Avalanche de sentiments

2293 Mots
Une berline noire, des yeux qui se baladent, le long de la route. Une route ? Oui, celle des enfers. Du moins en temps normal, c'est celle des enfers, mais cette fois c'est différent. Oui, aujourd'hui c'est différent. Ce ne sera pas une question de chair, mais plutôt de raffinement, j'incarne une déesse grecque. La pureté, la divinité... J'étouffe un rire. Tout ce que je ne suis pas. Tout ce que j'aurais pu être, peut être... Qui sait, si je n'avais jamais cherchée à le rencontrer, je le serais peut être. Tout comme j'aurais pu être astronaute à l'âge de 18ans, rien n'est impossible, juste inimaginable. Du sarcasme ? Non du réalisme. Mettre toute la faute sur lui, serait un mensonge à moi-même. Je suis partie le chercher, de mon propre chef. J'ai vu son visage, son réel visage. Une fois, c'est suffisant pour plus d'une . Mais moi, je suis restée... Par choix ? Hum non j'étais possédée par quelque chose de plus fort, que moi. Incroyable mais vrai, je suis restée au nom de l'amour ! Oui, au nom de l'amour je dirais, au nom de l'amour...Je mentirais. Je le haïs d'une profondeur, que même celle de l'océan ne serait définir. Je l'aime d'une laideur, que même l'alchimie poétique ne pourrait exprimer. Cet homme m'a tout donné, et m'a tout pris à la fois. comment ne pas le détester ? Il m'a donné des opportunités, un toit à mettre sur ma tête, une sécurité financière. Et en revanche quoi ? Je ne m'appartiens plus. Une dette si lourde à payer. Un dette qui m'asphyxie encore plus chaque jour. Mon regard qui se perd cette fois, dans le rétroviseur, alors que la voiture est en train de pénétrer dans le parking souterrain. Dès lors que le bruit infernal du moteur s'arrête. Je descends de la voiture. Me voilà face à mon destin. Ce que je devrais faire ? Me concentrer. Ne pense plus à ça, à ce que j'ai vécu. Je dois rester concentrée sur cette tâche. cette chose à faire, qui pourrait définir un tournant dans ma vie. Une représentation, un acte final, celui sur lequel je mises ma vie. Alors oui de la confiance, j'en aie besoin. C'est sûrement pour ça que je me murmure : - Tu es parfaite, souple, tu as une flagrance à se Danner, tu vas assurer. Tel un vent qui cherche à se débarrasser de ses pensées sombres, anxieuses, je ne cesses de me murmurer : -Ne pense pas à lui, ne pense pas au fait que si tu échoues tu retournes au menu. Ne pense pas au fait que tu seras bouffer par des inconnus, des hommes sans scrupules, affreusement vieux et laids et qui te donnent juste envie de vomir. Oublie cette vie de vulgaire morceau de viande.   Et regarde, regarde cette salle dans laquelle tu feras ta représentation, imprègne toi de l'atmosphère...     Allez Mikael ! Regarde moi ces magnifiques tissus suspendus au plafond, n'est ce pas incroyable ? Leur couleur est d'un blanc si immaculée.     Et la manière dont ils ont disposé ces tissus me fait réellement penser, à la structure du cocon d'une chenille.     Et moi ? J'ai l'impression que je suis ce papillon qui doit en sortir. Ce papillon en quête de la liberté, un papillon qui fera tout pour s'extirper de ce cocon, en espérant n'y laisser aucune aile. C'est dans cet état d'esprit que je découvre, ma tenue du jour. Une jupe, fendue des deux côtés, une b***e de soie qui couvre ma poitrine, pas de sous vêtements sinon ce ne serait pas intéressant. Des bijoux par contre, une chevillière à chaque pied, des chaines en or, qui entourent ma taille, d'un croissement élégant, un ras du cou, qui étreinte mon cou, des bracelets gros, lourds et en or. Je lâche mes cheveux, laisse le lisseur les rendre encore plus dociles. Du vernis brillant sur mes ongles, du baume à lèvres sur mes lèvres. La pureté j'imagine n'a pas besoin de plus de maquillage. Ainsi, je peux me lancer à mon art, le huitième art, celui que je plais à appeler : l'art du corps.   Une estrade ronde, surélevée, au milieu de ce cocon. Une estrade que mes pieds piétinent élégamment, le sol en marbre blanc toujours aussi froid. Un publique tout autour de ce cocon. Juste une inspiration, c'est ce dont j'ai besoin pour arriver à me concentrer.              Oui ma vie, se joue sur cet instant, mon avenir...N'importe qui serait terrifié face à cette situation, mais moi, notamment à cet instant. Oui à cet instant précis ! Je suis si calme. Alors que ma cheville droite se croise contre celle de gauche, et que son dos s'abaisse pour me permettre d'effectuer une révérence. Ceci signe le début de ma représentation. Il me faut juste pas oublier de rester cambrée, Je continue mon show en exécutant un grand jeté suivi d'un sursaut à 360 degré. Ma réception se fait sur mes deux jambes, une révérence vient signer la fin des civilités. Je peux enfin passer aux choses sérieuses. C'est ainsi que que le projecteur qui prônait juste au dessus de ma tête, éblouie ce cocon d'une lumière blanche, si intense qu'il est impossible pour le petit comité qui me regarde de ne pas faire abstraction de la moindre de mes erreurs. Loin de lui, l'idée de me faire briller. Le seul et unique but de cette resplendissante exposition, est bel et bien la satisfaction de pouvoir scruter chacun de mes pas. Je n'ai pas besoin de le voir. Je le sais et je le sens qu'il m'analyse avec une extrême minutie. De quelques pas, je recules prend assez d'élan pour traverser le podium en une dynamique rondade. Tel un compte à rebours, un, deux, trois, Un, correspondant à l'instant où mes paumes de main touchent le sol en marbre, que mon dos se cambre, et que mes jambes se tendent. Ainsi la silhouette de mon corps se confond en une imperturbable ligne droite. En deux, je maintiens ma position, guinde le bas de mon corps, ce qui entrain le changement de ma silhouette en un symétrique « Y » En trois, délicatement, je dépose une plante de pied puis l'autre n'oublie jamais de me cambrer . Une dernière inspiration. Mes genoux qui s'abaissent signe de ma révérence. Le spectacle, se finit quand cet éblouissant projecteur se retrouve associé à sept autres spots lumineux. Des spots dont émanent des couleurs, des couleurs qui m'encadrent, me surveiller... Des couleurs qui se jouent de mon humeur. Nervosité, colère, satisfaction, stress, motivation, euphorie. Anxiété. Oui ces différentes couleurs font danser mon humeur, tout comme le fait qu'elles demeurent être les sept couleurs de l'arc en ciel. Un fait qui m'auraient impressionner si je n'étais pas autant stressée. Et oui, le clou du spectacle est proche. Alors agrippe, ces tissus suspendus, grimpent les. Mais surtout cambre toi. C'est ainsi que grâce à ma plante de pied enroulée autour du tissu, mon corps trouve la possibilité d'être suspendu et de ce fait devient une partie intégrante de ce cocon. Dans le calme, tel un lustre je tournoie, flamboie. Les lumières qui me suivent, m'encadrent, m'oppressent. Certes, participent à cette aveuglante, luxuriante représentation, mais elles me rappellent surtout le fait que je n'ai droit à aucune erreur. Mais merde Mikaela ! Respire. Cambre toi. Agrippe plus de tissus, grimpe, laisse ton corps ne faire qu'un avec la soie. Laisse la te toucher, ce tissu si fluide, si frêle qui t'empoisonne telle une gazelle prise en chasse, par d'impitoyables chiens de chasses. Des chiens puissants. Une infranchissable barrière. C'est ainsi que mon corps est recouvert de tissu. Je risque mourir. Alors que lors d'un impromptu déroulé de tissu. Mon corps se détache peu à peu de ces liens, et perd en altitude. Un pas de trop, et je me casses une jambe, ou pire si je tombe sur ma jambe et mon fémur pourrait remonter jusqu'à ma hanche, et je finirais handicapée à vie. Seulement, il me tuera bien avant. Lui offrir un spectacle si peu élégant, beaucoup, on y laissé leur vie pour bien moins que ça. Une mort logique à ces yeux. La disgrâce. Le pire de tous les péchés que je pourrais commettre. Le seul péché, que j'aimerais omettre. Et il se trouve que l'univers, se plaît à aller en mon sens. Le tissu est sous tension, tout comme mon corps, aussi raide qu'un piquet alors que Mon visage est à quelques centimètres du sol. Mes pieds, eux, restent suspendus. Et la cadence des applaudissements, suivent l'extinction des feux. Le spectacle est fini. le papillon a su sortir du cocon intact. Un nouveau commencement ? L'aurore d'une nouvelle liberté, se retrouve très vite obscurcie, alors que la salle s'assombri, et que les bruits de pas de la semelle en cuir résonnent sur le sol en marbre. Dans l'obscurité la plus complète, des mains me touchent et m'aident à me libérer de la soie, pour me piéger dans une matière encore plus accaparante. Les bras d'un homme en demande de sexe. Deux simples phrases qui conditionnent mon existence : - Ta prestation était acceptable mais je t'ai vu mieux faire. De toutes façons tu feras mieux la prochaine fois. Un message subtil pour me dire, que je n'appartiens plus à la catégorie que l'on donne au premier venu, j'imagine. Ce qu'il attend de moi ? Une réponse aussi subtile que la sienne. - Oui monsieur, je presterai de manière plus sérieuse la prochaine fois. - Bien. Un silence lourd, envahissant, emplit la pièce. Une chaleur glaciale me saisit alors que je sens son regard s'appesantir sur mon corps.  Il veut coucher avec moi. Comme à chaque fois. Et il le veut tout de suite. Alors je dois le lui donner. Ma main, produit un geste que j'aurais dû faire depuis longtemps. Tirer sur le zip de sa braguette. Un geste qu'il passe son temps à ordonner, d'un ordre silencieux. Je ne suis évidemment pas la première qu'il touchera, aujourd'hui, et encore moins la dernière. Ce geste que je suis en train de faire. Il s'agit juste d'un moyen pour lui d'exercer sa domination ? Non, il n'a pas besoin de ça... Un empereur, n'a pas besoin de ce genre de pratiques. Tout parle à sa place. Oui tout... De la qualité du tissu de son costume, du cuir caviar de ces chaussures, que je sens à côté de mes genoux, de la froideur des diamants de sa montre contre ma joue. Oui tout parle pour lui, absolument tout. Surtout, lui, son membre, qui grossit dans ma gorge. De la délicatesse, dans mes gestes, de l'avidité dans les siens. Moi je veux un partage, lui il veut ce qu'il a toujours aimer, être le seul à profiter. C'est surement pour ça, qu'à la seconde où il sent qu'il en a trop, il décide de me relever, de m'agripper par les avant bras, de s'assurer que je ne puisse pas bouger. Je me sens comme asphyxiée. Quand ses genoux bloquent, mes mollets au sol, que mon bassin est collé à son membre, et qu'il arrête mes poignets, en les serrant aussi fort. L'inévitable se produit. Mes omoplates se touchent. Je meurs de souffrance. Mais impossible pour moi de me plaindre. Aucun gémissement n'est autorisé, malgré la douleur, qui me tourmente l'esprit, malgré la fureur de ces coups de reins, contre mon bassin, la force qui broie mes poignets. Je suffoque, c'est trop, je ne peux plus. Des cheveux que je balances en arrière, des yeux que j'ouvres, des yeux qui croisent les siens. Mon cœur qui s'accélère, non à cause de l'excitation, mais à cause de la peur qu'il m'inspire. Une peur si forte, qu'elle m'oblige à fuir ce regard, beaucoup trop calme , beaucoup trop glacial. Qu'est ce que j'ai fait pour mériter une b***e aussi violente ? J'ai tout bien fait, je suis restée loyale, je n'ai rien fait. Je ne comprends pas. Une chose qu'il aime voir, des larmes... Les miennes. Une chose que je lui donne facilement. Le désespoir, est ma première famille, un autre de mes vieux amis. Un liquide qui coule en moi, une satisfaction égocentrique, un empressement dans sa manière de se rhabiller. Il s'en va. Et moi je restes là sur le sol en marbre. Je contemple à quel point, je ne représente rien, dans ce monde. Pour lui. " Rien de plus qu'une p**e ", des mots qui m'ont qualifié tant de fois, des mots qui prennent leur sens à chaque fois qu'il me touche. Je me sens tellement sale. La même routine, l'eau chaude sur ma peau, la mousse du gel de douche, qui m'enlève ces traces. Le souvenir de son corps, qui suit les gouttes d'eau, et ruissellent vers le néant. Dans l'oubli... , le siphon. Un cycle sans fin. Cette eau qui a gardé la mémoire de notre souvenir, passera par les canalisations, puis par un centre d'épuration. Le compteur remit à zéro, une réincarnation, cette eau aura subit. Une nouvelle... entrevu entre lui et moi, et l'eau ruissellera encore une fois le long de mon corps. Le schéma se répétera, c'est un cycle sans fin. Ma vie est une succession d'événements vide de sens. Alors à quoi bon ? Pourquoi se battre ? Autant laisser les choses se faire. Mais le problème reste entier. Je suis censée aller à un rendez vous ce soir. Je pense qu'il ne me reste plus qu'une seule chose à faire. Je saisis mon téléphone et compose le numéro de Kathie. Le bip, générique puis sa voix, un ton enjoué , plutôt surjoué de ma part quand je lui dis : - Alors, agent strawKathie, êtes vous prête pour la mission robe de mes rêves ?
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