Chapitre 5
«Si seulement j’avais
su… que le fait de savoir
s’excuser est une force»
Dans un de ses derniers films, Cent dollars pour un shérif,
John Wayne affirme que «les vrais hommes ne s’excusent
pas». Mon père, en tant que fan de cet acteur, ajoutait foi à
ses paroles et suivait son exemple. C’était un homme bon.
Il n’était ni grossier, ni agressif, ni colérique. Mais de temps
en temps, il perdait son sang-froid et parlait durement à ma
mère, ainsi qu’à ma sœur et moi parfois. Je ne me souviens pas l’avoir entendu demander pardon une seule fois
au cours de ses 86 années de vie. Pour ma part, j’ai simplement suivi ses traces, et c’est ainsi que John Wayne a eu
un nouvel adepte.
Je n’ai pas pris sciemment la décision de ne jamais m’excuser, mais le fait est que l’idée de demander pardon ne m’est
jamais venue à l’esprit. Avant le mariage, je ne pouvais pas
imaginer que je ferais ou dirais un jour quelque chose à mon
épouse qui nécessiterait des excuses. Car je l’aimais. Je
voulais la rendre vraiment heureuse et j’étais sûr que c’était
aussi ce qu’elle désirait pour moi. Cependant, après le mariage, j’ai découvert en moi un côté que je ne connaissais
pas. Je me suis rendu compte que je trouvais stupides certaines de ses idées. Et je ne me gênais pas de le lui dire:
«Karolyn, réfléchis! Ce n’est tout simplement pas logique!»Mes paroles provoquaient chez elle une vive réaction, et le
ton montait rapidement entre nous.
Après de tels épisodes, nous nous enfermions dans le silence et nous ne nous adressions plus la parole pendant des
heures, voire des jours. Puis, au bout d’un moment, je mettais un terme à ce silence et recommençais à parler comme
si de rien n’était. Nous passions alors quelques journées
ou quelques mois tranquilles avant que le ton ne monte à
nouveau.
En réalité, je reproduisais simplement le comportement
de mon père; je ne demandais jamais pardon.
Je n’en étais pas conscient, à l’époque, mais aujourd’hui, avec
le recul, cela m’apparaît clairement: en réalité, je reproduisais
simplement le comportement de mon père; je ne demandais
jamais pardon. Et en mon for intérieur, je rejetais la faute sur
ma femme. Inutile de préciser que, durant les premières années, notre vie de couple n’a pas été brillante.
Peu après notre mariage, j’ai commencé des études de théologie. Dans ce contexte, je me suis rendu compte que la Bible
avait beaucoup à dire sur la confession et la repentance. La
confession consiste à reconnaître que nous avons mal fait, et
la repentance consiste à nous détourner sciemment du mal
pour faire ce qui est juste. Ces paroles claires et courageuses
de l’apôtre Jean m’ont touché:
Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous
nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en
nous. Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle
et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier
de tout mal. 1 Jean 1.8-9
J’ai compris que je m’étais en effet «trompé moi-même». La
preuve: j’avais rejeté la faute sur Karolyn pour mes propres
accès de colère. J’ai trouvé alors un grand réconfort en confessant mes péchés à Dieu.
Pour être vraiment honnête, il m’a été beaucoup plus difficile
d’arriver à reconnaître mes manquements devant Karolyn.
Cependant, au cours des mois qui ont suivi, j’ai appris à m’excuser auprès de mon épouse, et je me suis rendu compte
qu’elle était tout à fait prête à pardonner. Ensuite, elle aussi a
appris à s’excuser et je lui ai accordé mon pardon.
Après avoir consacré ma vie à conseiller des couples, je
peux affirmer avec certitude qu’il n’y a pas de mariage équilibré et sain sans excuses et sans pardon. Car c’est une réalité, nous sommes des êtres humains et, en tant que tels,
nous faisons et disons parfois des choses qui font de la peine
aux autres. Des paroles et des comportements dépourvus
d’amour dressent des barrières entre les personnes. Et
ces barrières ne disparaissent pas avec le temps. Elles ne
tombent que si l’offenseur demande pardon et que l’offensé
choisit de pardonner.
Il y a quelques années, en collaboration avec la conseillère
conjugale Jennifer Thomas, j’ai fait des recherches approfondies sur «l’art de s’excuser». Nous avons posé deux questions à un échantillon de plusieurs centaines de personnes.
La première: «Quand vous vous excusez, qu’avez-vous l’habitude de dire ou de faire?» La seconde: «Quand quelqu’un
vous demande pardon, qu’espérez-vous qu’il vous dise ou
qu’il fasse?» Nous avons ensuite classé leurs réponses
selon cinq catégories, que nous avons appelées «Les cinq
langages pour s’excuser». Il est ressorti clairement de cette
étude que ce qui correspond à des excuses pour l’un ne
correspond pas forcément à des excuses pour l’autre. Et,comme nous l’avons constaté, les couples passent souvent
à côté du but dans ce domaine. Lui dit: «Je suis désolé.»
Elle pense: Je m’en doute. Mais tu n’as pas autre chose à
me dire? Elle attend des excuses; lui pense qu’il s’est déjà
excusé.
Là encore, nous apprenons généralement le langage de nos
parents. Le petit Jonathan pousse sa sœur Julia dans les
escaliers. Sa mère le reprend: «Jonathan, ne pousse pas ta
sœur! Dis-lui que tu es désolé!» Il obéit et dit à Julia: «Je suis
désolé.» Lorsque, à l’âge de 32 ans, il aura fait de la peine
à sa femme, il répétera probablement ces mêmes mots: «Je
suis désolé.» Il fera ce que sa mère lui aura enseigné et ne
comprendra pas que son épouse ne lui pardonne pas volontiers. Mais celle-ci aura été éduquée différemment; sa mère
lui aura appris à dire: «J’ai mal agi, je te demande pardon.»
Voilà donc ce qu’elle attendra de son mari. Pour elle, «je suis
désolé» ne sera pas synonyme de «pardonne-moi».
Cinq langages pour s’excuser
Voici un résumé des «cinq langages pour s’excuser» que
nous avons découverts au cours de nos recherches.1
1. Exprimer des regrets
Le premier langage d’excuse est l’expression des regrets.
La plupart du temps, la personne qui l’utilise commence par
ces mots: «Je suis désolé(e).» Mais il est important de préciser la raison de nos regrets. Car cette formulation employée
seule est bien trop générale. Par exemple, nous pourrions dire: «Je suis désolé d’être rentré avec une heure de retard.
Je sais que tu m’attendais pour aller au cinéma. Je me rends
compte qu’on est vraiment en retard, et j’imagine que tu n’as
plus très envie d’y aller maintenant. Je m’en veux vraiment
d’avoir oublié l’heure. Je me suis laissé prendre par le travail
au bureau. C’est complètement de ma faute. J’ai l’impression
de t’avoir laissé tomber un bon moment…»
Si nous avons perdu notre sang-froid et parlé durement, nous
pourrions dire: «Je suis désolé de m’être mis en colère et
d’avoir crié. Je sais que j’ai prononcé des paroles vraiment
blessantes et que je t’ai fait mal. Un mari ne devrait pas parler ainsi à sa femme. J’ai l’impression de t’avoir rabaissée. Je
n’ai pas de peine à imaginer comment je me serais senti si tu
m’avais parlé de la même manière. Je regrette vraiment de
t’avoir blessée.»
Ce langage d’excuse est un langage basé sur les sentiments.
En l’utilisant, nous cherchons à montrer à l’autre que nous
somme tristes de l’avoir offensé(e), que ce soit par nos paroles
ou par notre comportement. Si c’est là son langage, il (elle)
veut savoir si nous comprenons à quel point notre attitude l’a
fait souffrir. Et tout autre langage que nous pourrons employer
lui paraîtra vide de sens.
2. Reconnaître notre responsabilité
Ce langage d’excuse commence par les mots «J’ai eu tort»,
puis il explique en quoi a consisté le tort. Par exemple: «J’ai
eu tort de ne pas m’organiser pour pouvoir rentrer plus tôt.
Je savais qu’on avait prévu de sortir ce soir, mais je n’ai pas
bien réfléchi à l’heure à laquelle il m’aurait fallu être à la maison pour qu’on puisse partir à temps. C’est de ma faute. Je
suis le seul responsable.»
La personne qui a parlé durement pourrait s’excuser ainsi:
«Je n’aurais pas dû te parler comme ça. Je n’aurais pas dû
élever la voix et être dur avec toi. Ce n’était pas de l’amour.
Je n’aurais pas dû me mettre en colère. Tu n’y es pour rien.
Je reconnais ma responsabilité et je sais que j’ai mal agi.»
La personne dont la reconnaissance de responsabilité est
le langage d’excuse fondamental attend que nous admettions avoir mal agi. Pour elle, le fait de dire: «Je suis désolé»
n’équivaudra jamais à une réelle demande de pardon. Ce
qui lui importe, c’est que nous acceptions de porter la responsabilité pour ce que nous avons fait ou dit et que nous
reconnaissions nos torts.
3. Réparer
Ce langage d’excuse cherche à «arranger les choses». Par
exemple, un mari qui a oublié la date d’anniversaire de mariage de son couple dit à sa femme: «Je sais que j’ai tout
raté. Je ne peux pas croire que j’ai réussi à oublier notre
anniversaire de mariage… Quel mari suis-je? Je sais que je
ne peux pas revenir en arrière, mais j’aimerais avoir la possibilité de me rattraper. Je veux que tu y réfléchisses et que tu
me dises ce que je pourrais faire pour réparer cet oubli. On
pourrait aller quelque part ou faire quelque chose ensemble.
Tu mérites le meilleur et je veux te le donner.» Si c’est là le
langage d’excuse principal de son épouse, elle sera touchée
et aura très certainement une idée de ce qu’il peut faire pour
réparer le «tort commis».
En réalité, la personne sensible à ce langage se pose une
question essentielle: notre comportement lui paraît tellement
indifférent qu’elle se demande comment nous avons pu faire
une chose pareille si vraiment nous l’aimons encore. Ainsi, la réparation attendue pourrait être en relation avec son langage
d’amour. Si celui-ci est le contact physique, elle dira peut-être
simplement: «Peux-tu me prendre dans tes bras?» Si son
langage est celui des cadeaux, elle nous demandera de lui
offrir quelque chose qui lui fait envie, ce qui, pour elle, exprimera réellement notre amour. Si son langage est celui des
services rendus, elle dira peut-être: «Ce qui me ferait vraiment
le plus plaisir, si tu veux réparer ton oubli, c’est que tu ranges
le garage.» Si elle est sensible aux moments de qualité, elle
nous demandera peut-être de l’emmener en week-end. Enfin,
si son langage est celui des paroles valorisantes, elle nous
demandera de lui dire que nous l’aimons. Elle dira peut-être:
«Pourrais-tu m’écrire une lettre d’amour et me dire pourquoi
tu m’aimes?» Pour ce genre de personnes, les paroles parlent
plus fort que les actes.
Les couples qui apprennent à s’excuser d’une manière qui parle
au cœur de l’autre facilitent grandement le processus de pardon.
4. Exprimer un réel désir de changement
Ce langage d’excuse implique l’élaboration d’un plan visant
à empêcher le mauvais comportement de se reproduire. Un
mari qui s’était «à nouveau mis en colère» a dit à sa femme:
«Je n’aime pas réagir comme ça. Ce n’est pas bien. Je sais
que c’est déjà arrivé la semaine dernière. Il faut que ça cesse.
Tu mérites mieux. Pourrais-tu m’aider à trouver un moyen
pour que ça ne recommence pas?» Son désir de changement
montrait à sa femme que sa demande de pardon était sincère.
Finalement, ce couple a décidé que, lorsqu’il sentirait la colère
«monter», il lui dirait: «Chérie, il faut que j’aille faire un tour. Jeserai bientôt de retour.» Et ce plan a bien fonctionné. Il partait
prendre l’air et se calmait. Puis, lorsqu’il rentrait, 30 minutes
plus tard, il disait à son épouse: «Je t’aime si fort, et je suis
reconnaissant pour ces moments de promenade. Je ne veux
plus jamais me mettre en colère contre toi. Merci beaucoup
de m’aider à vaincre ce problème.»
Pour certaines personnes, des excuses qui ne comportent
pas un désir de changer d’attitude ne sont pas réellement
des excuses. Quoi que nous puissions dire d’autre, elles
douteront de notre sincérité. Pour elles, si nous nous excusons réellement, nous chercherons à changer.
5. Demander pardon
«Peux-tu me pardonner?» Ces mots sont comme une douce
musique pour la personne dont le langage d’excuse fondamental est la «demande de pardon». Selon sa compréhension des choses, ils sont une preuve de notre sincérité. Car
pour elle, s’excuser, c’est demander pardon. Nous lui avons
fait mal et elle veut savoir si nous voulons la réconciliation,
si nous sommes prêts à faire tomber la barrière que notre
comportement a placée entre elle et nous. Notre demande
la touche.
* * *
Comme nous l’avons constaté au cours de nos recherches,
les couples qui apprennent à s’excuser d’une manière qui
parle au cœur de l’autre facilitent grandement le processus de pardon. Généralement, la personne à laquelle nous
avons fait de la peine veut savoir si nous sommes réellement sincères. Cependant, elle juge de notre sincérité sur la
base de son langage d’excuse. Nous devons donc chercher
à apprendre le langage qu’elle comprend le mieux.Carl apprend à dire «je suis désolé»
Apprendre à s’excuser n’est pas forcément facile. Certains
d’entre vous se reconnaîtront peut-être dans l’histoire suivante, tirée de notre livre Les langages de la réconciliation2:
Carl songeait au mariage; il est donc venu à l’une de
nos conférences avec sa petite amie Mélinda. Après
qu’ils eurent tous deux rempli un questionnaire sur les
excuses, celle-ci lui dit que les paroles qu’elle souhaitait le plus entendre étaient: «Je suis désolé.»
Plus tard au cours de ce séminaire, Carl s’est approché
de moi:
– Pour être honnête, m’a-t-il dit, je ne sais pas si j’ai déjà
prononcé ces paroles. Je trouve que c’est un truc de
fille. On m’a toujours dit qu’un vrai homme ne s’excuse
pas. Je suppose que c’est plutôt macho. Je ne suis pas
sûr d’être capable de dire cette phrase; d’ailleurs, ça
a l’air d’ennuyer Mélinda. On n’aurait peut-être pas dû
remplir le questionnaire! conclut-il en plaisantant.
– C’est peut-être une très bonne chose au contraire! aije répondu en riant. Permettez-moi de vous poser une
question: Avez-vous déjà fait dans votre vie quelque
chose que vous avez vraiment regretté? Si oui, vous
êtes-vous dit ensuite: «J’aimerais n’avoir jamais agi de
la sorte.»
Il hocha la tête et dit:
– Oui. Je me suis saoulé la nuit qui a précédé l’enterrement de ma mère. Le lendemain matin, j’avais une
gueule de bois terrible. Je ne me souviens pas vraiment
de la cérémonie Comment vous êtes-vous senti après? lui ai-je demandé.
– Très mal. J’ai vraiment eu le sentiment d’avoir déshonoré ma mère. Sa mort m’avait durement éprouvé.
Nous avions toujours été proches et je pouvais discuter
avec elle. Je pense que j’essayais seulement de noyer
mon chagrin, mais là c’était trop. Je sais qu’elle en aurait été attristée. Elle me parlait souvent des méfaits de
l’alcool. (…)
– Supposons un instant que votre mère vous ait vu et
que votre conduite l’ait réellement déçue. Vous auriez
maintenant l’occasion de lui parler. Que lui diriez-vous?
Les yeux de Carl se voilèrent de larmes, puis il dit:
– Je lui dirais que je suis vraiment désolé de l’avoir
déçue. Je sais que ça n’était pas le moment de boire.
J’aimerais pouvoir remonter le temps et revivre cette
soirée. Je ne serais pas allé dans ce bar. (…)
J’ai entouré de mon bras les épaules de Carl et je lui
ai dit:
– Savez-vous ce que vous venez de faire?
– Oui, répondit-il en hochant la tête. Je viens de pré-
senter mes excuses (…). Zut, je ne voulais pas pleurer,
dit-il en essuyant les larmes qui inondaient son visage.
– Voilà un autre point, dis-je. On vous a enseigné qu’un
vrai homme ne pleurait pas, n’est-ce pas?
– Oui.
– Vous avez reçu pas mal de fausses informations au
fil des ans, Carl, ai-je lancé. Nous ne vivons pas dans
un monde peuplé de mannequins en plastique, où la
virilité se mesurerait à l’absence d’émotion. La vérité,
c’est que les vrais hommes pleurent et qu’ils s’excusent.
Ils disent même: «Je suis désolé» quand ils se rendent compte qu’ils ont blessé un être aimé. Vous êtes un vrai
homme, Carl. Vous l’avez prouvé aujourd’hui. Ne l’oubliez jamais. Si vous épousez Mélinda, vous ne serez
pas un mari parfait et elle ne sera pas une épouse parfaite. Il n’est pas nécessaire d’être parfaits pour former
un couple heureux. Mais il est nécessaire de s’excuser
quand on agit d’une manière qui blesse l’autre. Et si la
phrase: «Je suis désolé» correspond au principal langage d’excuse de Mélinda, il faudra que vous appreniez
à la prononcer.
– J’ai compris! dit Carl en souriant. Je suis content que
nous ayons assisté à cette conférence.
– Et moi aussi, ai-je dit tandis qu’il s’éloignait.
Un an plus tard, je dirigeais un séminaire dans la même
région. Tôt le samedi matin, avant que les premiers participants soient arrivés, j’ai vu entrer Carl et Mélinda:
– Nous sommes venus de bonne heure dans l’espoir
de vous parler, m’a dit le jeune homme. Nous voulions
juste vous faire savoir combien votre conférence de l’an
dernier a compté pour nous. Cela a marqué un tournant
dans notre relation. Nous nous sommes mariés trois
mois après et les choses que nous avons apprises ce
jour-là continuent de nous être utiles.
– Je ne suis pas sûre que nous serions encore mariés,
ajouta Mélinda, si nous n’avions pas assisté à la confé-
rence. Je n’imaginais pas que la première année de
mariage serait aussi difficile.
– Dites-moi, est-ce que Carl sait comment il doit s’excuser? lui ai-je demandé.
– Oh oui! Nous sommes tous les deux très compétents
en la matière, répondit-elle en souriant. Et ce jour-là,nous avons appris aussi à parler le langage affectif de
l’autre. Ces deux éléments nous ont aidés à survivre.
– Ça n’a pas été facile pour moi, dit alors Carl. Mais
j’ai (…) compris combien il était important d’assumer sa
conduite.
– Quel est votre langage d’amour? ai-je demandé à
Mélinda.
– Les services rendus, me répondit-elle, et Carl se
«spécialise» dans ce domaine. Il lave et plie même les
serviettes de toilette.
Carl secoua la tête et dit:
– Je n’avais jamais imaginé que je ferais ça un jour.
Cependant, je dois admettre que faire la lessive est
nettement plus facile que dire: «Je suis désolé.» Mais
j’ai appris à pratiquer les deux. Je veux que notre mariage soit une réussite. Mes parents n’ont pas réussi le
leur, et ceux de Mélinda non plus. Nous voulons vieillir
ensemble. C’est la raison pour laquelle nous sommes
ici aujourd’hui pour un cours complémentaire. Nous
espérons apprendre de nouvelles choses.
– Vous êtes un vrai homme, ai-je dit à Carl en lui donnant une tape dans le dos.
Quand je repense à ma propre vie de couple, je me dis que
j’aurais aimé apprendre plus tôt non seulement combien il
est important de s’excuser, mais aussi comment on peut
s’excuser efficacement. Cela m’aurait épargné des journées
de souffrance silencieuse, passées à attendre en vain que
Karolyn oublie mes paroles blessantes.