«Si seulement j’avais su…
que la vie chrétienne ne
se résume pas à aller à
l’église»
Neuf mois après leur mariage, Jill et Matt sont venus me voir
pour un entretien.
– Nous avons un problème que nous ne parvenons pas à
résoudre, m’a dit Jill.
– Et quel est donc ce problème? ai-je demandé.
– Matt ne veut plus m’accompagner à l’église. Il dit que le
culte l’ennuie et qu’il se sent «plus proche de Dieu sur le
terrain de golf». C’est comme ça que, depuis un mois, il va
jouer au golf pendant que, de mon côté, je vais à l’église. Je
trouve que ce n’est pas juste. Je n’aurais jamais pensé que
les choses se passeraient de cette manière. Avant qu’on se
marie, il m’accompagnait tous les dimanches au culte. Et il
semblait y aller volontiers. Nous discutions ensemble de la
prédication. Il m’avait dit qu’il était chrétien, mais comment
peut-on être chrétien et ne pas vouloir aller à l’église? Il dit
que je le juge, et c’est peut-être le cas, en effet. Mais tout ça
me fait énormément de peine, et je commence à croire que
nous avons peut-être fait une erreur en nous mariant.
Jill attachait beaucoup d’importance au fait d’aller à l’église,
mais Matt avait un point de vue totalement différent sur la vie chrétienne. Il n’avait pas grandi dans l’église. Alors qu’il
était étudiant, il s’était joint à un groupe biblique universitaire,
puis, après avoir assisté aux réunions, lu la Bible et diffé-
rents livres chrétiens durant plusieurs mois, il en était arrivé
à se considérer comme un chrétien. Lorsque Jill et lui se
fréquentaient, il l’accompagnait à l’église tous les dimanches
et cela l’intéressait. Mais maintenant qu’il avait terminé ses
études et qu’il travaillait à plein temps, il trouvait les cultes
beaucoup trop prévisibles et les messages donnés peu instructifs. Il se sentait «plus proche de Dieu sur le terrain de
golf». Et il ne comprenait pas pourquoi aller à l’église était si
important pour Jill.
La question des convictions religieuses de chacun
doit être une des premières à aborder pour un
couple qui envisage le mariage.
Elle était profondément découragée. La participation au culte
avec d’autres frères et sœurs dans la foi faisait pour elle partie
des bases de la vie chrétienne. Elle ne pouvait pas concevoir
qu’un bon chrétien n’aille pas à l’église.
– Comment ferons-nous quand nous aurons des enfants?
a-t-elle demandé. Je ne peux pas supporter l’idée que mes
enfants n’aillent pas à l’église.
– Jill, nous n’avons pas d’enfants pour l’instant, a rétorqué
Matt. On s’occupera de ce problème en temps voulu.
C’est un exemple parmi de nombreux autres: durant toutes
ces années, j’ai eu dans mon bureau bien des couples qui
rencontraient des problèmes parce qu’ils n’avaient pas les
mêmes convictions sur le plan de la foi. Et je me suis rendu
compte que cette question était souvent la dernière à être discutée pendant la période des fréquentations. En fait, beaucoup n’en parlent même jamais. En tant que conseiller conjugal, je trouve cela profondément décevant.
Ayant fait des études d’anthropologie, je m’intéresse beaucoup aux recherches et aux découvertes qui se font dans ce
domaine. Les anthropologues sont notamment parvenus à
la conclusion que l’homme était par nature un être profondé-
ment religieux. A travers les siècles, toutes les cultures ont
eu leurs croyances spécifiques en ce qui concerne le monde
invisible. De la mythologie de l’Antiquité gréco-romaine aux
croyances animistes de certaines populations tribales, toujours l’homme a eu la conviction qu’il y avait plus que la réalité matérielle.
L’anthropologie a aussi montré que ces différents systèmes
de croyances influencent grandement le comportement et la
manière de vivre de leurs adeptes. C’est vrai pour les religions primitives, comme on les appelle, mais aussi pour les
religions plus récentes, telles que le judaïsme, la foi chré-
tienne, le bouddhisme, l’hindouisme et l’islam.
Par conséquent, la question des convictions religieuses
de chacun doit être une des premières à aborder pour un
couple qui envisage le mariage. Il est important de vous
demander:
y «Nos convictions sont-elles compatibles?»
y «Sommes-nous sur la même longueur d’onde?»
Les divergences de vue entre des époux sur le plan spirituel peuvent provoquer des conflits conjugaux comme peu
d’autres sujets sont susceptibles de le faire. C’est d’ailleurs
pour cette raison que, dans la plupart des religions, on encourage les gens à se marier avec des personnes de même
conviction Il nous est dit dans la Bible, en 2 Corinthiens 6.14-16:
Ne formez pas un attelage disparate avec des incroyants. En effet, quelle relation y a-t-il entre la justice
et le mal? Ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière
et les ténèbres? Quel accord y a-t-il entre Christ et le
diable? Ou quelle part le croyant a-t-il avec l’incroyant?
Quel rapport peut-il y avoir entre le temple de Dieu et
les idoles?
C’est là un sujet essentiel, que les couples sages ne manqueront pas d’aborder. Mais de quoi faut-il tenir compte? Quelles
sont les questions qu’il importe de se poser? Premièrement, il
y a votre conception de Dieu.
Quelle est votre conception de Dieu?
La Bible commence par ces mots: «Au commencement, Dieu
créa le ciel et la terre» (Genèse 1.1). Et quelques paragraphes
plus loin, il est dit: «Dieu créa l’homme à son image, il le créa à
l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme» (Genèse 1.27).
Ces paroles sont-elles à prendre au sens propre? Y a-t-il réellement un créateur transcendant, distinct de sa création et
tout-puissant, qui a non seulement créé l’univers mais qui a
aussi créé l’homme à son image? Ou faut-il considérer cela
comme un mythe? Vos réponses à ces questions auront un
profond impact sur votre perception de l’être humain et sur
votre façon de vivre.
Si vous croyez que Dieu existe, qu’il est le créateur de toute
chose et qu’il contrôle l’univers, la deuxième question qui se
pose est celle-ci: «Dieu a-t-il réellement parlé?» En Hébreux
1.1-3, il est dit:Après avoir autrefois, à de nombreuses reprises et de
bien des manières, parlé à nos ancêtres par les prophètes, Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous
a parlé par le Fils. Il l’a établi héritier de toute chose et
c’est par lui aussi qu’il a créé l’univers. Le Fils est le
reflet de sa gloire et l’expression de sa personne, il soutient tout par sa parole puissante. Après avoir accompli
au travers de lui-même la purification de nos péchés, il
s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux
très hauts.
Voici donc la base de la doctrine chrétienne: Dieu a parlé par
les prophètes d’autrefois, dont la vie et les messages nous
sont rapportés dans l’Ancien Testament; Jésus-Christ est le
Messie annoncé, le Fils de Dieu; il a pris sur lui la condamnation que méritaient les hommes à cause de leur péché,
afin que Dieu puisse leur pardonner tout en demeurant parfaitement juste; par conséquent, les chrétiens désirent encourager tous ceux qu’ils côtoient à accepter Jésus comme
leur Sauveur, à recevoir le pardon de Dieu et à connaître son
amour.
Vos réponses aux questions qui suivent montreront si vous
êtes compatibles sur le plan spirituel (ce sont des questions fondamentales auxquelles il importe de répondre avec
honnêteté):
y Y a-t-il un Dieu qui a créé l’univers et créé l’homme à
son image?
y Ce Dieu a-t-il parlé?
y Si oui, comment a-t-il parlé?
y Qu’a-t-il dit et comment ai-je répondu à son message?
J’ai constaté que bien des gens parvenaient à l’âge adulte
sans avoir jamais pris le temps de vraiment réfléchir à ce
qu’ils croyaient. Souvent, ils se disent bouddhistes, hindouistes ou chrétiens simplement parce qu’ils ont grandi
dans une famille bouddhiste, hindouiste ou chrétienne. Mais
c’est une étiquette purement culturelle. Ils n’ont pas réellement étudié personnellement les fondements de leur religion. De même qu’on ne choisit pas sa famille, on ne choisit
pas le milieu religieux dans lequel on vient au monde.
Cependant, en tant qu’adultes, nous avons la responsabilité
de chercher la vérité, et ce dans tous les domaines. Si vous
vous rendez compte que votre pratique religieuse est uniquement culturelle, je vous encourage à prendre le temps
de réfléchir à la manière dont elle est devenue celle de votre
famille, puis à étudier la doctrine sur laquelle elle repose.
Ensuite, discutez ouvertement de votre cheminement avec
la personne que vous fréquentez. Si vous ne pouvez pas
être vrais et honnêtes sur ces questions avant le mariage, il
y a de fortes chances pour que vous ne le soyez pas après
et que vos convictions respectives deviennent une source
de conflits.
A quelle dénomination
appartenez-vous?
J’aimerais maintenant faire réfléchir mes lecteurs chrétiens à
d’autres questions qu’il me paraît nécessaire d’aborder avant
de prendre ou non la décision de se marier. Nous savons
tous qu’au sein de la chrétienté, il existe une grande diversité
de confessions et dénominations. Les trois grandes confessions chrétiennes sont la foi orthodoxe, le catholicisme et le protestantisme. Si ces trois confessions s’accordent sur
certains dogmes de base comme la divinité de Christ, sa
mort sacrificielle sur la croix et sa résurrection d’entre les
morts, elles présentent aussi de vraies divergences sur de
nombreux autres sujets.
Vous marier simplement parce que vous êtes
«amoureux» sans tenir compte de ce qu’impliquent
vos différences sur le plan des convictions
religieuses est un signe d’immaturité.
Par conséquent, si la personne que vous envisagez d’épouser n’est pas de la même confession que vous, je vous encourage vivement à étudier ensemble la doctrine sur laquelle
reposent vos confessions respectives, puis à discuter de ce
qui les sépare. Vous marier simplement parce que vous êtes
«amoureux» sans tenir compte de ce qu’impliquent vos différences sur le plan des convictions religieuses est un signe
d’immaturité.
Et si vous appartenez tous deux à la même confession, il
faut savoir qu’au sein d’une confession donnée, il y a souvent plusieurs courants. Ainsi, à l’intérieur du protestantisme,
il existe diverses dénominations: réformée, baptiste, méthodiste, pentecôtiste, pour n’en citer que quelques-unes. Il y a
aussi des églises indépendantes, qui ne sont pas rattachées
à une dénomination particulière. Les convictions doctrinales
et la pratique religieuse peuvent être très différentes d’une
dénomination à l’autre. Il est donc important que vous preniez vraiment le temps d’y réfléchir avant de vous engager
dans le mariage.Qu’est-ce qu’un chrétien?
Après avoir abordé la question des différences de doctrine
et de pratiques qui existent entre les diverses confessions et
dénominations chrétiennes, j’aimerais maintenant considérer
l’aspect personnel de la foi. Nous l’avons tous constaté: il y
a plusieurs niveaux d’engagement parmi les chrétiens. Pour
certains, par exemple, être chrétien, c’est aller à l’église à
Pâques et à Noël. En dehors de ces fêtes, leur foi ne semble
pas avoir beaucoup d’impact sur leur vie.
Il est évident qu’il y a une grande différence entre un chrétien
de nom qui ne va à l’église qu’à Pâques et à Noël et
un chrétien de cœur qui lit sa Bible tous les jours.
D’autres, en revanche, vont régulièrement à l’église. Ils y vont
une fois par semaine, pour une durée d’une à trois heures,
en fonction du type de culte, ou bien plus souvent, selon le
nombre de réunions qui ont lieu. Parfois, ils sont aussi engagés dans des groupes de maison. Ces petites communautés
permettent à leurs membres de recevoir un soutien spirituel
et d’apprendre à mettre en pratique les enseignements de
l’Ecriture au quotidien. Les contacts fraternels y sont très
étroits. Les croyants sont prêts à se sacrifier les uns pour les
autres et ont le désir d’être vrais les uns envers les autres.
Ils sont aussi ouverts sur l’extérieur et aiment servir leur prochain de manière concrète, là où ils habitent.
Généralement, ces chrétiens prennent chaque jour le temps
de lire la Bible, d’écouter Dieu leur parler à travers elle et de
lui répondre par la prière. Ils lui exposent honnêtement leurs
soucis et leurs questions, le remercient pour son intervention
en leur faveur et lui adressent leurs requêtes. Ce temps de méditation quotidienne de l’Ecriture est pour eux extrêmement précieux. Leur foi est basée sur l’amour de Dieu et sur
une relation personnelle avec Christ.
Vous l’aurez compris, il est essentiel de savoir quel genre de
chrétien(ne) est la personne que vous fréquentez. Quel est
son niveau de consécration et d’engagement dans l’église?
La foi est-elle pour lui (elle) quelque chose d’important? Et
quel impact a-t-elle sur sa vie personnelle? Il est évident qu’il
y a une grande différence entre un chrétien de nom qui ne va
à l’église qu’à Pâques et à Noël et un chrétien de cœur qui lit
sa Bible tous les jours.
Une jeune femme m’a dit un jour: «Avec André, on s’est fré-
quentés pendant trois ans. Au début, il m’a dit qu’il était chré-
tien. Comme nous avons beaucoup en commun, nous avons
passé vraiment d’excellents moments ensemble. Mais avec
le temps, je me suis rendu compte que nous n’étions pas sur
la même longueur d’onde spirituellement parlant. Pour lui,
la foi chrétienne n’est qu’une religion qui se pratique le dimanche mais qui n’a pas beaucoup d’impact sur sa façon de
vivre et sur les décisions qu’il prend. Pour moi, c’est toute ma
vie. Rien ne m’importe plus que de me donner pour servir
Christ. Je me rends compte que nous ne disposons pas de
la base spirituelle commune qui permet de construire un mariage centré sur Christ. Par conséquent, je préfère rompre.»
Je pense que cette jeune femme a fait preuve d’une très
grande maturité. Puisque, pendant trois ans, elle a vu peu de
changements chez son petit ami concernant sa relation avec
Dieu et son engagement dans l’église, il y avait de fortes
chances pour que les choses restent telles quelles après
le mariage. Penser le contraire aurait été naïf. En réalité,
quelques années plus tard, elle a épousé un jeune homme
qui était autant engagé qu’elle dans la foi et, aujourd’hui, tous deux construisent un foyer dont Christ est véritablement le
centre.
Bien des couples qui fréquentent n’abordent pas la question
de la vie spirituelle. Ils supposent simplement qu’elle se rè-
glera d’elle-même après le mariage. D’autres en parlent ouvertement, cependant, ils ne tiennent pas compte des signaux
d’alarme. Ils sont tellement amoureux l’un de l’autre, tellement
heureux quand ils sont ensemble, qu’ils s’imaginent pouvoir
se rendre mutuellement heureux toute leur vie. Et, ainsi, ils
ferment les yeux sur les énormes différences de point de vue
qu’ils ont au sujet de la foi.
Jill et Matt, pour leur part, ont fini par parvenir à une unité sur
le plan spirituel. Après plusieurs entretiens au cours desquels
je les ai aidés à s’écouter l’un l’autre et à saisir à quel point
cette question était importante pour eux, ils ont pu quitter le
terrain de la confrontation. Ils ont cherché à se comprendre
et appris à résoudre leur différend comme des amis au lieu
de chacun vouloir avoir raison. Et ils n’ont pas tardé à trouver
une solution.
Matt a accepté d’arrêter le golf le dimanche matin pour accompagner Jill au culte. De son côté, Jill a accepté de chercher
avec lui une autre église où il se sentirait plus à l’aise. Ils l’ont
trouvée et, aujourd’hui, non seulement ils y vont ensemble,
mais ils sont aussi engagés dans l’enseignement des enfants.
Ils ont d’ailleurs un fils de 3 ans, et ils sont heureux d’avoir pu
parvenir à une unité sur le plan spirituel avant sa naissance.
* * *
La question des convictions religieuses est souvent un sujet très sensible qui nous touche au plus profond de nousmêmes. Même les athées défendent avec ténacité leurs
idées, et celles-ci influencent leur façon de considérer la vie.Dans ce sens, bien qu’ils nient l’existence de Dieu, ils sont
profondément religieux.
Puisque cette question a un impact sur tous les domaines de
votre vie, il est très important que vous vous demandiez, avant
de vous marier, si les convictions spirituelles que vous avez
l’un et l’autre sont réellement compatibles. J’espère que ce
chapitre vous aidera dans ce sens