8. Retrouvailles

2260 Mots
Pdv Victoria  Le lendemain   La bonne venait de m'annoncer que ma mère était arrivée et je pris ma valisette et mon petit sac en bandoulière. J'aurais pu me rendre toute seule chez ma mère, mais elle avait insisté pour venir me chercher. Pourtant, je ne risquais pas grande chose à cette heure de la journée, mais je pense qu'elle a peur qu'on m'arrache encore à elle. Je passais dans la chambre de Dorine pour dire au revoir. J'y trouvais Espé aussi.   Moi : Les filles, j'y vais. Ma mère est là.   Espé : Oh. Je vais m'ennuyer. Amènes-moi avec toi.   Moi, la taquinant : Vas prendre tes affaires, on y va.   Espé, rigolote comme jamais, fit mine de descendre du lit.   Dorine, en riant : Espé, même si tu as beaucoup d'espérance, toi même, tu sais que tu vas rester dans cette maison.   Cela nous fit rire encore plus.   Moi, avec une idée bien précise : Même si tu ne peux pas venir avec moi, je peux organiser une sortie avec mes cousins et vous pour faire connaissance et changer d'air.   Espé, surexcitée : Oui. Ce serait super. Mais il faudra que tu demandes la permission à Maman.   Moi : Ok. Je m'occuperai de tout. Tu es d'accord, Dorine?   Dorine, d'une petite voix : Oui.   Je ris sous cape. C'était fou combien je connaissais cette petite. Je n'avais pas un grand "oui", mais ce petit "oui" signifiait qu'elle acceptait mon projet de la faire revoir Pedro. Elle avait bien compris qu'il serait sûrement là, d'où la '' petitesse '' de son oui. Mais je savais qu'elle était trop naïve et innocente pour imaginer que je savais l'intérêt qu'elle avait pour lui.   **************** Arrivée chez ma tante Claudine, je déposai mon sac dans la chambre des filles où j'allais dormir toute la semaine, puis je passais une heure à discuter avec ma mère et son mari. Quand j'eus un moment de répit, je m'isolais sur la terrasse pour prendre un numéro étranger qui m'appelait sans cesse depuis plusieurs minutes. Je ne connaissais personne à l'étranger et je ne savais même pas de quel pays provenait cet appel.   Moi : Allô. Une voix masculine que je reconnus aussitôt :  Allô. Vicky, yow ça fait plus d'une semaine que j'essaie de te joindre. Pourquoi tu ne prends pas mes appels ?   Moi : Je ne suis pas à Dakar Hamidou. Je n'ai pas toujours le réseau ici.   Hamidou : Attends, tu n'es pas à Dakar, mais tu ne fais même pas l'effort de me dire que tu pars ?   Je ne dis rien.   Hamidou, continuant dans sa lancée : Vraiment Victoria, commencé ngama yap (tu commences à me manquer de respect). Ça fait bientôt 10 jours que tu ne me donnes aucune nouvelle. Moi, je fais l'effort de toujours te prévenir quand je fais un déplacement hors de Dakar. Non seulement tu pars sans me le dire, mais ensuite tu me laisses sans nouvelle. J'ai eu vraiment peur qu'il te soit arrivée un malheur. Tu n'imagines même pas mon angoisse, or un simple SMS aurait pu m'éviter une telle angoisse. Yow vraiment yeureumoma (tu n'as vraiment pas pitié de moi). Je suis actuellement en Algérie pour une réunion super complexe et je dois ajouter l'angoisse que j'avais à cause de toi à mon stress professionnel.   Cheut. Ki mo lakalé (un vrai pot de colle, celui-là).   Moi : Pardon. Hamidou. On m'a prévenue la veille de mon départ. Je...   Hamidou, me coupant la parole : Un sms. Vicky, un seul sms. Je t'ai donnée 350000 francs, il n'y a pas si longtemps. Tu as largement de quoi acheter du crédit pour un petit SMS.   Moi : Bébé, balma ak (pardon). C'est vrai, je n'ai pas d'excuses. À mon retour, on se verra et je ferai tout pour me faire pardonner.   Hamidou : Tu sais très bien que je ne suis pas fâché. Tu es déjà pardonnée. C'est juste que je n'aime pas ce que je considère comme un manque de considération. Mais ce n'est pas un sujet de discussion à faire au téléphone. À ton retour, on se verra et on parlera.   Moi : Ok. À mon retour, on se verra et on discutera. Je rentre dimanche prochain.   Hamidou : Ok. On se verra la semaine prochaine.   Moi: Ok.   Hamidou : Bon, je te laisse. Je n'ai qu'une petite pause avant de reprendre ma réunion.   Moi : Ok.   Hamidou : Je t'aime. Bisous.   Moi : Moi aussi. Bisous.   Je raccrochai et restai quelques minutes sur la terrasse. Il fallait vraiment que je me résigne à quitter Hamidou. Ça ne rimait à rien de laisser la situation perdurer. Il fallait juste que je trouve une raison valable de rupture. **************   4 jours après   Les filles et moi, on descendit au rez-de-chaussée. J'avais pu organiser un petit dîner entre cousins dans un petit restaurant. Tata Céline avait accepté sans hésitation de laisser les filles venir, mais à la condition qu'elles rentrent avant minuit. On s'était donné rendez-vous dans un petit restaurant en ville qui faisait les vendredis une soirée spéciale buffet à 5000 francs, de quoi ne pas trouer nos poches d'étudiants et d'élèves, lol. Pedro avait invité à notre rencontre trois de ses amis pour ne pas être le seul mec de la troupe. Quand Espé et Dorine arrivèrent, vers 20h, c'est à dire quelques minutes après nous, je découvris une Dorine métamorphosée. Cette robe, c'était Espé et moi qui le lui avions offerte, il y a quelques mois pour son anniversaire. Mais elle n'avait jamais accepté de la mettre, se plaignant que c'était trop court et qu'elle n'aimait pas la manière dont ça moulait ses fesses. Ce qui était totalement faux, ça s'arrêta à mi-cuisse et c'était évasé. Ça ne moulait pas du tout ses fesses, mais le vrai problème, c'était que Dorine manquait trop de confiance pour assumer le regard que pouvait attirer ce genre de robe sur elle. Mais tey dé, amna (mais aujourd'hui, elle en a de la ) confiance . Et puis c'était la totale : maquillage, perruque ou tissage (je ne savais pas trop). Après que je les aies présentées au reste du groupe, elles s'assirent l'une à ma gauche et l'autre à ma droite.   Moi, amusée et chuchotant à l'oreille d'Espé : Comment tu as fait pour convaincre ta sœur de mettre cette robe ?   Espé, plus amusée que moi, à l'oreille : Rien. Elle m'a demandée si j'étais vraiment sincère quand je lui disais que cette robe lui allait bien. Je lui ai répondue que cette robe était totalement faite pour elle et que c'est parce qu'on savait que ça allait la mettre en valeur qu'on l'avait choisie. C'est tout. On dirait qu'aujourd'hui, elle avait vraiment envie de se mettre en valeur.   On rit à l'unisson.   Moi, me tournant vers Dorine : Dorine, tu es magnifique.   Dorine, avec un peu d'inquiétude : C'est vrai ?   Moi : Oui. Tu vois que cette robe n'était pas si vulgaire que ça. Personne n'est choqué de te voir habillée ainsi. Ta robe n'est rien par rapport à celle d'Espé qui est "mortelle" quand elle tourne le dos.   Dorine rit, amusée. C'était vrai contrairement à la sienne, la robe d'Espé était moulante de haut en bas. Les filles de Tata Céline se distinguaient des autres filles de la famille de ma mère adoptive par leurs formes très prononcées (mais un peu plus prononcées chez Espé que chez sa sœur aînée). Si cela gênait Dorine qui aurait tout donné pour être le plus rectiligne possible, Espé adorait cet héritage physique. Elle disait qu'elle était bien chanceuse d'avoir reçu les gènes de son homonyme, Mamie Espérance, la mère de son père.   Pedro, attirant l'attention : Eh, les filles, je pense qu'on ne va pas attendre trop longtemps. On peut commencer les festivités. J'ai super faim.   Elisa : Yow mom, lékeu rek (tu ne fais que manger).   Pedro : Boul yakh sama der (ne gâte pas mon nom). Toi, tu ne me respectes pas, ce n'est pas grave. Mais je veux faire bonne impression aux cousines de Marianne, alors surveilles ce qui sort de ta bouche.   Tout le monde rit, mais Dorine baissa la tête, honteuse.   Elisa, en riant : Pff, dès que tu vois une nouvelle jolie fille, tu es en mode "je pars à la chasse". Elles sont de la famille, Mr Pedro d'Almeida. (Puis aux filles), les filles, n'écoutez même pas les belles paroles qu'il dit, daf lène di nakh rek (il ne va faire que vous tromper).   Pedro lui jeta un regard furieux, tout en riant. Mais je pense qu'il était plus furieux qu'amusé. Je pense qu'Espé vient de trouver son alter-ego. Non, mais Élisa, ni legn key bayi (on va la laisser comme ça ?). Isa, Espé, les trois amis de Pedro et moi, ont été pliés de rire. La situation était encore plus risible pour moi, parce que je savais l'intérêt que Pedro avait réellement pour ma cousine. Élisa, volontairement ou non, était en train de saboter le deal de son frère. Et le pire, c'était que connaissant Dorine, je soupçonnais qu'elle allait prendre au sérieux ces railleries et se fermer complètement à l'idée que Pedro pouvait avoir de bonnes intentions pour elle.   Moi, en riant pour essayer de sauver une partie du gâteau tombé : Élisa, laisses mon cousin. Je ne te permets de casser le sucre sur son dos comme ça.   Élisa : Bakhna ( C'est bon). Je me tais. Mais j'essaie juste de protéger le cœur de tes cousines. Je connais mon frère.   Ibou, l'un de mes amis de Pedro : Ce n'est pas grave. Je peux prendre Dorine. Henri et Fabrice choisissent entre Marianne et Espérance.   Henri : Mane, Espérance lay djeul (Moi, je choisis Espérance). Bleu bi mou ngui mey rey (le bleu me tue grave).   Fabrice : Heureusement, tu as choisi Espérance, parce que si tu avais choisi Marianne, ça aurait déclenché une guerre civile. Je ne savais pas si ces garçons étaient sérieux ou s’ils faisaient du "dak guinar wakhalé sa sokhla" (dire la vérité sur un ton blagueur), mais moi dé, Fabrice n'avait aucune chance avec moi. Henri sakh à la rigueur, j'aurais pu me pencher sur son dossier, parce que c'était un super thiof de luxe, mais Fabrice, mom, c'était " No way".   Élisa, qui ne pouvait pas râté une occasion pareille : Et nous, on passe pour du beurre ?   Isabelle : Tu as vu dé, Élisa.   Henri : On tient à nos vies. Si l'un de nous s'approche de vous, c'est la guillotine, direct, sans procès.   Pedro : Oui. Sans procès.   Cela fit rire tout le monde.   Pedro : Bon. On va se servir ?   Ibou, en se levant : Oui.   Le buffet était bien fourni et on se servit des plats généreux. On prit ce premier round de plats d'entrée dans la bonne humeur. Il y avait vraiment un bon esprit de groupe et on riait à pleines dents des anecdotes qui se racontaient çà et là. Au deuxième round, on se servit des plats de résistance encore plus délicieux que nous mangeâmes avec appétit. Plus les heures passées ensemble s'allongeaient et plus je me rendais compte qu'Henri et Ibou étaient vraiment sérieux tout à l'heure. Je voyais qu'ils portaient un réel intérêt pour mes cousines. Henri avait même réussi à entamer une discussion avec Espé, en changeant de place avec Isabelle qui avait gentiment accepté de se déplacer. Mais Ibou ne se contentait que de jeter de temps en temps des regards à Dorine. Cette dernière n'acceptait de prendre aucune perche qu'il lui tendait. Elle répondait juste aux questions qu'il lui posait et s'empressait vite de se retourner vers moi. De toutes les manières, elle ne l'intéressait pas. Donc ce n'était pas juste par timidité qu'elle restait fermée. Elle ferait beaucoup plus d'efforts si ces perches étaient tendues par Pedro. Mais ce dernier ne tentait rien. Il ne lui adressait même pas la parole. En fait, je pense que les railleries d'Elisa l'avait dissuadé de tenter quoique ce soit devant ses sœurs. Quand le serveur vint récupérer nos assiettes, on décida enfin de terminer ce festin royal en allant nous servir des desserts. On se leva, tous ensemble. Répondant à Élisa qui venait de me faire une remarque rigolote, je ne vis pas qu'un homme était placé juste derrière moi et je butai sur lui.   Moi : Pardon. Je ne vous avais pas...   Le jeune homme : Alors c'était bien toi? Je pensais que c'était moi qui divaguais. Victoria, li moy, (c’est ça) ''je suis à l'intérieur du pays, il n'y a pas de réseau, mais je reviens dimanche'' ?   Moi : Hamidou, attends, je vais t'expliquer. Hamidou, d'un ton menaçant : C'est clair que tu vas me donner des explications.   Pedro, avec un instinct protecteur : Marianne, ça va ? Hamidou, avec autorité : Mec, ne te mêles pas de ça. (Puis à moi) Toi, tu vas me dire si tu t'appelles Marianne ou Victoria.   Moi : S'il te plaît, Hamidou. Ne faisons pas de scandale. Viens, on va se parler dehors.   Pedro, toujours inquiet : Tu es sûre que tu veux vraiment aller dehors seule avec lui?   Hamidou : Je te jure que si tu ne me suis pas. On les fera nos explications devant tout le monde.   Moi, à Pedro : Ne t'inquiètes pas, Pedro. Je reviens dans quelques minutes. On y va, Hamidou.   Hamidou, le visage serré : Après toi.   Je quittai le restaurant le plus vite possible me demandant comment j'allais me sortir de ce pétrin.          
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