Chapitre 4
«Si seulement j’avais
su… comment régler les
désaccords en évitant
les disputes»
Durant notre période de fréquentations avec Karolyn, je n’ai
jamais imaginé que nous pourrions avoir un jour des divergences de vue importantes. Nous semblions si compatibles.
J’étais prêt à faire tout ce qu’elle désirait, et elle semblait
accepter facilement mes suggestions. C’est d’ailleurs une
des choses qui me plaisait chez elle. Il ne m’est jamais venu
à l’esprit que nous pourrions finir par nous disputer.
En tant qu’individus, nous avons chacun des désirs,
des préférences et des comportements différents,
chacun des choses qui nous énervent ou qui nous plaisent.
Cependant, à partir de notre voyage de noces et durant les
premières années de notre mariage, nous avons connu des
conflits. Je ne parvenais pas à comprendre son manque de
logique, et elle ne comprenait pas comment je pouvais être
si dur et si exigeant. En réalité, je n’avais aucune intention
d’être dur; j’étais simplement convaincu que mon idée était
la meilleure. Et, bien sûr, Karolyn pensait la même chose de ses propres idées. Personne ne nous avait dit que les divergences de vue font partie de la vie à deux.
Tous les couples ont des désaccords, et ce pour la simple et
bonne raison qu’un couple est formé de deux individus. En
tant qu’individus, nous avons chacun des désirs, des préfé-
rences et des comportements différents, chacun des choses
qui nous énervent ou qui nous plaisent. Par exemple, j’ai
découvert que ma femme aimait regarder la télévision, alors
que, pour moi, c’était une perte de temps. «Pourquoi ne pas
plutôt lire un livre et apprendre quelque chose. Est-ce que
quelqu’un a déjà appris quelque chose en regardant la télévision?» Telle était ma vision des choses. Karolyn me répondait
que c’était sa manière de se détendre et que, contrairement à
ce que je pensais, on pouvait beaucoup apprendre en regardant les différentes émissions. Ce sujet est donc devenu très
délicat et, régulièrement, il déclenchait des disputes. Et avec
les années, nous avons découvert d’autres points sensibles.
Notre vie conjugale est ainsi devenue une suite ininterrompue
d’explosions verbales.
A cette époque, j’ai à nouveau pensé: J’ai épousé la mauvaise
personne. Si je m’étais marié avec la bonne personne, nous
n’en serions pas là. Et je suis certain que Karolyn pensait la
même chose. Plus tard, en parlant avec d’autres, nous avons
compris que tous les couples vivent des conflits. Certains
apprennent à les résoudre «à l’amiable», tandis que d’autres
recourent à de vives querelles. Nous faisions malheureusement partie de la seconde catégorie.
Ces trente dernières années, lors de mes entretiens, j’ai entendu de nombreux couples me dire combien ils étaient frustrés de toujours retomber dans le même schéma de disputes.
Ils rencontraient les mêmes difficultés que ma femme et
moi avions rencontrées durant le début de notre vie à deux.
Heureusement, j’ai pu en aider beaucoup à trouver un meilleur chemin que celui des conflits. Dans ce chapitre, j’aimerais partager avec vous certains des conseils que je leur ai donnés.
Tout d’abord, nous devons reconnaître que les conflits font
partie de la vie conjugale. Ils ne sont pas le signe que nous
avons épousé la mauvaise personne. Ils nous rappellent simplement que nous sommes des êtres humains. Nous avons
tous tendance à penser que nos idées sont les meilleures. Et
nous oublions souvent que notre femme (ou notre mari) pense
la même chose de ses idées à elle (lui). Sa logique ne correspond pas à la nôtre, et sa manière de ressentir les choses
non plus. Car nos idées et notre conception de la vie sont
influencées par ce que nous avons vécu avant le mariage, par
nos valeurs et par notre caractère. Et ces composantes sont
différentes pour chacun.
Certains conflits concernent des sujets importants, d’autres
des questions de détail. Une dispute sur la manière de remplir le lave-vaisselle entre dans la catégorie des «désaccords
mineurs», tandis qu’une divergence de vue sur la question
d’avoir ou non un enfant implique beaucoup plus, c’est certain. Mais qu’ils soient petits ou grands, tous les conflits
peuvent gâcher une soirée, une semaine, un mois ou même
une vie. Et d’un autre côté, ils peuvent aussi nous apprendre
à nous aimer, à nous soutenir et à nous encourager mutuellement. C’est de loin le meilleur moyen pour grandir. Ce qui
fait toute la différence, c’est notre manière de gérer les divergences de vue.
Une fois que nous avons accepté la réalité des conflits, nous
devons trouver le moyen de les régler positivement. Et cela
commence par reconnaître que nous avons besoin d’écouter.
Dans une dispute, nous ressentons généralement le besoin
de parler. Cependant, le fait de parler sans écouter engendre
la querelle. Le plus important est d’écouter. Une épouse m’a
dit un jour:La chose la plus utile que nous avons apprise lors de notre
premier entretien avec vous a été de demander un «temps
d’écoute». Avant, je disais à mon mari: «Il faut qu’on parle.»
Mais cette phrase le mettait toujours de mauvaise humeur.
Maintenant, je lui dis: «Quand cela te conviendra, j’aimerais
que tu m’accordes un temps pour t’écouter.» Il n’attend jamais longtemps avant de me dire: «Bon, alors tu veux écouter ce que je pense, c’est ça?» Je lui réponds par l’affirmative, et nous programmons un temps d’écoute. Cela change
vraiment l’ambiance.
– Très bien! Alors, comment commencez-vous votre temps
d’écoute? lui ai-je demandé.
– En général, a-t-elle expliqué, il dit: «Alors, tu veux écouter
ce que j’ai à dire? C’est à quel sujet?» Et je réponds par
exemple: «C’est au sujet des vacances de Noël.» Nous
avons décidé de discuter d’un seul sujet à la fois. Il me dit
donc ce qu’il aimerait faire pendant les vacances, et j’essaie
vraiment de comprendre non seulement ce qui lui plairait
mais pourquoi cela lui plairait et à quel point c’est important pour lui. Je lui pose aussi souvent des questions pour le
conduire à préciser sa pensée, comme: «Tu veux dire que tu
aimerais passer Noël avec tes parents parce que ton père
a le cancer et que tu ne sais pas s’il sera encore là l’année
prochaine, c’est ça?» Et une fois que j’ai posé toutes mes
questions, je conclus: «C’est logique, je peux comprendre.»
Puis, il dit: «Maintenant que je t’ai donné mon avis, j’aimerais
bien savoir ce que tu penses, toi.» J’exprime alors mon point
de vue tandis qu’il écoute et cherche à me comprendre. Il
se peut qu’il me pose lui aussi des questions telles que: «Tu
dis que tu aimerais qu’on passe Noël avec tes parents parce
que ta sœur de Californie sera là et qu’elle ne vient qu’une
fois tous les cinq ans et que tu ne veux pas rater cette occasion de passer du temps avec elle, c’est ça?» Après m’avoir coutée et avoir posé toutes ses questions, il me dit: «C’est
logique. Je pense que je comprends.» A ce stade-là, nous
n’avons pas encore résolu nos divergences de vue, mais
nous nous comprenons et nous avons pu exprimer chacun
notre avis. Nous ne sommes plus des ennemis. Nous avons
évité une dispute. En tant qu’amis, nous allons maintenant
chercher une solution pour résoudre notre désaccord.
Dans la vie à deux, il ne s’agit jamais de «faire comme moi
je pense» mais plutôt de parvenir à une pensée commune.
A travers les années, j’ai encouragé de nombreux couples à
procéder de cette manière. Fondée sur la notion de respect
mutuel, elle laisse l’autre totalement libre de ses opinions et
de ses pensées. Elle permet de se comprendre mutuellement et de reconnaître le bien-fondé des idées de chacun.
Ainsi, elle détend l’atmosphère, désamorce les conflits et
aide à résoudre les divergences sur une base amicale.
Une fois que chacun a pu écouter et comprendre le point de
vue de l’autre, nous pouvons chercher une solution, c’est-
à-dire un «compromis», mot très important à ce stade. Ce
terme a souvent une connotation négative; il nous fait penser aux compromis que nous devons veiller à ne pas faire
en ce qui concerne notre foi ou nos valeurs. Cependant,
dans le cadre du mariage, le compromis est une chose non
seulement positive mais nécessaire. Trouver un compromis,
c’est trouver un terrain d’entente. Cela implique que chacun
soit prêt à renoncer à quelque chose en vue de préserver
la paix et l’harmonie. Si, en revanche, chacun veut avoir raison et campe sur ses positions, on retombe dans la dispute.
Dans la vie à deux, il ne s’agit jamais de «faire comme moi
je pense» mais plutôt de parvenir à une pensée commune.
Trouver un compromis
Dans l’exemple cité ci-dessus, le couple s’est finalement mis
d’accord pour voyager en avion plutôt qu’en voiture, ce qui
leur a permis de passer trois jours chez les parents de monsieur et trois jours dans la famille de madame. Et comme ces
différents déplacements coûtaient plus que ce qu’ils avaient
prévu au budget, ils ont cherché ensemble une solution. En
fin de compte, ils ont décidé d’annuler leurs vacances d’été
aux Caraïbes et de louer plutôt quelque chose dans leur
région. «Nous pourrons aller aux Caraïbes une autre fois,
se sont-ils dit. Cette année, il semble que ce soit vraiment
important de passer Noël avec nos familles respectives.» En
s’arrangeant ainsi, ils ont pu acheter les billets d’avion. Tous
deux ont accepté de renoncer partiellement à leur projet initial pour faire quelque chose qui conviendrait à l’autre. Il y a
toujours une solution dans un conflit, et quand on décide de
rester sur le terrain de l’amour, on finit par la trouver.
Nous venons de voir une des trois manières de résoudre un
désaccord: elle consiste à trouver un compromis. Chacun
renonce en partie à ce qu’il désire et chacun obtient en partie ce qu’il désire. Dans l’exemple donné, chacun a renoncé
à passer la totalité des vacances de Noël dans sa famille,
mais en même temps, chacun a eu ce qu’il souhaitait: passer du temps avec sa famille.
Le fait d’échanger les points de vue pour trouver ensuite un
consensus qui convienne à chacun permet de résoudre bien
des conflits.
Céder
Une deuxième manière de résoudre les conflits est de «cé-
der». Cela signifie qu’après avoir échangé vos pensées e exprimé chacun votre manière de ressentir les choses, l’un
de vous décide que, dans une situation donnée, il vaut mieux
faire ce que l’autre pense. Vous abandonnez ainsi totalement
votre idée initiale et choisissez de faire ce que votre époux(se)
désire, et ce dans une attitude positive. Vous prenez cette dé-
cision par amour parce que vous tenez à lui (elle) et qu’il vous
semble que c’est important pour lui (elle).
Ne pouvons-nous pas simplement accepter que,
pour le moment, nous avons un avis différent sur le sujet?
Un mari m’a dit: «J’ai accepté d’avoir un enfant lorsque ma
femme m’a expliqué qu’elle arrivait à la fin de son cycle de
fertilité. Quand j’ai compris ce qu’elle ressentait, je n’ai pas
voulu la décevoir. Nous avions toujours dit que nous voulions
des enfants, mais il me semblait que ce n’était pas le bon
moment. Je préférais attendre que notre situation financière
s’améliore. Mais en l’écoutant et en voyant combien c’était important pour elle, j’ai accepté, malgré mes craintes, que nous
ayons un enfant à ce moment-là. Et je ne l’ai jamais regretté.»
Parfois, accepter l’idée de l’autre implique un grand sacrifice.
Cependant, l’amour implique toujours une part de sacrifice.
En reparler plus tard
Une troisième manière de résoudre un conflit est d’«en reparler plus tard». Elle consiste à dire: «Aujourd’hui, je ne peux pas
être vraiment d’accord avec toi sur cette question, et je ne vois
pas comment trouver un compromis. Est-ce que nous ne pourrions pas simplement accepter que, pour l’instant, nous avons
un avis différent sur le sujet? Nous en reparlerons dans une
semaine ou dans un mois, et nous chercherons une solution.Entre-temps, nous continuerons à nous aimer, à nous appré-
cier et à nous soutenir mutuellement. Ce désaccord ne doit
pas troubler notre vie de couple.» Voilà une manière tout à fait
légitime de réagir à une divergence de vue si, sur le moment,
vous ne parvenez pas à trouver véritablement une solution.
Dans un mois, les choses vous paraîtront probablement différentes, ou de nouvelles possibilités vous viendront à l’esprit;
alors, peut-être, vous pourrez trouver un compromis satisfaisant pour chacun.
Accepter le désaccord
Dans certains domaines, le mieux est parfois d’accepter que
le désaccord subsiste. C’est la quatrième manière de gérer
les différends. Je pense en particulier aux questions pour lesquelles il n’y a pas de «bonne» ou de «mauvaise» réponse
(technique pour faire sortir le dentifrice du tube, façon de remplir le lave-vaisselle, goûts en matière de divertissements,
etc.). En fait, on accepte alors de ne pas être d’accord sur
la chose logique à faire et on met en place un système qui
permet d’éviter les conflits: un jour, c’est lui qui remplit le lavevaisselle, et il le fait comme il le souhaite; un autre jour, c’est
elle, et elle le fait à sa manière. Un soir, c’est elle qui choisit le
film à regarder et un autre soir, c’est lui.
* * *
Nous venons de considérer quatre façons de résoudre les
conflits. Et, bien sûr, le plus important est toujours de rester
sur le terrain de l’amour en étant à l’écoute de l’autre et en
cherchant à le (la) comprendre au lieu de prétendre que sa
manière de voir les choses n’est pas logique. Si nous apprenons à partager sa pensée et à chercher des solutions pour préserver la paix, nous pourrons vivre les conflits inhérents
au mariage de la bonne façon. Nous apprendrons aussi à
«travailler en équipe».
Si quelqu’un m’avait expliqué tout cela avant que j’épouse
Karolyn, nous aurions évité bien des disputes inutiles et
stériles.