Chapitre 7

2869 Mots
Tognawo regardait son père d’un air ahuri et se refusait de croire l’histoire qu’il lui racontait mais pourtant toute l’évidence était là. Cette demeure paradisiaque ne pouvait sortir de la simple bourse d’un directeur d’hôpital aussi modeste. Cette piscine qui à elle seule avait couté les yeux de la tête.  Ces nombreuses voitures de luxe, toutes ces dépenses hors norme pour ces  soirées . . .  Et sa mère très dépensière qui s’offrait des bijoux dont les prix . . . Mais Dieu, comment . . . pourquoi? -         Non père ! tu n’as pas pu faire ça bon Dieu ! Mais comment oses-tu me mêler à tout ceci ? Tu m’as plus que forcé la main à embrasser la médecine et je le fais parce que je veux t’honorer. Je ne voulais pas te décevoir. Tu m’y as poussé malgré moi. Je ne suis donc pour toi qu’une marionnette ? Je  . . . -          Apaise-toi mon fils. Et cesse de crier de la sorte. Penses-tu que j’ai fait tout cela par avidité ou par égoïsme ? -          Mais  c’est  impossible je ne peux m’embarquer dans ce trafic .Vendre de la d****e ! Je ne pourrai le faire.  -           Voudrais tu que l’on traine dans la boue ce patrimoine qui est le tien et pour lequel je me suis autant battu? Seras tu fier de toi si ta mère venait à être expulsée de cette maison qui t’a vu grandir? cette maison où elle a passé les moments les plus heureux de sa vie ? -          Ce que tu me dis là ressemble à du chantage émotionnel père ! -          Là n’est pas le problème. -         Je suis tout simplement surpris du faite que toi qui m’a toujours dis du mal même de la cigarette puisse être mêlé à ce genre de... Père J’ai du mal à le croire. Le vieux Faye respirait la douce amertume du bonheur fraudé qu’il s’était si pompeusement offert. Sur son visage se lisait l’angoisse et l’épuisement. Le concert de leurs deux voix antagonistes alerta Ewokpe qui vint les espionner par l’entrebâillement de la porte et entendit leurs propos. Elle remarqua sur le bureau métallique laqué de verre, était posée une enveloppe semblable à celle qu’elle venait de voler dans l’album.  En entendant madame Faye descendre du premier étage, elle courut à elle -           Je ne sais pas ce que je dois faire mais ils se querellent ! murmura-t-elle d'un air faussement inquiet. Faites quelque chose je vous en prie. -          Je suis sûre que ce n’est juste qu’une petite discussion qui n’a rien à avoir avec une querelle. Il n’y a pas à s’alarmer. Viens, retournons à la piscine. -          Comment pouvez-vous en être aussi sûr ? -          Je connais bien ces deux là, répondit-t-elle d'une voix embarrassée. Le mieux serait que nous retournions à la piscine. Ils n'en n'ont sûrement pas pour plus longtemps. Dans le bureau la discussion entre père et fils ne s’était pas calmée. -           Que puis-je faire ? s’enquit Tognawo au pieds du mur. -           Eh bien comme tu le sais, je prends ma retraite dans trois mois et je suis en train de tout mettre en œuvre pour que tu me succède à la tête du centre hospitalier. Il faut quelqu’un de confiance qui puisse avoir la charge de s’occuper du ravitaillement du centre en médicaments et autres. Ainsi  nous aurons toujours le contrôle de ce que je me garde de nommer. C’est la seule possibilité pour que mes créanciers ne m’expulsent pas de chez moi. Tu t’imagines un peu la presse à  scandale mettant leur nez  dans notre vie? Tu y seras mêlé  ta carrière sera atteinte car le gens nous montrerons du doigt. Le nom des Faye sera à jamais salit. Si c’est ce que tu veux continu à te comporter comme un enfant en brisant les bonbonnes d’anesthésiants ou en te montrant incapable des choses les plus faciles à faire. J’ai besoin de ton aide et après tu pourras faire ce que tu veux de ta vie. J’en ais finis mais surtout pas un mot de tout ceci à ta femme que je ne considère pas comme une alliée. Un jour tu comprendras le sens de mes paroles.  Tognawo écouta son discours en se gardant de répliquer puis il se leva pour signifier qu’il devait partir. -         Je réfléchirai à tout cela, dit-il tout haut tout en se disant pensivement que ce ne pouvait bien qu’être Atsè qui avait fait part de l’affaire des bonbonnes cassées à son père.                                      3 La bible, ordonne l’obéissance aux parents. Elle nous dit :  « L’obéissance vaut mieux que le sacrifice. »  Seulement la désobéissance, engendre-t-elle toujours de mauvaises conséquences que doivent nécessairement effacer des sacrifices ? Devons-nous seulement toujours obéir  parce qu’il le faut? Parce qu’il faut être humble; rendre service?  Soyons muets et cois comme un caillou. Devant certaines situations, faisons la sourde oreille. N’obéissons pas ! Réalité immaculée; toujours se cache Elle est à quérir et à trouver. Elle ne doit être un patin de l’homme Ne mettez rien sur le compte du destin N’accusez pas la bible. N’accusez pas Dieu. Accusez l’homme qui voit tout de travers. Accusez les leaders qui font tout de travers. La règle pour vivre sainement est toute simple. Ne réfléchissez pas et ne Soyez non plus idiots. Vivez sans craindre la faim ; les besoins matériels éphémères de la vie parce que chaque jour que Dieu fait est une solution à notre vie.  Tognawo se composa une mine pour ne pas alerter sa femme. Sa mère les raccompagna jusqu’à la voiture où il constata avoir oublié les clés de la voiture dans le bureau de son père. Ewokpe se proposa d’aller les lui chercher et il n’y vit pas d’objection. Quand Ewokpe pénétra le petit bureau dont les meubles chics en apparence devaient couter une fortune, elle prit les clés de la voiture et s'en alla sans hésitation. Ce qu'elle cherchait n'était plus à la même place. La petite Renauld serpentait entre les maisons sans peinture qui entourait le terrain de jeu où quelques gamins jouaient au football. Le couple se rendait à une fête de mariage. Tognawo était crispé sur le Volant. Il réfléchissait à propos de ce qu’il venait d’entendre de la bouche de son père. De son côté Ewokpe s’enfermait dans le même mutisme réfléchissant sur son plan de combat. La Renauld regagna la No-1, la traversa et bifurqua tout d’un coup dans une VON banale, malpropre. C’était un vieux quartier où tout respirait misère et abandon.  Tognawo poussa à fond sur le gaz et passa une vitesse de plus pour fuir cet affreux quartier. Enfin ils arrivèrent à destination. Le son de la musique qui défiait le vent était signe de l’ambiance qui régnait dans cette maison au portail couleur de nuit. Le jeune Faye appuya sur la sonnerie d’entrée. Aussitôt, une voix grésillarde sortit d’un interphone : -          Qui est-ce ? -           Monsieur et madame Faye. -           L’on vous ouvrira dans un instant.   Ils durent attendre quelques minutes le temps que le portier vérifie que leur nom figurait bel et bein sur la liste des invités. L’ambiance était contagieuse mais aucun d'eux n'arrivait à se détendre. C'était le même silence pesant.  Lasse, Ewokpe sympathisa avec une jeune femme rondouillette avec laquelle elle discutait en faisant de grands gestes de la main à son mari qui était assis dans un coin dégustant silencieusement une bière. Il la regardait avec admiration et se disait qu’il avait épousé une femme merveilleuse. Les autres convives jouissaient du moment tandis que lui ruminait ses sombres pensées. soudain, il vit le  maitre de maison venir s’asseoir près de lui. -          Tu ne t’amuse pas? -          Je regarde le spectacle. Et la mariée ? Je n’ai pas encore eu la chance de la féliciter et lui dire mes souhaits. -          Je la pilote vers toi tout de suite. Elle serait de l’autre côté. Aussitôt le maître de maison ayant quitter son siège, un autre homme vint occuper la place qu'il avait tantôt laissé. -          Bonsoir docteur. -          Bonsoir monsieur. -          Je me nomme Hervé. Votre femme vient de me parler de vous. Vous écrivez? c’est ce qu’elle m’a dit. J’ai alors pensé que vous accepteriez me confier l’un de vos manuscrits. Elle m’a aussi parlé de votre goût de l’aventure. Ne me trouvez pas indiscret je vous prie. Elle ne m’aurait surtout pas parlé de ça si ma femme...vous voyez la femme avec laquelle est votre épouse actuellement? Oui c’est ma femme. C'est elle qui lui à parler de la chasse  aux écrivains en herbe que je fais. Votre femme a juste sauté sur l"occasion. -           Je vois, fit Tognawo tout simplement -            Alors vous acceptez de me confier votre manuscrit? Si je le trouve attrayant je l’édite à cent mille exemplaires pour un premier tirage. Qu’est-ce que vous en dite? -          Que c’est bien, répondit-il sur le même ton désinvolte. Voyant cela, le dénommé  Hervé lui tendit sa carte et s’éloigna.     La nuit était avancée et Tognawo épuisé par l’écrasante  journée somnolait dans le sofa après s’être déchaussé et avoir desserré le nœud de sa cravate. Dans la douche interne, Ewokpe faisait sa toilette. Le clapotis de l’eau sur le carreau faisait un bruit caractéristique. Son plan était enclenché. D’abord réussir à écarter le fils du père en lui mettant cet éditeur dans les pattes. Les dés étaient jetés. Il ne restait plus qu'à le persuader d’accepter l’offre d’Hervé. Ewokpe poussa soudain un cri qui déchira le silence de la nuit. L’écho de sa voix se perpétua descendant dans l’infini. Elle continuait à crier jusqu’à ce que le cri ne s’étrangla dans sa gorge. Une brève pause et elle reprenait de plus belle. Elle entendit les pas de son mari qui se précipitait à son secours. Soudain, une main brisa l’ampoule d’où jaillissait une lumière jaune. Quand Ewokpe comprit que son mari  arrivait à hauteur de l’entrée de la douche, elle repiqua sa crise. «  Oh non père épargne moi je t’en prie ne me fais pas de mal ... Non ... non pas mon... Pas mon bébé. Je ne peux te le donner... Aie ne ...me touche pas. Au secours ... à l’aide !!! » Il était tout confus et ne savait que faire. L’obscurité l’aveuglait. Il trébucha sur quelque chose et faillit  perdre l’équilibre. Dans le noir Ewokpe continuait son appel au secours : «  Aidez-moi je vous en supplie il prend mon enfant » Un sanglot cassa sa voix. L’on sentait nettement qu’elle pleurait. - Qu’est-ce que c’est ma chérie?...qu’est-ce que c’est? questionna Tognawo ne sachant quoi faire d"autre. Je suis là tout près de toi.  Je suis là pour te protéger. Joignant le geste à la parole il fouilla furtivement le vide avec sa main qui se posa enfin sur une Ewokpe grelottante de peur. Quand elle sentit ce touché, elle poussa un vilain cri qui fit vibrer les tympans du jeune chirurgien. Ce dernier sursauta puis demanda avec amour : -          T’ais je fais mal? -          Ne t’approche pas de moi père! -          De quoi parles-tu c’est moi ! Ton mari... -          Pourquoi me persécutes-tu ? continua-t-elle d'un ton rageux. Ne te suffit-il pas de garder prisonnier mon âme? pourquoi mon bébé ? Il est innocent. Il ne mérite pas ça. Tu l'a tué ! cn,clut-elle en pleurs. Quelques secondes s’écoulèrent avant que cette dernière phrase ne parvienne au cerveau du jeune homme. Le jour se fit aussitôt et il comprit ce qui venait de se passer sans qu’il ait pu intervenir. Laissant seule sa femme dans le noir il partit en courant et revint aussitôt avec une petite lampe torche  dont les jets de lumière dissipèrent le noir. Ewokpe était postrée dans un coin. Elle semblait inanimée. Des morceaux de verre brisés jonchaient le sol. Une forte odeur de parfum embaumait l’air. L’eau de Cologne avait été renversée. Une trainée rougeâtre s’échappait d’entre les cuisses de la jeune femme qui semblait toujours inconsciente. Une larme glissa sur la joue de Tognawo. Son enfant. Celui-là même qui l’aurait appelé papa venait de perdre la vie avant même de l'avoir. Tognawo maudit son affreux beau-père. Cet homme qu'il aurait dû  tuer depuis longtemps qu’Ewokpe en faisait la demande. L'irréparable était fait. Il avait perdu l'unique enfant qu"il aurait peut-être pu avoir de toute son existence. Et maintenant...cet homme qui hantait l'existence de son épouse depuis des années par des forces paranormales allait enfin payer.  Tognawo essuya hâtivement la larme qui roulait sur sa joue mais ne regretta pas de l’avoir versé pour son premier enfant qui aurait pu être un petit garçon passionné de football ou une petite fille adorable  aux prunelles noires comme celles de sa mère.  Il prit sa femme toute nue dans ses bras et la porta dans la chambre avec une délicatesse infinie.  Il la posa ensuite sur le lit et la recouvrit d’un drap épais pour la protéger du froid. L’idée ne lui vint pas de constater les éventuels problèmes qu’aurait pu causer cette fausse couche car il n'en avait pas la force. De plus il n’était pas gynécologue. Son cerveau bouillonnait dans sa tête. Il était pris entre trop de problèmes pour pouvoir réfléchir avec lucidité. Il lui vint soudain l’idée d’appeler la police pour se plaindre mais il se révisa  en se disant qu’il n’avait rien de concret à dire à la police et même s’il parlait de la force mystérieuse que son beau-père utilisait contre sa propre fille, ils ne feront que lui rire au nez. [...] Le pire était que Tognawo ne soupçonnait pas qu'il venait d'être victime d'une horrible supercherie. Comment pouvait-il soupçonner le jeu enfantin dont-il venait d’être victime? Pourrait-il seulement un jour  se rendre compte de l’intelligence aliénante de sa femme? Comment pouvait-il comprendre que sa femme s’était tamponné l’entrejambe avec du mercurochrome après avoir brisé l’ampoule et renversé la bouteille d’eau de Cologne pour masquer l’odeur de l’alcool teinte tout d’abord puis l’odeur du chloroforme qu’elle avait inhalé ensuite pour simuler sa perte de connaissance?  La saveur acide et froide des sentiments de vengeance  qui l’animait la rendait mauvaise au point de proclamer une grossesse inexistante puis de faire croire à une fausse couche. Accusant un père qui peut être dormait paisiblement dans un lit douillet, perdu dans des rêves insolites. [...] Ewokpe se réveilla avec une expression de lassitude et de fatigue intense. Son mari se précipita à son chevet. La colère et la déception le faisait trembler. Le premier geste qu’elle fit fut de passer une main sur son ventre. -           Je dois t’amener à l’hôpital ! déclara Tognawo. -           Non ce ne sera pas la peine. C’est mon père qui m’a pris mon enfant. C’est de la sorcellerie. -           Je le sais. Mais nous devons aller à l’hôpital maintenant. -          Non tu ne sais rien. Oui tu ne sais rien. Tu ignores ce dont il est capable. Il est capable de pire que ce qu’il vient de me faire. -           Je le sais, fit Tognawo d'un air impuissant. D’un regard implorant, elle le fixa avant de dire à mi-voix : -          Tu dois faire quelque chose sinon il finira par me tuer. Tu dois en finir avec lui. Dis-moi que tu le feras. Dis le moi ! La soudaine véhémence contenue dans son ton fit glacer le sang de Tognawo. Il ne répondit pas. -          Tu le feras n’est-ce pas? continua Ewokpe impertubable. Il nous a pris notre enfant. Tu délivreras mon âme. Dis-moi que tu n’hésiteras plus à le faire et cela au nom de notre amour. -          Je le ferai. -          Quand? -          Bientôt ... très bientôt. Ces mots résonnaient dans sa tête à lui comme une horrible mélodie et il savait que le moment décisif  était à la porte et  que les temps d’hésitations devaient connaitre une fin. Ewokpe posa sa tête sur ses cuisses et s’endormit aussitôt. Pour ne pas dire qu'elle feignait le sommeil. Dehors, la clarté grandissante du jour dessinait nettement les contours des habitations. Le grand centre de santé grouillait de monde. Des gens de tout âge, gobelets en main, semblables à des refugiés à l’arrivée des agents du programme d’aide alimentaire, s’alignaient devant l’espace gazonné pour se débarbouiller. Les infirmières et infirmiers de garde très affables saluaient avec de trop larges sourires les matinaux. Un jeune homme au cœur versatile écoutait de la musique hip-hop avec intérêt puis éteignit subitement son baladeur pour lire un roman. Un autre maigre comme une brindille de balais portant un ample boubou du style nigérian qui lui donnait un air plutôt comique. Son visage était plus ou moins osseux et d'une voix aigue il se plaisait à crier comme un forcené  pour appeler les malades à venir prendre de la bouillie offerte gratuitement. Aussitôt, des gens sortaient de partout pour s’aligner devant le grand bâtiment. Le soleil sans hâte apparente allait à la conquête du ciel et l’accablante chaleur enveloppait la terre. Les hommes et femmes en blouses blanches se multipliaient avec le temps dans le centre. Chaque seconde qui s’écoulait était teintée de cris ou pleurs d’enfants, des gémissements de malades et par moment accompagnés par ceux d'une civière que l’on tirait au sol.    
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