Préface
PréfacePrésidente d’Innocence en danger, association créée à l’issue d’un colloque organisé à l’Unesco en janvier 1999 sur le thème : « La pornographie impliquant des enfants et la p********e sur internet, un défi mondial ».
Je suis particulièrement sensible aux reportages, articles ou livres traitant de ce sujet. Parmi ces vecteurs, le roman policier, qui est historiquement populaire, me semble un excellent support de diffusion de cette information. En effet, ce type de livre à la portée de tous va permettre d’atteindre un large public pas particulièrement au fait de ce problème de société, même si régulièrement les médias en font les gros titres de façon ponctuelle, le sujet passe de façon éphémère dans les mémoires individuelles et collectives.
La pédocriminalité, loin d’être marginale et localisée, touche tous les pays ainsi que l’ensemble des couches de la société. Pour illustrer mon propos je vais vous raconter le démantèlement d’un vaste réseau international. L’enquête débuta en 1996 à San-José, en Californie lorsque des policiers américains découvrirent les activités de pédophiles filmant et diffusant, via le Web, des viols et tortures d’enfants en direct, le nom de ce réseau était Orchid Club. Parmi les membres de ce club, figurait un Anglais créateur d’un autre réseau beaucoup plus ample et connu sous le nom de Wonderland. Après un an et demi d’investigations policières, le 2 septembre 1998, 96 personnes furent arrêtées dans 12 pays, nom de code de l’opération : Cathédrale. Des centaines de milliers de vidéos et de nombreux disques durs furent saisis, en tout, près d’un million d’images pédopornographiques et plus de 122 victimes furent recensées. Le démantèlement de ce réseau fut le premier exemple d’une action de grande envergure demandant la coopération de nombreux pays et d’Interpol.
Ce travail collectif a permis l’arrestation simultanée de ressortissants de différentes nationalités, évitant ainsi que ces criminels ne puissent échanger sur l’opération en cours et disparaître ou plus sûrement de détruire ce qu’ils possédaient dans leurs ordinateurs. Au cours de l’enquête, les policiers découvrirent que pour accéder à ce « club » très fermé, les postulants devaient fournir chacun près de 10 000 photos de ce type pour pouvoir devenir membre du réseau Wonderland et ainsi bénéficier des images fournies par d’autres.
Malheureusement dans de nombreuses juridictions il me semble que les juges n’aient pas compris la gravité des faits. En effet, dans un autre dossier similaire les deux juges firent cette réflexion étonnante : « Nous avions l’impression de devoir juger des personnes dans des cas où il n’y avait pas de victimes ». D’où la nécessité de rappeler que derrière chacune de ces images il y a un enfant. Même si les investigations sur ce type de matériel sont plus difficiles qu’avant, il faut veiller à ce que ces criminels n’agissent pas en toute impunité et mettent à profit l’avance technologique pour se croire à l’abri de poursuites judiciaires.
À travers Violeurs d’anges, son auteur Serge Guéguen, démontre parfaitement les mécanismes de la traite des enfants aujourd’hui. Vous y découvrirez au fil des lignes l’implication des différents réseaux mafieux ou terroristes et comment la police tente d’enrayer cette spirale infernale de la perversité humaine. Vous percevrez page après page, comment votre voisin ou votre voisine, personnage sympathique que vous croisez régulièrement au détour de votre rue, est peut-être un prédateur échangeant régulièrement des photos ou les vidéos de ses enfants ou des vôtres, si un jour il ou elle les a gardés pour vous rendre service.
Ces prédateurs pervers, loin de se contenter d’une « matière » locale, vont encore plus loin que dans Wonderland, la technologie évoluant, ils vont maintenant consulter et/ou télécharger sur des sites obscurs de l’Internet caché — comme The Darknet, ces réseaux privés virtuels dont les utilisateurs sont considérés comme des personnes de confiance — les images les plus sordides, pour assouvir leurs fantasmes les plus fous. Espaces incontrôlés où eux-mêmes vendent leur production, alimentant ainsi d’immenses bases de données situées dans des paradis pour déviants sexuels. Ces structures organisées de façon professionnelles ont à leur disposition et contre forte rémunération, des informaticiens compétents, des commerciaux efficaces et des patrons en charge de corrompre tel ou tel service de police afin d’obtenir une protection officielle. Car ce « business » rapporte des milliards de dollars et a un potentiel exponentiel de plusieurs millions de clients au fur et à mesure que le Web s’étend sur la planète.
Vous découvrirez également l’univers des snuff-movies, la pire des abominations que l’on puisse faire à un être humain. Cette pratique qui consiste à tuer et à enregistrer en diffusant en direct n’est pas une vue de l’esprit comme certains voudraient le faire croire, mais une pratique bien réelle dans notre monde du XXIe siècle. En effet, après des années de doute sur la véracité de ce phénomène, j’ai eu l’occasion de rencontrer une adolescente ressortissante, non pas du tiers-monde, mais d’un pays occidental moralisateur des valeurs et tenant d’une éthique à adopter universellement. Cette jeune fille, que notre organisation avait recueillie et protégée, m’a raconté que ses parents, après l’avoir prostituée, l’avaient vendue à une production vidéo clandestine pour qu’elle y soit violée et assassinée devant des centaines d’internautes. Heureusement pour elle, dans un ultime geste de survie suite à l’assassinat d’une des filles vendues ou capturées, elle réussit à s’enfuir.
Ce roman très bien documenté, vous permettra de découvrir ce que l’on ne veut pas voir et vous aidera peut-être à passer d’une indignation factuelle à une prise de conscience plus large pour la protection des jeunes. Cet ouvrage doit être lu, donné, prêté et doit servir à défendre la cause des enfants maltraités en France et ailleurs.
Innocence en danger constitue une force d’actions, de sensibilisation, de propositions, d’éducation et d’informations auprès des organisations gouvernementales ou non, des instances européennes, internationales, des entreprises et de la population (écoles, collectivités locales, groupes de jeunes). L’association tient le rôle de relais d’information entre l’ensemble de la société civile et les institutions publiques.
Merci de nous soutenir à travers ce livre.
Homayra Sellier
Présidente d’Innocence en danger