Chapitre 34

2179 Mots
Le câlin prit fin et Frédérique plongea son regard dans le mien. Son regard était si profond ! C'était la première fois qu'on se regardait avec autant d'intensité. Elle baissa ensuite son regard et ferma la porte derrière elle. Frédérique était loin d'être stupide mais elle était très sensible. J'avais bien compris qu'elle avait vu le désespoir que reflétaient mon regard pâle. Elle ne disait plus mot et me prit par la main. Puis tous les deux, nous nous assîmes dans le salon. C'était elle qui m'avait traîné jusque là et cela ne voulait juste dire qu'elle avait envie d'avoir une conversation avec moi. - Merci de m'aimer et j'espère qu'un jour, je pourrais t'aimer autant. Ne m'en veux pas de ne pas répondre à ta phrase aujourd'hui, ce n'est rien de bien personnel mais mon cœur ne se sent pas près à le dire, me dit Frédérique. Je la comprenais parfaitement et je ne m'étais pas du tout attendu à ce qu'elle réponde à ma phrase. Si je l'avais dite c'était juste parce que c'était ce que j'avais ressenti à ce moment précis. Je posai ma main droite sur sa joue gauche et je la regardai fixement. - Prend autant de temps qu'il te faut, lui dis je. - Je ne suis pas stupide et je sais bien qu'il y a autre chose, peu importe ce que tu as, j'aimerais beaucoup que tu le partages avec moi car en plus d'être en couple, nous sommes bons amis. Me dit elle. Je savais bien que mon état ne passerait pas inaperçu à ses yeux mais j'aurais préféré qu'elle ne réclame pas la vérité. Je ne voulais pas la perdre. S'il fallai tout lui dire, je n'avais aucune idée de comment le faire. Je ne pouvais tout de même pas lui dire que j'ai eu une vie passée où je m'appelais Bernard Montagnier et que j'avais été condamné à mort pour le meurtre de ma petite amie ! Mais il était évident qu'elle n'était pas stupide et donc, je ne pouvais pas me permettre de lui mentir. - Tu as raison. Tu n'es pas stupide et aussi il y a quelque chose que je ne te dis pas. Seulement, il n'y a pas qu'à toi que je ne le dis pas car en fait, je cache la vérité à tout le monde et comme tu peux le voir, je ne vais pas bien, lui dis je. - Mais alors, parle m'en. Me redit Frédérique. - Le problème c'est que j'ai peur que toi aussi tu me prennes comme un fou comme les autres, lui dis je. - Mais je ne suis pas les autres, moi c'est Frédérique, me redit elle. Elle paraissait si sincère mais j'étais incapable de croire en sa sincérité. J'avais été trahi une fois et une seconde trahison m'aurait anéanti. Mais en y repensant bien, qu'avais je encore à perdre si je lui disais la vérité ? Je n'avais plus rien du tout car j'avais réussi à tout perdre en l'espace de quelques secondes donc, il n'y aurait pas grande différence si je m'ouvrais à ma petite amie. - Tu sais, aujourd'hui, j'étais à la brigade et mon supérieur m'a donné un congé à durée indéterminée, lui dis je. Elle se mit à sourire car dit comme ça, cela ressemblait à une bonne bonne nouvelle mais au fond, ça n'en était pas une. - Mais c'est super ça ! Il a certainement dû se rendre compte de ta situation et donc, il t'a donné ce congé. Ça veut dire qu'on pourra tous les deux passer plus de temps ensemble, me dit Frédérique. - Détrompe toi chérie, ce congé ne va pas dans ce sens. J'ai été suspendu comme peut l'être un agent qui a commis une faute lourde. Lui dis je. - Et est ce le cas? As tu commis une faute lourde? me demanda t-elle. - Mais non, j'ai toujours été irréprochable dans mon travail, répliquais je. - Alors, ton supérieur a certainement commis une erreur à ton égard, me dit elle. C'était très mignon de sa part de vouloir me consoler. Son geste m'allait droit au cœur et j'eus même envie de tout lui dire mais seulement, J'avais peur. Mon père disait toujours que la peur est un sentiment noble mais à chaque fois que je ressentais de la peur, je n'y voyais jamais de la noblesse et c'était pareil une fois de plus. J'avais déjà été jugé et je m'abstenais de m'exposer à ma petite amie car je craignais qu'elle ne me juge aussi. - Frédérique, la raison pour laquelle j'ai été suspendu est que mon supérieur et mes collègues pensent tous que je suis mentalement instable, lui dis je. Au moment où je lui disais tout ceci, j'avoue que je n'avais pas penser avant de le faire, je l'ai juste dit comme ça. Et là, la balle était dans le camp de Frédérique, et même si elle décidait de me quitter à cet instant, je ne lui en voudrait pas. - Et toi, qu'en dis tu? me demanda elle. - Je te retourne la question, penses tu que je suis mentalement instable ? Lui demandais je à mon tour. - Et bien oui, j'en suis même plus que sûre, dit elle. À ce moment précis, j'eus l'impression que mon souffle se coupait. Ce que je craignais arrivait finalement. J'avais peut-être perdu ma crédibilité et voici, je devais perdre aussi ma petite amie. - Ne fais pas cette tête voyons! Tous les humains sont instables mentalement tu sais, donc, t'es pas seul. C'est justement à cause de toi et de ta manière d'être que j'ai accepté de te donner une chance. Donc pour ta gouverne Frédéric Cheyrou, j'étais déjà au courant que tu étais un peu dérangé. Rétorqua elle en souriant. Décidément, cette femme était pleine de surprises! Ça n'avait été qu'une blague, une blague dramatique à mon goût. Et même si ce qu'elle venait de me dire m'avait réconforté, ça ne changeait rien à ma situation. Je ne lui avais toujours pas dit la vérité donc, il y avait toujours un risque qu'elle me laisse tomber. - Je suis très sérieuse dans mes propos tu sais, mais j'aimerais que tu t'ouvres entièrement à moi car s'il m'arrivait de me sentir mal,tu serais la première personne à qui j'en parlerais. N'oublie pas qu'avant tout, nous sommes amis. Répliqua elle. Elle avait bien raison. Je me demandais comment est ce qu'elle pouvait paraître aussi immature mais être très mature à la fois. Elle était plus jeune que moi mais elle avait l'air de mieux comprendre les choses. Si j'avais encore des doutes, ils s'étaient dissipés à l'instant où elle m'avait dit cette phrase. J'étais enfin près à tout lui avouer et cette fois ci, peu m'importait si elle me croyait ou non. J'avais juste envie de vider mon sac et de me libérer. J'avais gardé certains éléments de l'affaire dans mon ordinateur et aussi dans mon téléphone. J'avais l'intention de tout lui dire avec preuves à l'appui. Et là, la balle était dans son camp, elle était libre de me croire ou alors de faire comme les autres, penser que j'étais devenu fou. - Suis moi jusque dans ma chambre et je t'expliquerai tout. Lui dis je en lui tendant la main droite. Frédérique prit ma main et me suivi sans broncher. Arrivé dans ma chambre, je pris place sur la chaise de mon bureau afin d'ouvrir les fichiers concernant l'affaire Bernard Montagnier que j'avais sauvegardé. - Il y'a quelques semaines, mon coéquipier Jean Claude et moi avions été mis sur une affaire. Cette affaire concernait un meurtre qui avait eu lieu il y a une soixantaine d'années. C'était l'affaire Jennifer Du Pont. Cette jeune femme était étudiante interne à l'université de Bordeaux et avait été retrouvé morte dans sa chambre. Des enquêtes avaient bien-sûr été faites et son petit ami Bernard Montagnier avait été reconnu coupable de ce meurtre et condamné à mort. Mais il n'y a jamais eu de preuves accablantes qui prouvaient sa culpabilité. Et notre travail à Jean Claude et à moi était de découvrir si Montagnier avait ou non commis ce meurtre,lui dis je. Sur mon ordinateur, je lui montrai des photos de Montagnier. C'est vrai qu'elle n'étaient pas en couleur mais il fallait faire avec ce qu'on avait. Je lui avais aussi montré des photos du corps sans vie de Jennifer Du Pont. Mais il s'était avéré que Frédérique n'était pas du tout une âme sensible et que ces images ne la choquaient pas du tout. - Je suis surpris de voir que ces images ne te choquent pas, lui dis je. - Je t'ai bien dit tout à l'heure que chaque humain était mentalement instable à sa façon. Et bien moi, rien ne me choque jamais particulièrement, me dit elle. Je lui souris aussitôt car j'adorais découvrir cette facette d'elle que j'ignorais encore jusqu'à ce moment là. - Si tu me permets, j'aimerais te dire que ce Montagnier a énormément de points de ressemblance physique avec toi. Si tu changes sa coupe de cheveux et que tu lui mets la couleur de tes yeux, je te jure qu'on croirait que c'est toi, me dit Frédérique. C'était incroyable de voir qu'elle avait réussi à voir en quelques secondes ce que j'ai mis des semaines à voir. Elle était vraiment géniale cette jeune femme et c'était ma copine. - Tu vas vite en besogne mais tu comprends très vite. À cette allure, je n'aurais pas besoin de t'expliquer certaines choses, lui dis je. Elle ne dit rien et sourit. Je continuai donc de lui parler. - Et bien, au fur et à mesure que l'enquête avançait, je me sentais tout bizarre, dis je de nouveau. - J'ai bien peur de ne pas pouvoir te suivre cette fois ci, où veux tu en venir? me demanda Frédérique. - Et bien, c'est à ce moment précis qu'ont débuté tous mes troubles, répondis je. - Je suis toujours perdue tu sais, rétorqua t-elle. - Et bien, des choses étranges commencèrent à m'arriver. Il m'arrivait souvent de faire des rêves qui ressemblaient plus à de vagues souvenirs. C'était comme si je me voyais vivre une vie dont je ne me souvenais pas mais qui m'était familière, dis je. Je craignais qu'elle ne me suive pas ou même qu'elle ne voit où est ce que je voulais en venir. - Attends, tu avais quoi au juste, une impression de déjà vu? me demanda elle de nouveau. - On peut dire ça comme ça, répondis je. - Je souhaite donc que tu cesses de tourner autour du pot et que tu me dises une bonne fois pour toutes ce qui s'est passé, me redit Frédérique. Elle avait bien raison, J'avais assez tourné autour du pot. - J'ai découvert avec le temps et avec l'aide de mes souvenirs perdus que j'avais été Bernard Montagnier dans le passé, lui dis je. Ses pupilles s'étaient dilatées et elle me regardait avec un air bizarre, mais si je pouvais qualifier sa mine, j'aurais dit qu'elle avait l'air surprise. Le pire dans la façon dont elle me regardait était que je ne pouvais même pas deviner ce qu'elle pouvait bien penser. - Laisse moi récapituler, tu as découvert que tu es la réincarnation d'un homme qui avait été condamné à mort pour le meurtre de sa petite amie c'est ça ? me demanda t-elle. - C'est ça mais je tiens à dire que j'ai réussi à prouver son innocence, enfin, mon innocence, lui redis je. - Et qui était le véritable meurtrier? me demanda t-elle. - C'est ce que j'essaie toujours de découvrir, lui répondis je. Je lui avais répondu avec beaucoup de calme et de naturel, j'en avais même oublié de lui demander si elle parvenait à digérer ce que je lui avais dit à propos de mon passé. - Est ce que tu me crois ou alors tu trouves que mon cerveau me joue des tours? lui demandais je. - Tu sais, j'ai toujours cru au fait que la vie n'était qu'un éternel recommencement. Et donc, j'ai toujours été certaine que les humains naissent, meurent et renaissent. Mais à chaque fois que j'en parlais aux autres, ils me prenaient tous pour une cinglée. Du coup, quand je t'entends me dire ça, je suis heureuse de savoir que j'avais en fait raison tout ce temps. Je pourrais même recevoir un prix Nobel tu sais. Me dit elle. En ce moment là, je me demandais ce que j'avais bien pu faire de bien pour mériter que cette femme extraordinaire entre dans ma vie. Je n'en croyais pas mes oreilles, elle ne m'avait pas trouvé bizarre et ne croyait pas du tout que j'étais devenu fou ou que je mentais. À en juger par sa spontanéité, elle ne pouvait être que sincère et moi, je ne pouvais que croire en sa sincérité. Je comprenais à quel point elle était génial car je savais très bien que si ça avait été moi à sa place, jamais je n'aurais cru à une telle histoire.
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