Pdv Jean-David
Le lendemain
Vers midi, profitant du moment de répit que la tornade Roxie m’avait donné, je fis un appel à Aline.
Aline : Allô !
Moi : Allô, Aline, c’est Jean-David.
Aline : Ah. Jean-David, comment vas-tu ?
Moi : Ça va. Tu vois, je t'avais promis de te biper, dès que j’aurais mon numéro sénégalais. J’ai pu l’avoir ce matin. J'en ai profité pour t’appeler.
Aline : Ah. C’est gentil de m’appeler. On était des amis keuz avant dé, avant, mais tu m’as trop laissée.
Moi, sincèrement : Pardonne-moi, Aline. Tu sais que j’ai traversé des moments très difficiles.
Aline : Oui. Je le sais. Tout le monde le sait. On aurait pu t'aider à les traverser. Ce n’est pas de te recroqueviller comme ça. Tu n’as jamais été comme ça, Jeannot.
Moi : Tu sais qu’il y a des choses auxquelles on ne s’attendait pas qui nous change intérieurement, le temps qu'on s’adapte et qu’on trouve la force de se relever.
Aline : Oui. C’est vrai. Mais ça nous a fait quand-même mal de ne pas te voir à notre mariage. Dédé était vraiment déçu.
Moi : Aline, je suis resté longtemps sans venir au pays. Mais mes pensées affectueuses étaient avec vous. J’espère que vous avez toujours mon cadeau de mariage.
Aline : Oui. Il est magnifiquement posé dans le salon. On ne s'en séparera jamais. Mais ta présence nous aurait fait plus plaisir. Ce n’est grave. Quelles sont les nouvelles ? Comment va notre princesse ?
Moi : Elle va bien. C’est un petit surre d'orge en ébullition. Quand elle est calme, je m’inquiète.
Aline, taquine : Quand on est né d’un papa aussi terrible kegn, on ne peut pas être un enfant calme.
Je ris, amusé.
Moi : Aline, j’ai toujours été sage.??
Aline : J’ai des dossiers. Je peux les ressortir.
Moi : Non. Ce n’est pas la peine.
Aline : Sinon toi, comment vas-tu actuellement ?
Moi : Je suis célibataire et je cherche la future maman de Roxie.
Autant y aller franco.
Aline, d’une voix très intéressée : Ah bon ?
Moi : Oui. J’attends Florinda.
Aline : Quelle Florinda ?
Moi : L’unique ! Celle qu'on connait tous les deux. Mais je ne sais pas tchi loumou nek (dans quoi elle est). Je ne sais pas si elle est toujours amoureuse de moi.
Elle éclata de rire.
Aline : ??Donc tu savais pour ses sentiments ?
Moi : Oui. Je le savais et j’avais trop de respect pour elle pour ne rien tenter tant que je n’avais pas envie d’avoir du sérieux.
Aline : Et maintenant ?
Moi : Maintenant, je veux reconstruire ma vie. Mais khawma tchi loumou nek( je ne sais pas dans quoi elle est).
Aline : Elle n’est pas mariée, si c'est la question que tu te poses. Si elle était mariée, tu serais au courant. Si tu es vraiment intéressé, je vais organiser un dîner chez moi comme ça nga meun tranquillement wakh ak mom (tu parleras tranquillement discuter avec elle).
Ça, c’était Aline, Mme Effacité. Dans le groupe, elle avait toujours su trouver les solutions à tout, organiser des sorties. Il y avait une Mme Effacité dans chaque groupe. La nôtre, c’était elle. Je l’avais appelée avant de tenter quelque chose avec Flo, parce que je savais que soit elle m'encouragerait, soit elle me dirait que Flo était passée à autre chose. Je voulais vraiment éviter de me prendre un râteau pour rien. Là, elle me facilitait le terrain.
Moi : Aline Efficacité, yag nala wolou nak (ça fait longtemps que je te fais confiance).
Aline : Non. Mission bi dama tchi am motivation (je suis très motivée pour cette mission). Je vous vois trop bien ensemble. Je n'ai jamais compris pourquoi ça ne s'est jamais fait entre vous.
Moi : Aline, ce n’était pas encore le moment. C’est pourquoi je voulais m’assurer qu’elle serait toujours intéressée. Beaucoup d’années sont passées.
Aline : Mais elle n'a pas changé Jeannot. Ni mou mel la ménone (elle est restée le même), l'instinct de survie en plus.
Moi : L’instinct de survie ??
Aline : Disons qu’elle a eu des mésaventures qui font qu’elle est moins naïve. Mais ce n’est pas à moi de te raconter cette histoire. Elle est toujours aussi douce, il faut juste savoir faire pâte blanche avec elle. Mais je sais que tu seras bien avec elle.
Moi : Ne t’inquiètes pas. Je serais cool avec elle.
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Pdv Florinda
Le week-end suivant
Je me mirai en souriant.
Cécile : Oh. Ya ngui melni toubab (on dirait une blanche).
C’était ma petite sœur qui venait de parler.
Moi : Merci.
Cécile : Où vas-tu comme ça ? Tu sors avec Serge ?
Moi : Non. Je vais dîner chez Aline.
Cécile : C'est juste pour un dîner chez elle que tu te mets autant sur ton 31 ?
Moi : Oui.
Cécile me fixa du regard, puis n'insista pas.
Cécile : C'est bien.
Moi : Bon. J'y vais. À tout à l’heure.
Je pris mon sac noir et quittait la chambre. C’est vrai que je m’étais mise sur mon 31 ce soir. Aline m’avait dit que Jean-David serait là. Cela m'avait mise sur pression incroyable. Il ne fallait pas en faire trop, mais il ne fallait pas non plus en faire moins. J’avais choisi une jolie combinaison en wax qui me mettait en valeur. En taxi, je me rendis chez Aline. J’espérai tout simplement qu’elle n'inviterait pas Roger. C’était un de nos amis communs qui avait des vues sur moi.
Pourquoi serait-il « no grata » ? Jean-David n'est pas censé faire de jalousie.
Ma voix intérieure avait raison. Ce n’était vraiment pas à lui de faire une crise de jalousie.
Aline m’ouvrit la porte et me sourit.
Aline, habillée d’une robe en jean bleue : Te voilà enfin. C’est toi qu'on attendait. Entres.
Je la suivis au salon. On y trouva Raymond le mari d'Aline en train de discuter avec Jean-David. Je les saluai joyeusement avant de prendre place. Raymond portait un tee-shirt blanc et un pantalon jean bleu et des sandales en cuir. Jean-David avait lui, préférait un tee-shirt bleu nuit et un jean bleu avec des baskets blancs.
Aline : On a commencé l’apéro sans toi, ma biche. Tu peux te servir.
Je me servis un verre de coca et des petites friandises salées. Quand Aline proposa qu'on passe à table, je compris que Jean-David et moi étions les seuls invités de la soirée. Elle me préparait quoi, celle-là ?
Aline, pendant le dîner : Alors Jean-David, notre puce elle va en quelle classe cette année ?
Jean-David : Elle rentre au CP. Les années passent tellement vite.
Aline : Ah oui ? Programme français ou sénégalais.
Jean-David : Français. Je la ramène avec moi. Elle va étudier dans l’école juste à côté de chez moi.
Aline : Ah oui ? Tu as quelqu’un pour t'aider à t'en occuper ?
Jean-David : Mes beaux-parents ? Ils n’habitent pas loin de mon appartement.
Aline, réellement intéressée par le sujet : Ah oui ?
Jean-David : Oui. Ils m’ont beaucoup aidée pendant mon deuil. Ils vont beaucoup m'aider avec la petite. Ils m’ont déjà épargné toute la paperasse de l’inscription. Je vais voir comment m’organiser pour les jours de classe. Je pense que Roxie aura tous ses après-midis libres. Sa belle-mère acceptera sûrement de la garder jusqu’à ma descente.
Raymond : En tout cas, courage, Grand. Ce n’est pas facile d'élever un enfant seul.
Jean-David: C’est plus douloureux de grandir sans sa mère. C’est ma puce qui souffre le plus.
Je gardai le silence, n’osant pas m'immiscer dans cette confidence.
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Un peu plus tard
Notre dîner avait été prolongé jusqu’à 23h. Aline s’était débrouillée pour que Jean-David me raccompagne en voiture.
Jean-David : Sinon, Flo, ya ngui nopi bâ legui (tu es toujours aussi timide).
Moi : ?? Pourtant, je ne suis plus timide.
Jean-David : Tu n’as presque pas participé à notre discussion. Nga né tek (tu es resté muet) comme si on t’avait interdit de parler. Wala da ngama rouss (ou je t'intimide) ?
Je ris pour cacher mon gêne.
Moi : Jean-David, roussoumala (je n'ai pas honte devant toi). C’est juste que j'ai eu une longue journée au bureau.
Jean-David : Est-ce que je t’invite à dîner, tu oseras accepter ?
Je ris, surprise.
Moi : Pourquoi je n’oserais pas accepter ?
Jean-David : Da nga yag tapette (tu as toujours été peureuse).
Moi, par défi : Jean-David, j’accepte ton invitation.
Jean-David : Ne poses pas un lapin.
Moi : Souba may gneuw lek ba sour, nga guiss né tapetatouma (demain je viendrai et je mangerais à satiété et tu verras que je n’ai pas froid aux yeux).