Je n'avais pas du tout l'intention de sortir de ce bureau sans avoir eu une explication rationnelle. Tout ce qu'il m'avait dit jusqu'à présent me semblait irréaliste.
- Si je puis me permettre commissaire, suspendre un agent jusqu'à nouvel ordre revient à le sanctionner. Et un supérieur sanctionne son agent juste quand il a commis une faute, permettez moi de vous demander quelle était la mienne car je suis perdu, dis je au commissaire.
J'étais très nerveux et j'attendais sa réponse avec impatience.
- En effet, vous avez bien raison sur ce point. Vous n'avez commis aucune faute lourde rassurez vous. Mais j'ai eu vent de votre situation mentale actuelle et je suis d'avis que vous devriez être suspendu le temps de vous soigner ou de remettre les pendules à l'heure, rétorqua mon interlocuteur.
Pourquoi me parlait il de me soigner, de situation mentale actuelle et pourtant je sortais d'une hospitalisation où il avait été certifié que j'allais déjà bien? Il me lançait des regards étranges,un peu comme s'il éprouvait de la pitié à mon égard. Je ne comprenais pas toujours où est ce qu'il voulait en venir. Par rapport à quoi devrais je me faire soigner d'après lui? De quelle situation mentale parlait il? Et moi qui avait un mauvais pressentiment tout à l'heure, celui ci avait l'air de se trouver une justification.
- J'ai peur de ne toujours pas pouvoir vous suivre, lui dis je de nouveau.
- Alors, je vous conseille d'écouter ceci, rétorqua le commissaire.
Il avait sorti son téléphone portable et l'avait posé sur la table de son bureau, il avait l'intention de me faire écouter un enregistrement audio. Sur le moment, je ne voyais pas où est ce qu'il voulait en venir avec cet enregistrement. Je ne voyais aucun rapport entre moi, ma santé mentale et un enregistrement audio. Je n'avais rien du tout à me reprocher donc, j'étais serein. Il enclacha la lecture de l'enregistrement audio, ce fut une grande surprise d'entendre ma propre voix dans cet enregistrement. C'était moi qui parlait de ce que j'avais vu lorsque j'étais inconscient, c'était l'enregistrement fait par Jean Claude deux jours plus tôt, quand j'étais encore interné à l'hôpital. Au départ, j'eus de la peine à comprendre car mon cerveau refusait de se vouer à l'évidence, je n'envisageais pas une possible trahison de mon coéquipier. Je ne comprenais pas pourquoi ni comment est ce que cet enregistrement avait fait pour se retrouver entre les mains du commissaire. Nous l'écoutâmes tous les deux jusqu'à la fin et ni lui, ni moi ne disions un mot pendant. La lecture de l'enregistrement terminée, le commissaire me regarda avec un air désolé.
- Reconnaissez vous cette voix? me demanda t-il.
- Oui commissaire, c'est la mienne.
- Et bien, cet enregistrement et d'autres éléments de preuves encore m'ont été remis pour prouver que vous étiez très impliqué dans l'affaire Bernard Montagnier au point d'en perdre la raison. Ces éléments de preuves sont en effet très explicites et compromettent gravement votre état de santé mentale. dit le commissaire.
En m'entendant me dire tout cela, je n'avais plus aucun doute, ma raison et mon cerveau étaient tous les deux d'accord. J'avais été Berné par la seule personne à qui j'avais donné ma confiance.
- Je n'ai pas perdu la raison, soyez en sûr. Tout ce que j'ai dit dans cet enregistrement, je le maintiens, ce n'était que vérité. Je ne sais pas quelles sont les autres éléments de preuves que vous dites avoir contre moi mais sachez que ma santé mentale ne souffre de rien. lui dis je.
- Tout comme moi, vous voyez que vous n'êtes pas en état de travailler dans ces conditions. Ce que vous dites dans cet enregistrement est tout bonnement absurde, j'ai vraiment été choqué de voir où vous a mené le stress, surtout que vous êtes mon meilleur élément. C'est avec beaucoup de difficultés et de regrets que j'ai dû parvenir à cette solution redit il.
- Je sais bien que ça paraît fou exposé de la sorte mais accordez moi le bénéfice du doute. Je ne suis ni stressé, ni fou. Je suis en possession de toutes mes facultés mentales. Je vous assure que tout ce que j'ai bien pu dire est réel même si ce n'est pas prouvable scientifiquement, répliquais je.
- Ma décision est prise Cheyrou. L'affaire vous a été retiré mais aussi, je vous suspens jusqu'à nouvel ordre. J'espère que vous profiterez de ce temps de repos pour vous ressourcer et pour déstresser. Vous devez suivre un psychologue, rétorqua t-il.
Mon instinct ne m'avait donc pas trompé, quelque chose se préparait vraiment contre moi. Voilà pourquoi tous les regards m'étaient destinés tout à l'heure, ils me prenaient tous pour un malade mental. Le pire était que je savais d'où venait la fuite, elle venait bien évidemment de mon coéquipier, la seule personne en qui j'avais eu confiance. Je lui avais donné ma confiance mais il l'avait brisé en mille morceaux. Jean Claude venait de me donner un coup de poignard très douloureux dans le dos. J'étais une personne très peu sociable et je n'accordais pas facilement ma confiance, mais à ce moment précis, je m'en voulais de l'avoir fait avec Jean Claude. À dire que j'avais considéré cet homme comme un ami! Je me sentais non seulement trahi mais aussi, très vulnérable. Le commissaire croyait que j'avais perdu la tête et le reste de mes collègues aussi. Non seulement j'étais suspendu, mais aussi, l'affaire de ma vie m'avait été retiré. Il n'y avait pas pire comme coup de poignard. Je m'étais fait avoir comme un débutant par Jean Claude. Bon dieu comme je m'en voulais ! Je pris donc mon courage à deux mains et je sortis du bureau du commissaire. Et comme à mon arrivée tout à l'heure, tous les regards m'étaient toujours destinés. Je tombais de haut. J'étais quitté de premier de la classe à demeuré de la classe. Si en ce moment là j'avais eu Jean Claude en face de moi, je l'aurais sûrement frappé de toutes mes forces jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Je m'en allai de la brigade la tête baissée. Je ne pourrais pas le nier mais j'étais submergé de honte en sortant de la brigade. Ça faisait tout bizarre de quitter cet endroit de cette manière. J'y avais toujours été admiré mais cette fois ci, c'était comme si j'étais devenu la risée de toute la brigade. J'avais été piégé et manipulé comme un enfant par mon collaborateur le plus proche. Il s'était bien foutu de moi avec ses faux airs de bon ami. Pour une fois que j'avais baissé ma garde et fait confiance à une personne, je me retrouvais au fond du gouffre. J'avais été naïf de croire en lui, naïf de croire que quelqu'un pourrait croire en cette histoire farfelue. Mais je ne comprenais pas pourquoi est ce qu'il m'avait trahi de la sorte. Hors mis la honte, j'étais submergé de colère. Je n'avais qu'une seule envie et c'était de me rendre chez Jean Claude et de le rouer de coups. Mais je ne pouvais pas me permettre de faire cela même si j'en avais très envie car c'était peut-être là ce qu'il attendait de moi. Je ne pouvais pas me permettre de lui faire le plaisir de réagir comme le fou qu'il avait décrit. Mon expérience dans la police criminelle m'avait appris que tout acte avait le pouvoir d'enfoncer un peu plus un suspect. Et il était clair que je ne devais pas me laisser emporter de la sorte par la colère. Si je me rendais chez lui pour le frapper ou alors demander des explications, il aurait sûrement eu de quoi me compromettre un peu plus. Jean Claude était très intelligent et malin, je ne me devais pas de le sous-estimer. Il avait très bien ficelé son plan et je ne voulais pas lui donner l'honneur de faire de son plan un succès parfait. De toutes manières, il avait réussi à me mettre dos au mur. J'avais perdu l'affaire de ma vie, je n'avais même plus le privilège de pouvoir enquêter sur l'identité du vrai assassin de Jennifer. Je savais bien que l'homme était à craindre mais jamais je n'aurais pu imaginer que ma chute viendrait de là. Il ne me restait plus qu'à rentrer chez moi et à me morfondre sur mon sort. Tout ceci m'arrivait pile au moment où je pensais que la vie commençait enfin à me sourire. J'aurais aimé voir le visage de ce traître pour savoir s'il aurait encore le courage de me fixer du regard après ce qu'il m'avait fait. J'aurais aimé qu'il me dise qu'il ne croyait pas en tout ce que je lui disais au lieu de me berner de la sorte. Je me retrouvais suspendu jusqu'à une durée indéfinie, c'était le chaos total. C'était ce qu'on appelait un coup fatal. J'adorais mon boulot et aujourd'hui, j'étais menacé de le perdre pour toujours juste parce que j'avais fait confiance à la mauvaise personne. Je n'avais pas réussi à le cerner et pourtant, mon être tout entier n'avait cessé de m'envoyer des signaux que j'avais préféré ignorer. J'étais enfin chez moi mais mon moral était à zéro. Je n'avais envie de rien et je ne voulais non plus voir personne. J'avais l'impression d'être en plein cauchemar et j'aurais donné tout ce que j'avais pour m'en réveiller. J'étais même incapable de réfléchir correctement. Les minutes passaient, ensuite les heures, mais rien n'avait changé en moi, c'était comme si j'étais devenu l'ombre de moi même. Soudain, aux environs de quatre heures, quelqu'un sonna. Je ne voulais ni voir, ni parler à personne. Quand j'entendis sonner, je me dit qu'il était préférable que je fasse semblant de ne pas être là même si je ne savais pas qui était de l'autre côté de la porte. Soudain, mon téléphone sonna et c'était Frédérique. Quand elle appela pour la première fois, je n'eus pas du tout envie de lui répondre et donc, je ne le fis pas. Mais elle insistait. Je finis par me dire qu'il était injuste que je la traite de cette manière et pourtant, on était sensé être en couple. Au final, je n'avais pas à la faire payer pour les erreur d'une autre personne, je ne voulais pas qu'elle se sente mal ou même qu'elle décide de me quitter. Le problème était que je ne voulais pas qu'elle apprenne la vérité sur moi et qu'elle aussi pense que je ne suis qu'un malade mental. Mais au bout du troisième coup de fil, je finis par céder et je lui répondis.
- Enfin tu réponds, je m'inquiétais tu sais, ouvre moi je t'en pris, je suis à la porte de chez toi. Me dit Frédérique.
Elle raccrocha aussitôt et moi, je n'avais aucun autre choix que de lui ouvrir. J'avais pleuré et mes yeux étaient tout enflés, ça frappait à l'oeil que j'avais pleurer. Pour qu'elle n'en sache rien, j'avais fait un tour rapide à la salle de bain pour me rafraîchir le visage. Je savais bien que je ne réussirais pas à la tromper comme ça mais il fallait que j'essaie. Je finis par lui ouvrir la porte. Elle ne prit même pas le temps de me regarder et elle me sauta dessus pour m'enlaçer.
- Tu m'as fait une peur bleue tu sais, j'ai cru que tu ne m'ouvrais pas parce que tu avais de nouveau eu un malaise, me dit elle.
Je ne savais pas trop quoi lui dire. Mais ressentir son corps encontre le mien m'avait réconforté. Ma mère disait toujours que les hommes devraient se faire plus de câlins car ça avait le don de réconforter et pour la première fois de ma vie, j'en faisais l'expérience. Pour Frédérique, ça n'avait été qu'un simple câlin mais moi, J'avais l'impression d'avoir trouvé refuge dans ses bras. Ces quelques secondes avait été magique, c'était comme si elle avait retiré le poids de ma tristesse juste en m'enlaçant.
- Je t'aime tu sais, ne me laisse pas je t'en prie, balbutiais je.
C'était sortit tout seul et sans filtre. Dans ma tristesse, j'avais laissé parler mon cœur et c'était tout ce que j'avais pu dire à Frédérique alors que son corps était encore contre le mien.