Chapitre 37

2071 Mots
Qu'est ce que ça faisait du bien de voir Jean Claude en panique devant moi ! Je pouvais voir la culpabilité dans ses yeux et ça me réjouissait. C'était évident qu'il voulait me flanquer à la porte de chez lui mais il n'en avait juste pas le courage. J'aurais aimé qu'il explose de colère devant moi car je voulais de tout cœur voir cette horrible facette de lui qu'il cachait si bien aux autres. - Pour quelle raison es tu là? me demanda Jean Claude. C'était étonnant de le voir dans cet état. C'était la première fois qu'il était mécontent de me voir chez lui, du moins, c'était la première qu'il osait me montrer qu'il n'était pas content de me voir. Et là, je me souvins d'il y'a deux ans quand il débarqua à la brigade. C'était un petit jeune passionné comme moi. Je l'avais pris sous mon aile car il me faisait penser au jeune homme que j'étais en arrivant à la brigade. J'étais celui qui avait expressément demandé au commissaire de nous mettre en binômes. Je lui avais appris la plupart des choses que je savais. Ses premiers pas dans le métier, il les avait fait avec moi. Voilà donc ce qu'était réellement un homme! Il n'avait pas hésité à retourner sa veste contre moi. Je mentirais si je disais n'avoir pas regretté de l'avoir mis sur mon chemin à un moment donné car j'avais effectivement des regrets. Ces regrets étaient d'ailleurs très amères. Mais sur le moment, puisqu'il ne voulait pas cracher le morceau, je me faisais un plaisir de le faire danser. - Est ce une façon de parler à son ami, celui qui t'a tout appris sur le métier? Pourquoi me traites tu de la sorte cher ami? lui dis je. Je me moquais de lui et il le savait très bien. J'avais besoin qu'il explose tout seul et qu'il ose m'avouer ce qu'il avait fait. Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'il ne me supportait pas du tout mais moi, je voulais juste le lui entendre dire. - Tu n'es plus le bienvenu chez moi Frédérique, déclara t-il. Il m'avait dit cela avec beaucoup de conviction et ça ne faisait aucun doute qu'il pensait cela. J'avais été bien naïf ! J'étais de la police criminelle depuis des années et je pouvais détecter un mensonge à des kilomètres mais j'avais été incapable de voir que cet homme se moquait de moi depuis le tout début. À chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour me dire quelque chose, cela ne faisait qu'accentuer ma colère envers lui mais je faisais des efforts surhumains pour me maîtriser. - Du calme mon frère ! Mais que t'arrives t-il ? hier encore nous étions bons amis et aujourd'hui, tu dis que je ne suis pas le bienvenu chez toi. Qu'est ce qui a bien pu changer en quelques heures Jean Claude ? Il ne disait plus rien. Je me rendis donc compte qu'il se sentait coupable car il baissait le regard en permanence devant moi. Il était tenace et persistait à garder son silence. Il était incapable de se montrer tel qu'il était, haineux et rempli de jalousie. Pitié, j'éprouvais une profonde pitié à son égard car il n'y avait pas plus malheureux qu'un homme incapable d'exprimer sa vraie personnalité devant les autres. Son silence et son air pudique m'énervaient de plus en plus et j'en avais marre de son silence. Ça m'ahurissait de l'avoir en face de moi et donc, j'avais besoin de l'affronter le plus rapidement possible afin de pouvoir rentrer chez moi. Je ne supportait plus de rester là avec lui. - Dis moi, ta conscience ne te juge t-elle pas? Lui dis je de nouveau. Je décidai d'ouvrir les hostilités car il était clair que si cela ne tenait qu'à lui, on passerait la nuit. Mais monsieur ne disait toujours rien. On aurait dit qu'il avait trouvé la manière parfaite de me mettre hors de moi. Mais en y repensant bien, son silence était justifié car que pouvait il bien dire à l'homme qu'il avait lâchement trahi! - Tu es fou et tu devrais te faire soigner, me dit t-il soudainement. Ce qu'il m'avait dit m'avait mis hors de moi, à tel point que je ne pu m'empêcher de le frapper. Je lui avais donné un coup de poing mémorable sur le visage. Il ne me l'avait pas rendu ce coup. Il toucha juste sa joue me fit un sourire. Ce sourire ressemblait très semblablement à ces sourires que font les psychopathes dans les films quand ils se sentent maîtres de la situation. Je me retins juste pour ne pas lui en coller un second. C'était dangereux de frapper un homme chez lui car il aurait bien pu se plaindre après et j'aurais eu tort dans ce cas là. C'était cette réflexion qui m'avait permis de me calmer face à un Jean Claude aux paroles provocatrices. - Qu'est ce qui arrive au super agent Cheyrou, il a de la peine à digérer la vérité ? me dit il. Et c'était moi le malade mental dans l'histoire ! Cet homme était fou et je ne m'en rendais compte que maintenant, c'est à dire très tard. Toute la honte qu'il m'avait donné l'impression de ressentir avait tout à coup disparu. C'était comme si il était devenu un homme différent sous mes yeux. Il avait retrouvé confiance en lui et se donnait la liberté de se moquer de moi. - Tu n'es qu'un être ignoble et sans scrupule. Tu sais quoi, tu éveilles en moi de la pitié et du dégoût aussi, lui balançais je au visage. J'avais beau lui avoir dit cela, mais monsieur faisait un grand sourire. J'essayais de le cerner malgré tout mais je n'y parvenais pas car son comportement dépassait de très loin mon entendement. - C'est l'église qui se fout de la charité là ! C'est toi qui dis éprouver de la pitié à mon égard ? Où est passé cet homme terrorisé par les fantômes de son imagination? Il est où ce Frédéric Cheyrou qui venait pleurer sur mon épaule ! Répliqua t-il. Il se servait de ma situation pour se moquer de moi. Je compris mon arrivée chez lui n'avait été qu'une énorme perte de temps. Mais au moins, J'avais vu ce que je voulais voir. J'avais vu la vraie facette de Jean Claude et je lui avais dit ce que je pensais désormais de lui, ma vie pouvait continuer son cours. - J'espère que tu auras au moins le courage de me regarder droit dans les yeux et de me donner la raison de ta trahison. Qu'est ce que c'était, de la jalousie ? - Ne te donnes pas autant d'importance Cheyrou car tu n'en mérites pas. J'ai juste fait ce qui était juste. Il était hors de question que je laisse un malade mental comme toi continuer à faire équipe avec moi. Ta place n'est pas à la police mais dans un asile psychiatrique avec d'autres malades mentaux. - C'était donc ça, de la jalousie! Je te faisais peur c'est ça ! Tu n'aurais jamais pu atteindre ma hauteur et donc il fallait m'écarter du jeu quand tu en as eu l'occasion, c est évident. Soudain, en entendant ces mots, son attitude changea. On aurait dit qu'il se sentait de nouveau honteux comme au début de notre conversation. Il avait beau faire le malin mais son regard le trahissait. Il avait oublié ce que je lui avais enseigné au tout début, quand nous venions tout juste d'être coéquipiers. Il avait oublié que les étaient toujours sincères, c'était par eux qu'on pouvait réellement cerner une personne. Son regard en disait beaucoup mais sa bouche contredisait ses yeux. - Je ne me reproche de rien car je n'ai absolument rien fait de mal. Je voulais juste montrer aux autres que tu ne méritais pas toute l'admiration qu'ils te portaient et j'y suis parvenu. J'espère que tu finiras dans un asile avec tes semblables. - Qui veux tu convaincre, moi ou toi? Tu as oublié la vérité dans tes yeux, lui dis je. Le geste de ses yeux m'avait prouvé qu'il avait compris ce que je venais de lui dire. Ses yeux parlaient beaucoup trop et je les avaient percés à jour. Il avait beau faire semblant mais j'étais celui qui lui avait tout appris. - Ne parle pas trop pour ne rien dire Frédéric, accepte la défaite et rentre chez toi. - Désolé de t'annoncer une telle nouvelle mais ici c'est la vraie vie et donc, rien ne se passera comme dans ta petite tête. Je n'ai écopé que d'une petite suspension et je reviendrai tôt ou tard prouver à tous que jamais je n'ai perdu la tête. Prépare toi Du Pain. Je mentirais si je prétendais que ses paroles ne m'avaient pas blessé car ça n'avait pas été le cas. Après avoir dit cette dernière phrase, je m'en allai et je le laissai en plan chez lui. J'étais soulagé qu'il n'ait plus rien dit car je n'étais plus d'humeur à répondre à ses provocations. Si j'étais resté encore une minute de plus et que je l'avais laissé parler encore, je n'aurais plus pu me contenir. Il m'avait dégoûté avec son insolence car il n'éprouvais même pas de honte comme j'avais pu l'imaginer. Au final, je le rendis compte qu'il n'en vallais pas la peine, il ne méritait même pas que je m'intéresse à sa petite personne. Le mal était fait et il n'y avait rien que je pouvais faire pour réparer le passé. J'avais eu l'altercation que je voulais avoir avec Jean Claude et cela me suffisait amplement. J'étais de nouveau en paix et près à ce que ma vie reprenne son cours. Après avoir quitté sa maison, j'ai regretté de tout cœur de lui avoir accordé ma confiance un jour. J'avais été le plus naïf des crétins. Et voilà que moi, Frédérique Cheyrou, celui qui ne savait pas haïr se mit à haïr profondément son coéquipier. De toutes manières, je devais continuer à regarder vers l'avant. J'espérais de tout cœur qu'à mon retour à la brigade, il ne soit plus mon binôme. On venait tous les deux de se disputer violemment et je l'avais même frappé mais je n'avais pas vu sa femme. Elle n'était sûrement pas à la maison car si elle avait été là, elle serait venue voir ce qui se passait. Je ne sais pas si elle était de mèche avec son mari pour me trahir ou non mais une chose était sûre, je lui avais donné la même place que Jean Claude. Tout comme lui, je n'avais plus envie de croiser le chemin de Sarah car dès l'instant où m'avait trahi Jean Claude, je le détestais ainsi que tout ce qui était lié à lui. C'était peut-être excessif de penser de la sorte mais je l'assumais pleinement. Je rentrai chez moi mais je ne me sentais pas aussi bien que je l'avais espéré. J'avais cru que je me sentirais victorieux après l'altercation avec Jean Claude mais ça n'avait pas eu l'effet espéré. Au contraire, ses paroles avaient été comme des coups de poignards qui n'avaient pas manqués de me transpersés. Au plus profond de moi, j'espérais qu'il reconnaisse son erreur et qu'il s'excuse même mais bon, ça ne s'était pas passé ainsi. Je me rendis compte que ce que ressentait Jean Claude à mon égard était plus profond que ce que j'avais pu pensé. Ce n'était pas de la simple colère mais de la haine. Je n'avais aucune idée de quand toute sa colère avait apparu mais elle était bien là et je n'y pouvais rien. Je ne m'étais jamais douté qu'il ressentirait de telles choses à mon égard. C'est vrai que je n'avais pas été un coéquipier amical avec lui mais jamais je n'avais été injuste ou même insupportable non plus. Je le traitais toujours comme j'aurais traité n'importe qui. Les gens prenaient peut-être mon comportement pour de l'indifférence ou même de l'orgueil mais il n'en était rien, c'était juste ma nature et je ne pouvais pas la changer. C'était tout simplement inconcevable pour ma petite réflexion. Jean Claude me haïssait simplement parce que j'étais celui que je suis. Cette situation me faisait énormément de mal. Je suis même allé à me demander s'il était le seul ou alors, il y en avait d'autres qui me haïssaient aussi à cause de ma manière d'être.
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