Chapitre 1

3133 Mots
Chapitre 1L’ambulance blanche du Samu fendait la circulation à coups de sirène pour écarter les véhicules encombrant la nationale 3 à cette heure de pointe. Alex le chauffeur, un Guadeloupéen des Abymes, conduisait avec calme et dextérité. Cela faisait vingt ans qu’il faisait ce boulot dont cinq en équipe avec Laura la toubib et Bernard l’infirmier. C’était leur dernière intervention avant de regagner leur lit très apprécié en cette période hivernale où les organismes sont mis à rude épreuve par la pluie, la neige, le froid… Le véhicule passa la barrière de l’entrée de l’hôpital Jean Verdier à Bondy. Alex se gara à l’entrée des urgences, tandis que Laura, aidée de Bernard, se préparait à descendre le patient que les crispations abdominales faisaient hurler de douleur. Ils étaient attendus et le malade rejoignit rapidement le box préopératoire. C’est Laurent Devoys l’infirmier de service, au bloc, qui accueillit Christian Jaillant le quinquagénaire dont l’appendice menaçait de lui faire passer de mauvais moments. Allongé sur le lit, le visage grimaçant, Christian regardait Laurent le déshabiller le plus doucement possible. Une fois le patient nu, l’infirmier prépara son matériel pour raser les poils pubiens pouvant gêner l’intervention. — Ça va monsieur ? demanda Laurent. — Je pense que ça ira mieux dans quelques heures, réussit à articuler Christian, entre deux grimaces tant la douleur était vive. — Ne vous inquiétez pas, le chirurgien est un champion, maintenant il faut vous calmer, l’anesthésiste va arriver. Laurent commença à raser les poils et aperçut juste au-dessus de l’aine un tatouage représentant la tête d’un lapin et son nœud papillon de la revue Playboy. Cette vision lui brouilla la vue et des images furtives de sa sœur lui revinrent à l’esprit. Il s’accrocha à la rambarde du lit pour éviter de tomber. — Ça va Laurent ? demanda l’anesthésiste en pénétrant dans la chambre. — Oui, ne t’inquiète pas, juste un petit coup de fatigue, j’ai bientôt fini et il sera à toi. — Prends ton temps, sourit le médecin, mais pas trop car notre patient… — Ça y est j’ai fini, répondit Laurent en ramassant son matériel. Il quitta la pièce tandis que l’anesthésiste posait les questions habituelles à Christian. — Alors Monsieur Jaillant… Laurent n’entendit pas la suite, il était ailleurs et avait besoin d’un peu de calme après ce qu’il avait aperçu sur le corps du futur opéré. Après être passé déposer ses instruments dans le local des infirmiers, il descendit à la cafétéria pour réfléchir. — Bonjour Maria, un chocolat s’il te plaît. — Bonjour Laurent, ça va ? — On va dire que oui, juste un peu de fatigue. — Tiens, lui dit la serveuse en lui tendant sa boisson encore fumante. — Merci, répondit Laurent en déposant la monnaie sur le comptoir. Il alla s’asseoir à l’écart de ses collègues près de l’espace de verdure aménagé dans l’îlot de béton. Le tatouage de l’homme l’avait ramené quelques années en arrière, à la fin de son adolescence. *** Novembre, quinze ans plus tôt. Anna sortit de la cuisine et hurla : — Laurent ! tu n’oublies pas d’aller chercher ta sœur à son cours de danse à 19 heures ! — Je sais m’man, répondit-il en fermant la porte. Pour l’instant le plus important pour lui était de rejoindre Lucie dans l’appartement de ses parents momentanément absents. Ils allaient pouvoir fumer un petit tarpé et s’envoyer en l’air. À 18 ans il avait terminé brillamment son année scolaire, avec son bac S en poche il venait tout juste de commencer les cours de la fac de médecine. Cependant, le travail universitaire, en cet automne pluvieux n’était pas vraiment sa priorité du moment, surtout depuis ses vacances passées à la Grande Motte avec Lucie, une brune aux formes généreuses. Les deux jeunes gens se connaissaient depuis la seconde, mais c’est seulement cet été qu’ils avaient concrétisé leur passion, et depuis, dès qu’une occasion se présentait, ils en profitaient. Alors Julie, la petite sœur, passait au second plan, surtout qu’elle venait d’avoir 14 ans et que depuis des semaines elle voulait rentrer toute seule : Tu sais Laurent, mes copines, elles ne demandent pas à leur frère de les raccompagner, avait-elle coutume de dire. « C’était peut-être le jour… » pensa-t-il, mais il verrait dans quel état il serait tout à l’heure au moment d’aller la récupérer. Julie attendait depuis un quart d’heure que son frère vienne la chercher pour rentrer à la maison, mais rien, personne à l’horizon, le grand frère ceinture noire de judo avait oublié qu’il devait raccompagner sa petite sœur. Un dernier regard à sa montre… « j’attends encore cinq minutes et je m’en vais », se dit Julie. Les secondes s’égrenèrent lentement et toujours pas de Laurent. Une fois le temps écoulé, elle remonta sa capuche sur ses cheveux blonds et prit la direction du domicile familial distant d’un petit kilomètre. Elle passa devant la gare puis remonta sur quelques mètres la rue Clémenceau, tourna à droite dans la rue du 11 novembre. Petite rue atypique, elle était bordée d’arbres derrière lesquels se dissimulaient quelques pavillons de banlieue, vestiges d’une autre époque, ainsi que des petites résidences de trois étages plus en accord avec les tendances du XXIe siècle. Une des portes d’immeuble s’ouvrit devant Julie, un homme en sortit un bonnet enfoncé sur les oreilles, il regarda à droite à gauche et se baissa pour ramasser un sac de sport qui venait de lui échapper. Julie le contourna continuant son chemin d’un pas pressé, elle avait hâte de se mettre au chaud. Une pluie fine commençait à tomber. Elle enfonça encore plus ses mains dans ses poches. Elle sentit une présence juste derrière elle, violemment une main se plaqua sur sa bouche, tandis qu’elle sentait un objet dur dans le bas des reins. Surprise, elle n’esquiva aucun mouvement de défense, pourtant elle avait répété avec son frère les gestes à faire en cas d’agression, mais là, elle ne pouvait pas réagir, son corps et son esprit étaient tétanisés. — Si tu bouges ou cries je te tue ! dit l’homme à la voix rauque. Il se colla à elle et la retourna, puis la dirigea rapidement vers la porte d’entrée du bâtiment d’où il venait de sortir. Il lui tendit un badge noir muni d’une clé. — Ouvre avec le badge. La serrure émit un léger clic tandis que la porte s’ouvrait lentement. L’homme poussa Julie dans le hall et l’orienta vers le premier appartement sur sa gauche. — Tu prends la clé et tu ouvres, vite ! Tremblotante Julie eut du mal à introduire la clé dans la serrure. L’homme la maintenait collée à lui, elle sentait son souffle chaud dans sa nuque. Grande pour son âge elle avait déjà des formes harmonieuses qui attiraient les regards appuyés des hommes sur son passage. Mais à part en avoir blagué avec les copines, elle n’avait fait qu’échanger des bisous avec les garçons. Bien qu’elle sache comment étaient formés ces derniers, elle n’avait jamais senti comme aujourd’hui un s**e d’homme contre ses fesses. Il la poussa violemment dans la pièce sombre. Debout, face à lui, les mains tremblantes, elle regardait l’homme en face d’elle. Il avait la trentaine et n’était pas rasé, sa main droite était tachée de peinture blanche. Un bonnet cachait ses cheveux, il était vêtu d’un blouson de cuir bon marché et d’un pantalon gris, il faisait parti de ces milliers de travailleurs du bâtiment qui peuplent les rues des villes en travaux permanents. La poche gauche du blouson de l’homme pointait comme s’il dissimulait une arme à l’intérieur, Julie regarda l’homme d’un air apeuré, son cœur battait la chamade. — Ne me regarde pas, baisse les yeux ! ordonna l’homme. Julie s’exécuta, sa vision de l’homme se limitait à son pantalon et à ses baskets aux trois b****s. L’homme sortit de sa poche droite un couteau papillon qu’il mania avec dextérité pour l’impressionner, tandis qu’il brandit sous le nez de Julie un manche de pinceau cassé. — Tu croyais que c’était un pistolet ! s’exclama l’homme à qui il manquait le petit doigt, avant de partir dans un rire sonore qui s’arrêta aussi vite qu’il avait commencé. Il s’approcha d’elle et lui passa le couteau sous la gorge. — À genoux ! lui ordonna-t-il. Julie s’agenouilla, le regard vers le sol. — C’est bien ma petite, comment tu t’appelles ? — Julie, mais je vous en supplie ne me faites pas de mal. — Ne t’inquiète pas, j’aime trop les enfants pour leur faire du mal, je vais juste te donner un peu de plaisir, tu vas voir, après tu ne seras plus la même, d’abord tu vas commencer par enlever tes habits, d’accord ? — Non ! laissez-moi partir, je ne dirais rien, je vous le jure ! — Ne jure pas, dit l’homme sur un ton calme, MAIS FAIS CE QUE JE TE DIS ! hurla-t-il. Julie remonta instinctivement ses mains sur son visage pour se protéger de coups éventuels. — Je ne vais pas te frapper, sauf bien sûr si tu m’y obliges, allez maintenant ça suffit ! déshabille-toi ! Julie, enleva sa doudoune, puis son pull à col roulé. — Magnifique paire de seins, continue, le bas maintenant. Elle s’assit pour enlever ses bottes et son pantalon mais hésita à enlever sa culotte, depuis son début de puberté elle ne s’était jamais dénudée devant un homme. — Continue, tu m’excites ! dit l’homme toujours debout, regarde ! dit-il en défaisant son pantalon. Son s**e tendu dans un caleçon moulant jaillit du tissu quand l’homme le libéra de cette légère barrière. Naturellement Julie leva la tête et regarda la verge pointée vers le ciel. — Alors tu l’enlèves cette culotte ! Elle se contorsionna pour l’ôter sans dévoiler ses poils pubiens qu’elle masquait d’une main. — C’est bien Julie, l’homme s’approcha et lui prit les cheveux pour basculer son visage en arrière, ouvre la bouche ! ordonna-t-il. L’adolescente, comprit ce qu’attendait l’homme et entrouvrit légèrement ses lèvres. — Plus grand et gare à toi si tu me mords ! insista-t-il en glissant son s**e dans la bouche de la jeune fille, dont les larmes commençaient à ruisseler sur ses joues pâles. L’homme imprima un va-et-vient à la tête de Julie. La jeune fille ne savait que faire de ce morceau de viande qui risquait de l’étouffer à tout moment et se contenta de laisser agir l’homme. Elle avait le regard fixé sur la toison pubienne de l’homme, il était brun et ses poils faisaient des petites boucles, au-dessus de l’aine… — Maintenant que tu m’as bien sucé tu vas te mettre à quatre pattes. Julie répondit non de la tête, elle ne voulait pas de ce « truc » en elle. — Mais si, répondit l’homme en lui passant son couteau sous les yeux, tu vas faire ce que je te dis, sinon je t’éborgne et tu pourras crier autant que tu veux, l’immeuble est en rénovation alors… — Je vous en prie, je veux bien continuer ce que vous avez commencé, mais pas le reste, s’il vous plaît, implo-ra-t-elle. — TU M’ÉNERVES ! hurla l’homme en la retournant à plat ventre, mets-toi à quatre pattes ! Julie se prit la tête entre les mains tandis que l’homme lui relevait les fesses dévoilant ainsi son intimité. Elle sentit le s**e de l’homme sur ses fesses, elle se contracta, puis elle sentit un liquide chaud couler, l’homme venait de saliver sur son anus, puis il la sodomisa violemment. Elle hurla de douleur. — Tu vois, tu vas rester vierge ! du moins presque… et plus tu hurles plus j’aime, vas-y continue… Julie pleurait et criait sous les coups de boutoir, l’homme hurla de plaisir et ne bougea plus, puis il se retira du corps de l’adolescente qui s’écroula sur le sol, en forme ultime de protection elle se recroquevilla en chien de fusil. — C’était bon ! ironisa l’homme, bon maintenant qu’est-ce que je vais faire de toi ma jolie ? dit-il en finissant de se rhabiller, ah oui, je sais ! Il s’approcha de son sac et sortit un rouleau de ruban adhésif de peintre. Julie, sans force, se laissa attacher les pieds et les mains, l’homme mit un collant sur sa bouche et quitta la pièce. — Adieu, ma belle, j’ai été content de te rencontrer, bye-bye ! Deux heures plus tard, Julie réussit à se libérer et sortit dans la rue noire. La pluie n’avait pas cessé et aucun passant ne bravait le froid. Au loin un homme courait dans sa direction, elle reconnut la foulée athlétique, c’était son frère, elle s’assit sur le trottoir en larmes. Arrivé à sa hauteur il la prit dans ses bras sans lui poser de questions, il savait que quelque chose de grave s’était passé et qu’il en était responsable. Après avoir serré sa sœur dans ses bras, ils prirent le chemin de leur domicile. Arrivés chez eux, Laurent prévint ses parents pour qu’ils rentrent d’urgence. Ce soir-là ils étaient partis à un spectacle et c’est sur le chemin du retour que leur fils leur apprit la disparition et le viol de leur fille. Après avoir prévenu la police et donné des précisions sur les lieux, ils se rendirent à l’hôpital. Le médecin l’ausculta et constata le viol avant de lui administrer un calmant à effet immédiat. La douleur physique soulagée, ils se rendirent avec elle au commissariat pour déposer plainte, à son arrivée une jeune policière la prit en charge. — Excusez-moi, dit la jeune femme, en ne laissant pas les parents entrer dans son bureau, vous savez, dans ce genre d’affaire je dois rester en tête-à-tête avec la victime. — Mais c’est notre fille… implora la mère. — Ne vous inquiétez pas j’ai l’habitude, répondit la jeune femme en fermant la porte. — Je m’appelle Samia, je suis là pour t’aider. Prends ton temps et raconte-moi ce qui t’est arrivé. Julie lui raconta dans le détail ce qu’elle avait subi en essayant d’être la plus précise possible. — Aurais-tu remarqué un ou des détails caractéristiques ? — Julie réfléchit tout en essuyant ses yeux rougis par les larmes. — À sa main droite il manquait un petit doigt. — Tu veux dire l’auriculaire ? — Oui, celui-ci dit Julie en montrant le sien. — Quelque chose d’autre ? L’adolescente avala difficilement sa salive, elle avait encore la sensation du s**e de l’homme dans sa bouche. — Quand, quand… — Oui, vas-y doucement. — Quand il m’a forcé à le… — À lui faire une f*******n ? — Oui, j’ai aperçu au-dessus des poils, renifla Julie, un petit dessin que j’avais déjà vu. — Tu peux me dire à quoi il ressemblait ? — On aurait dit un lapin avec des grandes oreilles. — Comme Bugs Bunny ? — Non, je l’ai vu quelques fois dans le Relay H de la gare. — C’était sur une revue ? — Je crois. — Bouge pas je reviens, dit la policière en passant dans le bureau d’à côté. Elle revint quelques instants après avec un numéro de Playboy. — Est-ce que cela ressemblait à ce dessin ? — C’est ça, le lapin et le nœud papillon. — On a avancé, c’est bien ! mes collègues sont déjà sur les lieux pour commencer l’enquête, toi tu vas rentrer avec tes parents, prendre les médicaments que t’a donnés le médecin et dormir, d’accord ? — D’accord. — Viens, je te raccompagne. La jeune fille se leva et sortit du bureau. — Nous avons terminé, vous pouvez rentrer chez vous dit la policière. Cependant, quelques conseils : laissez-la se reposer et surtout ne lui posez aucune question, c’est très important pour l’avenir. Vous avez compris l’importance de votre soutien ? Les parents de Julie acquiescèrent et s’éloignèrent en prenant leur fille par les épaules, tandis que son frère suivait en larmes à quelques pas. Ils croisèrent l’équipe de retour du lieu du viol. — Alors ? demanda la jeune policière. — L’IJ est sur place, répondit le jeune inspecteur, mais on ne pense pas trouver grand-chose. — Et l’appartement il appartient à qui ? — À un groupement financier qui a racheté quelques appartements qu’il fait remettre en état pour les louer. — Mais le type, il n’est pas arrivé là par hasard ? interrogea la policière. — Tu as raison, répondit l’inspecteur en s’accoudant au comptoir d’accueil, on pense que c’est un des ouvriers, d’ailleurs on est parti chercher le responsable du chantier, il y avait son nom inscrit sur les murs. — … — Tu ne connais pas, ça se voit… dans le bâtiment on utilise les murs comme pense-bête, c’est comme ça… tiens le voilà ! dit l’inspecteur en entendant du bruit à l’entrée, un homme vociférait. — C’est quoi ce bordel ? vous allez finir par me dire ce qui ce passe ! hurla l’homme. — Calmez-vous monsieur ! suivez-moi. L’homme grommela et réajusta sa veste, tout en emboîtant le pas à l’inspecteur. Ils s’installèrent dans un bureau à l’écart. — Samia tu veux te joindre à nous ? demanda Thierry l’inspecteur. — J’arrive, répondit la policière qui avait pris la déposition de Julie. Thierry, désigna la chaise devant son bureau tandis que Samia se positionnait sur le côté. — Installez-vous Monsieur Lefranc. L’homme s’installa sur la chaise en grommelant. — Bien, nous vous avons demandé de venir pour parler de votre chantier de la rue du 11 novembre, que pouvez-vous nous en dire ? — Rien, c’est un chantier normal. — Alors je vais vous mettre les points sur les « I », qui travaille sur ce chantier ? L’artisan commença à s’agiter sur sa chaise, tout en regardant le sol. — Alors ? enchaîna Samia. — Nous vous écoutons ! renchérit Thierry. — Que voulez-vous savoir ? — Le nom du ou des ouvriers qui y travaillent. — Le responsable du chantier s’appelle Christian. — Christian comment ? demanda Samia. — Je ne sais pas. — Comment vous ne savez pas ? interrogea Thierry. — Je l’ai recruté près de la Plateforme du bâtiment à Villemomble. — J’ai compris, reprit Thierry, c’est du travail au black, c’est ça ? — Oui, répondit penaud l’artisan peintre. — Super, reprit Samia, et vous lui confiez les clés de vos appartements ? C’est un peu risqué non ? — Ben, cela fait une semaine qu’il est là et demain je suis sur un autre chantier, alors je lui ai laissé les clés pour qu’il puisse commencer à bosser sans moi. Mais pourquoi ces questions ? — Votre homme a v***é une gamine sur votre chantier, à part ça, rien de grave ! ironisa Samia. — m***e, m***e, m***e… dit l’homme en se prenant la tête entre les mains. — Comme vous dites ! vous êtes dedans, ironisa la policière. L’artisan expliqua que cela faisait des années qu’il recrutait des travailleurs, souvent étrangers, et qu’il les payait de la main à la main sans connaître leur nom, il avait seulement un téléphone. — Vous pouvez nous donner celui de Christian ? — Oui, dit l’artisan en sortant de son portefeuille plusieurs post-it qu’il décolla un par un. Tenez, c’est lui. — Samia, tu veux bien faire une recherche s’il te plaît ? La policière sortit du bureau avec le petit papier jaune, tandis que Thierry prenait la déposition de l’artisan. — Puce jetable ! dit Samia en revenant dans le bureau. — La piste était trop belle… Pendant des mois les policiers enquêtèrent sans trouver le moindre indice sur l’agresseur de Julie. Les années passèrent, la jeune fille eut du mal à se remettre complètement de son agression. À plusieurs reprises elle tenta plus ou moins maladroitement de mettre fin à ses jours, jusqu’à ce jour de mars où la tentative de suicide faillit réussir. Cet après-midi-là, elle monta sur le toit du lycée où elle étudiait en terminale et se jeta dans le vide, sa chute de trois étages fut amortie par quelques branchages, mais sa moelle épinière ne résista pas au choc. Après plusieurs mois de traitement, elle intégra le pavillon Netter de l’hôpital Raymond-Poincaré. Dans ce service spécialisé de réadaptation des patients atteints de lésions cérébrales, elle côtoya les cassés des accidents de la route, du travail et d’autres comme elle ayant essayé de fuir leur histoire. Dans cet univers de béquilles et de chaises roulantes elle rencontra Jérémy, jeune motard percuté par un auto-mobiliste ivre qui grilla un feu sur la nationale 3. Depuis, il essayait de remarcher. Du même âge que Julie, il préparait un bac scientifique pour devenir informaticien spécialisé en réseaux. Fascinée par le courage du jeune homme, Julie commença à reprendre goût à la vie et l’entraide fit des miracles, du moins pour Jérémy dont l’état physique s’améliora rapidement. Certes il garderait des séquelles – une partie de la jambe resterait paralysée à vie – mais il reprit confiance en lui et c’est avec brio qu’il réussit ses études. Julie le regarda quitter l’établissement de soins avec émotion, mais ces quelques mois passés avec son ami l’avaient fait devenir adulte et c’est avec hargne qu’elle enchaîna les exercices physiques pour muscler son corps en partie invalide. Le jour de sa sortie de l’hôpital, ses parents, ainsi que Jérémy, l’attendaient avec un bouquet de fleurs. Depuis ce jour les jeunes gens ne se quittèrent plus. Julie suivit le même cursus universitaire que son ami et c’est naturellement qu’ils créèrent leur entreprise de sécurité informatique. En parallèle à leurs vies professionnelles ils emménagèrent ensemble pour vivre un amour né insensiblement dans les salles de rééducation et poursuivi sur les rangs de l’école d’ingénieurs. *** Laurent but la dernière gorgée de son chocolat et jeta son gobelet, il prit l’ascenseur pour rejoindre son service.
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