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2203 Mots
- Horacio a appelé et il a adoré ta dernière composition.             Le téléphone collé à l’oreille, Charlie étouffait un bâillement en jetant un regard à son bracelet-montre. Il était minuit passé et elle s’apprêtait à rentrer chez elle. À croire que son agent ne dormait jamais. - J’en suis heureuse, répondit-elle d’une voix lasse. - Tu as réfléchi au sujet de la collaboration avec Rachel Rodriguez ?             Une collaboration. Chantée avec une étoile montante du country-rock, une nouvelle idée de son agent qui tentait toujours de la ramener sur les feux des projecteurs. Lorsqu’il lui en avait parlé, elle avait d’abord voulu refuser mais après maintes réflexions décida d’accepter.             Sa dernière collaboration avec un chanteur célèbre remontait à si longtemps. Et, cette jeune femme avait une belle voix qui s’harmoniserait bien avec la sienne. Oui, ce serait une belle collaboration qu’adoreraient leurs différents fans. Des fans qui la demandaient toujours autant. Elle eut un petit sourire. - Oui, oui, finit-elle par répondre. Et j’accepte. - Parfait ! lança-t-il enthousiaste. Je prépare donc le rendez-vous et le studio d’enregistrement à Nashville. Tu verras, ça ne prendras que quelques jours.             Charlie tiqua un instant. Son cœur s’affola déraisonnablement comme à chaque fois qu’il lui venait de penser à cette ville. C’était stupide mais elle ne pouvait s’en empêcher. Elle avait du mal à soustraire de sa mémoire les mauvais souvenirs s’y rapportant qui ternissaient les merveilleux souvenirs de l’époque heureuse où elle y vivait glorieusement sa vie de chanteuse. - Suis-je obligée de venir en personne ? Demanda-t-elle la gorge nouée. Tu ne peux pas t’en occuper comme d’habitude ? Ou je pourrais enregistrer ma part ici. - J’aimerai mais ce serait mieux que tu viennes en personne la rencontrer et échanger avec elle. Tu sais, c’est une de tes fans et elle m’a confié qu’elle serait heureuse de chanter avec toi en personne.             Poussant un soupir, elle ferma les yeux. Son agent ne lui laissait pas le choix. Charlie devait honorée ses engagements même si la perspective de retourner à Nashville ne lui plaisait guère. - Charlie ! lui lança-t-il la voix inquiète. - Je suis là, Stew. - Je sais que tu es stressée au fait de revenir ici mais … - Ne t’en fais pas. Je sais que cela fait partir du métier. Quand tout sera prêt tu n’auras qu’à me dire quand me rendre là-bas. - Génial ! - Toi, tu es à Nashville ? Demanda-t-elle. - Non à Austin pour régler quelques trucs. Je t’appellerai d’ici la semaine prochaine.             Deux minutes plus tard, Charlie lança un au revoir à Cheryl et Alfred, qui faisait office de videur et sortit. Vu qu’on était en semaine, le bar fermait plus tôt. Poussant la porte du bar, elle avança dans le soir froid de ce début d’automne. Heureusement qu’elle avait sa veste car avec sa robe, elle serait morte de froid avant de rejoindre sa voiture.             Après une telle nuit, elle était éreintée. Demain, elle ne chantait pas mais elle avait promis à Cheryl de la remplacer au bar quelques heures. Avec le reste du ménage qu’elle avait fait pour Ellen, ça va être encore une journée éreintante.             Elle devait être reconnaissante à Cheryl d’avoir accepter qu’elle puisse chanter dans son bar. Elle n’était pas dupe et savait que bien des gens ici avait eu vent de sa brillante et courte carrière artistique et beaucoup regrettait qu’elle ne chante plus.   Pendant très longtemps, elle avait pensé ne plus remettre un pied sur scène et puis un soir elle avait été invitée avec son père chez un ami qui fêtait son trentième anniversaire de mariage. Elle avait un peu trop bu et à un moment - elle ne se rappelait même plus pourquoi et comment s’était arrivée - elle s’était retrouvée sur scène à demander aux musiciens présents de l’aider à interpréter l’une des chansons préférée de son père Here in the Real World, d’Alan Jackson, dans le pur style country.             Tout le monde avait adoré l’entendre chanter et encore plus son père. C’est lui qui a insisté pour qu’elle puisse reprendre. Après des semaines, elle avait craqué - chose que sa mère n’avait pas réussi et malgré ses insistances à elle aussi - et ne voulant que lui faire plaisir avait accepté de chanter une seule fois au bar de Cheryl. Mais, il n’a fallu qu’une seule chanson pour que toute la joie, la passion et le bonheur qui l’animaient autrefois refassent surface. Certes, elle ne chantait plus dans de grandes salles mais cela lui convenait et aussi à Steward tant qu’elle continuait à travailler comme parolière.             Elle pouvait ainsi chanter tout en restant dans l’anonymat - ou presque. Elle avait été peu surprise de retrouver des vidéos de certaines de ses prestations sur internet. Ce qui avait pour conséquence d’attirer plus de monde des villes voisines et d’au-delà qui souhaitaient la revoir chanté. Ce qui ravissait les affaires de la propriétaire du Beer-Grill.             Le bruit d’une portière se refermant la sortit de ses pensées. Elle pressa alors le pas vers sa voiture. Mais alors qu’elle s’apprêtait à introduire les clés, elle remarqua quelque chose d’étrange avec sa voiture. Son pneu avant était dégonflé.             Se baissant pour mieux voir, elle remarqua que cela n’avait rien de naturel. Quelqu’un avait bercé son pneu. Elle alla alors vérifier les autres qui se trouvaient dans le même état que le premier. - Non d’un chien ! Hurla-t-elle.             Elle frappa un grand coup de pied dans le pneu. - p****n de bordel de m***e ! Pesta-t-elle en se faisant mal. - Doucement avec les jurons, lança une voix familière près d’elle. Charlie sursauta et se retournant aperçue Fin qui émergeait du noir. - Fin ! Tu m’as f****e une de ses frousses, dit-elle une main contre son cœur. - Désolé. Que se passe-t-il ? demanda-t-il. - Quelqu’un a bousillé mes pneus. Les quatre, dit-elle avec véhémence.             Charlie avait l’air en colère pourtant et il y avait également de la peur dans son regard, remarqua-t-il. Il avait trop souvent vu ce regard dans les yeux des gens qu’il devait protéger. - C’est la première fois que cela t’arrive ? - Pas vraiment ! dit-elle avec une moue. Il y a un peu plus d’une semaine un type a bousillé un de mes pneus. Il a ensuite essayé de se jouer au bon samaritain en venant à mon aide mais je l’ai rembarré et Alfred m’a raccompagné chez moi. - Et qui était-ce ? - Dave Peterson, un vieil camarade du collège. Je crois qu’il possède une agence immobilière, maintenant. Fichu ! Comment vais-je rentrer ? À cette heure, il n’y a aucun moyen d’avoir un dépanneur et encore moins un taxi. - Je te ramène si tu veux ?             Charlie leva des yeux surprit vers lui. - Tu n’essaierais pas de te jouer les bons samaritains, là ? dit-elle en le scrutant intensément. - Tu ne penses qu’en même pas que j’ai quelque chose avoir dans tout ça ? - Qui sait ? Cela fait des années que je ne t’ai pas vu et qui peut savoir… - Je t’arrête tout de suite Charline West, dit-elle avec colère. Je n’ai pas besoin d’arriver à de tel extrême pour séduire une femme et en plus je suis…             Charlie pencha la tête de côté et se mit à rire, l’interrompant. - Je te faisais marcher, Fin. Bien sûr que je te crois incapable d’une telle chose. Et j’accepte ton aide. Laisse-moi juste récupéré quelques trucs dans la voiture.             Hochant la tête, Fin émit un juron qui la vît sourire.             Charlie ouvrit la portière conducteur de la voiture, récupéra quelques papiers et après avoir fermé et verrouillé, le suivit jusqu’à sa voiture, un énorme 4x4 noir.             En un quart d’heure, ils furent chez elle. - Merci de m’avoir raccompagnée, dit-elle quand ils arrivèrent devant la porte de sa maison. C’est une chance que tu fus encore dans les parages.             Il eut une sorte de grimace qui la surprit. - En fait, je t’attendais, dit-il simplement. - Ah oui ! dit-elle intriguée. Et pourquoi ? - Je ne sais plus vraiment pourquoi, dit-il ne voulant pas lui parler de l’inconnu pour ne pas l’inquiétée.             Charlie scruta le visage de l’homme face à lui. Il l’avait attendu. Elle sentit une étrange joie s’emparer d’elle. Mais, également un étrange frisson et une chaleur plus connue. Il y avait dans son regard, une étrange lueur qui la troublait la ramenant à ses états d’adolescente fébrile.             Qu’est-ce qu’elle avait envie de goutter ses lèvres et de sentir le picotement de sa barbe contre ses lèvres et contre sa peau ? Le simple fait d’imaginer cette sensation suffisait à incendier l’intérieur de ses cuisses.             Elle savait bien que ce n’était qu’un rêve. Jamais, Fin ne la considérait comme une femme. Elle resterait toujours pour lui la petite fille qu’il protégeait comme sa petite sœur. C’était peut-être la raison pour laquelle il était resté. Il devait s’inquiéter pour elle.             Il fallait mieux pour elle oublier ce désir impérieux qui s’emparait d’elle chaque fois qu’elle posait les yeux sur lui. - Je tiens vraiment à te remercier Fin. Tu habites de l’autre côté de la ville mais tu as tenu à m’accompagner. Tu veux entrer une minute ? - Merci Charlie mais non. Il est tard. Peut-être une autre fois. - Oui, bien sûr, dit-elle un peu déçue.             Elle avait complètement oublié l’heure. À moins qu’elle ne pensait à autre chose en faisant cette proposition ? Allez reprends-toi ma belle, se tança-t-elle. Ne te laisse pas submerger par tes hormones en ébullitions.             Poussant un soupir, elle s’approcha de lui et posa un tendre b****r sur sa joue velu. Le contact des poils la picotèrent agréablement. - Bonsoir Fin, dit-elle en se retournant.             Alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la porte, deux mains se posèrent de part et d’autre de sa tête et elle sentit l’imposante présence de Fin, et la chaleur qui émanait de lui, derrière elle l’enveloppant et sentait même sa crispation.             Se retournant vivement, elle le fixa et se figea face à son intense regard. Intense comme jamais elle n’en avait vu. Il baissa la tête, se rapprochant d’elle. Leurs visages étaient si proches l’un de l’autre qu’elle pouvait sentir sa respiration contre sa peau. Son cœur s’emballa propulsant son sang à ses oreilles. Il rapprocha encore plus son visage du sien, ses lèvres se rapprochant des siennes. Charlie se passa la langue sur les lèvres plus par instincts que par provocation.             Elle avait envie d’avancer, de faire les derniers pas mais elle était incapable de bouger et encore moins de respirer. Le désir irradiait son corps. Lorsqu’il porta sa main à sa joue qu’il caressa tendrement, Charlie ne put retenir un soupir de plaisir. Ce simple geste s’était propagé dans tout son corps comme une vague.             Il avança encore ses lèvres qu’il posa sur les siennes. Charlie ferma les yeux. - Non, entendit-elle soudain.             Rouvrant les yeux, elle le vit déferler les marches des escaliers et se diriger vers sa voiture qui démarra une minute plus tard. Encore sous le choc, les jambes molles, elle regarda la voiture de Fin s’éloigner.             Posant une main sur ses lèvres, elle ferma les yeux. Avait-elle rêvé la sensation fugace de ses lèvres sur les siennes. Avait-il vraiment eu l’intention de l’embrasser ? Alors pourquoi ne pas l’avoir fait ? Pourquoi s’être éloigner et prit la poudre d’escampette comme s’il était poursuivi ?             Rouvrant les yeux, elle scruta un moment la rue noire puis décida de rentrer.             Ce soir, elle était bien trop fatiguée pour réfléchir à tout ça.  
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