«Si seulement j’avais su…
que les toilettes ne se
nettoient pas toutes seules»
Quand j’habitais encore chez mes parents, les toilettes
étaient toujours propres, mais alors, il ne m’est jamais venu
à l’esprit que quelqu’un les nettoyait. Et aujourd’hui encore,
je ne sais pas si c’était ma mère ou mon père qui s’en chargeait. En fait, je n’ai jamais vu personne nettoyer les toilettes.
Deux semaines après notre mariage, je me suis inscrit en
troisième cycle à l’université et nous nous sommes installés
dans un appartement pour étudiants. Il était petit, mais joli
et tout propre. Trois semaines après notre emménagement,
j’ai remarqué de petites tâches foncées dans la cuvette des
W.-C. (Entre-temps, je savais qu’il fallait les nettoyer!) J’en ai
donc fait mention à Karolyn, qui m’a répondu:
– Oui, je sais. Je me demandais quand tu allais les nettoyer…
– Les nettoyer? Je pensais que c’était toi qui les nettoierais… Je ne sais pas comment on nettoie des toilettes!
– Eh bien, je vais t’apprendre.
– Est-ce qu’on ne pourrait pas installer un système de nettoyage automatique qui se déclencherait au moment où on
tire la chasse?
– Ces trucs-là ne fonctionnent pas. C’est de l’argent gaspillé,
a-t-elle dit.Je n’aurais jamais imaginé, avant de me marier, que je nettoierais un jour les toilettes. En fait, je suis devenu si expert
en la matière qu’au deuxième semestre, j’ai trouvé un travail à temps partiel comme agent de service au sein d’une
société spécialisée dans le domaine. Je passais d’une entreprise à l’autre et nettoyais… les W.-C. Et une fois que j’avais
suivi une petite formation, entretenir les sanitaires de notre
modeste logement n’était plus qu’un jeu d’enfant.
Nous devons être conscients que nous avons
tous grandi dans un contexte différent.
J’aimerais vous poser une question personnelle: le jour où
vous serez mariés, lequel d’entre vous deux nettoiera les
toilettes? Dans le cadre des entretiens de préparation au
mariage que j’ai avec différents couples, j’ai constaté que la
plupart des hommes pensent que ce sera leur femme, tandis
que la plupart des femmes pensent que ce sera leur mari. Le
plus souvent, ils ne se posent même pas la question, et trois
semaines après le mariage, ils découvrent eux aussi que les
toilettes ne se nettoient pas toutes seules.
Qui fait quoi?
Si je pose cette question, ce n’est pas parce que je m’inquiète
réellement de savoir qui nettoiera les toilettes, mais c’est parce
je n’aimerais pas que vous commenciez votre vie à deux
sans avoir discuté à l’avance de qui fera quoi. C’est ce que
les sociologues appellent les «rôles conjugaux». Le manque
de clarté quant à la répartition de ces rôles représente un
gros problème au sein des mariages d’aujourd’hui. Autrefois,lorsque le mari pourvoyait aux besoins de la famille et que
l’épouse était femme au foyer, il y avait peu de confusion possible. De nos jours, cependant, comme la plupart des jeunes
épouses travaillent, elles s’attendent à ce que leur époux participe activement aux tâches ménagères. Si vous ne discutez
pas de qui fera quoi et que vous ne vous mettez pas d’accord
à l’avance, cela deviendra une source importante de conflit
dans les premiers mois de votre vie à deux.
Il y a plusieurs éléments dont il faut tenir compte lorsqu’on
aborde cette question.
1. L’arrière-plan familial de chacun
Tout d’abord, nous devons être conscients que nous avons
tous grandi dans un contexte différent. Une jeune femme a
dit: «Mon père passait toujours l’aspirateur le samedi matin
avant de laver la voiture. Mais mon mari s’attend à ce que ce
soit moi qui passe l’aspirateur. Il pense aussi que je devrais
amener la voiture à une station de lavage automatique. Dire
que j’ai épousé un homme si paresseux!» Son mari a rétorqué: «Chez nous, c’est ma mère qui passait l’aspirateur. Je
n’ai jamais pensé que ma femme s’attendrait à ce que ce soit
moi qui le fasse. Et pour la voiture, c’est une question d’efficacité. Pourquoi est-ce que je devrais perdre deux heures à
la laver moi-même tous les samedis, si je peux profiter d’un
lavage en 3 minutes pour 3 dollars? Dans ma famille, on n’a
jamais lavé une voiture. Tous les trois mois, on faisait un
lavage complet pour 12 dollars. Je ne comprends pas pourquoi c’est un tel problème pour elle.»
Cela posait problème à sa femme parce que, pour elle, il ne
se comportait pas en homme responsable. Et les Attentes qu’elle avait à son égard n’avaient pas de sens pour lui, parce
que ses parents ne lui avaient pas donné le même exemple.
Lors de mes entretiens de préparation au mariage, je propose souvent l’exercice suivant: je demande à la jeune femme
de faire une liste de toutes les choses que son père fait à
la maison et de toutes les responsabilités que sa mère assume. Puis, j’invite le jeune homme à faire de même. Une
fois qu’ils ont terminé, nous comparons les deux listes pour
voir quelles sont les différences et les ressemblances entre
leur modèle parental à chacun. Ensuite, je les encourage à
discuter en détail de ce qu’ils aimeraient imiter ou changer
quand ils seront mariés. Le fait d’ignorer ou de nier l’influence
de l’exemple que nous ont donné nos parents sur les attentes
que nous avons quant au mariage est un signe d’immaturité.
Si l’un et l’autre sont matures, ils partageront ouvertement et
franchement les attentes qu’ils ont chacun de leur côté et, en
cas d’avis divergents, ils trouveront un moyen de se mettre
d’accord sur la répartition des rôles conjugaux.
2. Des conceptions différentes
Ensuite, il est un autre facteur qui détermine notre perception des rôles conjugaux: c’est la conception que nous avons
chacun de la masculinité et de la féminité. Cette perception
nous conduit à définir le rôle de l’homme et le rôle de la
femme dans un couple. Et elle est fortement influencée
par le contexte dans lequel nous avons fait nos études. Si,
par exemple, les professeurs qu’une jeune femme a eus à
l’université étaient de tendance féministe, elle aura probablement un avis très tranché sur la question des tâches qui
incombent ou non à une épouse. A l’inverse, si elle a fait
ses études dans une université chrétienne conservatrice elle aura probablement des opinions très différentes sur le
sujet. De même, l’arrière-plan familial et les convictions religieuses d’un jeune homme auront une grande influence sur
sa conception des rôles conjugaux.
Ce sont là des réalités qu’il serait insensé d’ignorer. Il serait
aussi très risqué de penser que l’amour gommera toutes les
divergences de vue dans ce domaine. Car si vous ne pouvez
pas les régler avant le mariage, elles entraveront grandement l’unité de votre couple.
Si lui n’ose pas dire à ses amis qu’il fait la vaisselle, tandis qu’elle pense que le fait d’accomplir cette tâche domestique est un signe de masculinité, ce point deviendra rapidement une source de tension entre eux. Si elle pense qu’une
femme ne devrait pas s’occuper de tous les repas alors que
lui ne sait pas cuisiner, ils devront se mettre d’accord sur
cette question avant le mariage. Soit il faudra qu’elle change
d’avis, soit il faudra que lui s’inscrive à un cours de cuisine.
Notre conception de la masculinité et de la féminité détermine grandement les attentes que nous pouvons avoir en ce
qui concerne les rôles conjugaux.
3. Les dons de chacun
Ce que nous venons de voir m’amène à parler d’un troisième
élément qui détermine notre manière de considérer les rôles
de l’un et de l’autre dans un couple: les dons propres à chacun. Par exemple, l’un peut être particulièrement doué pour
trouver les produits les moins chers, alors que l’autre achète
simplement ce qu’il faut sans regarder au prix. L’un peut être
doué pour la pâtisserie, tandis que l’autre l’est davantage
pour les grillades. L’un sait faire la poussière, quand l’autre
ne la voit même pas. L’un s’y connaît en jardinage, et l’autre pas du tout. L’un est un spécialiste en informatique, tandis
que l’autre ne sait même pas envoyer un e-mail.
Nous n’avons pas besoin d’avoir les mêmes capacités, mais il
est important que nous reconnaissions ces différences et que
nous cherchions à les utiliser pour le bien du couple. Dans
une équipe de football, les onze joueurs ont le même objectif,
celui de gagner, cependant, ils n’occupent pas tous la même
position. L’entraîneur les place selon leurs aptitudes. Ce principe est aussi utile pour définir les rôles de chacun des époux.
4. La question des préférences
Enfin, le quatrième élément à considérer pour déterminer qui
fera quoi est le fait que chacun a des préférences. Pour elle,
établir un budget et faire les comptes est un jeu d’enfants,
alors que, pour lui, c’est une vraie corvée. Tous deux savent
calculer et classer des factures, mais l’un aime le faire et
l’autre pas. Autre exemple: lui aime passer l’aspirateur car
cela lui permet de bouger; elle trouve cela pénible.
Apprenez à discerner quelles sont vos préférences mutuelles!
C’est important pour définir vos tâches respectives. Bien sûr,
l’idéal, dans un couple, c’est que chacun puisse faire ce qu’il
aime faire. Mais si personne n’a envie d’accomplir une tâche
donnée, l’un des deux doit accepter de s’en charger malgré
tout. Je ne peux que vous encourager à tenir compte de vos
préférences mutuelles dans la répartition des différentes
tâches ménagères.
Un exercice pratique
Voici un exercice pratique pour vous aider à déterminer non
seulement qui nettoiera les toilettes mais aussi qui accomplira toutes les autres tâches domestiques qui s’imposent: si vous pensez sérieusement au mariage, faites chacun une
liste de toutes les choses qui seront à faire pour maintenir le
ménage en ordre (entretien de la voiture, courses, préparation
des repas, lessive, aspirateur, etc.). Ensuite, mettez vos listes
en commun pour n’en faire plus qu’une seule. Photocopiez-la,
puis indiquez chacun votre nom à côté de la tâche que vous
pensez assumer. Si vous avez l’intention de partager telle ou
telle responsabilité avec votre époux(se), écrivez vos deux
noms et soulignez le nom de celui qui, selon vous, s’en chargera le plus.
Si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord avant le
mariage, pourquoi en serait-il autrement après?
Une fois que vous avez terminé, réservez une soirée pour
discuter de vos réponses et de vos éventuelles divergences
de vue. En cas de désaccord, il vous faudra «négocier» et
expliquer vos choix avec douceur et franchise. Après avoir
vraiment pris le temps de vous écouter l’un l’autre, décidez
ensemble qui se chargera de chaque tâche. (Si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord avant le mariage, pourquoi
en serait-il autrement après?)
Ce n’est pas parce que vous vous serez prêtés à cet exercice que vous serez contraints d’assumer ces responsabilités jusqu’à la fin de vos jours. Après six mois, vous souhaiterez peut-être rediscuter de certains points. Mais cela vous
permettra de commencer votre vie à deux en comprenant
mieux quelles sont vos attentes respectives. En réfléchissant à l’avance à qui fera quoi et en parvenant à vous mettre
d’accord avant le mariage, vous vous épargnez bien des
conflits pour la suite et votre couple en sera beaucoup plus
harmonieux.