Le bar de Cheryl Lawson, le Beer-grill était le plus grand et le plus célèbre de la ville et du compté même. Tout le monde s’y retrouvait les soirs et surtout les week-ends pour boire et écouter de la musique country. Et malgré les années, il ne désemplissait pas.
Lorsque Fin entra dans le bar, il remarqua tout de suite de petits changements au décor original des années soixante mais qui n’ôtaient au charme du vieil établissement. Il se dirigea directement vers le comptoir.
Cheryl, une grande brune parsemés de quelques mèches grises approchant la quarantaine, l’accueillit avec un large sourire et un bonsoir un peu trop mielleux à son goût.
- Le retour d’un revenant, lui lança-t-elle quand il prit place sur un tabouret libre du bar. Finley Hunt.
- Heureux aussi de te revoir, Cheryl. Je vois que ton bar a toujours autant de succès, dit-il en continuant à scruter autour de lui.
- Je fais tout pour ça et maintenant avec ma nouvelle chanteuse ça ne désemplit pas même en semaine, comme tu vois, dit-elle avec un grand rire. Tu ne vas pas en revenir quand tu vas la voir chanter tout à l’heure. D’ailleurs, elle va bientôt commencer. En attendant, et si tu me racontais ce qui t’es arrivé depuis ton départ d’ici, dit-elle en posant une bouteille de bière devant lui. Où étais-tu fourré toutes ses années ?
Haussant les épaules, il avala une gorgée de sa bière fraiche. Il n’avait pas trop envie de parler mais connaissant la barmaid, elle allait l’harceler de question toute la soirée trop curieuse pour abandonner. Il pouvait aussi bien aller s’asseoir dans un coin à une table et rester berna le reste la soirée mais il y avait peu de chance qu’elle le laisse.
Et puis, pour quoi pas lui parle ? Se confesser à un barman a toujours été un peu tradition dans sa vie de policier.
- El Paso, dit-il en posant sa bière sur le comptoir. Je vivais à El paso avec ma femme.
- Ta femme ! Tu es marié ?
Il hocha négativement de la tête tout un buvant un peu de sa bière.
- Divorcé et heureux de l’être.
- Bienvenu dans le club, lui lança-t-elle avec un grand sourire.
Il était de notoriété publique que Cheryl était une vrai serial-noceuse. À son départ, elle était déjà à son troisième divorce. À savoir si en toutes ses années, elle n’avait pas récidivé.
Jetant un regard autour de lui, Fin buvait tranquillement sa bière. Les gens bavardaient attabler à leurs tables ou dansaient sur la piste de danse. Sur scène, des musiciens s’installaient. Il y allait avoir bientôt de l’ambiance. Finalement, il avait bien fait de venir.
Il était entrain d’observer un couple de vieille connaissance qui discutait tranquillement à leur table en se demandant s’il devait aller les interrompre et les saluer quand une douce voix se fit entendre. Une voix bien familière.
Se tournant, Fin vît Charlie apparaît sur scène au milieu de musicien dans sa robe noire et qui saluait le public. Ahurit, il crut un instant à une hallucination mais finit vite par comprendre qu’il ne rêvait pas. C’était bien la même jeune femme qu’il avait rencontré chez lui le matin et qui était passé lui porté à diner chez lui seulement une heure plus tôt. Ainsi son autre boulot c’était celui de chanter dans le bar de Cheryl.
Pour une surprise, c’en était une. C’est vrai qu’enfant et adolescente tout le monde s’extasiait sur sa voix - lui également - mais elle était alors si timide et détestait chanter en public. Elle préférait jouer les garçons manqués et faire des farces à tout le monde.
Mais, elle n’était plus cette gamine à problème. Elle avait grandi et était devenue belle chanteuse. Et vu les acclamations de la part du public, elle était très appréciée. Il comprenait mieux la remarque tout à l’heure de Cheryl.
- Prêts pour le show ! lança-t-elle alors que des accords de guitare résonnaient déjà.
Des applaudissements joyeux se levèrent du publique. Charlie lança un signe de tête aux musiciens et son micro en main commença à chanter.
Fin fut tout de suite enchantée par la voix enchanteresse de Charlie. La foule de client qui s’était immédiatement précipité sur la piste de danse se déhanchait en des pas rythmés sous sa voix. Il l’avait entendu chantonner tout à l’heure mais ça là c’était autre chose. Sa voix était tout simplement merveilleuse, entraînante et on se laissait envoûter. Et avec sa tenue elle était à tomber. Elle se déhanchait mettant carrément le feu sur la scène et sur la piste de danse c’était également l’euphorie totale. Les danseurs et danseuses se trémoussaient au rythme vivace de la country-rock.
Un sourire aux lèvres, Fin observait cette atmosphère bonne enfant. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas assisté à une telle débandade de bonne humeur.
À la fin de la chanson, il y eut une standing ovation. Quant le silence se fit, elle enchaîna une autre chanson.
Fin se tourna vers Cheryl pour commander une autre bière lorsqu’il sentit un frisson le traverser.
Un homme assit au bar, dans le coin le plus sombre du comptoir et vêtu tout en noir, une casquette enfoncée sur la tête, semblait absorber dans la contemplation de la scène. Il ne l’avait pas remarqué en arrivant. Étrange, il ne l’aurait pas manqué surtout qu’il émanait de lui quelque chose de sombre, funeste.
Il avait dans sa vie eu à faire à des gens à l’apparence irréprochable qui cachait leur obscurité en eut tout autant à des personnes bizarres, à l’esprit tordu et à l’âme pourrie pour reconnaître un homme dangereux.
Cet homme l’était.
Il resta un moment à dévisager l’inconnu si bien qu’il ne se rendit pas compte que Cheryl l’appelait depuis un moment.
- Fin ! Lança la voix de Cheryl derrière lui.
Se retournant, il se rendit compte qu’elle le fixait le regard pétillant de malice.
- Notre chanteuse, elle sait mettre le feu, n’est-ce pas ? Et tout le monde en redemande.
- Oui, dit-il en buvant une rasade de sa bière. Depuis quand Charlie West travaille-t-elle ici ?
Avec un rire, Cheryl le toisa.
- Eh bien ! Je n’aurais jamais cru que tu l’aurais aussi vite reconnu. Même moi lorsque que je l’aie revu la première fois j’ai eu du mal à la reconnaître. Il faut dire que la petite à bien changer en toutes ses années. Elle est devenue une sacrée belle jeune femme. Sinon, elle travaille ici depuis presqu’un an et cela n’est pas pour me déplaire. Elle attire beaucoup de monde.
Et surtout des hommes ! pensa-t-il avec une pointe d’amertume qui le surprit.
Alors que la barmaid allait s’occuper des clients, il scruta à nouveau la scène où Charlie interprétait une autre chanson plus douce que les deux autres. Tous les clients semblaient complètement sous son charme, hypnotisés. Tout comme cet étrange homme à la casquette.
Se tournant vers l’inconnu qu’il avait repéré, il ne le vit plus. Intrigué, il contempla la salle mais ne perçut trace de lui nulle part. Il ne l’avait pas vu se lever. Ce départ précipité ne lui plaisait pas du tout. Il avait comme l’impression que cela avait un rapport avec Charlie. Une aussi belle femme qu’elle prestant dans une tenue aussi éloquente sur scène pouvait attirer pas mal de gens mal intentionné.
Son instinct le trompait rarement et il s’y fiait toujours. À moins qu’il ne se laisse trop emballé. Ses habitudes de surveiller tout autour de lui et les coins sombres dus à toutes ses années de service chez les fédéraux détendaient peut-être sur lui. Il n’était pas habitué à prendre du repos.
Qui sait ? Ce n’était peut-être qu’un type nouvellement venu s’installer dans le coin ou vivant dans l’une des villes voisines qui venaient se divertir ici.
Se tournant vers la scène, il observa Charlie en sirotant le reste de sa bière. Elle était radieuse sur scène, si différente de la jeune femme rencontrée dans l’après-midi occupé à faire le ménage dans sa vieille maison. Elle semblait être dans son élément. Complètement. Au point, qu’on n’arrivait pas à détacher le regard d’elle et de l’écouter.
Son regard dériva sur elle, la détaillant : ses formes harmonieuses et alléchantes, ses longues jambes galbées qu’il s’imaginait si aisément nouées autour de sa taille. Un désir sinueux déferla sur lui, courant à travers son sang. Secouant la tête, il détourna les yeux.
Fichu ! C’était donc impossible pour lui de regarder Charlie sans avoir ses idées sulfureuses et farfelues. Pourquoi ressentait-il autant de désir pour la jeune femme qu’il venait de revoir après autant d’années ? Cela n’avait aucun sens.
Vidant sa bouteille, il descendit de son tabouret.
Il fallait qu’il se calme mais aussi il avait besoin d’avoir le cœur net et savoir si l’homme à la casquette était encore dans les parages ou s’il était bien parti. Peut-être qu’il s’inquiétait pour rien mais rien ne coûtait de jeter un coup d’œil dans le bar et au dehors aussi. Loin de là et des pensées.