Le vent fit frissonner les feuilles de bambou. Damon resta accroupi quelques secondes devant les deux corps. Le cyanure avait agi vite. Trop vite. Les yeux vitreux des hommes fixaient maintenant le vide. Il observa leurs visages avec froideur. Professionnels. Aucun doute. Pas des amateurs envoyés pour intimider une étudiante. Quelqu’un avait mobilisé une cellule opérationnelle prête à mourir pour garder le silence. Et cela ne signifiait qu’une chose. Le secret n’était plus enterré. Damon passa une main dans sa veste et sortit un petit appareil noir de la taille d’un briquet.
Il appuya sur un bouton. L’écran s’alluma. Un flux vidéo apparut immédiatement. Angela. La caméra provenait d’un des systèmes de surveillance du campus. Le gadget portable, un terminal crypté du MI6 qu’il avait… oublié de rendre en quittant le service, interceptait plusieurs caméras publiques et privées autour d’elle.
Angela riait avec ses amis. Elle ne savait toujours rien. Damon murmura pour lui-même :
- Restons comme ça.
Il glissa l’appareil dans sa poche. Puis se releva. Il fallait agir vite. La petite serre abandonnée n’était visible que depuis l’intérieur du jardin botanique. Un endroit idéal pour quelques minutes. Pas pour un nettoyage. Damon fouilla méthodiquement les corps. Poches.
Ceinture. Semelles. Classique. Aucune pièce d’identité. Téléphones jetables. Un couteau en céramique. Et une petite pastille métallique cousue dans la doublure de la veste du premier homme. Il la retira avec précaution. Une microbalise GPS. Mais désactivée. Curieux. Il fronça les sourcils.
- Donc quelqu’un vous suivait aussi… Intéressant.
Il glissa la pastille dans sa poche. Puis vérifia leurs dents. Capsules intégrées. Méthode propre. Organisation sérieuse. Damon inspira lentement. Le plus urgent restait les corps. Il observa les alentours. Le campus possédait plusieurs zones techniques. Laboratoires.
Entrepôts. Maintenance. Et surtout… Le département de chimie industrielle. Il esquissa un sourire.
La nuit était tombée sur le campus. Les lampadaires éclairaient les allées d’une lumière jaune douce. La plupart des étudiants étaient maintenant dans les bars ou les résidences universitaires. Damon avançait lentement sur un petit véhicule électrique de maintenance.
Un badge d’accès emprunté au bon endroit lui avait ouvert plusieurs portes. Les deux corps étaient cachés sous une bâche à l’arrière.
Personne n’avait posé de question. Le département de chimie se trouvait près de la zone technique. Un bâtiment gris. Peu fréquenté la nuit.
Il gara le véhicule derrière un hangar. Puis sortit les corps un par un. Les traînant jusqu’à une porte métallique. Le badge fonctionna. (Bip). La porte s’ouvrit. L’intérieur du laboratoire sentait les solvants et l’acier. Damon connaissait bien ce genre d’endroit.
Rayonnages. Cuves. Équipements industriels. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait. Deux grands tonneaux métalliques utilisés pour transporter des produits chimiques. Deux cents l****s chacun. Parfait. Il les fit rouler au centre de la pièce. Puis revint chercher les corps. Les déposer fut… mécanique. Sans émotion. Une habitude que Damon aurait préféré ne jamais garder.
Il referma les couvercles. Mais ne les scella pas encore. D’abord le contenu. Il parcourut les étagères. Acides. Bases.
Solvants. Puis, il trouva le bon mélange. Hydroxyde de sodium. Peroxyde concentré. Un cocktail efficace. Pas instantané.
Mais suffisant. Il versa les produits dans chaque tonneau. Le liquide commença déjà à réagir. Une légère fumée s’éleva.
Damon referma alors les couvercles avec un outil de serrage. (Clac). Scellés. Il observa les tonneaux quelques secondes.
Puis murmura :
- Désolé pour ça.
Pas pour eux. Pour son ami décédé. Parce que cette guerre venait d’atteindre sa fille. Une heure plus tard. Le vieux pick-up loué par Damon roulait sur une route côtière déserte. Dans la benne. Les deux tonneaux attachés solidement. La mer était noire sous la lumière de la lune. L’Australie possédait des kilomètres de côtes sauvages. Parfait pour faire disparaître des choses.
Damon arrêta le véhicule près d’une petite jetée abandonnée.
Le vent salé fouettait l’air. Les vagues frappaient doucement les rochers. Il descendit. Puis fit rouler le premier tonneau.
L’acier grinça sur le béton. Il s’arrêta au bord. Regarda l’océan. Et poussa. Le tonneau bascula. Un plouf sourd se fit entendre. Les bulles remontèrent quelques secondes. Puis plus rien. Le second suivit. Silence. L’océan avala les preuves. Le mélange chimique ferait le reste.
Damon resta là quelques instants. Le regard perdu vers l’horizon. Puis il murmura :
- Qui vous a envoyés…
Son second appartement se trouvait dans un immeuble discret près du port. Un endroit simple. Mais transformé aussi en centre d’opérations. Plusieurs écrans. Ordinateurs. Analyseurs de signaux. Cartes. Le genre d’installation que seuls les anciens espions savent monter rapidement. Damon entra, retira sa veste, puis activa les écrans. Angela apparut immédiatement sur plusieurs caméras du campus. Elle marchait vers sa résidence étudiante. Toujours inconsciente du danger.
Damon sortit son terminal portable. Le posa sur la table. Le gadget était connecté à son système principal. Une intelligence logicielle triait les flux vidéos pour suivre Angela automatiquement. Caméras publiques. Entrées de bâtiments. Parkings. Couloirs. Elle ne serait jamais hors de vue plus de quelques secondes.
- Tu es en sécurité, Angela, murmura-t-il. Pour l’instant.
Il s’assit. Puis posa sur la table les objets récupérés sur les hommes. Téléphones. Couteau. Pastille GPS. Il commença par les téléphones. Brûlés. Logiciels d’effacement automatique. Rien d’exploitable. Il passa au couteau. Céramique. Aucune marque.
Standard pour les opérations clandestines. Restait la pastille métallique.
Il la plaça sous un microscope électronique portable. Zoom. Gravure minuscule. Un code. Trois lettres. VXI Damon se figea.
Puis se redressa lentement.
-Non…
Il connaissait ce sigle. Pas une organisation officielle. Pas exactement criminelle non plus. Une structure hybride. Un réseau de laboratoires privés… travaillant dans l’ombre. Spécialisés dans les technologies biologiques expérimentales. Et obsédés par la modélisation prédictive. Le travail de Marcus. Damon murmura :
- Vous avez retrouvé un protocole…
Sur un écran, Angela entra dans sa résidence étudiante. La caméra du hall la montrait discutant avec un ami. Damon observa la scène. Longuement. Puis, il prit une décision. Il ouvrit un tiroir métallique. À l’intérieur se trouvait un objet compact.
Une montre noire. Il l’activa. Un petit hologramme s’alluma. Interface tactique. Version portable du système de surveillance.
Un outil conçu pour les agents en mission. Il l’attacha à son poignet.
- Si quelqu’un s’approche d’elle…
Le système émit un petit bip. Une alerte venait d’apparaître sur l’écran principal. Damon se tourna immédiatement. La caméra extérieure du bâtiment d’Angela venait de détecter un véhicule arrêté depuis plusieurs minutes. Un SUV noir. Moteur éteint. Deux silhouettes à l’intérieur. Damon fixa l’écran. Ses yeux se durcirent. Puis il murmura calmement :
- Apparemment… vous êtes plus nombreux que prévu.
Il se leva. Attrapa son arme dans un tiroir. Et quitta l’appartement. La nuit ne faisait que commencer.