Chapitre 3 : L’enquête !Le jour suivant le soleil venait de faire son apparition dans le ciel déjà d’un bleu azur.
Les oiseaux gazouillaient dans les arbres, parsemés tout autour de la maison annonçant une bonne journée.
Les écureuils pointaient leurs petits museaux timidement hors des trous des troncs d’arbres.
Le chalet de John était retiré du village, près d’un bois où coulait une rivière à cinquante mètres de la maison. Une balancelle fixée sur le sol de la terrasse ballottait sous la brise du matin. Le jardin et les massifs de fleurs de Ketty étaient envahis par les mauvaises herbes, il n’avait plus le goût ni l’envie depuis longtemps de s’en occuper.
John s’était affairé aux préparatifs, ne voulant rien laisser au hasard cette fois-ci. Voyant qu’il lui manquait beaucoup de matériel pour son expédition, il savait qu’il pouvait compter sur son ami Black Bor qu’il connaissait depuis dix ans et qui tenait un bazar sur la route 61, on pouvait y trouver de tout. Ils étaient comme deux frères, prêts à faire les quatre cents coups ensemble, le soir surtout au bar du village, dans des parties de jeux de fléchettes interminables. Black était originaire du village son trisaïeul n’était que Joe le trappeur qui vendait ses fourrures aux touristes inexpérimentés.
John monta dans son 4x4 et fila à toute allure sans prendre le temps de fermer la porte à clef. Au bout de 5 minutes, il était sur le parking de son ami. Un totem de 6 mètres de haut servait d’attraction pour attirer l’attention des touristes de passage.
Sculptée dans le meilleur bois du coin, une chouette de 3 mètres de haut était surmontée d’une chauve-souris aux ailes déployées, aussi haute que la chouette elle-même, le tout peint dans de belles couleurs vives. Ce totem était un magnifique ornement, on ne pouvait pas le manquer. À l’intérieur du bazar, c’était un vrai bric-à-brac passant par une multitude de matériels divers ! De la nourriture, au jardinage, à la pêche, et surtout l’article que vous n’auriez jamais pensé à acheter en entrant.
–Salut Black !
–Te voilà John ! Eh bien, cela fait un bon bout de temps que je ne t’avais pas vu, tu es devenu un ermite ou quoi !
–Non, mais tu vois je n’ai plus goût à rien, je passe des journées entières à ressasser ce maudit week-end, je suis las de tout cela, tu le sais depuis ce temps.
–Oui, mais je te le redis encore une fois John, vis ta vie, Ketty n’aurait jamais voulu que tu sois devenu taciturne, renfermé sur toi-même ! Regarde tu as perdu au moins huit kilos depuis.
–Cela n’est pas plus mal, j’en avais besoin. Mais tu crois pas si bien dire Black, c’est pour cela que je suis chez toi aujourd’hui, j’ai décidé de reprendre l’enquête qui avait été bâclée par la police en même pas six mois !
–Toi tu ne me plais guère quand tu abordes ce sujet, ne va pas faire de conneries John, lui dit-il le regard sérieux le front plissé, les yeux dans les yeux. Trace un trait sur le passé, tu n’y es pour rien, alors pourquoi y retourner en reprenant cette enquête qui te mènera à rien de plus ! Même au siècle dernier rappelle-toi ! personne n’a résolu une seule de ces disparitions !
–Mais trouves-tu normal que l’on n’ait jamais rien retrouvé, même pas son corps !
–À notre époque avec les moyens dont ils disposent, ils n’ont trouvé aucun indice, aucune piste ! Mis à part la chaussure que j’ai moi-même trouvée d’ailleurs !
–La police qui m’a soupçonné de l’avoir tuée ! Non Black ! cela suffit ! Je vais devenir cintré à force, le temps passe et n’y fait rien, je dois y retourner, il le faut, je dois découvrir ce mystère et personne ne m’en empêchera, tu me comprends !
–D’accord John ! Je te laisse carte blanche, mais c’est pour ton bien que je te disais cela, tu es ma seule famille à présent, alors sois prudent, il va y avoir du mauvais temps là-haut paraît-il et cette fois tu es prévenu ! Tu en as déjà fait la mauvaise expérience hein !
–Oui, oui, je vais pas y aller tête baissée non plus, sois tranquille mon frère. Bon ! Alors, donne-moi des cordages les plus longs possible, deux lampes torches à iodes très puissantes et tout ce qu’il faut pour faire de la spéléologie. Oh ! Je vois que tu as toujours laissé le portrait-robot de l’homme que nous avions vu avec Ketty.
–Ha ! Oui ! Tu fais bien d’en parler, j’allais oublier, il y a une cliente qui m’a raconté pas plus tard qu’hier, que le mois dernier, elle avait cru voir cet homme, du côté de chez elle.
–Où ça ! Quand exactement ? Où je peux la trouver Black ! dit John excité comme une puce !
–Du calme John ! elle m’a dit qu’elle habitait à Criktow, un petit chalet à la sortie de son village comme toi sur la gauche au pied d’une colline qui a un énorme rocher pointu comme sommet. C’est un petit village à cent kilomètres en direction de Sodfil, tu en as pour une bonne heure de route. Si tu veux y faire un tour vas-y, cela me laissera le temps de préparer ta commande.
–Bien sûr que j’y vais, tiens voilà la liste, je serai de retour cette après-midi pour prendre le tout et merci vieux frère.
–De rien John, je ferais tout pour toi tu le sais, sois prudent quand même.
Sur ces mots John reprit son 4x4 et direction Criktow avec un démarrage sur les chapeaux de roues à en faire déraper les pneus sur le gravier, provoquant une épaisse fumée, qui en un instant transforma le parking en un brouillard typique londonien occultant même le totem.
La voiture avalait les kilomètres d’asphalte à vive allure, John avait les yeux rivés droits devant lui, ne profitant pas du magnifique paysage qui s’offrait à lui, et à tous les avides de nature sauvage. Dans la vallée les petits lacs étaient nombreux, un endroit idéal pour les touristes aimant les vacances dans de beaux chalets au bord de l’eau, avec comme loisirs, la baignade, la pêche, et la randonnée pour les plus courageux, le tout dans un calme absolu garanti. Une pancarte annonçait « Criktow 3 000 habitants, vous souhaite la bienvenue », avec au-dessus une truite gravée dans du bois qui servait d’emblème au village.
Après avoir traversé le village, John attentionné cherchait le chalet sur la gauche, comme son ami Black lui avait énoncé, au pied d’une colline au rocher pointu. Un chalet magnifique correspondait à sa description, il y avait des fleurs aux fenêtres ainsi qu’une petite cour dont une source sortant d’une roche, déversait son eau dans un bassin garni de pierres grises sur le pourtour.
John entra dans la cour et descendit de son 4x4 pour se diriger vers l’entrée. Il donna trois coups sur une superbe porte en chêne verni. Une jeune femme lui ouvrit. Elle était brune aux cheveux longs attachés en queue-de-cheval descendant jusqu’à ses hanches. Des yeux verts éclairaient son visage, la rendant encore plus jolie. Elle était vêtue d’un maillot bleu et d’un short blanc. Enna était une scientifique très brillante, ayant fait ses études à Knoxville, mais sa ville natale était Louisville dans le Kentucky.
–Bonjour je suis John, John Sander, je viens de Pomerol, annonça-t-il.
–Bonjour, votre nom me dit quelque chose ? Ha ! je me souviens dans les journaux bien sûr ! Vous êtes la personne qui a perdu sa femme en montagne l’année dernière, c’est bien cela !
–Oui, c’est exact madame, dit-il d’une voix émue.
–Moi c’est Enna, Enna Brice, mais entrez donc une tasse de café si ça vous dit ! Je viens de le faire.
–Oui, ce n’est pas de refus.
La maison était encore plus jolie à l’intérieur, tout était également en bois verni, avec des rideaux à carreaux bleus et blancs aux fenêtres. Une belle table bien épaisse, découpée dans un tronc d’arbre énorme, trônait au beau milieu de la cuisine.
Des peintures à huile représentant des natures mortes étaient accrochées en décoration sur les murs de la salle à manger.
–C’est vous qui les avez peints ?
–Oui, quand j’ai le temps ! je fais de la peinture, ça me détend, j’oublie, tout cela me fait un bien immense, j’en ai besoin avec la vie que l’on mène aujourd’hui.
–Ils sont très beaux ! vous êtes douée à ne pas en douter.
–Merci, c’est une de mes passions. Mais je me mets à parler et je vous ai même pas demandé ce que vous vouliez !
–Oh ! Excusez-moi c’est tellement beau chez vous, je me suis égaré dans le but de ma visite. Voilà en fait vous êtes passée dans un bazar hier sur la route 61 où il y a un grand totem ! C’est chez mon ami et il m’a dit que vous aviez cru reconnaître l’homme qui était sur le portrait-robot, c’est bien cela !
–Oui, enfin il était assez ressemblant, je crois ! il était blafard, avec des vêtements déchirés, et puis très sale et quelque chose émanait de lui, d’étrange et de mystérieux !
–Cela correspond à celui que j’avais vu, il y a un an maintenant, quand l’avez-vous vu exactement ?
–Il y a un mois déjà, je m’en souviens, car je faisais des recherches sur la faune, et au détour d’une route qui conduisait au lac des perles, il était là en train de déambuler comme un homme qui avait trop bu ! Il m’a surprise, car en plus il était au milieu du chemin !
« J’ai klaxonné, puis baissé ma vitre à moitié seulement par sûreté, je lui ai demandé s’il allait bien ! Au lieu de me répondre, il a pris la fuite comme un fou tout en hurlant les bras en l’air ! J’ai renoncé à le suivre, j’ai statué sur l’arrêt de mes recherches par prudence ensuite, je suis rentrée chez moi. J’ai téléphoné au shérif en lui donnant son signalement et l’endroit où je l’avais vu. Il était hors de question qu’un homme comme lui traîne dans la nature, il aurait pu attaquer quelqu’un qui sait ! Quelques heures plus tard, suite à un coup de fil, le shérif m’a convoquée à son bureau pour l’identifier, j’ai bien regardé derrière la vitre sans tain et j’ai confirmé que c’était bien lui.
–Que s’est-il passé ensuite ? dit John impatient.
–Je voulais plutôt oublier cette mésaventure, je ne sais pas ce qu’il est devenu, il faudrait demander au shérif de Criktow !
–Bien, je ne voudrais pas abuser de votre temps, merci pour le café, mais où je peux trouver le shérif aujourd’hui ?
–Sûrement au lac des perles justement, c’est un amateur de pêche, il y va tous les samedis, vous le reconnaîtrez grâce à son chapeau blanc de cow-boy, il ne le quitte jamais, on ne peut pas le manquer. C’est idiot d’avoir ça sur sa tête, tout le monde le repère de loin son stetson blanc, les malfrats ont le temps de s’enfuir !
–Je vous remercie de votre aide Enna c’est très gentil de votre part au revoir.
–Attendez ! je n’ai pas grand-chose à faire ce matin, alors je vais vous accompagner si cela ne vous dérange pas bien sûr, je connais bien le shérif.
–Bon, je veux bien merci, comme cela grâce à vous je trouverai plus vite ce chapeau blanc !
Ils montèrent dans le 4x4 de John, et prirent la route du lac.
–C’est à dix minutes d’ici, ce n’est pas très loin, dit Enna.
Tout en conduisant John pensait qu’il allait peut-être avoir enfin l’opportunité d’une piste à exploiter avec cet homme qu’il cherchait en vain depuis un an.
Après ce bref instant de réflexion, il regarda sa passagère en lui posant une question :
–Je voulais vous demander ! quel genre de recherche faites-vous ?
–Oh ! Je suis biologiste cellulaire et moléculaire, cela concerne, pour être bref, l’activité animale, végétale, microbienne, ainsi que le contrôle des gènes, pour tout vous dire, cela vous ennuierait très vite je pense, si je vous en parle trop longtemps ! dit-elle en riant.
–Au contraire, cela doit être passionnant, rajouta-t-il poliment.
–Oui c’est très passionnant en effet, ah ! Tenez tournez à droite le chemin juste là ! dit-elle dans la foulée. Le lac est juste après cette butte, vous allez voir il est très beau surtout en cette saison.
Au point culminant, on pouvait apercevoir en effet, le lac étendu sur plus d’un kilomètre, la couleur de son eau était d’un bleu limpide qui donnait envie de plonger dedans. Il était arboré par de magnifiques sapins, parsemé par endroits de petites baraques de bois pour des pêcheurs privilégiés du coin.
Ils arrivèrent sur un parking de terre battue où se trouvaient trois voitures dont celle du shérif.
–Regardez ! vous voyez, je vous l’avais dit qu’il serait là !
John se gara juste à côté de la sienne, et ils s’engagèrent sur le chemin qui menait au lac. Des barques en bois dépeintes d’un autre temps étaient amarrées sur des pontons flottants.
De loin on pouvait apercevoir le shérif effectivement grâce à son chapeau blanc. Il était avec sa canne à pêche dans une main et une bière dans l’autre.
–Hello ! Bruce, bonne pêche aujourd’hui ?
–Non, je crois que le poisson est parti en week-end lui aussi ! Enna, que me vaut l’honneur de ta visite !
–Je te présente John Sander qui voudrait te demander quelque chose.