Enfin chez moi! Ma mère avait bien-sûr insisté pour m'y accompagner. J'espérais juste qu'elle n'avait pas en tête de rester chez moi quelques jours. Ça faisait du bien d'être dans mon petit chez moi. C'était légèrement poussiéreux mais je pouvais arranger cela avec un peu de ménage. Mais comme je tenais mon côté maniaque de la propreté de ma mère, elle s'était chargée de faire un petit nettoyage dans la maison pendant que je prenais une longue et agréable douche. J'avais mis environ une trentaine de minutes sous la douche car prendre des bains chez moi m'avait énormément manqué. Après le bain, je fis une inspection approfondie de ma chambre et j'étais heureux de savoir que tout y était toujours à sa place. Mon téléphone lui, était sur la table de mon bureau, tout près de mon ordinateur portable. Qu'est ce qu'ils m'avaient tous les deux manqué ! Passer des jours sans mon téléphone ni mon ordinateur avait été une expérience traumatisante mais je m'en étais sorti. J'étais tout propre et près à tenir compagnie à ma mère. Je savais qu'elle cuisinait car l'odeur avait envahi mes narines et éveillé mes papilles. Quand je la rejoignis, je fus très surpris de la voir assise toute seule dans le salon à regarder la télévision.
- Non seulement tu as fait le ménage mais aussi, tu as terminé de faire la cuisine! Maman, laisse moi te dire que tu es un robot! Lui dis je.
- Mais je n'ai pas fait la cuisine du tout, répliqua ma mère.
Là alors, elle me perdait complètement. Si elle n'avait pas cuisiné, alors d'où est ce que venait cette délicieuse odeur? Était ce tout simplement dans ma tête ? décidément, je ne comprenais rien à rien.
- Rassure moi maman, toi aussi tu arrives à humer cette odeur n'est ce pas? lui demandais.
- Mais bien évidemment que oui. J'ai dit que je ne cuisinais pas mais je n'ai jamais dit que nulle autre ne le faisait à ma place, rétorqua t-elle.
C'était maintenant très clair dans ma tête, cette femme essayait de me faire perdre la tête. Si ce n'était pas elle qui cuisinait chez moi, alors qui le faisait ? J'osais croire qu'elle ne s'était pas permise d'inviter une de ses copines chez moi.
- Maman, j'ose croire que tu n'as invité aucune de tes copines chez moi. Tu sais bien que j'aime garder mon intimité maman! lui dis je.
Mais cette dame était décidée à me rendre fou. Elle ne disait rien et regardait la télévision comme si de rien n'était. À croire que j'étais devenu invisible à ses yeux. Et donc, je décidai de prendre les choses en mains moi même. J'allai donc regarder à la cuisine pour savoir qui était cette tierce personne chez moi. C'était bel et bien une femme. Je la vis de dos et je su tout de suite de qui il s'agissait. J'étais juste scandalisé de savoir qu'elle cuisinait vraiment chez moi. C'était Frédérique, ma mère avait réussi à la faire cuisiner dans mon appartement et elle était gaillardement installée dans mon salon à visionner. Ah! ma mère était imprévisible.
- Frédérique, pourquoi cuisines tu chez moi? Lui demandais je.
Frédérique se retourna pour me regarder quand elle entendit ma voix car elle était de dos.
- Est ce de cette manière qu'on accueille sa petite amie chez soi? me dit elle en me souriant.
Quel magnifique sourire elle avait ! Elle s'approcha un peu plus de moi et me donna un doux b****r sur les lèvres. C'était notre tout premier b****r à tout les deux et ça avait été imprévisible pour moi. J'avais adoré ce geste bien que déçu par le fait que ce soit elle qui me l'ait donné en premier. C'était bien beau mais je n'étais pas d'accord avec le fait qu'elle cuisine chez moi, du moins, pas pour le moment.
- Pardon mais j'ai juste été surpris de te voir cuisiner ici. Ce spectacle ne m'enchante pas du tout et je suis sûr que c'est ma mère qui te l'a demandé, lui dis je de nouveau.
- Mais non, quand je suis arrivée, elle faisait le ménage et donc, je me suis proposée de l'aider. Elle avait presque terminé avec le ménage et c'est ainsi qu'elle m'a fait savoir qu'il ne lui restait plus qu'à faire la cuisine. Et donc, je me suis proposée pour la faire. Répliqua Frédérique.
- Tant mieux pour toutes les deux lors mais cette idée ne m'enchante pas du tout. Nous ne sommes ensemble que depuis quelques heures et voilà que tu cuisines chez moi, lui dis je.
Elle éclata de rire en m'entendant.
- Pourquoi ris tu? Est ce que je ressemble à Louis de Funès par hasard ? Lui dis je.
Ma blague l'avait faite exploser de rire. C'était la tout première fois que je la voyais dans cet état depuis notre rencontre. Elle était encore plus belle quand elle riait aux éclats. Je la regardais et j'avais l'impression que le monde s'était arrêté juste pour que je puisse apprécier sa beauté. On aurait dit que tout allait au ralenti. Je la regardais en souriant bêtement car j'appréciais le spectacle que je voyais. Cette femme était comme un médicament à mes peines.
- Si tu es là pour me déconcentrer alors, tu peux t'en aller mon chéri. Me dit elle.
- M'en aller! je n'ai aucune envie de partir de cette cuisine. C'est chez moi et donc j'y reste. Je préfère te contempler, lui dis je.
J'étais plus que sérieux quand j'avais dit cela. Contempler la femme que j'aimais était beaucoup plus attractif que tout autre chose. Je n'aurais quitté cette cuisine pour rien au monde.
- Tu peux rester mais pas de bruit s'il te plaît, je me concentre. Me dit elle.
- Te concentrer! Donc tu as besoin de te concentrer pour cuisiner? demandais je.
- Mais oui car je cuisine en regardant un tuto sur internet, répondit elle.
- Donc tu ne sais pas cuisiner! Mais pourquoi t'efforcer alors? Je n'ai aucun problème avec cela, lui dis je.
- Non non, je préfère impressionner ta mère, me dit elle de nouveau.
Cette jeune femme était folle. Au final, c'était maman qui avait eu raison toutes ces années durant, un homme aussi réservé et appliqué que moi ne pouvait qu'aimer une femme dingue. J'avais trouvé la dingue femme de ma vie. Mais ce qu'elle ignorait était que ma mère était mauvaise perdante et que jamais elle ne se montrerait impressionnée même si elle l'était.
- Ma mère ne se laisse jamais impressionner tu sais, donc bon courage!
- Merci mais je n'en ai pas besoin car je sais que je l'impressionnerai, me redit elle.
- No problem mademoiselle, mais je t'aurais prévenu, redis je.
Elle continua sa tâche comme si de rien n'était. Sacré Frédérique !
- Frédéric, J'espère je tu sais qu'un jour quand tu rencontreras ma famille, tu devras les impressionner aussi? Et quant à moi, je ne pourrai rien faire du tout pour te venir en aide, me dit elle.
- Ah chérie! Plus tu me parles de ta famille, moins je me sens impatient de faire leur rencontre, lui dis je souriant.
- C'est en fait parce que je redoute ce moment encore plus que toi, me dit elle.
Nous nous mîmes à rire un moment. Frédérique avait terminé et je m'étais proposé pour faire la table. Ma mère quant à elle avait suivi mon conseil à la lettre, elle ne faisait absolument rien et prenait du temps pour elle. Tout se passa très bien et le repas fut ce qu'il était mais ce n'était pas une catastrophe non plus. Pour la toute première fois de ma vie, je voyais ma mère ne pas critiquer quelqu'un. J'étais persuadé qu'elle critiquerait la cuisine de Frédérique comme elle faisait tout le temps avec moi mais j'ai compris que madame ne faisait la difficile qu'avec moi. Tout se passa très bien et toutes les deux avaient passé la journée avec moi chez moi. Mais à une moment donné, elles s'en allèrent chacune chez elle, d'abord ma mère puis Frédérique. J'étais enfin seul avec moi même. Ce n'était pas que je n'appréciais pas la compagnie des autres mais je préfèrerais largement le moment où je restais tout seul. J'adorais le calme et la sérénité et j'y tenais beaucoup. J'allais bien mieux et je me disais que j'étais déjà apte à reprendre le travail. J'avais même prévu d'aller à la brigade dès le lendemain. Jean Claude ne m'avait donné aucune nouvelle de la journée donc, j'avais prévu aussi de me rendre chez lui le lendemain si je me sentais en condition de le faire. C'était déjà la nuit et je me sentais fatigué. Ma nuit fût tout ce qu'il y a de plus normal, j'avais dormi comme un nouveau né sans interruption jusqu'au matin. Ça faisait des jours que je n'avais pas eu une aussi bonne nuit de sommeil. Et le matin au réveil, c'était très joyeux que je faisais le ménage chez moi, j'adorais ça. Ensuite, je me préparai pour me rendre à la brigade comme je l'avais prévu la veille. Et normalement, je ne pouvais plus me comporter comme un homme célibataire et donc, j'avais réservé quelques minutes pour passer un coup de fil à ma petite amie mais aussi, à ma mère. Néanmoins, je n'avais pas dit à ma mère que je comptais reprendre le travail le jour même, sinon, elle en aurait fait toute une histoire. C'était de bonne heure comme d'habitude que je me rendis à la brigade. Quand j'y arrivai, tous les collègues me dévoraient du regard mais nul n'osait m'aborder. De mon côté, je n'aimais pas me livrer aux commérages et je sentais bien qu'ils m'étaient destinés cette fois ci. Je préférais me rendre dans le bureau du commissaire d'abord afin de me signaler comme le règlement le voulait. Étrangement, je ne sentais pas cet entrevue avec le commissaire, j'avais une sorte de mauvais pressentiment comme le disent souvent les femmes. Mais bon, j'étais le meilleur élément de la brigade criminelle mais aussi, j'étais très professionnel. S'il fallait que je redoute quelque chose, c'était bien-sûr que le commissaire me donne quelques jours de repos car il était en effet très tôt pour que je reprenne le service. J'avais essayé autant que possible de me rassurer mais rien à faire, tout mon corps et mon esprit aussi étaient en alerte et le pire était que je ne savais pas pourquoi. Je toquai et j'entrai.
- agent Cheyrou, veuillez vous asseoir me dit il.
Je pris tout de suite place en face de lui.
- Bien le bonjour, j'ai appris la nouvelle selon laquelle vous étiez à l'hôpital, j'aurais bien aimé vous y rendre une petite visite mais mon planning ne me le permettait pas, me dit il de nouveau.
- Bien le bonjour à vous aussi commissaire, je suis très touché par l'intérêt que vous me portez mais comme vous pouvez le voir, je vais déjà bien mieux et je suis prêt à reprendre du service, lui dis je à mon tour.
- Ça ne sera pas nécessaire, me redit le commissaire.
Je ne comprenais pas du tout où est ce qu'il voulait en venir en disant cela.
- J'ai bien peur de ne pas vous suivre, répliquais je.
- Et bien, il ne sera pas nécessaire que vous repreniez du service aussitôt car vous êtes suspendu jusqu'à nouvel ordre, me dit il.
Suspendu jusqu'à nouvel ordre ! cette phrase resonnait dans ma tête encore et encore mais jusque là, je ne comprenais pas du tout où est ce qu'il voulait en venir.
- Si c'est à cause de mon état et du malaise que j'ai eu il y'a quelques jours, je vous assure que je vais beaucoup mieux. Et ce n'est pas que ma parole mais celle de mon médecin aussi, redis je.
- Je pense en effet que vous êtes en situation de stress et ce n'est que normal vu le rythme auquel vous travaillez. Je suis donc d'avis que du repos ne vous fera pas de mal, rétorqua t-il.
Du coup, j'étais perdu. Le commissaire ne cessait de me parler de stress et de travail. Mais jamais je n'avais failli à mon devoir ou même prétendu être fatigué, j'adorais mon boulot. Et même s'il voulait que je me repose, pourquoi me sanctionner au lieu de me donner quelques jours de repos. Me dire que j'étais suspendu jusqu'à nouvel ordre était en fait une manière de me sanctionner et je le savais très bien. Et donc, je voulais connaître les raisons ayant mené à une telle décision.