Pdv Jean-David
Le lendemain
Je sonnai à la porte et attendit qu’on m'ouvre.
El Hadj : Eh, mon grand. Te voilà, enfin.
On se fit un tchek amical. Il recula pour me laisser entrer.
Moi : Comment tu vas ?
El Hadj : Bien ! Et toi ?
Moi : Ça va.
El Hadj : C'est vraiment dommage que la petite ne puisse venir avec toi. On avait tellement hâte de la voir.
Moi : Ce n’est juste que partie remise. J’ai préféré la laisser profiter de ses grands-parents.
El Hadj : Je comprends.
Moi : Et Fama ?
El Hadj : Elle est dans le salon. Il y a aussi Hervé et Karelle qui sont là.
Moi : C'est bien. Il y a toute la famille.
Je rentrais à l'intérieur et trouvai effectivement ceux qu'on m'avait annoncés. Je les saluai un à un. D’abord la maîtresse de maison Fama. Je lui ai remis la commission qu'on m'avait remise pour elle. Un petit paquet de la part de sa maman.
Fama : Merci, mon frère.
Moi : J’ai mis à l'intérieur un petit cadeau pour toi et le petit.
Fama : Oh merci. Mais il ne fallait pas.
Moi : Ça m'a fait plaisir de vous chercher ce petit cadeau.
Fama : Merci.
Je passai au couple suivant : Hervé et Karelle. Il me salue hier avec le même enthousiasme.
Hervé : Tu nous as manqué cher ami. Alors ton séjour, c'était bien ?
Moi : Oui. C’était bien. J'ai pu profiter du soleil et de bons jours de repos. La plage etc…
Hervé : Ça se voit. Tes yeux brillent. Je suis sûr que tu as profité des filles aussi.
Tout le monde éclata de rire.
Moi : Tu me connais mec. Tu sais bien que ce n'est pas comme ça je m'amuse. Je n’ai profité aucune fille.
Karelle : Tant mieux, parce que Carmen risque de nous la faire à l'envers, si tu n’étais pas resté sage là-bas.
Moi : Oublies celle-là. Tu sais bien qu’elle ne fera pas de scandale pour si peu.
Hervé, en riant : Pour moins que ça, cette tigresse sortira de sa tanière, mec.??
Moi : Elle est dans un autre truc. Je ne vous l'avais pas dit ?
Hervé :On n’est jamais à jour dans votre histoire. Tantôt vous êtes ensemble, tantôt vous êtes dans un autre truc.
Moi : Elle est dans un autre truc ou plutôt on est dans un autre truc. On a eu une discussion sérieuse avant mon départ. Cette fois, elle a envie de quelque chose de différent.
Fama : Gnou tog setane ndakh deugue la bipa (on verra si cette fois la décision est vraiment ferme). N’est-ce pas les gars ? On va tous s’asseoir et observer.
Karelle : Ah oui ? On ne se mêle plus de vos histoires. On en a déjà pris pour notre grade.
Moi : Parlons d’autres choses. Je ne savais pas que je vous trouverai ici. Je n'ai pas avec moi les cadeaux que je vous ai apportés de Dakar. Je passerai à la maison le week-end prochain pour vous les apporter chez vous.
Hervé : Oui. Passons à autre chose. Il n’y a pas de souci. On t’attend à la maison.
Je m'assis sur un fauteuil. Ces couple-là, c’était mon comité « Air Force One ». Notre amitié datait des amis « Chloé ». El Hadj et moi, on s'était liés d’amitié en première année. Karelle et Chloé s'étaient connues depuis les années lycée et on avait formé ce groupe avec les conjoints de chacun. Après la tragédie qui était arrivé, ils m’avaient aidé à rebondir. El Hadj et sa femme étaient de Dakar. De teint chocolat noir comme moi, sveltes et chics. Karelle et son compagnon Hervé étaient caucasiens. La peau lactée, lui était brun et elle, rousse. El Hadj et sa femme avaient un petit garçon de 3 ans, alors que l'autre couple avait deux petites filles de 4 et 2 ans.
Moi : Où sont les enfants ?
Fama : Moussa est chez les voisins.
Karelle : Les filles ont passé le week-end chez leurs grands-parents. On va aller les chercher en rentrant.
Moi : Ok.
Karelle : Et ta petite ?
Moi : Chez les siens aussi. J’ai voulu qu’elle profite d'eux avant la rentrée.
Karelle : C’est dommage. Je pensais qu’elle viendrait avec toi. J’étais un peu ici pour cela. Mais j’irai peut-être demain chez eux pour la voir.
Moi : Oui. Fais cela. Mais tu pourrais au moins être ici pour me voir, moi. Elle commence déjà à me voler la vedette.
Karelle : Eh oui. Je ne vais plus te calculer, cher ami. Contentes-toi de voler la vedette chez Carmen.??
Carmen ! Carmen ! Elle ne pouvait pas oublier celle-là ? Je sais, vous vous demandez qui est Carmen et pourquoi ils me parlaient tous d’elle. Carmen, c'était une collègue avec qui j'avais eu un long parcours amoureux. Enfin, est-ce qu’on pouvait parler d'amour ? On savait juste passer de bons moments ensemble. Des fois, je me lassais, d’autres fois, c’était elle. Et au gré de cette humeur changeante, on faisait et défaisait notre lien. Elle n’était pas une inconnue pour le groupe. On avait parfois eu à être au centre des enjeux communs, lorsque, à cause de nos désaccords, les autres étaient obligés de tenter de calmer nos nerfs. Carmen, ce n’était pas Chloé. Elle n’avait en commun que la première lettre au début de leurs prénoms et la chevelure dorée. Pour le reste, c’étaient des opposés. Chloé, c’était le calme personnifié. Tout avait été limpide et clair avec elle, dès le début de notre relation. Tout avait été une évidence. On s’était installés ensemble au bout d'un an et 6 mois après le master on s’était officiellement passés la bague au doigt. Pas de disputes, de malentendus, rien jusqu’à son dernier souffle. Par contre, Carmen, elle pouvait m'en faire voir de toutes les couleurs, quand elle s'y mettait. Des disputes, on en avait eu à la pelle. Au point d’avoir eu plusieurs fois, l’idée de changer de boulot, sans vraiment arriver à aller au bout de ma démarche. Elle savait qu’elle ne pouvait pas se permettre des fautes professionnelles au boulot, mais elle pouvait vraiment avec subtilité me gâcher mes journées dans l’entreprise, quand elle en avait après moi. C’était la première et la dernière collègue que je laisserai entrer dans ma vie privée. L’idée que je puisse la choisir pour être la belle-mère de ma fille ne m’avait jamais traversé la tête, même pas une seconde. Elle aimait trop les mélodrames pour que je laisse Roxie entre ses mains. Ça tombait bien qu’elle ne veuille plus s’associer à moi et que la rupture soit venue d’elle. Ça me simplifiait la tâche.
On passa toute la fin de l’après-midi à discuter et rire joyeusement, puis Fama nous offrit un bon dîner savoureux, avant que nous nous séparions. Les autres devaient travailler demain. Moi, je ne reprendrai le boulot que le 1 er septembre, à savoir mercredi. On se promit une autre rencontre dans le mois, avec cette fois la présence de tous nos enfants pour présentation officielle de Roxie.
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Le lendemain, vers 11h
J’étais en train de regarder les jeux télévisés qui passaient à cette heure de la matinée sur la 2, quand mon téléphone sonna. C’était Maryse.
Moi : Allô, Maryse.
Maryse : Coucou, Jeannot. Ça va ?
Moi : Oui. Ça va. Et toi ?
Maryse : Ça va.
Moi : Et Roxie ? Elle ne vous donne pas trop de soucis ?
Maryse : Pas du tout. C’est un vrai petit ange comme d’habitude.
Moi : C'est bien. Et Cyril ?
Maryse : Ça va. Je ne veux pas te déranger longtemps. Je vais moi-même aller faire des courses, là et j’aimerais juste te demander si tu serais ok de dîner avec nous samedi. Je veux réunir tout le monde pour célébrer la nouvelle vie de Roxie. Mais je ne sais pas si tu n'as pas déjà prévu quelque chose samedi.
Moi : Non. Je n’avais rien prévu. Tu veux l'organiser le matin ou le soir ?
Maryse : Plutôt dans la journée. On annonce du soleil ce jour-là. Ce sont les derniers jours avant qu’il ne fasse gris. On se mettra dans le jardin.
Moi : Je suis disponible samedi.
Maryse : C'est cool, alors. Tu viendras récupérer la petite ou tu préfèrerais qu'on te la ramène ?
Moi : Je peux venir la chercher. Je ne veux pas vous déranger plus.
Maryse : Tu ne me déranges pas mon petit. C’est la porte d'à côté. Et puis, ça me fera encore profiter d’elle pendant le trajet.
Moi : Non. Laisses, je viendrai la chercher.
Maryse : Non. Ne t’inquiète pas. On te la ramènera. On prendra la voiture, puisqu’il y a sa valise aussi.
Moi, résigné : Ok.
Maryse : Alors à mercredi.
Moi : Oui. À mercredi !
Je raccrochai et repris mes jeux télévisés.
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Deux jours après
Je m’étais levé tôt aujourd’hui pour ma reprise du travail. À 8h30, ma voiture était garée devant l'enseigne où je travaillais. Je travaillais dans une entreprise spécialisée dans l’habillement. J’étais dans le marketing digital. Je saluai ceux que je croisais, donnant des nouvelles de mon voyage, puis me rendis à ma place habituelle. Je branchais mon ordinateur, quand une voix se fit entendre.
- Bonjour, Jean-David.
Moi , levant la tête : Carmen, ma Carmen.
Elle portait encore son manteau et son sac à main, signe qu’elle venait d’arriver.
Carmen : Alors ce voyage au bled ? Ça a été ?
Moi : Oui. J’ai revu plein d’anciens visages. Et toi ?
Carmen : J’ai été à Tahiti.
Moi : Ah oui ?
Carmen : Oui. 10 jours avec Alain.
Je tiquai
Moi : Alain ?
Carmen : Je t’avais dit que j’étais passée à autre chose.
Je ris, presque amusé.
Moi : C'est bien que tu sois passée à autre chose. Félicitations !
Carmen : Non. Je veux juste être claire pour éviter les ambiguïtés.
Moi : Carmen, j’ai déjà compris cela. Tu as été assez explicite à notre dernière discussion avant mon départ en congé. On n'est que des collègues. Je ne t’amènerai pas des embrouilles.
Carmen : C'est cool. Pas d’embrouilles ! Je l'ai choisi bien loin de ton milieu.
Moi : Pas d’embrouilles. Vis ton truc, sans penser à moi.
Carmen : Merci ! Bon. Je passe juste au service financier et après je vais à l’atelier.
Moi : Ok. Passes une bonne journée.
Carmen : Passes une bonne journée à vous aussi.
Elle s'en alla. Mes yeux restèrent sur sa longue crinière frisée. J’eus un rire nerveux. Je trouvais vraiment risible qu’elle ose me demander à moi, de passer à autre chose. Comme si j’avais eu la même obsession qu’elle. C’était plutôt elle qui pouvait me faire perdre patience à trop sortir ses griffes. Mais puisque pour elle, c’était définitivement fini. Je l'acceptais aussi et je me refusais de venir l’embêter maintenant. Après avoir fini de brancher mon ordinateur, je commençai ma journée.
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Le soir
La sonnerie me signala l’arrivée de mes beaux-parents. Je partis ouvrir. Roxie, joyeuse, sauta sur moi.
Roxie : Papa !
Je la soulevai et l'embrassai.
Moi : Ma princesse. Tu m’as manquée.
Roxie : Moi aussi.
Je la fis descendre, puis saluai ses grands-parents.
Moi : Bonsoir, Maryse ! Bonsoir, Cyril.
Les deux : Bonsoir, Jeannot !
Moi : Entrez !
Je me poussai et les laissai traverser la porte.
Moi : Merci. Laissez la valise là. Je l’amènerai dans la chambre plus tard.
Cyril : Ok.
Moi : Venez, vous asseoir.
Maryse : On ne va pas trop durer. Tiens dans ce petit sac, il y a des habits qu'on a achetés pour la petite.
Moi, surprise : Quoi ? Non. Il ne fallait pas. Vous allez la gâter Maryse.
Maryse : Ce sont des vêtements chauds. On a eu à voir qu’elle n'a pas dans sa valise des tenues pour l'hiver. On a fait un shopping adapté.
Moi : Oh. Mais j’allais le faire.
Maryse : Ça t'évitera de le faire, alors. J’ai assez de temps, moi et on s'est fait une belle journée entre filles, n’est-ce pas, ma chouquette ?
Roxie : Oui.
Moi : Il ne fallait pas, Maryse.
Maryse : Je sais que tu as moins de temps que nous. Si tu veux que je te dépanne parfois pour des choses que tu n'as pas le temps de faire, demandes-le moi. Je te l'ai déjà dit. Ne te gênes surtout pas.
Moi : Ok. Merci. Ça me touche vraiment.
Maryse : Demain. Comme promis, j’irai la chercher à midi.
Moi : Oui. Bien sûr. Je préviendrai l’école. Merci pour ce service.
Je ne sais vraiment pas ce que je ferai si elle ne la prenait pas tous les après-midis en semaine. Je serai au boulot, à cette heure-là.
Maryse : Oh. Ce n’est pas un service. J’aurais des après-midis plus festifs, désormais.
Je n’avais aucun mal à le croire.
Maryse : Bon. On va y aller. On se capte demain.
Moi : Ok.
Maryse : Allez, ma chouquette. À demain.
Elle lui fit la bise et son mari en fit de même. Ils me firent la bise aussi et nous quittèrent.
Moi : Allez, Princesse. Tu viens, je vais te montrer ta chambre.
Roxie : Attends, j’enlevé mes chaussures.
Oui. C'est vrai. J’avais oublié ce détail technique.
Elle enleva ses baskets et son manteau : une vraie petite parisienne ! Je la devançai avec sa valise. Elle me suivit, curieuse. J'ouvris la porte et allumai la lampe.
Roxie, émerveillée : Waw, Papa, c'est beau !
Moi : Tu aimes ?
Roxie : Oui.
Ses yeux qui brillaient me rassurer. J’avais vraiment fermé les yeux sur le prix pour avoir ce genre d'étoiles dans les yeux. Je voulais rendre le plus agréable possible le début de sa nouvelle vie et cela commençait par une chambre personnalisée qui pourrait la faire rêver. C’était un lit en mezzanine blanc et violine qu'on pouvait accéder par une petite échelle en bois. En dessous du lit, une table et une chaise peintes avec les mêmes couleurs. Quelques premiers jouets s’invitaient déjà dans la pièce. Je l’avais choisi avec Maryse. Au mur, des affiches rigolotes égayaient la pièce. Même pour la lampe, j’avais choisi une petite veilleuse champignon que j’avais placée sur une petite commode de la pièce. Allumée, elle affichait sur le mur de petites ombres en forme d'étoiles. On pouvait régler la couleur de la lumière. Dans le noir, ça donnait une atmosphère apaisante et rassurante.
Roxie, en sautant sur moi : Merci, Papa.
Moi, heureux de cette réaction tant attendue : Bienvenue chez toi, ma Princesse.