Elle m'avait écris une histoire! J'étais aux anges à ce moment précis. Rien n'aurait pu m'effacer mon sourire. J'avais l'impression que même Maxence qui bloquait la salle de bain n'aurait pas pu m'énerver. Iris avait pensé à moi et cela me rendait heureuse. Je ne pus attendre et m'asseyais pour lire la nouvelle.
C'est l'histoire d'une fille et de son ombre. Ces dernières sont inséparables. La fille illumine l'espace où qu'elle aille tandis que l'ombre la suit et l'admire en secret. L'ombre ne serait rien sans la fille et il est naturel pour la fille que l'ombre soit à ses côtés même si elle ne l'est pas toujours. Quand il fait sombre la fille s'assoit croyant que personne ne peut la voir. Mais l'ombre est toujours là cachée dans les ténèbres. Elle ne l'a jamais dis à la fille mais c'est dans l'ombre qu'elle la trouve la plus belle. C'est quand elle est libre qu'elle peut entrevoir ses ailes. Un dilemme se pose pour l'ombre. Laisser la fille briller dans l'ombre ou la retenir près d'elle? L'ombre ne peut pas la retenir à ses côtés sans risquer qu'elle se brûle les ailes mais elle espère que si elle se cache dans l'ombre la fille ne fera que la chercher.
Je tournais la feuille vérifiant qu'une partie ne m'avait pas échappée. Je ne m'étais pas attendue à ce que ce soit une histoire si courte et qu'elle se finisse si vite. J'attendais la suite et j'en avais vraiment besoin. Je sentais que je n'allais pas réussir à dormir comme ça alors sans que j'ai le temps de réfléchir j'appelais Iris qui décrocha dès la deuxième sonnerie.
«Allô?»
Je me tus un instant en entendant sa voix douce à l'autre bout du combiner. Je l'imaginais parfaitement comme si elle était devant moi. Je la voyais droite dans son pyjama debout au milieu de sa chambre une main sur la hanche et l'autre tenant le téléphone près de son oreille.
«Coucou. C'est Malinda.
-Je sais que c'est toi.»
J'entendis Iris sourire ce qui me fit sourire à mon tour.
«J'appelais parce que je viens de lire ton histoire.
-Tu as aimé?
-Je... Oui! Je... Je ne m'attendais pas à ce que ça finisse ainsi.
-Tu es déçue?
-Non. Je voulais juste en savoir plus. Que choisit de faire l'ombre? Est ce que les deux vont être heureuses?
-Je ne sais pas encore.
-Eh bah décide toi vite.»
Iris rit.
«Tu l'as mis quand dans mon sac d'ailleurs? J'ai rien remarqué.
-Je l'ai glissé discrètement pendant la pause. Je t'enverrai un message la prochaine fois. Je commençais à perdre espoir.»
Je claquais de la langue.
«Je ne vois pas de quoi tu parles. Je suis la personne la plus observatrice au monde.»
Iris rit de plus belle.
«Ça c'est sûr.»
J'avais le sourire jusqu'aux oreilles. J'étais trop contente d'entendre la voix d'Iris.
«Tu penses que l'ombre devrait faire quoi? me demanda Iris.
-Hum... Je ne sais pas vraiment. C'est un bon dilemme. Si l'ombre disparaît alors la fille sera triste. Je pense qu'au fond elles veulent juste être ensemble. La fille brille quand l'ombre est là.
-Donc elle devrait la laisser briller?
-Oui. Mais...
-Mais?
-Si elle la laisse briller alors l'ombre ne trouvera jamais sa place...
-En effet...»
Je soupirais.
«Roh, Iris. Tu ne pourrais pas écrire à propos de choses plus simples?
-La vie est loin d'être simple.»
La voix d'Iris sonnait bien trop joyeuse pour cette phrase et pourtant je ne l'aurais pas imaginée la dire autrement.
«Tu as raison...»
Soudain je revenais à la réalité et mon sourire fana. J'avais oublié pendant un instant quel jour on était. Le repas se rapprochait à grands pas et même si j'y survivais par miracle, juste après arrivait une épreuve encore plus difficile.
Iris sentit que quelque chose n'allait pas.
«Tu veux en parler?»
J'hésitais.
«Je préfère pas mais c'est gentil.
-Je suis là pour toi, Mal. Alors essaye de penser à autre chose d'accord? Et si tu m'écrivais une autre histoire?»
Je hochais doucement la tête. Nous finîmes par racrocher et je fis comme Iris avait dis. Mathieu ne parla pas du dernier meurtre et personne n'osa l'interroger en voyant ses cernes. De toute façon nous avions d'autres problèmes que le meurtre en vue. Mathieu alla même se coucher très tôt ce qui n'empêcha cependant pas les garçons de continuer à se chamailler pour rien.
Apparemment Manoé comptait nous prouver qu'il avait beaucoup de succès auprès de la gente féminine et avait annoncé qu'il serait accompagné d'un date mercredi soir. Maxime avait pris cela comme un challenge et avait déclaré à son tour que sa petite amie serait plus belle que celle de Manoé. Ce à quoi Maxence avait répliqué qu'ils étaient vraiment superficiels et que ce n'était pas le physique qui comptait. Bien que Maxence avait raison sa remarque poussa Manoé et Maxime à le taquiner en disant qu'il disait simplement cela parce qu'il n'avait aucune chance de gagner contre eux deux. Maxence oublia vite ses principes face à ces provocations et se joint à la compétition.
«Tu veux participer aussi? demanda Maxime à Mathis.»
Ce dernier se contenta de lever la tête de son livre une seconde avant de lever les yeux au ciel et de se remettre à réviser.
«Je prends ça pour un non... De toute façon Mathis préfère les livres aux femmes.
-Je préfère les livres à l'humanité entière, Maxime. Je les préfère surtout à toi.»
Je fis mine d'être outrée.
«Tu préfères les livres à moi?»
Mathis me sourit.
«Quand même pas enfin.»
Je souris. L'anniversaire de la mort de maman approchait à grand pas et comme tous les ans cette date nous rendait légèrement fous. Nous voulions éviter d'y penser à tout prix et finissions par avoir des conversations absurdes ou par se lancer dans des compétitions débiles comme celle de qui allait avoir la plus belle petite amie mercredi soir.
Mais même si c'était débile ça nous occupait l'esprit et je préférais ça à attendre en silence le jour fatidique.
Maxime décida de se tourner vers Marcus qui écoutait sa musique ne faisait pas attention à ce qu'il se passait autour de lui. Comme il n'entendait pas Maxime l'appeler, ce dernier lui lança un coussin. Marcus souffla énervé avant d'arracher les écouteurs de ses oreilles.
«Quoi?
-On fait un concours pour savoir qui va avoir la plus belle petite amie mercredi soir. Tu veux participer?
-Non, merci.»
Il commença à remettre ses écouteurs mais Maxime n'était pas décidé à le laisser partir si facilement.
«Mais t'étais pas en couple? Tu veux pas ramener ta meuf? T'as honte?»
Marcus souffla en fixant Maxime.
«On n'est plus en couples.»
L'ambiance se refroidit d'un coup.
«Ah merde... Depuis quand?»
Marcus haussa les épaules.
«Je sais plus. Ça va faire quelques jours.
-C'est elle qui t'a quitté?»
Il hocha la tête.
«Apparemment je ne m'investissais pas assez.»
Manoé souffla longtemps déprimé.
«Décidément question amour on n'a pas de chance dans cette famille.»
Il réfléchit un instant.
«Enfin à part Mathieu.»
Nous approuvâmes tous en silence. Maxence alla chercher un verre d'eau pour Marcus qui le prit avec douceur.
«T'inquiète elle te méritait pas.
-Oh je sais. C'est pas grave ça me dérangerait pas de finir seul.
-Pourquoi tu finirais seul seulement parce que une meuf t'as plaqué? Il y en a pleins.»
Marcus haussa les épaules lasse.
«Participe au concours ça va te changer les idées.»
Marcus se pencha vers Maxime.
«Mais tu venais pas de te mettre en couple il y a quelques jours?»
Maxime hocha la tête.
«Si, si.
-C'est déjà fini?
-Yupp.
-Décidément tu restes pas avec une meuf plus d'un jour.
-J'y peux rien si je tombe que sur des meufs chelou.
-Dans ce cas j'ai hâte de voir ce que tu vas nous apporter mercredi.»
Maxime sourit prenant cela comme un défie.
«Vous allez bien rire.
-Et toi, Mal? me demanda Mathis.»
Tous les regards se posèrent sur moi et je haussais les épaules. Je n'avais jamais été en couple. Lucas, Manoé et Mathis non plus. Personne ne nous avait jamais plu et nous n'avions jamais plus à personne. Enfin Manoé avait été longtemps en crush sur une fille au lycée mais elle avait fini par sortir avec quelqu'un d'autre. Maxence n'était sorti qu'avec une seule personne et ça avait duré assez longtemps. Quant à Maxime il ne restait jamais assez longtemps avec une fille pour connaître plus que son nom de famille. En ce qui concernait Marcus il était sorti avec quelques filles mais ne semblait pas vraiment intéressé et passait le moins de temps possible avec elles.
«Vous voulez que je participe aussi?
-Pourquoi pas?
-Si je participe vous allez tous perdre. J'ai invité Iris à venir mercredi soir et elle a dis oui. Je suis sûre qu'elle est mille fois plus belle que toutes les filles que vous pourrez ramener.
-Ça compte pas. Nous on va ramener des personnes avec qui on sort. Iris c'est juste ta pote.
-Pourquoi ça compterait pas? Vous avez dis que c'était celui qui ramenait la fille la plus jolie qui gagnait. Je ne vais pas sortir avec quelqu'un juste pour un jeu.
-Viendrais-tu de nous regarder de haut? demanda Maxime en croisant les bras sur son torse.»
Je levais les yeux au ciel innocente en reculant d'un pas.
«Non... Ce n'est pas ce que tu crois enfin...»
Il se lança à ma poursuite pour me le faire regretter mais j'étais plus rapide et me mis à tourner autour de la table pour lui échapper. Malheureusement pour moi Manoé se joint à la course poursuite et Maxence aussi et à trois ils réussirent à me bloquer et me firent des guilis jusqu'à ce que je pleure. Je finis par me lever me séchant les joues avec un grand sourire.
«T'as même pas essayé de me sauver Mathis... lui dis-je.»
L'intéresse me fit signe qu'il était occupé alors je fis mine de bouder.
«Finalement les livres sont bel et bien plus importants que moi...»
Le lendemain midi Anton, Elio et Pedro mangèrent de nouveau avec nous. En les voyant arriver le visage d'Iris se ferma mais elle discuta normalement avec eux. Elle sourit même quelques fois. Elle avait l'air de les apprécier à part Elio à qui elle lançait souvent des regards froids. Je stressais de plus en plus au sujet du dîner et Iris le sentit. Elle me lançait dans des débats aussi souvent que possible et m'écrivit une petite histoire par heure. Je fus très touchée par cette attention.
Je trouvais toutes les histoires d'Iris magnifiques et profondes. J'aurais pu les lire pendant des heures. Quand je me perdais dans les lignes j'avais l'impression d'être loin de toutes mes angoisses. Comme si ma vie n'existait plus. Je vivais en tant que quelqu'un d'autre. Quelqu'un dont la vie avait déjà été tracée et qui n'avait plus à s'inquiéter.
Malgré tous les talents d'Iris, elle n'avait pas le pouvoir de retenir le temps. Mercredi matin finit par arriver. Je n'avais pas vraiment réussi à dormir. Iris l'avait senti aussi et m'avait envoyée des messages. J'avais fini par m'endormir en parlant de tout et de rien avec elle. À mon réveil j'avais deux messages non lus de la part d'Iris.
Iris: Tu as dû t'endormir. Bonne nuit Mal
Iris: Ne viens pas au lycée sans avoir pris de petit déjeuner ou je vais me fâcher. Te force pas jusqu'à en vomir mais essaye de manger. Tout va bien se passer demain. Je serai là.
Je souris en lisant les messages mais ma boule au ventre ne disparut pas pour autant. J'avalais un yaourt et j'étais reconnaissante envers mes frères qui se disputèrent dès tôt le matin et me firent rire. Mathieu n'était déjà plus à la maison j'avais l'habitude de ne pas le voir les matins mais cette fois ci j'aurais beaucoup aimé le voir. Pas seulement parce que j'avais peur de ce qui allait se passer ce soir.
Mathieu passait de plus en plus de temps dans sa chambre ou au travail et je le voyais de moins en moins. La mort de maman et le nouveau meurtre s'empilaient ne le laissant pas dormir.
Camille passait le voir souvent au travail et j'espérais qu'elle arrivait à lui changer un tant soit peu les idées. Elle m'envoyait un message à chaque fois qu'elle était allée le voir pour me dire qu'il allait bien et je lui en étais fortement reconnaissante.
J'étais sûre que le dîner allait faire du bien à mes frères. Ils allaient décompresser et penser à autre chose. C'est aussi pour cela que je me sentais si mal d'appréhender cette soirée. J'avais voulu y échapper horriblement mais savoir que mes frères allaient s'amuser était la seule chose qui me forçait à venir.
Nous n'avions pas reparlé du dernier meurtre et Mathieu ne nous avait rien révélé. Même Lucas n'avait pas osé poser de questions sachant très bien on était dans quel mois de l'année. De toute façon il n'y avait pas grand chose à savoir. Un homme de l'âge de Mathieu qui avait bu et avait croisé le meurtrier peu avant minuit en rentrant chez lui du bar. Il avait été tué tout comme tous les autres. Sans aucune trace du meurtrier.
Je me demandais ce que le meurtrier voulait. Je savais que cela existait mais je n'arrivais pas à imaginer que quelqu'un puisse vouloir tuer seulement pour tuer. Je n'arrivais pas à croire qu'il existaient des personnes tellement malades que tuer leur faisait plaisir. Le meurtrier devait vouloir quelque chose. Je ne pouvais pas y croire autrement.
Bien que Mathieu avait affirmé qu'ils n'avaient trouvé aucun lien entre les victimes, Lucas avait mené son enquête de son côté et en effet rien ne reliait les victimes. Ils habitaient tous dans la même ville mais c'était tout. Ils n'avaient pas le même âge. L'une n'avait même pas le même sexe. Ils n'habitaient pas dans le même quartier. Ils ne travaillaient pas au même endroit. Ils n'étaient pas de la même famille. Ils ne se connaissaient même pas. Alors pourquoi eux?
Le meurtrier était tellement méticuleux qu'il ne pouvait pas prendre des victimes au hasard. Il se donnait beaucoup de mal pour les tuer. Après tout il aurait pu simplement les frapper à mort mais il choisissait une mort non douloureuse et plus compliquée à mettre en place. Il n'aurait pas pris cette peine s'il n'y avait pas eu de raison derrière.
Lucas était d'accord avec moi. Il pensait aussi que le meurtrier devait avoir un type de cibles. Pas parce que il trouvait le meurtrier trop méticuleux mais parce que d'après lui ce n'était pas drôle si c'était juste au piff. Mais enfin bref. Aucun de nous deux n'était bien placé pour découvrir ce que le meurtrier voulait.
Je devais aller au salon du livre avec Iris après les cours mais malgré tout je voulais quand même passer voir Mathieu à son travail et lui ramener quelque chose de bon à manger. Je ne voulais pas qu'il reste trop longtemps seul et voulais lui faire plaisir. De plus j'avais vraiment envie de cuisiner avec Iris.
Après les cours nous prîmes tous le bus pour aller chez moi et sur le chemin nous discutâmes du plat que nous allions préparer. Lucas énumérait fièrement tous les plats que nous avions cuisinés jusque là tandis qu'Ils l'écoutait avec intérêt. Comme elle cuisinait avec nous pour la première fois et qu'elle était décidément la plus douée de nous trois nous décidâmes de lui laisser choisir la recette.
Iris fouilla dans mes placards ainsi que dans le frigo une fois arrivée chez moi pour avoir une idée des ingrédients dont elle disposait pour choisir. Avec Lucas nous étions plus du genre à commencer une recette sans faire attention si nous avions les ingrédients nécessaires. Il nous arrivait même assez souvent de devoir passer au magasin en pleine recette. Mais Iris était méticuleuse et concentrée.
Une fois le dernier placard fermé Iris porposa que nous préparions un bœuf bourguignon ce qui nous fit froncer les sourcils. Ça sonnait bien plus dure que les autres recettes que nous avions pu entreprendre jusque là. Voyons notre hésitation Iris nous demanda ce que nous avions.
"Oh rien c'est juste qu'on a encore jamais rien fais d'aussi dure. Tu es sûre qu'on a tous les ingrédients nécessaires ?
-Presque."
Iris alla chercher son sac et en tira une bouteille de vin rouge qu'elle posa sur la table de la cuisine.
"Maintenant oui."
Lucas se mit à rire.
"Tu te trimballes avec une bouteille de vin depuis tout à l'heure?"
Iris ne parut pas trouver cela choquant.
"Oui. Le bœuf bourguignon est un de mes plats préférés à préparer parmi les plats salés. Mais il n'est bon qu'avec du bon vin.
-Ça ne t'a pas coûté trop cher? demandais-je inquiète.
-Non je l'ai prise à ma mère."
Iris se mit à retirer l'emballage autour du bouchon tout en me demandant si j'avais un tire-bouchon quelque part.
"Oui je crois mais je ne sais pas où on a pu le ranger. Attends je vais chercher.
-Pas besoin je dois en avoir un dans mon sac. Tu peux regarder?
-Oui. Bien sur."
Je n'étais pas très à laise quand je devais chercher quelque chose dans le sac de quelqu'un. Je ne voulais pas fouiller dans leur vie privée. Avec mes frères j'étais moins gênée parce que je connaissais entièrement leurs vies privées mais Iris ce n'était pas pareil.
Cependant ma gêne fut légèrement dissipée quand je vis à quel point les affaires d'Iris étaient méticuleusement rangées. Je n'avais encore jamais vu un sac si bien organisé. Grâce à cette organisation je n'eus aucun mal à trouver le tire-bouchon et le tendais à Iris qui ouvrit la bouteille de vin sans problème.
Elle n'eut pas besoin de recette sous les yeux car elle avait déjà fais cette recette plusieurs fois alors Iris devint notre recette vivante. Elle nous disait quoi faire et Lucas et moi faisions de notre mieux pour faire nos taches respectives de la manière la plus sérieuse possible.
Iris nous regardait faire avec douceur et se calait à notre rythme pour avancer. Quand nous versions quelque chose par terre ou sur la table elle nettoyait immédiatement sans un mot amusée.
Nous passâmes un très bon moment même si nous ne parlâmes pas beaucoup. Iris était très concentrée quand elle cuisinait et c'était communicatif. Nous nous concentrions plus que d'habitude pour ne pas mettre des ingrédients partout malgré le fait que nos efforts n'étaient pas non plus des plus concluants.
Pendant que le bœuf cuisait Iris restait postée à côté à le surveiller du coin de loeil. Nous lui avions proposé de venir s'asseoir avec nous mais elle préférait surveiller le plat. Elle disait qu'elle aimait voir la nourriture passer de cru à parfait.
"C'est comme une chenille qui devient un magnifique papillon."
Elle dit cela sans quitter le plat des yeux une seconde. Quant à moi je la regardais elle. Toute cette satisfaction qui émanait d'elle quand elle cuisinait était envoutant et je ne voulais en rater aucune miette.
Nous avions hâte de goûter notre chef-d'œuvre une fois prêt et nous ne fûmes pas déçus. C'était tout simplement succulent et c'était entièrement grâce à Iris. J'avais hâte d'apporter ça à Mathieu. Nous nous dépêchâmes donc de monter dans le train et nous descendîmes non loin du centre de police.
L'idée que Mathieu puisse goûter à notre plat estompa pour quelques temps toutes mes craintes. Surtout qu'aujourd'hui à cause du salon du livre nous n'allions pas pouvoir passer voir Manoé. Je me sentais mal de ne pas voir mon frère mais nous l'avions déjà prévenu et de toute façon ils étaient très occupés. Et nous allions nous voir le soir venu...
Mathieu était malheureusement en réunion à notre arrivée mais Camille nous promit de nous faire un résumé détaillé de ses réactions. Elle renifla le bœuf bourguignon et parut agréablement surprise de l'odeur qui en émanait. Elle nous félicita sincèrement fière de notre plat. J'étais légèrement déçue de ne pas voir Mathieu goûter à notre plat mais il avait peut-être besoin de calme en ce moment et d'être seul. C'était peut-être pour le mieux.
Lucas nous accompagna à la gare et nous souhaita de bien nous amuser à notre endroit ennuyant avant de nous dire à tout à l'heure. Nous attendîmes donc le train toutes les deux avant de nous rendre directement au salon du livre que j'avais tant attendu.