Chapitre 18 — Les ombres du campus (Partie 1)

1278 Mots
La salle de conférence se vida lentement, dans un mélange de conversations enthousiastes et de chaises raclant le sol. Les derniers étudiants prenaient encore des photos de la présentation projetée sur l’écran géant. Damon resta quelques secondes derrière le pupitre, observant la foule qui se dispersait. Applaudissements. Questions. Sourires admiratifs. Le masque du professeur invité avait parfaitement fonctionné. Sur l’écran derrière lui, le titre de sa conférence brillait encore : « Modélisation prédictive et systèmes biologiques adaptatifs » Un sujet pointu, assez technique pour impressionner… mais suffisamment éloigné de la vérité pour ne rien révéler. Il retira calmement le micro accroché à son col. - Merci encore, professeur ! lança un étudiant en rangeant son ordinateur. Damon répondit par un sourire cordial. - Continuez vos recherches. C’est votre génération qui fera les prochaines découvertes. Mensonge professionnel. Dans son esprit, une seule pensée comptait : Angela. Il balaya la salle du regard. Elle était là. Au troisième rang, entourée de quelques étudiants. Angela discutait avec animation, visiblement excitée par la conférence. Brillante. Curieuse. Exactement comme son père. La ressemblance lui serra brièvement la poitrine, encore une fois. Damon détourna les yeux. La promesse faite à son ami n’était pas symbolique. Elle était une mission. Et les missions, Damon les terminait toujours. Même après avoir quitté le MI6. Les couloirs du bâtiment universitaire étaient baignés par la lumière chaude de l’après-midi australien. De larges baies vitrées donnaient sur le campus verdoyant. Des groupes d’étudiants traversaient les pelouses en riant. Damon avançait d’un pas tranquille, sac de cuir à l’épaule. Un professeur invité. Rien de plus. Il arriva près du hall principal quand une voix féminine l’interpella. - Professeur Hale ? Il se retourna. Une femme d’une quarantaine d’années s’approchait, tablette sous le bras. Cheveux châtains attachés en chignon lâche, lunettes fines, regard vif. — Claire White, dit-elle en tendant la main. Département de biologie computationnelle. Damon la serra. - Enchanté. Elle sourit. - Votre conférence était… fascinante. Il connaissait ce ton. Un mélange d’admiration professionnelle et d’intérêt personnel. - Merci. — Votre modèle adaptatif pour la simulation cellulaire… dit-elle. Vous avez développé ça où ? Damon haussa légèrement les épaules. - Plusieurs laboratoires. Beaucoup de collaborations. - Vous êtes resté très vague dans la partie sur l’origine des données. - Les habitudes de recherche. Elle rit doucement. - Les chercheurs adorent garder leurs secrets. Si seulement vous saviez ! Ils commencèrent à marcher côte à côte vers la sortie. Claire poursuivit : - Vous restez combien de temps en Australie ? - Je l'ignore encore. - Parfait. Elle tourna la tête vers lui. - Nous avons un projet sur la modélisation épidémiologique. Votre expertise pourrait être extrêmement utile. Damon hocha la tête, donnant juste assez d’intérêt pour rester crédible. Mais son attention venait de changer. Un mouvement à l’extérieur. À travers les vitres. Angela venait de quitter le bâtiment avec trois autres étudiants. Ils se dirigeaient vers l’allée nord du campus. Un endroit plus calme. Moins fréquenté. Le genre d’endroit que Damon n’aimait pas. Claire continuait de parler. -… Et nous avons accès à des données hospitalières anonymisées qui pourraient... Damon acquiesça distraitement. Mais ses yeux analysaient la scène. Deux hommes. Ils se trouvaient près d’un distributeur automatique. Ils ne parlaient pas. Ne regardaient pas leurs téléphones. Ils observaient. Angela. L’un d’eux portait une casquette sombre. L’autre une veste trop lourde pour la température. Damon sentit immédiatement la tension familière s’installer dans son corps. L’instinct du terrain. Impossible à oublier. Claire poursuivait : - Vous pourriez même superviser certains doctorants... Damon s’arrêta. - Excusez-moi. Elle fronça légèrement les sourcils. - Oui ? Il lui adressa un sourire poli. - Je viens de me rappeler que j’ai un appel urgent. - Oh… - Mais j’aimerais beaucoup discuter de votre projet. Peut-être ce soir ? Elle sembla surprise… puis amusée. - Ce soir ? - Si vous êtes disponible. Un bref silence. Puis elle sourit. - Très disponible. - Parfait. Il sortit son téléphone. - Je vous envoie un message. Elle lui dicta son numéro. Damon le nota rapidement. - À plus tard, professeur White. - Claire. - Claire. Il s’éloigna. Son sourire disparut instantanément. Dehors, la chaleur était plus lourde. Le campus était vaste, bordé d’arbres eucalyptus dont l’odeur flottait dans l’air. Angela et ses amis marchaient vers une zone plus calme. Une allée pavée menant à un petit jardin botanique utilisé pour les cours. Les deux hommes les suivaient. Distance constante. Discrets. Mais pas assez. Damon changea légèrement de direction. Son rythme restait détendu. Comme un professeur profitant du soleil. Mais dans sa tête, tout s’organisait. Angles. Sorties. Caméras. Distance. Les étudiants et Angela s’arrêtèrent près d’un banc. Une conversation animée commença. Parfait. Ils resteraient là quelques minutes. Angela ne semblait toujours rien remarquer. Damon observa les deux hommes. Ils échangèrent un bref regard. Puis commencèrent à contourner le jardin pour passer par un petit chemin latéral. Un passage étroit. Presque désert. Damon sentit son pouls ralentir. L’adrénaline contrôlée. La vieille mécanique revenait. MI6 ne te quitte jamais vraiment. Il tourna lui aussi vers le chemin. Mais par l’autre côté. Le sentier était bordé de grands bambous qui bruissaient doucement dans le vent. Personne. Juste les deux hommes. Ils marchaient maintenant plus vite. Un murmure passa entre eux. Langue étrangère. Accent slave. Damon ralentit. Calcula le timing. Trois secondes. Peut-être quatre. Il continua d’avancer comme s’il n’avait rien remarqué. Quand ils furent à hauteur. Tout explosa. Damon frappa le premier homme à la gorge avec le tranchant de la main. Impact brutal. L’homme s’étouffa en reculant. Le second tenta de sortir quelque chose de sa poche. Damon pivota. Coup de coude dans la mâchoire. Craquement sec. L’homme s’effondra contre la clôture du jardin. Le premier récupéra déjà. Plus entraîné que prévu. Il lança un coup de poing. Damon esquiva de quelques centimètres. Puis répondit. Il lui donna un coup précis dans le plexus. L’air quitta les poumons de l’homme dans un sifflement. Damon le saisit par le col et le projeta violemment contre le tronc d’un arbre. Le bambou vibra. Le second homme tenta de se relever. Damon lui écrasa le genou d’un coup de pied. Ils eurent des hurlements étouffés. La bagarre avait duré moins de six secondes. Le silence retomba. Les deux hommes étaient à terre, mais vivants. Ils étaient incapables de se battre. Damon regarda autour. Toujours personne. Angela riait encore quelque part de l’autre côté du jardin. Elle n’avait rien vu. Parfait. Il attrapa le premier homme par la veste et le traîna derrière une petite serre abandonnée. Le second suivit. Leur respiration était lourde. Le regard du premier était maintenant lucide. Et haineux. Damon s’accroupit devant eux. Sa voix était calme. Glaciale. - Qui vous envoie ? Les deux hommes restèrent silencieux. Damon soupira. - Mauvaise réponse. Il attrapa la main du second. Et plia lentement un doigt. Un craquement se fit entendre. L’homme hurla. Damon répéta le geste sur un autre doigt. - Qui. Silence. Mais quelque chose changea dans leur regard. Une micro-expression. Une décision. Trop tard. Le premier porta soudain la main à sa bouche. Damon réagit immédiatement. Mais pas assez vite. L’homme mordit. Il y eu un petit clic sec. Une Capsule ! Les yeux de Damon s’écarquillèrent. - Merde. L’homme commença déjà à convulser. Le second fit la même chose. Damon tenta d’ouvrir sa mâchoire. Trop tard. L’odeur d’amande amère envahit l’air. Du cyanure. Leurs corps se raidirent. Puis cessèrent de bouger. Damon resta immobile quelques secondes. Regardant les deux cadavres. Puis il murmura : - Des professionnels… Son regard se durcit. Quelqu’un avait envoyé une équipe prête à mourir. Pour Angela. La guerre venait peut-être de commencer.
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