe.
Moi : Que fais-tu ici ? Tu es en vacances ?
Jean-David : Oui. Je suis là pour un mois. Je suis venu acheter des glaces à emporter, mais je vois que vous, vous restez sur place.
Aline : Oui. On est venues entre filles. Histoire de se poser. Au fait, je te présente Salma, une amie.
Ils se serrèrent la main.
Jean-David, à Salma : Enchanté, Salma.
Salma : De même.
Jean-David, enthousiaste : Les filles, il faut que vous me passiez vos numéros qu'on se revoit avant mon retour.
Aline : Attends, je te passe le mien.
Moi : Tu peux avoir le mien avec ta mère.
Il me regarda, surpris.
Moi : Elle est cliente dans ma banque, chaque fois qu’elle passe à l’agence, elle me fait coucou.
Jean-David, souriant, rassuré : Ah ok.
Aline lui passa le sien et le mien aussi par la même occasion. Il nous promit de nous appeler et partit à la caisse.
Aline, dès qu’il s’éloigna : Il est encore plus beau qu’avant, n’est-ce pas ?
Salma, avant que je ne réponde : Wa, d’où vous connaissez ce spécimen ?
Aline : En fait, on est tous des amis d’enfance. À l’adolescence, on était dans le même amicale. On se connait bien. Il vit sur Paris maintenant. Et c’est le premier amour de Flo.
Salma, très intéressée par le sujet : Ah Oui ?
Aline : Tout le monde savait que c’était son trésor. Il n'y a que lui qui a toujours été aveugle rek. Mais sinon Flo, si mom rek ley waté (elle ne jure que par lui).
Moi : Conjugues au passé simple. Tu sais bien que c’était un amour de jeunesse.
Aline : Tu es sûre ? J’ai cru voir tes yeux briller en le revoyant.
Moi : ?? Arrêtes, Missis. Ils ne brillaient pas. C’est révolu tout cela.
Aline : Tu penses ? Ce serait dommage que tu ne tentes pas ta chance. Il est libre comme l'air, maintenant.
Moi : 1. Qui t'a dit qu’il est libre ? Ça fait un bail qu'on n’a pas toutes les deux de vraies nouvelles de sa vie actuelle. Tu ne sais pas s’il a refait sa vie. 2. Moi, je suis passée à autre chose.
Aline : Pff. Ne rate pas ta chance dale (en tout cas). Fala yem (c’est la seule chose que je peux dire).
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Pdv Jean-David
Quelques minutes plus tard
Je trouvais la maisonnée en train de dîner.
Moi, surpris : Wa, eh, vous mangez sans moi ?
Maman : On t'a gardé ta part.
Moi : Mais meunone ngène ma khar (vous auriez pu m'attendre).
Maman : Est-ce que quand tu es en France, on t’attend pour dîner ?
Moi : Non. Mais ce n’est pas vous qui m'aviez dit que vous vouliez des glaces ? Wa, Roxie, tu ne m'as même pas attendu ?
Roxie de sa petite voix fluette : C’est Mamie qui m’a dit de venir manger.
Ma mère : Roxie, gueumeul Yalla (aies crainte de Dieu). Je t’ai forcée à manger ? Ne m'amènes pas des histoires avec ton père.
Tout le monde éclata de rire autour de la table, y compris la petite chipie.
Maman : Assis-toi et manges avec nous.
Moi : Attends. Je vais mettre les glaces au frigo.
Je partis dans la cuisine et revins m'attabler avec eux. Autour de la table, il y avait ma mère, ma fille Roxanne, mon frère Ousmane et ma sœur Raby et mon père Gana. C’était ma famille, celle qui m’avait vu grandir. Mes parents biologiques avaient quitté cette terre bien avant que je n’ai la joie de bien les connaître. On mangea dans la bonne humeur. Après le dîner, Roxie alla regarder un film avec son oncle et sa tante. Ma mère et moi, on préféra prendre l'air dans le jardin. On mangea nos glaces savoureuses sous l'air frais de l’extérieur.
Moi : Maman, Florinda te salue. Nékété (il paraît) tu as souvent de ses nouvelles.
Maman : Ah. Florinda ! Où l'as-tu vue ?
Moi : On s’est croisés à la glacerie. Je ne savais pas que vous avez gardé le contact.
Maman : Je l’appelle que pour des affaires bancaires dé. Rien de plus. Mais je l’apprécie beaucoup depuis votre jeunesse, quand ils venaient te voir en groupe. J’ai toujours apprécié sa politesse.
Polie, elle avait toujours été. Mais je pense que c’était plus de la timidité que de la politesse. C’était la plus timide de notre groupe et la plus gentille aussi. Je l’avais toujours apprécié pour cela. Elle ne se mettait jamais en colère et on pouvait la taquiner sans qu’elle pique une crise. Tchey, sougnou moustique bi (ah notre chère moustique) ??
Maman : Elle est toujours célibataire dé.
?? Pourquoi tu me dis cela ?
Maman : Je la verrais bien comme belle-fille. Elle est gentille et très respectueuse.
Moi, intrigué : Maman, déjà comment tu sais qu’elle est célibataire ?
Maman : Je lui ai demandé si elle est mariée, elle m’a dit qu’elle ne l’était pas encore. Da lamb ni yow (elle est célibataire comme toi), tentes ta chance.
Moi : Non. Mais Maman, sérieux. Laisses tomber.
Maman : Tu sais que je n’aime pas l'idée de te laisser retourner seul avec la petite. Au moins, si tu as une épouse, elle pourra veiller sur elle et l’éduquer. Toi aussi, tu auras une compagne. Profites de tes vacances pour tenter un rapprochement.
Moi : Maman, est-ce que tu sais que église dou diaka (l’église ce n’est pas comme la mosquée) ? Je ne peux pas épouser lundi et divorcer mercredi. Ça ne sert à rien de vouloir des trucs rapides.
Maman : Mon fils. Je ne te demande pas de l'amener demain à l’église. Et puis si tu veux, tu fais que la mairie, quand tu seras prêt tu feras l’église. Mais au moins, tentes ta chance. C’est la seule fille célibataire de ton groupe. Et elle est bien, elle est jolie et c’est une femme comme elle que j’aimerais voir éduquer la petite Roxie.
Moi : Je vais y réfléchir, Maman.
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Seul dans ma chambre, je réfléchis à la proposition de ma mère. Florinda Faye ! Je n’aurais jamais cru que ce serait elle qu'elle me proposerait. Mais c’est vrai qu’à y réfléchir, Maman avait raison : ça allait être chaud pour moi de gérer seul la petite. Je ne l’avais jamais fait. Depuis le jour où sa défunte mère nous avait quittés, ma mère l'avait prise sous sa responsabilité. Trois ans déjà, j’avais décidé de la reprendre cette année parce qu’elle va au CP et que mes beaux-parents me suppliaient de la scolariser à Paris. J’avais eu du mal à leur dire non. Kendra les aimait trop de son vivant pour que je leur refuse cette faveur. J’avais prévu de leur confier à leur tour la petite, mais cette dernière me parlait déjà de notre vie à deux et je ne voulais pas lui forcer une autre séparation. Ma mère avait raison, Flo serait une mère idéale pour ma fille. Elle avait cette douceur et cette patience qui serait un atout pour la tâche.
Mais sera-t-elle la compagne idéale ?
Cette question qui me vint à l’esprit était vraiment légitime. Elle ne m’avait jamais intéressée en tant que femme, mais juste en tant qu'amie. Son caractère timoré ne sied pas à mon tempérament de feu. J’avais toujours préféré les femmes-lionnes comme ma Cléa. Je sentis la tristesse revenir.
Moi, pour retrouver la paix : Mais par contre, elle, j’ai toujours été à son goût.
C’était vrai. Ça se disait dans le groupe qu’elle avait craqué pour moi. Les filles en parlaient tellement que j’avais fini par en entendre parler. Je n’avais jamais rien dit pour ne pas la mettre mal à l'aise et je n’avais jamais essayé de profiter de cette faiblesse pour moi. C’était mon amie et je n'aimais pas jouer avec le cœur des filles. Ma mère avait raison, je devais tenter ma chance puisqu’elle est toujours célibataire. Et la vérité, c’était qu’elle était magnifique. Ce ne sera pas la mer à boire d’être en couple avec elle.