Pdv Maria
Je sortis de l'amphithéâtre avec beaucoup de stress. Je pris le temps de d'envoyer un SMS pour lui confirmer que j'arrivais. Je marchais hâtivement vers le McDo pas loin de mon université, le lieu du rendez-vous. Je fus contente de voir qu'il était déjà assis à une table et m'attendais. Aussitôt, je sentis circuler en moi, un vent de panique. J'avais une forte envie de rebrousser chemin et de m'éloigner le plus loin possible. Mais il remarqua et me fis signe en souriant. De toutes les manières, j'étais trop polie pour rebrousser chemin et lui posai un lapin. Je le rejoignis.
Melvin : Coucou, Maria.
Il se leva et me fit la bise.
Moi, en fuyant son regard : Bonjour, Melvin.
Melvin : Merci d'avoir accepté mon invitation.
Je souris pour seule réponse.
Melvin : Assieds-toi, je t'en prie.
Je m'installai sur ma chaise et il en fit de même.
Melvin : Quand tu m'as appelée tout à l'heure pour me confirmer que tu venais, j'étais vraiment soulagé. J'ai eu peur qu'à la dernière minute tu me poses un lapin.
Moi : Pourquoi ? Tu penses que je suis vraiment capable de te poser un lapin ?
Melvin : Je sais que tu fuyais tellement cette confrontation. J'avais peur que tu n'oses pas sauter le pas et que tu me plantes à la dernière minute.
Moi, faisant l'audacieuse : Fuir cette confrontation ?
Melvin, me fixant du regard : Oui, Jeune fille. Je sais que vous êtes un peu trop timide et que vous avez un peu trop peur de l'attirance que ceci provoque en vous.
Il désigna son corps de la main. Aussitôt, ma timidité reprit le dessus et en panique, je baissais les yeux.
Melvin : Mais ne t'inquiètes pas, l'attirance est réciproque. Tu sais, j'aime beaucoup ta timidité. Ça te donne un charme fou. Lèves les yeux et regardes-moi.
Je m'exécutai timidement. Il sourit.
Melvin : Tu veux commander quoi? Je vais aller nous chercher à manger. J'ai une faim de loup.
Moi : Prends un menu McChicken, frites et un coca.
Melvin, en se levant : Ok.
Il revint quelques minutes plus tard et déposa mon plateau, puis retourna chercher le sien.
Melvin : Alors tes cours, ça va ? Ce n'est pas trop dur ?
Moi : C'est tout nouveau pour moi, mais pour le moment, j'arrive à suivre. Et toi ? Ça va ?
Melvin : Oui. Je reprends mes marques petit à petit, après un long arrêt estival.
Il faisait une licence en informatique. On se parlait beaucoup depuis le départ de mes parents pour Dakar et je ne savais pas si c'était lui ou si c'était parce que j'étais seule avec Nathan à la maison, mais on devenait de plus en plus vite trop proches. Il m'appelait chaque soir et on passait de longs moments à se parler. Même si ma timidité ne me permettait pas toujours de me laisser aller totalement. J'appréciais ses appels et Cédric commençait à se plaindre qu'il fallait qu'il m'appelle plusieurs fois après 21h pour m'avoir. Cédric, mon jaloux de Cédric ♀️. Vivement qu'il se trouve une nouvelle copine pour m'oublier un peu. Parce que Monsieur, quand il est en couple, il ne me fait plus ce genre de reproches. D'ailleurs, c'est un peu déséquilibré, cette situation. Lui, il peut être "occupé" quand il a une copine, mais moi, je dois être toujours disponible quelle que soit ma situation matrimoniale. Pourquoi je parle de "matrimoniale"? Melvin et moi, il n'y avait rien d'officiel.
Melvin : Alors, ça avance pour ta jumelle.
Moi : Hier, j'ai appris qu'elle ne sera pas là avant un an au moins. Il va falloir prendre son mal en patience.
Melvin : Un an, ça passe vite. Oui. Prends patience.
Moi : Oui. Mon père m'a dit la même chose. Qu'est-ce que ''un an'' quand on était censé ne plus la retrouver du tout ? C'est surtout pour ma mère que ces ''un an'' semblent interminables. C'est son bébé. Alors elle voudrait la ramener avec elle à son retour dans quelques jours. Mais ce n'est pas possible.
Melvin : Et tu as tenté une approche avec elle ?
Moi : Une approche ?
Melvin : Oui. Prendre son numéro, l'appeler et discuter directement avec elle pour créer un lien avec elle.
Moi, gênée : Je ne sais pas comment m'y prendre avec elle. J'aimerais vraiment créer un lien avec elle, mais je ne veux pas m'imposer. Je n'ose pas.
Melvin : Oui. Je sais que tu n'oses pas, mais tu devrais faire le premier pas. Ça sera plus facile pour toi, que pour elle. Je pense que ta jumelle se sent un peu l'intruse dans l'histoire. Elle reste à l'écart par peur de s'imposer. Si tu fais pareil, ça ne va pas le faire. C'est plus facile que de venir ici, m'affronter.
Moi, en riant : Tu es un caïman ?
Melvin, en riant : Méfies-toi. Je suis plus dangereux qu'un caïman.
Moi : Pourquoi tu manques autant de modestie ?
Melvin, en riant : Je ne suis pas pourtant prétentieux en disant que je sais faire des choses qu'un caïman ne sait pas faire.
Je ne répondis pas et repris une bouchée de mon mets délicieux.
Melvin : Suis mon conseil, Maria. Fais le premier pas.
Moi : Ok.
Melvin : Maintenant, est-ce qu'on pourrait parler de nous deux ? Maria, j'ai sincèrement des sentiments pour toi et j'aimerais que tu deviennes ma petite amie.
Punaise, un des défauts de Melvin, c'est qu'il va toujours droit au but. Je n'ai jamais le temps de me préparer à ce qui va suivre. Il me fixa du regard attendant ma réponse.
Moi, les yeux baissés : Je ne...
Melvin : Comment ça "tu ne veux pas"? Je sais que tu es attirée par moi comme je le suis par toi.
L'excès de confiance de cet homme était intarissable.
Moi : Melvin, si tu penses que ton excès de confiance est un atout sache que pour moi ça me donne l'impression d'avoir face à moi un Casanova.
Il avala sa dernière bouchée de son hamburger qui était quand même plus énorme que le mien. Je n'avais pas demandé, mais ça devait être un "double quelque chose ". Il s'essuya les mains et la bouche avec un mouchoir en papier.
Melvin : Maria, pardon si mon attitude te donne l'impression que je suis un coureur de jupons. Crois-moi, ce n'est pas mon genre. C'est juste que je suis un mec qui d'habitude n'aime pas tourner autour du pot. Mais crois-moi, je ne cherche pas à jouer avec toi. Ce que je ressens pour toi est sincère et très fort. C'est totalement inattendu. Je ne m'attendais pas en allant à cette piscine à faire une rencontre aussi intense. Je suis tellement sûr de mes sentiments que je ne vois pas l'utilité de perdre son temps.
Je restai silencieuse. Il se tut attendant que je parle.
Moi, gênée :Je ne suis pas prête, Melvin. Tu vas trop vite pour moi. Il faut que je te fasse un aveu : je ne suis sortie qu'avec un seul garçon et c'était un neveu de mon beau-père que je connaissais depuis des années. Tu ne peux pas tomber de nulle part et vouloir qu'on se mette tout de suite en couple.
Melvin : Tu dois apprendre à ne pas rester dans ta bulle de cercle protecteur. Le monde extérieur n'est pas composé de personnes perfides et malintentionnées. Je vais te faire un aveu moi aussi : Ça fait deux ans que je suis célibataire.
Pff. Il pense vraiment que je vais le croire ? Je pouffai de rire.
Melvin, d'un ton furieux : Pourquoi tu ris? Tu penses que je suis un menteur? Quel intérêt, j'aurai à te mentir ? Écoutes Maria, je me livre sincèrement à toi et tu te moques en riant.
Il s'énerve aussi vite, lui?
Moi, paniquée : Pardon, je ne me moquais pas. Excusez-moi, je reviens.
Je me levai et me précipitai dans les toilettes. Je n'avais aucun besoin naturel à soulager. J'avais juste besoin de quitter la table, parce que je ne savais vraiment pas comment gérer cette situation hyper gênante. Je n'avais pas vraiment l'intention de le froisser. C'est vrai que je n'avais pas cru à son célibat de deux ans. Des Solène prêtes à tout pour ses beaux yeux , il en pullulait dans Paris et c'était juste totalement incroyable pour moi qu'il ait pu rester célibataire tant d'années. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il se mette en colère pour ça. Et je ne savais plus quoi dire ou faire. Je réalisais combien c'était compliqué de ''s'accommoder'' avec un inconnu. Je regardai le miroir et me donnai courage pour "l'affronter" de nouveau. Je me lavai les mains et ressortis des toilettes. Je revins m'asseoir devant lui.
Melvin, gêné : Excuses-moi, Maria.
Moi: Non, c'est moi qui m'excuse. D'ailleurs, il faut que j'y aille, Melvin.
Melvin : Attends, ne fuis pas, Maria. Tu n'as rien fait de mal. C'est moi qui ai un peu trop mal pris ton incrédulité. Je l'ai pris pour une moquerie, comme si ce que j'étais en train de te dire ne t'intéressait vraiment pas.
Moi : Melvin, je ne me permettrais de me moquer de toi, si je savais que c'était sérieux.
Melvin : Oui. Je le sais. Tu n'es pas ce genre de filles. Tout comme après coup, je sais aussi qu'en voyant le beau spécimen que je suis, tu as du mal à croire que j'ai été célibataire pendant deux ans. Pourtant, c'est la vérité. Depuis que je suis à Paris, je n'ai pas entretenu de relation suivie. Je sors, je fais la fête et des étoiles brillent dans les yeux des filles que je croise, mais ça s'arrête là. J'aurai pu répondre à nombreuses avances que j'ai reçues, mais j'ai préféré garder la tête froide et ne pas profiter de ces filles. Je ne suis pas un s****d. Je respecte trop les filles pour ça. Tu n'as rien à craindre de moi, Maria. Même si tu ne m'intéressais pas, je n'aurais jamais profité de toi. Alors il y a peu de chance avec l'intensité de ce que je ressens que je fasse le c*n avec toi.
Moi, un peu rassurée : Qu'est-ce que j'ai de plus que les autres filles pour que tu t'intéresses à moi?
Melvin : Hum. Ça, c'est la question d'une fille qui ne fait pas assez confiance à son potentiel. Mais pour te rassurer, je te dirai d'abord que ce qui a attiré mon regard à la piscine, c'étaient tous les beaux attributs physiques que ton joli maillot mettait artistiquement en valeur ce jour-là.
Je pense que mon visage avait complètement viré au bleu, parce qu'il éclata de rire.
Melvin : J'adore quand tu fais cette tête.. Il ne faut pas se mentir, c'est d'abord ce qui m'a tapé dans l’œil. Mais tu sais, un joli maillot, il y en a de toutes les couleurs. Alors ce n'est pas que ça qui m'a attiré. Il y a aussi la réaction que tu as eue quand j'ai fait une tentative d'approche. Tu n'avais même pas voulu me donner ton vrai prénom. En fait, tu n'étais vraiment pas dans une mentalité de "je te veux absolument". C'était totalement à l'inverse du "rentre-dedans" de Solène. J'ai beaucoup apprécié que tu te sois discrètement effacée pour lui laisser la place.
Oh. Il était trop mignon. J'étais intérieurement trop touchée.
Moi, pour essayer d'évacuer mon "trop de guimauve'' intérieure : Du coup, si je veux te rendre fou de moi, il faut que je t'envoie balader, parce que tu es sado.
Il éclata de rire.
Melvin : C'est vrai que je suis en train de jouer à un jeu dangereux avec toi. Tu pourrais utiliser tout ce que je te dis en ma défaveur. Mais je prends le risque. J'ai envie d'être moi-même avec toi.
Je souris, trop touchée.
Melvin : Tu sais quoi? On va faire les choses à ton rythme. On va continuer à se parler au téléphone et à organiser des sorties à deux et quand tu seras prête, on se mettra ensemble.
Moi : Ça ne te dérange pas ?
Melvin : Pour te dire vrai, j'aurai préféré qu'on soit ensemble dès ce soir. Mais je suis prêt à marcher à ton rythme.
*************
Pdv Victoria
Le lendemain
Après le rendez-vous à l'ambassade, mes parents et moi avions compris qu'il nous faudrait peut-être un peu plus de patience avant d'être tous réunis à Paris. Ça prendrait un peu de temps pour faire tous les papiers de ma nouvelle identité. De plus, puisque je passais le bac cette année, il était préférable que je reste dans mon école. De toutes les manières, je ne pouvais pas passer le bac français après avoir fait tout mon circus scolaire dans le système sénégalais. J'étais seule dans ma chambre et je rangeais mon sac pour la semaine que j'allais passer chez ma mère. Depuis que j'avais fait la connaissance de mes cousines adorables, j'avais moins d'appréhension à y passer la nuit. Le mari de ma mère était là pour les deux semaines qui restaient dans le séjour de ma mère. Il voulait en profiter pour me connaître, vu que je n'irai pas à Paris avant les douze prochains mois. Mon portable sonna, m'obligeant à arrêter ma corvée. C'était un message w******p d'un numéro international. C'était de Maria. Je l'ajoutai dans ma liste de contacts. Elle m'appela aussitôt. Je décrochai.
Moi : Allô.
Une petite voix féminine : Allô, Marianne.
Moi : Maria? Je suis agréablement surprise de t'avoir.
Maria : J'espère que je ne te dérange pas. C'est Maman qui m'a donnée ton numéro.
Moi : Non. Ma puce, tu ne me déranges pas. Je suis très contente que tu m'aies appelée. Notre mère m'a donnée ton numéro, mais je n'osais pas te déranger.
Maria : Oh. Tu peux m'appeler quand tu veux. Tu ne me dérangeras jamais. Maman m'a dit que tu ne pourras pas nous rejoindre avant l'année prochaine.
Moi : Oui. Cette année, je vais passer le bac. Alors je ne peux pas partir avant juillet.
Maria : C'est dommage. Mais on va se soutenir pour patienter jusqu'à ce que tu viennes.
Moi : Oui. On va se soutenir.
Maria : Et tu vas rester chez ta tante jusqu'au bac?
Moi, prudente : Je ne sais pas. On n'a pas encore décidé.
Maria : Si tu veux rester chez ta tante, je peux plaider ta cause, tu sais. Maman va sûrement vouloir que tu ailles vivre avec Tata Claudine, mais restes là où tu te sens le mieux. Je te soutiendrai.
Moi, sautant sur l'occasion : Merci, ma puce. C'est vrai que je préfèrerais rester ici chez ma tante. Je me suis déjà réinscrite dans mon école et j'ai l'habitude de prendre le bus scolaire avec ma cousine Espé. J'aimerais vraiment continuer à vivre ici jusqu'au bac.
Maria : Ok. Si Maman veut te forcer à quitter ta famille, je lui parlerai.
Moi: Merci.
Des coups retentirent à la porte.
Moi : Entrez!
Espé entra.
Espé : Vicky, veux-tu m'accompagner chez Tata Salimata? je dois lui remettre une commission.
Moi : Tu peux patienter un peu, je parle avec ma sœur.
Espé : Ta jumelle ? C'est un appel vidéo ?
Moi: Oui.
Espé : Je peux la voir ?
Moi : Viens.
Elle s'approcha et salua Maria.
Espé : Non. Mais c'est ta copie conforme. Maria, c'est fou combien tu ressembles à Vicky. Je suis Espérance, sa cousine et je suis très enchantée de te connaître.
Maria : Moi aussi. Espérance.
Moi : Espé est la fille benjamine de ma tante. Sa grande sœur s'appelle Dorine, je te la présenterai une autre fois.
Maria : Ok.
Espé : Vicky, continuez votre appel, je vais aller demander à Dorine de m'accompagner.
Moi : Ça ne te dérange pas ?
Espé : Moi, peu importe qui m'accompagne lol. Je ne veux juste pas y aller seule et donner à Ibou l'occasion de m'aborder.
Je ris, amusée.
Moi : Yow dé, Ibou, li ngako soralé da beuri (Ibou, tu le prends trop en compte).
Espé : Ibou, da eup lougn ko doyé (il est imprévisible). Je ne veux pas lui donner l'occasion de me fatiguer. C'était une grosse erreur d'accepter ses avances. Il n'accepte pas notre rupture. Mbeuguélou forcé yoyou la supportéweutoul (je ne supporte plus son amour forcé). Il va devoir accepter que je suis passée à autre chose.
Moi : Rappelles-moi ton âge, s'il te plaît.
Espé : 16 ans 5 mois et 10 jours, Madame.
Moi : Et tu veux tenir tête à Ibou, ce colosse qui peut te broyer en 5 secondes?
Espé : Je n'essaie pas de lui tenir tête. Je veux juste qu'il me laisse en paix. Il m'a jamais intéressée. J'ai accepté ses avances, juste parce que j'étais curieuse et que c'était plutôt gratifiant qu'un mec comme lui craque pour moi. Mais ... Pardon Maria, tu dois te demander c'est qui cette pie farfelue qui parle.
Maria rit, amusée.
Moi, en riant : Comme tu sais que tu es une pie farfelue rek, c'est bien.
Espé, en riant : Bon. Je vais demander à Dorine de m'accompagner. Maria, à bientôt.
Maria : À bientôt, Espérance.
Cette dernière quitta la chambre en fermant la porte derrière elle.
Maria : Tu ne dois pas t'ennuyer avec tes cousines.
Non. Je ne m'ennuyais pas avec Espé. Surtout à cause de son histoire avec Ibou, un de nos voisins. Le mec s'était complètement entiché de ma petite cousine. Je ne savais pas trop ce qu'elle lui avait fait, mais il faisait une fixation sur elle. Pourtant, c'était un beau mec, très sportif, étudiant en première année qui attirait le regard de beaucoup de midinettes dans le quartier et c'était un peu pour cela que Espé avait accepté ses avances. Comme elle disait, pour une jeune ado de bientôt 16 ans, c'était gratifiant qu'un mec comme Ibou s'intéresse à elle. Mais très vite, il avait commencé à être un peu trop envahissant, voulant organiser des sorties en soirée ou savoir toujours le programme détaillé des journées de sa dulcinée. Or Espé n'était clairement pas encore en âge de sortir seule la nuit librement et elle n'était pas habituée à avoir quelqu'un constamment sur le dos. Même ses parents ne sont pas aussi encombrants. Après 4 mois de retenue, elle avait fini par jeter l'éponge et le quitter. Depuis le mec est encore plus "mordu". Il faut qu'elle lui avait donné comme cause de rupture qu'elle était en seconde S et qu'elle ne pouvait plus concilier relation amoureuse et études. Dans sa tête, Ibou n'a pas compris que la rupture était définitive. Il cherchait par tout moyen de s'imposer de nouveau. Espé avait bloqué son numéro pour ne plus être harceler au téléphone. Maintenant même quand elle devait faire une commission chez la mère d'Ibou, elle y allait accompagnée. Ainsi, il était quand même gêné d'aborder son sujet favori.
Moi : Non. Je ne m'ennuie pas, surtout avec Espé. Dorine est plus calme.
Maria : Ta tante, elle n'a que deux filles ou elle a d'autres enfants ?
Moi : Oui. Elle n'a que deux filles. Mais j'ai d'autres cousins, du côté de mon oncle.
Maria : Ok. C'est trop mignon, le surnom qu'elles t'ont donné : Vicky. J'aime beaucoup.
Moi: C'est vrai ?
Maria : Oui. Mais Maman n'aime pas trop, c'est dommage.
Je restai silencieuse, n'osant pas dire le fond de ma pensée. Je ne la connaissais pas assez pour savoir ce que je pouvais lui dire ou pas.
Maria, continuant : Ça doit te paraître totalement douloureux qu'on change ton prénom tout d'un coup comme ça. D'autant plus que Victoire est pour moi un prénom qui te correspond le plus.
Toujours silence de ma part.
Maria : Si tu veux, je t'appellerai Vicky en cachette. Parce que Maman ne va pas aimer que je t'appelle comme ça. C'est le prénom qu' ''elle'' t'a donnée. Alors tu comprends que c'est impossible pour Maman de le garder. Mais moi, je sais que tu y es attachée. Ça fait partie de ton histoire, alors je peux t'appeler comme ça.
Je restai, bouche bée, abasourdie par ce qu'elle venait de dire.
Maria : Tu dois te demander comment je sais cela ? Et bien, il paraît que des jumelles vivent les choses par effet miroir. Je sais que tu tiens à ce nom, c'est tout. Je le ressens.
Moi, prenant enfin la parole : Oui. Je tiens à ce nom. Mais je ne veux pas de problème avec notre mère. La situation est déjà assez compliquée.
Maria : Oui. Elle est beaucoup plus compliquée pour toi que pour moi. On te demande d'effacer toute trace de ton passé sans nous pour te créer un nouveau "toi" avec nous. Alors que ce passé a fait de toi celle que tu es aujourd'hui. Je te comprends, Vicky. Ce qu'on te demande, c'est un douloureux calvaire. Je vais essayer de te le rendre plus douce, d'accord ?
Décidément je sens que cette fille va me surprendre.
Moi : D'accord. Mais pour éviter tout problème, appelles-moi Ezima.
Maria : Ezima ?
Moi : Oui. Ma mère m'a dit que c'était le petit surnom que m'avait donnée une de ses voisines guinéennes pendant notre séjour en Guinée. Ça signifie ''lumière''. Il n'y a qu'elle qui m'appelait comme ça et ce n'est pas dans mon extrait de naissance. Donc notre mère ne saura jamais d'où ce surnom vient. Comme ça tu ne m'appelleras pas "Marianne". Ce prénom est joli, mais ...
Maria : Mais il ne correspond pas encore à celle que tu es en train de devenir. Ne t'inquiètes pas, je te comprends. On ne peut pas effacer une identité construite pendant 18 ans.
Moi, intérieurement : Oui. On ne peut pas effacer une identité construite pendant 18 ans.