La petite Renauld du jeune chirurgien Faye emprunta lentement la voie asphaltée puis alla s’arrêter dans le parking réservé au personnel de l’hôpital. Il alla directement dans la petite pièce réservé au personnel pour prendre sa blouse. Ensuite il passa dans une autre pièce où il vit une partie des agents de santé ayant monté la garde la nuit dernière assis autour d’une table longue, buvant calmement du café. Jouant le rôle d’orateur l’ophtalmologue Fossi faisait l’exposé de sa vie de don-juan et il se trouvait des raisons de mener une vie de débauche. Son auditoire l’écoutait avec intérêt.
Tognawo les salua vaguement. Il n’était pas d’humeur à écouter les malsaines plaisanteries qui se débitaient çà et là. Ses pas le menèrent à la salle d'opération. Il fut attristé par les pleurs d’une femme qui assise à même le sol venait de perdre son mari. Il eut alors une stupide réflexion :
«Ewokpe, aura-t-elle du chagrin si je venais à mourir? »
Ne pouvant trouver une réponse adéquate à sa question, il décida ne pas s'y attarder. Soudain il tâta sa poche à la recherche de son calepin. Cette femme vient de lui inspirer une idée pour son roman Il se rappela avoir laissé le calepin dans sa voiture. Pour raccourcir la distance à parcourir jusqu’à la voiture il dû passer par les urgences et c’est là qu’il eut l’envie de vomir comme si ces tristes scènes d’hommes agonisants dans le bain de leur sang ne lui étaient pas familier. L’on venait de transporter un jeune homme de vingt-cinq ans tout au plus mortellement blessé par une voiture qui selon les dires serait rentré en collision avec le vélo d’un autre qui sortait d’un virage.
La jambe droite ressemblait à une bouillie de sang dans lequel pointait un bout d’os qui sortait de sa cavité. Tout son visage était enflé et de sa lèvre supérieure fendue s’écoulait un filet de sang noicit.
Tognawo essayait à peine de digérer cette scène effroyable qu'une femme d’âge mûr, tenant dans un sachet transparent l’oreille gauche de son mari qui la précédait avec un gros pagne contre la tempe gauche afin d'arrêter le flot de sang qui coulait. Tognawo ne voulut même pas comprendre ce qui lui était arrivé. Pour fuir ces scènes qui lui donnaient mal au cœur le jeune Faye tourna la tête de côté et feignit ne pas entendre les salutations de ses collègues de travail. Il hâta le pas et en un rien de temps fut à hauteur de sa voiture.
Le calepin était sur un siège et ce n’est qu’une fois qu'après avoir noté son idée et refermer la portière que Tognawo remarqua dans le rétroviseur le regard d'une femme qui pesait lourd dans son dos. Il se retourna et vit Ritah sur la terrasse le regardant. Ce fut la seule image de la journée qui ne fit pas monter en lui une certaine nausée.
Il sourit ouvertement. Cela redonna de l'éclat à son visage et son charme fit sourire le docteur Ritah. Il s'avança vers elle et ils se saluèrent en échangeant calmement un poigne de main. La main toute molle et douce de Ritah semblait vouloir se fondre dans celle ferme de Tognawo qui semblait ne plus vouloir la laisser.
- Aujourd’hui je peux te sentir chanceuse parce que je ne tombe pas sur du roc comme toujours, plaisanta Ritah avec une once de reproche.
- C’est toi qui le disn répliqua calmement Tognawo.
- Depuis dix mois que tu es dans ce centre et que je me suis mise à guetter ton sourire . . . C’était à se demander si tu as une fois connu le sourire dans ta vie. Mais depuis tout de suite je me sens rassurée car je sais que tu es capable de sourire donc tu as un cœur. Et je m’en réjouis.
- Pourquoi?
- Comme ça. Tu as les yeux cernés. As-tu par hasard eu une nuit chargée?
- J’avoue avoir mal dormi, répondit-il.
Tout en parlant ils entamèrent la marche vers l’intérieur de l’hôpital. Le chirurgien Atsè vint se joindre à eux, salua le docteur Ritah puis s’adressa à Tognawo sur une ton sec.
- Je te cherchais. L’on m’a dit t’avoir vu arriver. Je voulais te demander de faire une ordonnance à un patient pour qu’il aille à la radio cela parce que je suis pris dans cinq minutes pour une opération à laquelle tu dois te joindre aussitôt après t’être occupé du patient. C’est un diabétique a qui nous devons amputer un pied.
- Dans cinq minutes tu as dit?
- Oui. L'ordonnance à rediger pour le patient ne te prendra pas plus de dix minutes. Je précise qu’aujourd’hui nous n’avons que deux cas mis à part bien sûr une éventuelle urgence. Alors dans trois heures tout au plus nous n’aurons plus grand chose sous les bras.
Il s’éloigna à grandes enjambées sans attendre que Tognawo ne réponde. Ce dernier l'ignora tout bonnement puis refit face à sa collègue.
- Tu viens de connaître mon emploi du temps du jour alors pourrais-tu m’accorder un temps de discussion dans trois heures si bien sûr tu es libre?
- Je n’y vois pas d’objection, répondit-elle en montrant une rangée de dents parfaitement blanches.
Ritah voulut faire un commentaire sur l'attitude de leur supérieur mais s'en ravisa et s'éloigna après avoir souhaité une bonne journée à Tognawo.
Le temps passa assez vite et à l’heure convenue, ils se retrouvèrent autour d’une table pour parler calmement. Le restaurant de l'hôpital était presque vide d'hommes et Toganwo trouva cela conevanble. Ritah commanda de quoi se désaltérer puis ils pataugèrent un instant dans le silence. Ce fut Tognawo qui brisa la glace après avoir refoulé mainte fois le sujet dans son esprit.
- J’ai du mal à aller illico au but. Je ne voudrais pas t’embarrasser avec mes histoires mais seulement j’ai décidé de parler à quelqu’un et si je t'ai choisi c'est parce que je me suis rendu compte de l’intérêt que tu portes à ma personne. Puis-je avoir confiance en toi?
- Je ne sais pas. Evalue moi et juges par toi même si je suis oui ou non digne de confiance.
- C’est une réponse bien intelligente, remarqua Tognawo en riant. J’ai pensé que...tu pourrais m’éclaircir sur certains points concernant la magie noire, si bien sûr tu en sais quelque chose. Ceci est d’une importance vitale pour moi et c’est un sujet que je n’aborderais pas avec toi si je ne te savais pas ouverte d"esprit. Néanmoins es-tu superstitieuse?
- Oui pourquoi ?
- Voilà qui est bien. Alors penses-tu qu’un homme puisse user de pouvoirs occultes pour retenir prisonnier l’âme d' une tierce personne?
- Oui je le crois. Bien sûr que c’est possible surtout si les personnes en question sont en conflit. Selon la plupart des "envoûtement", si c'est de ça qu'il s'agit dérive d'un conflit que ce soit sur le plan physique ou spirituel. Une personne ayant donc un lien directe avec la sorcelerie ou l'enchantement pourrait décider se venger et rendre des comptes à la personne qu'elle juge être un adversaire ou son ennemie par ces pratiques..
- Je te remercie, fit Tognawo en soupirant. Tu as été très gentille.
Sur ce il se leva sans plus aucune explication puis s'en alla. Elle fut plutôt déçue. Elle ne s’attendait pas à ce genre de discussion. Elle leva son verre pour le porter à ses lèvres mais s'arrêta dans son geste. Ritah se demandait quant-est-ce qu'elle aurait le courage d'avouer à ce beau jeune homme qui la rend folle d’amour tout ce qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle le voyait? qu'elle entendait sa voix ? Ce fut avec mélancolie qu’elle pensa que jamais Tognawo ne comprendra les vrais sentiments qui l’animaient. Des larmes lui venaient aux yeux. Elle lutta contre en vain. Un sourire crispé s’était figé sur son visage. Pour manifester son dépit, elle se leva et courut aux talons de Tognawo qui ne s’arrêta pas en se rendant compte qu'il était suivit.
- Tu ne peux tout de même pas partir comme ça ! se plaignit-t-elle lorsqu'elle fut à sa hauteur.
- Pourquoi pas ? répliqua Tognawo en continuant sa marche.
- Parce que je sais que tu as quelque chose à me dire
- Comme quoi ?
- Ne sois pas inconvenant bon sang ! Retournons à notre table que tu me déballe tout. J'ai tout mon temps.
- Moi je n’en ai plus. J’espère que tu m’excuseras.
- Arrête cette politesse blessante et viens !
- Je n’ai plus rien à te dire.
- Moi je pense le contraire. Tu as l’air de quelqu’un qui se noie mais se refuse à crier à l’aide. Et je ne demande qu’une chose : t’aider.
Puis pour elle toute seule, elle se dit pensivement. « Et t'aimer...jusqu'à la fin de mes jours »
- Qu’en sais-tu ? questionna Tognawo en se retournant, front plissé.
- Je ne demande qu’à savoir.
- Bon c’est d’accord tu as gagné. Je vais tout te raconter! capitula-t-il. Mais je te préviens. Si tu m’interromps j’arrêterai mon récit.
- Je serai muette comme une carpe.
Ils retournèrent se rasseoir à leur table. Tognawo prit un temps de répit puis commença son histoire. Il commença par parler des circonstances dans lequel il avait rencontrer Ewokpe sa femme puis les obstacles à leur union. Obstacles qui se résumaient en la personne de son beau-père selon Ewokpe. Il épilogua longtemps sur les persécutions dont était victime sa femme mais se garda de parler du meurtre qu’il se préparait à commettre sous l’injonction de cette dernière. Ritah l’écouta religieusement.
Quand il eut finit elle se passa une main dans sa chevelure soyeuse comme si elle n'en revenait pas. Le jeune chirurgien se redonna une contenance en se raclant la gorge. Elle se permit alors à ouvrir la bouche.
- Alors c’est cela. Avez-vous fais une tentative d’approche vers ton beau-père?
- Non.
- Pourquoi ?
- Ma femme pense que ce serait une vaine démarche. Son père est très farouche sur ses décisions. J’en ai déjà été témoin. C’est un homme contre qui il ne faut pas s’amuser à engager une bataille.
- Pourtant c’est ce que vous aviez fait en vous enfuyant tous les deux.
- Il n’y avait pas d’autre option et puis nous n’avions pas eu idée de lui faire du tort. Ewokpe avait besoin de liberté, d’indépendance.
- Je ne vois pas une autre issue de sortir de cet enfer si ce n’est de chercher à vous faire pardonner par cet homme.
Tognawo ricana.
- Il a tué notre fils pas plsu tard que cette nuit. J'était là, impuissant. J'ai regardé ma femme agonisée, se débattre et je ne pouvais lui porter secours. Cet homme où qu'il soit ne fait que nous pourir l'existence.
- Ce sont des accusations non fondées. Ces crises de ta femme ont peut-être d’autres raisons de même que sa fausse couche parce que l’histoire telle que tu viens de me la narrer est plutôt bizarre. Quelque chose ne cloche pas. Tout ceci est compliqué car tu as pris en otage sa fille. Tu n’as pas une femme à tes côté mais un otage volontaire parce que la tradition veut que l’on demande la main d’une femme avant de la faire quitter la maison familiale. Ou du moins avoir la bénédiction d'un membre de la famille.
- Nous nous sommes légalement mariés ! se défendit Toganwo en plissant le front.
- Sans avoir eu la bénédiction du beau-père.
- Je vois Ritah. Merci pour tout ce que tu me dis mais maintenant je dois y aller.
Il se leva cette fois d'un pas décidé et elle le laissa partir sans dire mot.
***
Quand il rentra enfin chez lui, Ewokpe était assise devant le poste téléviseur à regarder un long métrage.Elle avait les yeux rougis avait le regard perdu. Il lui lança un bonsoir sans éclat. Il était pressé de rentrer pour voir si son état à elle s'était amélioré mais maintenant qu’il y était, il avait tout simplement honte de la regarder parce que selon lui il n'était qu'un lâche, incapable de défendre l’honneur et la vie de sa femme en tuant tout simplement son beau-père.
Ewokpe ne s’appesantissait pas sur l’hésitation de son mari à la sortir des griffes virtuels de la mort. Ou tout du moins son apparence se refusait à le montrer. Elle diminua le volume de la télé jusqu’à ce que le son ne devînt qu’un chuchotement alors elle se leva, respirant bruyamment.
- Monsieur Hervé a téléphoné. J’avais voulu lui donner ta ligne directe mais je me suis ravisée. Il m’a chargé de te demander de le rappeler.
- Hervé ?
- Oui l’éditeur que...
- Ah voilà pour nous changer les idées. Je l’appelle tout de suite.
- Sais-tu que des vacances nous feraient du bien ? demanda-t-elle avec douceur en se rapprochant de son mari
- Je le pense aussi.
Malgré les difficultés, cela rechauffait que le coeur du jeune homme de savoir que sa femme était restée brave et surtout qu'elle ne se laissait pas aller au chagrin.
- Je nous imagine déjà les valises bouclés en route pour l’aventure, reprit-elle en émettant un faible rire.
- Cesse de nager dans les nuages, plaisanta-t-il.
Ewokpe disparut dans la cuisine puis revint quelques minutes après avec un plateau à la main. Elle le posa sur la grande table au milieu du salon. A côté du plat fumant, elle disposa dans une autre assiette des tranches de papaye fraîche. La vapeur au-dessus du plat s’élevait avec une certaine lenteur puis se dissipait dans la pièce, y répendait une bonne odeur. Toganwo en oublia un moment le stress des derniers jours.
- Si cette affaire avec cet éditeur marche, je te jure que nous quittons cette maison pour l’inconnu parce que nous aurons largement de quoi vivre sans mon travail et puis j’ai un peu d’économie de côté, dit-il enthousiate.
Un instant, Ewopke s’immobilisa interloquée par cette soudaine déclaration à laquelle elle ne s’attendait pas de sitôt. Les choses prenaient une allure qui ne pouvait aller qu’à son avantage. Enfin son plan donnait un semblant de fleur qui ne tarderait pas à mûrir. Il faut à tout prix éloigner le jeune Faye du vieux. Pour provoquer la panique dans la famille. Ainsi détruire ne serait plus qu’un jeu d’enfant. C’est très sûr que le vieux aura une crise cardiaque s'il devait assister à son propre déclin si encore son seul et unique fils qui représentait tout son espoir devait disparaitre dans la nature. Ewokpe eut envie de crier juste pour montrer sa joie devant ce lambin de réussite. Son attente avait été longue et sa vengeance préparée avec ingéniosité ne faisait que prendre sa vraie forme. Il n' y aura pas à physiquement parler de sang versé mais le vieux Faye devra regretter d’avoir persécuté une jeune et innocente femme du nom de RITA. Pire le jour où il réclama la paternité d’une frêle jeune fille qui n’avait encore que sept jours.
Afin de cacher sa joie, Ewokpe se dirigea vers la chambre à coucher et referma derrière elle.
[...]
« Mère ô mère chérie.
« T’aurais-je seulement connue que je pourrai aussi dire ma mère était telle?
« Elle aimait telle ou telle chose?
« Je te garde cependant dans mon cœur.
« Attends-toi à recevoir une bouffée de paix et d’honneur.
« L’affront qui t’a été fait sera vengé à jamais.
« L’on parlera de toi en des termes l’audacieux
« Car tu mérites le respect et l’amour.
« Je sais que tu es digne d’honneur et de respect.
« Tu es pour le moment la seule à qui je puisse communiquer ma joie.
« Mon sacrifice en me mariant n’aura pas été vain.
« Nous vaincrons et tes meurtriers périront.
« Je suis heureuse et je voudrais que tu le sois où que tu sois.
« Je t’aime et je sais que tu es avec moi.
« Je te vengerais jusqu’au bout. »
[...]
Elle s’affala sur son lit comme si cette lettre orale qu’elle venait de formuler l’aurait épuisée. Elle resta là inactive un long moment avant que son corps ne s’adonne au sommeil. Rien ni personne ne les arrêterait dans leurs manœuvre. Le temps est peut être venu pour faire savoir à son complice les premiers résultats, pensa-t-elle.
Il s’engage dans la littérature. Ecrire. Bientôt; il sera vraiment las d’exercer une profession qui n’est pas la tienne. Il va sûrement déserter et monsieur le directeur Faye-edem devra faire face seul à ses créanciers qui eux feront vite de le pousser à la mort avec leur menace. Aucune banque n’accepterait faire un prêt à un retraité qui n’a rien à donner en gage.
Cette réflexion lui arracha un sourire.
***
Le restaurant du personnel administratif du centre de santé était une salle vaste spacieuse dont les murs étaient recouverts de bois léger de différentes couleurs. Il n’y avait pas d’ornement sinon une fleur à l’aspect d’arbuste qui s’érigeait grande verte dans un énorme pot tiré dans du bois d’ébène noir. Deux longues tables recouvertes de nappes à poly-dessins occupaient de façon à former un angle droit, le milieu de la pièce et étaient entourées de chaises vernies. Pour l’heure, Faye senior était la seule personne à l’une des tables. Il mangeait non sans hâte son plat, buvait à grand goulot le jus de fruit contenu dans une bouteille à l’aspect bizarre. Dans sa hâte, il fit tomber le torchon qui se trouvait à portée de sa main mais ne se donna pas la peine de le reprendre. Un coup d’œil rapide à sa montre l'indiqua qu'un quart d’heure s’étalait encore devant lui avant que la voiture du SEPH (service pour les équipements des hôpitaux privés) ne soit là. Il entreprit de faire le tour des sections pour s’assurer de la bonne marche du travail.Ne se rendant pas compte de la filature du temps, lorsqu'il jeta encore un coup d’œil à sa montre, il se rendit compte que l’heure H avait sonnée avec quelques bonnes minutes en plus. Il alla donc s’enfermer dans son bureau pour réviser quelques affaires.
Vingt minutes plus tard, monsieur Edem commença à s'inquiéter. D’habitude le SEPH n’accusaient pas autant de retard. Il regarda une fois de plus sa montre. La sueur commençait à perler son front. Son attention intérieur était prise sur une seule idée : les policiers avaient ils tout découvert et arrêter la voiture transportant la marchandise?
Non ! Un tel drame ne pouvait se produire.
Trop de grosses têtes de la police étaient incluses pour vraiment s’inquiéter. La course de ses idées l’avait tellement éloignée de la réalité qu’il n’entendit pas frapper à la porte de son bureau. Le coup à la porte se fit plus fort. Il sursauta avant de poser son stylo et de répondre d’une voix enrouée. Une infirmière rondelette entra, lui remit un document à signer puis s’en alla en prenant soin de refermer la porte derrière elle. C’est alors que le bruit assourdissant du téléphone s’éleva dans la pièce, troublant la paix du lieu. Mr Faye se précipita sur le combiné téléphonique.
Un laps de temps après, son visage se détendit et s’éclaira d'un demi-sourire qui errait sur ses lèvres. Il passa la main dans ses cheveux comme pour remettre de l’ordre dans ses idées. Il ensuite sortit du bureau.
Le véhicule du SEPH était une petite camionnette de couleur blanche sur laquelle étaient dessinées en grand caractère en peinture bleu et rouge les quatre lettres S. E. P. H. Le médecin Faye Edem s’avança au-devant des deux passagers de la camionnette leur serra chaleureusement les mains, échangea quelques banalités d’usages avec eux puis se retira. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Une faiblesse générale le gagnait et il se sentait choir dans une sorte de coma dont il est conscient. Il fit appel à deux plantons qui sous la direction d’un certain docteur Charles portèrent les cartons renfermant les médicaments dans une pièce minuscule réservé pour la circonstance. Faye se traina jusqu’à son bureau où il s’affala dans son fauteuil directorial. Tous ses sens étaient en alerte mais un épais brouillard enveloppait et son cerveau et sa vision. S’il y a une chose dont il est conscient, c’est qu’il ne se soit pas évanoui. Mais il perdait la notion du temps et à travers l’épais brouillard virtuel il entrevoyait des formes bizarres qui en réalité n’étaient que les objets meublants son modeste bureau.
Crier ? Il s’en sentait incapable et même ne souhaitait pas qu’un de ses subordonnés viennent le retrouver dans cet état léthargique. Mais sa faiblesse l’empêchait de se lever pour fermer à double tour la porte de son bureau qu’il avait seulement entrebaîllé. Des voix lui parvenaient à travers l’étrange voile dont il se sentait prisonnier puis le sommeil le gagna.
Quand il se réveilla, sa tête pesait lourd comme sous le poids d’un gros plomb qu’une main invisible se serait amusée à y planter. Il se sentait toujours faible. Pour un médecin, il n’avait nul besoin d’un expert pour comprendre qu’il venait d’être drogué. La fameuse d****e à l’amphétamine qui vous donne des hallucinations.
Drogue !
Il se rendit soudain compte du mot qui trottait dans sa tête. d****e. L’on l’avait drogué ? Mais pourquoi ? Sûrement que la susbtance auvait été versé dans son petit déjeuné puisque c'était la seule chose qu'il avait ingurger de toute la matinée. Qui aurait bien pu faire ça? Les cuisiniers ? quelle raison ont-ils de commettre un tel crime ? Il faudrait alors une stricte complicité entre eux. Mais pour quel motif ? Pourquoi se serait-on donné la peine de le droguer. Il se rappela soudain le duo de la SEHP. Serait-on après la marchandise ? quelle idée se dit-il qui aurait pu être après la marchandise d’autant qu’il a depuis toujours gardé le secret absolu sur le business et que jamais il n’en a parlé à personne sinon Tognawo son fils révolté et à sa femme.
Tognawo aurait-il eu l’audace de le faire droguer pour ... pour ... mais non c’est absurde! Quelle idiotie que de penser à une telle chose d’une personne qui incarne l’honnêteté même.
Edem se leva, réajusta son habit un peu froissé puis il dandina sur ses pieds comme une jeune pintade. Les effets de la d****e n'etaient pas totalement dissipés. Il alla immédiatement au magasin situé juste derrière son bureau. Tout était en ordre. Les dix cartons étaient là, posés les uns sur les autres. Faye les inspecta et remarqua qu' aucun des cartons n’avait été ouvert. Son pouls retrouva son rythme normal. Mais soudain un détail qui failli lui échapper lui sauta aux yeux. Tous les cartons étaient ceinturés dans le sens de la longueur et de la largeur par une large b***e de scotch blanc mais l’un d’entre eux avait un scotch de couleur différente.
Son cœur se mit à battre de nouveau à la chamade. Il souleva le carton insolite et remarqua au bas le petit point de reconnaissance fait au marqueur jaune. Ce carton était sensé contenir une importante masse d’or qu’il devrait livrer à un certain Mawugnon, joailler dans le bas fond de Lomé. Edem fit rapidement son petit calcul. La règle du scellage des marchandises soit n’avait pas été respectée ou quelqu’un avait prémédité et organisé un vol. Sa marchandise, aurait-elle été substituée depuis le lieu de départ ?
Non cette option était à écarter. Pour se rassurer il enfreint l’une des règles qui demandait à ce qu’il n’expose la marchandise en ouvrant le colis dans le lieu de stockage. Ses soupçons se transformèrent vite en certitude et ses grincements de dent tendaient à faire éclater sa mâchoire.
L’or avait disparu.
Le voleur avait aussi emporté six petits cartons qui contenait de la d****e. Les pensées du vieux revinrent automatiquement à son fils. Il n’y avait nul doute pour lui. Tognawo était impliqué dans supercherie.