Ewokpe après un temps d’arrêt reprit sa route à la grande surprise du docteur. Elle se dirigeait tout droit sur Saint-julot qu’elle atteignit une dizaine de minute plus tard. Maintenant elle faisait le tour du grand phare centrale puis prit une tangente avant de mettre le cap sur la petite forêt de Saint-julot. Ritah qui se croyait une arrière-petite-fille de Sherlock-Holmes ne comprenait rien à cette promenade matinale qui s’éternisait mais cela ne fit que confirmer son inquiétude : il y avait quelque chose à découvrir. Si non pourquoi cette randonnée et surtout pourquoi ces détours ? Pourquoi n’avait- elle pas tout simplement prit un taxi ? Qu’avait- elle donc à cacher ? Qu'allait-elle faire toute seule dans cette foret ? se questionna inlassablement Ritah tout en suivant sa "rivale" de près. L’idée lui vint de rebrousser chemin et arrêter de se mêler de ce qui ne la regardait pas mais la curiosité avait pris le dessus sur sa raison.
Ewokpequant à elle, trouvait son chemin sans la moindre hésitation. Elle écarta des lianes puis l’entrée d’une grotte se fit découvrir. Ritah qui connaissait l’histoire de cette forêt devenue célèbre grâce à l’histoire de la belle Mélanie anthropophage qui avait été sous le joug de la malédiction des dieux Kalimera, fronça les sourcils sous l'effet d'incompréhension. Que pouvait bien chercher Ewokpe à cet endroit précis. Elle essaya de s’approcher le plus près possible mais quand elle distingua nettement la voix d’un homme jubilant, elle s’immobilisa aussitôt. Risquant une tête à travers une ouverture de la grotte et elle put apercevoir un homme d’âge assez avancé, les cheveux grisonnants. Le sac à main d’Ewokpe était ouvert et posé à terre. L’homme tenait entre ses mains une émeraude scintillante grosse comme le poing d’un bébé qu'il regardait avec un excès d’admiration. Ewokpe ramassa son sac puis le referma son sac. Ritah en déduit donc qu’elle n’était pas venue récupérer ce bijou mais de le remettre à cet homme. L’homme faisait dos à la jeune femme, de sorte qu’elle n’arrivait pas à distinguer ses traits. Soudain il empocha le joyau puis Ewokpe se mit à lui parler avec volubilité. Ritah malgré la distance à laquelle elle se trouvait arrivait parfaitement à entendre tout ce qu'ils se disaient. Ewokpe mettait en garde l'homme en insistant sur le fait qu’il ne s’écarte pas trop de son groupe quand ils devront aller en brousse. Selon ses dires leurs plans pouvaient se retourner contre eux si Tognawo se décidait à frapper plus tôt que prévu comme il l’a tenté la veille.
- Comment as-tu pu lui prendre ça ?
- Ce fut un jeu d’enfant. J’ai usé de mon corps et mon allié s’est chargé du reste
Cette conversation à bâton rompu était sournoise à la petite espionne. Elle se cachait le mieux qu’elle pouvait pour ne pas se faire repérer. A l’intérieur de la grotte, les voix s’étaient faites basses comme s’ils avaient pris conscience de la présence d’un instrui. Des murmures qui lui parvenaient, Ritah ne réussit à distinguer qu’une seule phrase :
« Nous réussirons. »
Un temps après, le couple sortit de la grotte. Ritah se demandait si cet homme était l’amant de la femme de Tognawo.
« Nous réussirons » répéta-t-elle d'une voix basse.
Quel combat mènaient-il? Et si cette femme était vraiment l’amante de cet homme, ne serait-ce donc pas contre Tognawo que serait mené ce combat? A cette idée Ritah eut une affreuse chair de poule. Son bien-aimé serait-il en danger ? Que pouvait-elle faire pour y palier ? L’avertir ?
NON !
Tognawo aimait trop sa femme pour croire à ses suppositions. Il ne croirait sûrement pas que son "Ewokpe" avait rendez-vous un autre homme dans une forêt et ce, pour réparer un potentiel complot.
En partant, le couple frôla au passage la cachette de Ritah sans se rendre compte de sa présence. C’est alors qu'elle put voir avec précision le visage du vieil homme. La mémoire lui revint aussitôt. Donc . . . La femme de Tognawo...c’était donc "elle'. Mais comment ? Puisqu’elle avait succombé à la noyade, démembrée par un crocodile. Le déclic avait été instantané. Ritah n’eut plus aucune peine à identifier cet homme. Même si ses cheveux devenus gris avec le temps lui donnaient de l’âge, il n’avait nullement changé. Son visage avait gardé ce même aspect sévère comme quand il avait quelques années en moins. Cette jeune femme ne pouvait être que...sa fille! Oui l’étrange fille qui avait fait la une de tous les journaux nationaux. La fille à qui les journalistes avaient attribué divers noms pour faire sensations. Les gros titres lui revenaient l'un après l'autre à la mémoire.
« La fille du vodou : l’étrange destin de la mystérieuse petite fille. »
« La mort de la fille de la belle Rita. »
« Monsieur Faye pousse la belle Rita au suicide. »
« La sœur du Christ ? Elle flotte sur l’eau. etc. »
RITA ... RITA ... RITA. Ce fut ce nom qui avait captivé l’attention du docteur Ritah. L’histoire l’avait intriguée et passionnée. Elle se rappellait très bien la douloureuse circonstance dans laquelle elle avait découvert l’histoire de la fille dite de vodou, la mystérieuse fille que les eaux n’avaient pu emporter et la tragique mort de sa mère qui selon les dires des journalistes véreux, avait la beauté d'une déesse. C’était trois mois après l’enterrement de son feu père. Les membres de la famille s’était réuni pour ranger les affaires du disparu et c’est en empaquetant les papiers inutiles de son défunt père que Ritah découvrit les entrefilets sur l’affaire FAYE-RITA.. Un époux qui avait laissé un autre homme enceinter sa femme pour la guérir d’un supposé envoûtement. En gros plan la photo de la belle Rita était souvent affichée. Ritah ne pouvait oublier l’histoire d’autant qu’elle connaissait déjà Faye-Edem de réputation comme directeur du grand centre de santé dans lequel elle travaillait à présent.
Si ses réflexions étaient bonnes et que ces deux personnes préféraient se voir en cachette, c'était sans doute qu'une macabre histoire se préparait. Tognawo était-il au courant de toute cette histoire et surtout de ce que faisait sa femme ? se questionna Ritah trop préoccupée pour s'en aller maintenant que la scène s'était étalée à ses yeux. Elle repensait à l'histoire que lui avait raconté son collègue selon laquelle sa femme était persécutée par son père. Comment se faisait-il alors qu'elle le rencontrait et qu'ils avaient l'air si à l'aise? Quelle était la faille?
Il y avait sûrement un épisode qu'avait manqué le jeune médecin et Ritah se questionnait sur ce qu'il fallait faire. Elle se rendit compte qu'elle ne faisait que se poser des questions dernièrement et que malheureusement ces questions restaient sans réponses satisfaisantes.