«Si seulement j’avais
su… que le pardon
n’est pas un sentiment»
Le pardon est la seule réponse que nous devrions avoir
quand quelqu’un nous présente ses excuses. Mais qu’est-ce
que le pardon? Avant de me marier, je pensais que pardonner consistait à «relâcher» la blessure, de manière à ce que
la relation soit rétablie. Cela me semblait plutôt facile. Une
fois, je me souviens, alors que nous avions prévu de passer
la journée ensemble, Karolyn m’a appelé pour annuler en me
disant qu’elle devait finalement aller faire les magasins avec
une amie. J’étais anéanti et en colère. Comment pouvait-elle
penser que faire du lèche-vitrines avec une copine était plus
important que de passer du temps avec moi?
J’ai ressenti la douleur de la blessure pendant deux jours, jusqu’à notre prochain rendez-vous. Ce soir-là, elle s’est très vite
rendu compte que quelque chose clochait: «Il y a quelque
chose qui ne va pas?» m’a-t-elle demandé. J’ai alors déversé
mon flot d’émotions et je lui ai «tout dit». Je lui ai expliqué
combien j’étais déçu qu’elle préfère faire du shopping avec
une amie plutôt que d’être avec moi.
Après que je lui ai ouvert mon cœur, elle m’a répondu avec
beaucoup de douceur: «Je suis désolée. J’aurais dû te donner
plus d’explications. Ce n’était pas du tout que je n’avais pas
envie d’être avec toi, mais mon amie, qui n’avait pas d’autre jour libre, m’a demandé de l’aider à choisir un cadeau d’anniversaire pour sa mère. Je savais que, toi et moi, on pourrait
trouver un autre moment pour faire quelque chose ensemble.
Je ne voulais pas te faire de la peine. Je préfère passer tout
mon temps avec toi que faire les magasins. J’espère que tu
me pardonneras.» Comme une feuille d’essuie-tout qui absorbe des gouttes d’eau sur une table, ses explications et ses
excuses ont effacé ma blessure. J’ai alors retrouvé tout mon
amour pour elle. C’était une histoire classée. Notre relation a
été restaurée et je n’y ai plus jamais pensé. Pour moi, pardonner, c’était cela.
Cependant, après le mariage, les choses sont devenues nettement plus difficiles. Un soir, alors que nous étions mari et
femme depuis environ six semaines seulement, nous nous
sommes fortement disputés. Soudain, en pleine discussion
houleuse, Karolyn s’est dirigée vers l’armoire de l’entrée, a pris
son imper et est sortie sous la pluie en claquant la porte. J’ai
tout d’abord pensé: Pourquoi ne reste-t-elle pas et n’a-t-elle
pas le courage d’aller jusqu’au bout de la discussion? Mais
ensuite, une deuxième pensée m’est venue à l’esprit: Oh,
non… et si elle ne revenait pas? Je me suis mis à pleurer en
me demandant: Comment avons-nous pu en arriver là si vite
dans notre couple? J’ai allumé la télévision et essayé d’oublier
tout cela, mais c’était impossible.
Après ce qui m’a semblé une éternité, j’ai entendu la porte
s’ouvrir. Je me suis retourné et je l’ai vue rentrer en pleurs.
«Je suis désolée d’être partie, a-t-elle-dit, mais je ne pouvais plus rester. Je déteste les disputes. Quand tu as crié
comme ça après moi, j’ai su que je devais sortir, sans quoi
les choses n’auraient fait qu’empirer.» Je me suis alors
excusé d’avoir élevé la voix, mais en mon for intérieur, je pensais que tout était de sa faute. Nous nous sommes couchés dos à dos ce soir-là.
Le lendemain, après un temps de réflexion, je lui ai demandé
pardon plus dignement et elle s’est excusée aussi. Nous
avons tous deux dit: «Je te pardonne.» Cependant, la blessure n’a pas disparu, et la flamme de l’amour n’était plus ce
qu’elle avait été. Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai
revécu régulièrement l’épisode. Je ne parvenais pas à oublier l’instant où elle était partie; je me l’imaginais marchant
seule sous la pluie et j’entendais encore le bruit qu’avait fait
la porte en claquant. Et chaque fois que la scène me revenait en mémoire, je ressentais la même douleur.
Dieu, dans sa Parole, nous exhorte à nous pardonner les uns aux
autres de même qu’il nous a pardonné et nous pardonne encore.
J’étais jeune diplômé de l’université, mais je n’avais jamais
eu de cours sur le pardon ni entendu parler d’un livre sur le
sujet. Cependant, je savais une chose: nos déclarations de
pardon mutuelles n’avaient pas permis de raviver la flamme
de notre amour.
Aujourd’hui, les années ont passé, et j’ai beaucoup appris sur
le pardon. Dans ce chapitre, j’aimerais partager avec vous ce
que j’ai découvert. Commençons par le… commencement.
Ce qu’est le pardon et ce qu’il n’est pas
Le pardon présuppose qu’un tort a été commis. Les contrariétés ou les petites choses agaçantes ne nécessitent pas une
demande de pardon. Il faut simplement en parler. Cependant,
si l’un des époux parle durement à l’autre ou se comporte mal à son égard, des excuses et le pardon sont nécessaires
si l’on veut que la relation soit restaurée. Certains torts sont
mineurs, d’autres sont plus importants, mais le processus est
toujours le même: lorsque, dans un couple, l’un blesse l’autre,
une barrière se dresse entre les deux et l’amour est entravé.
Cette barrière n’est pas ôtée par le temps qui passe mais
par des excuses sincères et un pardon véritable. Au chapitre précédent, nous avons parlé des différentes manières
de demander pardon, et dans ce chapitre, nous allons voir
ce que cela implique.
Dans l’Ecriture, le mot français «pardon» correspond à trois
termes hébreux et quatre mots grecs différents. Ils sont synonymes tout en exprimant certaines nuances. Les sens les
plus courants sont «pardonner», «remettre une dette», «détacher», «envoyer au loin». En ce qui concerne le pardon que
Dieu nous accorde, la Bible dit: «Autant l’orient est éloigné
de l’occident, autant il [Dieu] éloigne de nous nos transgressions» (Psaume 103.12). Son pardon ôte la barrière entre lui
et nous et lève la condamnation qui pesait sur nous. Nous
n’avons plus à payer pour nos péchés, car il ne l’exige plus.
Lorsque nous lui demandons pardon sincèrement, il nous
pardonne et ne nous reprochera jamais plus cette faute.
Dieu, dans sa Parole, nous exhorte à nous pardonner les uns
aux autres de même qu’il nous a pardonné et nous pardonne
encore (cf. Matthieu 6.14-15; Ephésiens 4.32). Ainsi, le pardon n’est pas un sentiment, mais une décision. C’est la décision de faire grâce au lieu de réclamer justice. Le pardon ôte
la barrière entre les personnes et permet à la relation de se
développer à nouveau.
Peut-être comprendrons-nous mieux le pardon en précisant
ce qu’il ne fait pas.1. Le pardon ne détruit pas les souvenirs
Il m’arrive parfois d’entendre: «Si on n’a pas oublié, c’est qu’on
n’a pas pardonné.» Mais cette affirmation est fausse. Notre
cerveau enregistre tout ce que nous vivons, qu’il s’agisse de
bonnes ou de mauvaises expériences, de choses agréables
ou désagréables. Selon ce qu’expliquent les psychologues, notre psychisme se compose de deux domaines: le
conscient et l’inconscient. Le conscient permet d’appréhender les phénomènes que nous percevons sur le moment.
Par exemple, je suis tout à fait conscient d’être assis sur une
chaise en cet instant. Si je voulais, je pourrais vous décrire
la vue que j’ai depuis cet endroit et les bruits que j’entends
autour de moi. Nos expériences passées, quant à elles, sont
stockées dans l’inconscient.
Le fait que le souvenir réapparaisse ne signifie
pas que je n’ai pas pardonné.
Certaines informations passent librement de l’inconscient au
conscient. Mais nous pouvons aussi choisir délibérément de
ramener nous-mêmes certaines choses dans le domaine du
conscient. Par exemple, si vous me demandiez maintenant:
«Qu’avez-vous mangé au petit-déjeuner ce matin?» je pourrais sonder mon inconscient et vous répondre: «Des céréales
aux myrtilles.» Je ne pensais plus à mon petit-déjeuner, mais
avec un effort de ma volonté, je suis en mesure de retrouver
l’information.
D’autres expériences, qui sont profondément enfouies dans
notre inconscient, sont plus difficiles à retrouver, même
avec des efforts. Et, à l’inverse, il y a aussi des souvenirs
qui ressurgissent de notre inconscient sans crier gare. C’est d’ailleurs souvent le cas des expériences douloureuses.
Même lorsque nous avons choisi de pardonner à la personne qui nous a blessés et d’ôter la barrière du ressentiment, le souvenir de l’événement peut nous revenir à l’esprit puis raviver en nous la blessure et, peut-être même, la
colère. Mais le fait que le souvenir réapparaisse ne signifie
pas que je n’ai pas pardonné. Cela signifie simplement que
je suis un être humain et que je me rappelle une expérience
pénible.
Comment réagir face à ces souvenirs douloureux? Je vous
encourage à les apporter à Dieu et à lui dire: Père, tu sais ce
qui me revient à l’esprit en ce moment et tu connais les sentiments que cela provoque en moi. Mais je te remercie de ce
que tout cela a pu être pardonné. Montre-moi, je te prie, ce
que je pourrais faire aujourd’hui pour que ma relation avec
mon époux(se) s’approfondisse. En priant ainsi, vous confirmez votre décision de pardonner, vous manifestez le désir
de voir votre amour mutuel grandir et vous montrez que vous
êtes prêt(e) à faire votre possible pour cela.
2. Le pardon n’efface pas toutes
les conséquences du tort commis
Voici quelques exemples: une mère a mis de l’argent de côté
en prévision d’une intervention chirurgicale qu’elle doit subir.
Son fils le lui vole et le dépense pour acheter de la drogue.
S’il lui demande pardon sincèrement, elle pourra lui pardonner, mais l’argent ne reviendra pas. Un père abandonne sa
femme et ses enfants. Vingt ans plus tard, il revient pour leur
demander pardon. Ils pourront lui pardonner, mais cela ne
remplacera pas toutes les années perdues. Un mari en colère
frappe sa femme et lui casse la mâchoire. Il peut lui demander pardon et elle peut lui pardonner, mais le préjudice physique
n’en reste pas moins bien réel.
Nos actes et nos paroles ont des conséquences. Un comportement positif engendre des conséquences positives; un
mauvais comportement a des conséquences négatives. Et
celles-ci ne disparaissent pas complètement, même si le
pardon est accordé.
3. Le pardon ne restaure pas
automatiquement la confiance
Un mari avait demandé pardon à sa femme après lui avoir
été infidèle. Lors d’un entretien, cette dernière m’a dit: «Je
pense que je lui ai pardonné, mais je ne lui fais pas confiance.
Je me pose donc la question de savoir si je lui ai réellement
pardonné.» Le fait est que le pardon ne restaure pas automatiquement la confiance qui a été brisée. Car la confiance,
c’est quelque chose d’instinctif: vous savez au plus profond
de vous-même que l’autre est intègre et que vous pouvez
compter sur lui.
Lorsque, dans une relation, il y a infidélité, la confiance est
détruite. C’est comme si l’offensé disait: «Si tu ne respectes
pas ton engagement envers moi, je ne te fais plus confiance.
Je ne crois plus que tu pourras agir à mon égard avec respect et honnêteté.» Comment, alors, la confiance peut-elle
être retrouvée? Elle peut être rétablie si celui qui a mal agi
change de comportement et se montre à nouveau digne de
confiance. Dans ce cas, la personne blessée dira peut-être:
«Si, durant les mois à venir, je vois que tu fais vraiment ce
que tu dis et que tu es ouvert et franc avec moi dans tous les
domaines, je te ferai à nouveau confiance.»
Quand je conseille un couple qui cherche à reconstruire sa
relation conjugale suite à une infidélité, je recommande à celui qui a trompé l’autre de lui demander sincèrement pardon
(c’est la première chose), puis de lui permettre d’avoir un droit
de regard sur toute sa vie. Cela signifie qu’il (elle) l’autorise
à consulter son carnet de chèques, son ordinateur, son télé-
phone portable et tout autre moyen de communication dont il
(elle) dispose. En permettant ceci, la personne qui a été infidèle dit: «Je n’ai rien à cacher; j’ai vraiment changé de comportement et je veux être à nouveau digne de ta confiance.»
Cette attitude de transparence et d’honnêteté permettra de
rétablir la confiance. Et le premier pas vers la confiance retrouvée, c’est le pardon.
4. Le pardon ne produit pas
toujours la réconciliation
Le verbe «réconcilier» signifie «ramener des personnes à la
bonne entente». Pour parvenir à la réconciliation, il faut analyser les divergences de vue, trouver de nouvelles façons
d’agir, régler les conflits du passé et apprendre à collaborer ensemble dans un esprit d’équipe. Combien de temps
faut-il pour se réconcilier? Cela dépend depuis combien de
temps l’entente est brisée. Certains ont besoin de quelques
heures, d’autres de quelques mois. Parfois, aussi, les couples cherchent de l’aide auprès d’un conseiller professionnel parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre pour
reconstruire la relation. Ainsi, nous voyons que le pardon ne
produit pas forcément l’harmonie. Cependant, il est le premier pas vers la réconciliation.
Comme nous l’avons vu au début de ce chapitre, le pardon
est la seule réponse que nous devrions avoir quand quelqu’un
nous présente ses excuses. Si nous choisissons de ne pas
pardonner, alors la barrière demeurera et la relation resterabrouillée. Le temps ne suffira pas pour arranger les choses.
Pour parvenir à la guérison, pour que la relation soit rétablie,
il faut décider d’accorder le pardon. Et le pardon permet de
grandir.
Nous ne pouvons pas obliger celui (celle) qui nous a fait
du tort à s’excuser, mais nous pouvons lui tendre la
main et lui montrer notre volonté de pardonner.
* * *
J’aimerais conclure ce chapitre avec une question: Que faire
si la personne qui vous a blessé(e) ne s’excuse pas? Le mieux
est de lui expliquer avec amour quel tort elle vous a causé,
en espérant qu’elle vous présentera ses excuses et que vous
pourrez lui pardonner. Si votre première tentative se solde par
un échec, je vous suggère d’essayer une seconde, puis une
troisième fois. En s’excusant, l’offenseur montre que la relation compte pour lui (elle) et qu’il (elle) veut prendre le problème au sérieux. A l’inverse, celui qui refuse de demander
pardon laisse entendre qu’il n’attache pas d’importance à la
relation et que cela ne lui pose pas de problème que la rupture subsiste.
Nous ne pouvons pas obliger celui (celle) qui nous a fait du
tort à s’excuser, mais nous pouvons lui tendre la main et lui
montrer notre volonté de pardonner. Si, en fin de compte, il
(elle) ne désire pas la réconciliation, nous devons l’abandonner à Dieu, de même que notre blessure et notre ressentiment. Ne laissons pas son refus de voir le problème en face
nous gâcher la vie. Il faut être deux pour construire une relation sur des bases solides et saines.Si j’avais su tout ce dont nous venons de parler avant de me
marier, j’aurais pu bien mieux pardonner et mieux gérer mes
émotions. Cela m’aurait aussi permis de comprendre ceci: le
pardon n’élimine pas toute la souffrance et il ne restaure pas
automatiquement la relation sur le plan affectif; en revanche,
c’est le premier pas vers la guérison de la blessure et vers le
retour à une relation fondée sur l’amour. Il n’y a pas de vie de
couple digne de ce nom sans excuses sincères et sans véritable pardon. Si vous pouvez apprendre à vous excuser et à
pardonner, vous disposerez de deux éléments essentiels à
la construction d’un mariage heureux.